La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 19 août 2017

The Handmaid's Tale de Margaret Atwood - Chronique n°345

Titre : The Handmaid's Tale
Auteure : Margaret Atwood
Genre : Anticipation | Dystopie
Editions : Vintage Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 384
Résumé : The Republic of Gilead offers Offred only one function: to breed. If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred's nor that of the two men on which her future hangs.

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Existe également en français

Titre : La Servante Ecarlate
Editions : Robert Laffont
Résumé : Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

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You have probably already heard about this book, which has become an almost-phenomenon thanks to its popular adaptation into a TV show. The premise is as efficient as terrifying: this story takes place in a society that deprived women of all their rights, and even of their bodies for some of them, the Handmaids, who have the duty to carry the babies of the highest-ranked chiefs of the new regime. 

Pretty much everything has been said about this book: according to some, it is a feminist reference, according to other, it is the ultimate weapon of defense against a recently-elected president whose poor opinion regarding women has never been a secret.
But what is truly the power of this novel?

According to its readers, it resides in the plot, some sort of parallel distortion of our own society. And that plot is led by Offred.

Offred, the narrator, is no longer the main protagonist of her own life.
Rather a side character. 
Her identity was taken away from her, along with her husband, child, job and name. 
Now, she lingers in an awfully monotonous routine, as she has become nothing else but an object to be used in order to breed children in a society threatened by a rising rate of sterility. 

So she lets the reader look at what her world now is.
Death penalty, inequality, injustice, disappearance of women's rights, fear, surveillance, and silence.
A terrifying silence that echoes the one we adopt when confronted to very contemporary and problematic issues, that might be taking place right now all around the globe.

Margaret Atwood's book is without a doubt a frightening one. She knows how to play with her reader, carefully letting a certain amount of torturing questions unanswered, which creates on the one hand anticipation and fear, but also, on the other hand, a certain kind of frustration.
Indeed, one closes this novel with a taste of wonder, because of how universal, moving, thought-provoking it could have been if only certain fondamental questions about Gilhead had been answered, if only the reader could feel a stronger empathy towards Offred, whose changing personality makes her somehow unreliable, if only the author's intentions had been a bit less obvious. This book is all about warning, preventing, underlining, but it lacks subtlety and emotion. Of course Offred remains cold and detached because it is the only way she can manage to survive, but some glimpses of emotion might have been necessary to involve the reader into this tale. And hat's the word, a tale, again: The Handmaid's Tale should have been more than that. Of course it has some very efficient and well-found metaphors and thoughts, but not enough, in my opinion, to change things. Of course it is entertaining, but it should have been more than that. In its current form, it is a scary story. And I would have liked it to be more than that, maybe the manifesto or the symbol some claim it to be.
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Difficile de passer à côté du phénomène qu'est devenu The Handmaid's Tale ces dernières semaines, notamment grâce à son ultrapopulaire adaptation en série télévisée, qui a hautement contribué à remettre l'ouvrage original sous les projecteurs. Arme de défense anti-Trump, brûlot féministe, vision lucide de l'avenir ou encore avertissement universel, on a tout entendu en ce qui concerne cette histoire d'anticipation, projection dans un monde où la pollution a rendu stérile une grande partie de la population, et où les Etats-Unis d'Amérique sont devenus la République de Gilhead. Sous Gilhead, chacun connaît sa place. Pour Offred, c'est d'occuper le rôle de procréatrice. Son corps ne lui appartient plus, elle n'est là que pour rendre service à la communauté, en s'oubliant et se cachant derrière son uniforme rouge.
Mais elle a beau répéter des paroles pieuses et timides, elle ne parviendra pas à oublier ni à cacher le souvenir de sa vie révolue, du temps où elle pouvait fumer, boire, porter un nom, aimer, choisir, partir. 

A travers une narration éclatée, rythmée par la routine répétitive d'Offred et ses longues plages d'ennui, on découvre petit à petit l'ampleur de la catastrophe qu'est le régime de Gilhead. 
Plus de libertés.
Plus aucun statut pour les femmes.
Plus d'égalité de droit entre les individus.
Le corps des femmes devenu marchandise. 
La peine de mort, la surveillance, la dénonciation.
Rien que de très classique pour une dystopie, me direz-vous, mais c'est d'autant plus perturbant ici que les multiples composantes de Gilhead ne sont dévoilées qu'au compte-gouttes, laissant le temps au lecteur de mariner dans ses doutes et surtout son horreur.


Difficile de se fier à cette narratrice, pas tout à fait conditionnée, mais pas tout à fait prête à se rebeller non plus, qui déconstruit la chronologie du récit au gré de ses humeurs, se laisse aller à vivre une vie dont elle n'admet même plus qu'elle la répugne, trouvant de minuscules satisfactions où elle le peut, parce qu'après tout, pourquoi lutter ? 

Ce n'est pas une histoire violente comme beaucoup de récits d'anticipation peuvent l'être. Pas physiquement, concrètement, en tout cas.
Tout est calme. Silencieux.

Et c'est sans doute ça le plus terrifiant.
Une civilisation entière réduite au mutisme en moins de trois ans, pour le "bien de l'espèce", la "sécurité des femmes", la "paix civile". 
La violence réside dans l'autocensure que s'inflige chacun des citoyens de Gilhead. Se taire jusqu'à se convaincre.
Dans les échos de notre propre société que l'on se surprend à trouver. Dans la réflexion morbide de nos propres mentalités que peut parfois être Gilhead. 

On peut regretter un certain manque de subtilité de la part de l'auteure, dont les intentions sont si évidentes qu'elles peuvent parfois déborder sur l'intrigue et le personnage difficile à saisir d'Offred, pleine de contradictions et de revirements internes. Il est également frustrant de ne pas avoir accès au pourquoi du comment de Gilhead : on est exposé à son fonctionnement, ses conséquences, mais on n'a jamais accès à ses fondements, à la manière dont il a été possible qu'une structure aussi vicieuse se fasse sa place, ce qui aurait pu offrir un étaiement passionnant des théories de l'auteure.

The Handmaid's Tale est donc un roman auquel on ne peut retirer son intrigue captivante ou son décor à couper le souffle, mais on peut lui reprocher de ne pas aller au bout de son pari. Certes, son épilogue propose une porte ouverte vers des horizons intéressants, mais l'auteure aurait pu aller encore plus loin dans son pari audacieux pour obtenir un avertissement plus marquant que celui du roman, déjà édifiant mais partiel. Dans l'état des choses, c'est une histoire qui fait peur. On distingue des parallèles avec la société actuelle, on sent les pistes à creuser, mais on garde un sentiment de frustration. On n'est pas impliqué dans le destin d'Offred. On demeure spectateur. Rien de dramatique encore une fois, cette lecture demeure largement digne d'attention, ne serait-ce que pour tous les débats qu'elle a contribué à nourrir, mais on garde tout de même l'arrière-goût amer du sentiment qu'il n'aurait pas suffi de grand-chose pour être complètement renversé. 

                                ★

samedi 12 août 2017

Ma Dernière Chance s'appelle Billy D. d'Erin Lange - Chronique n°344

Titre : Ma Dernière Chance s'appelle Billy D.
Auteure : Erin Lange
Genre : Contemporain
Editions : L'Ecole des Loisirs

Lu en : français
Nombre de pages : 468
Résumé : Dans la vie, il faut se battre. Dane Washington ne le sait que trop bien. A la moindre occasion, ses poings le démangent et ils parlent pour lui. Jusqu'à présent, ses bons résultats au lycée lui ont évité les plus gros ennuis. Seulement, il n'a plus droit à l'erreur : encore une bagarre et ce sera l'exclusion. Mais la violence, Dane ne parvient pas à la contrôler. Sa dernière chance s'appelle Billy D., un garçon qui vient de s'installer à côté de chez lui avec sa mère.Billy D. est trisomique, il n'a pas les moyens de se défendre, et certains en profitent. Si Dane acceptait d'être son ambassadeur au lycée, cela pourrait lui offrir le salut. Billy D. a une autre mission pour Dane : il voudrait qu'il l'aide à retrouver son père. Leur seul indice : un atlas des Etats-Unis, et des énigmes à toutes les pages ou presque.


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Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs et en particulier à Coline pour cet envoi !

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Dane a plus ou moins passé toute sa scolarité à jouer avec le feu, mais cette fois-ci, il n'est plus loin de se brûler les ailes une bonne fois pour toutes. Encore une bagarre, et ce sera le renvoi définitif de son lycée.
Et il n'a vraiment, vraiment pas envie d'imposer à sa mère, qui l'élève seule, de batailler pour lui faire réintégrer un nouvel établissement.
Il n'y peut rien, ou presque. Les poings sont son langage, les coups son instinct. Il ne sait pas se défendre autrement. Alors il cogne, et on lui tombe dessus.
C'est alors qu'il rencontre un nouveau voisin des plus intrigants, Billy D., un garçon trisomique qui vit lui aussi seul avec sa mère, mais qui s'accroche, lu, à l'espoir indéfectible de retrouver son père, là où Dane a depuis longtemps lâché l'affaire. Billy D. et Dane concluent alors un marché : Billy D. sera "garant" de l'exemplarité de Dane au lycée, et ce dernier l'aidera à résoudre les énigmes laissées par le père de Billy D. derrière lui. Mais cette entreprise un peu folle ne les mène pas vers ce à quoi ils s'attendaient...

Difficile de ne pas penser à Rain Man en lisant pareil résumé, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Bonne chose, parce que comme le célébrissime film, Ma Dernière Chance s'appelle Billy D. porte une formidable dose d'espoir, d'amour, de tolérance, et donne à voir une poignée de personnages d'autant plus attachants qu'ils dévoilent des failles sincères et poignantes. On croit à ces quelques portraits de personnage, on comprend la flamme qui les anime, on assiste aux conflits qui agitent la conscience du narrateur, Dane, en proie avec ses démons, on se surprend à espérer une fin plus dégoulinante de bonheur que celle d'un conte de fées.
Mauvaise, parce que ce livre est bien plus qu'une simple transposition du film dans un lycée avec deux adolescents. C'est une ouverture, un récit propre et original qui s'intéresse sans voyeurisme ni raccourcis à la situation de Billy D., de Dane, de leurs mères, à ce qui fait d'eux des adolescents, à leurs espoirs, leurs peurs, à la vision désabusée du monde que le narrateur en est venu à adopter... Ainsi qu'une écriture vive et entraînante et un concentré d'émotions qui déferlent par vagues une fois que l'on s'est enchaîné affectivement aux personnages.

Billy D. est à n'en pas douter la figure la plus marquante du livre, grâce à sa voix innocente et pourtant étonnamment juste, qui vient toujours pointer du doigt l'élément essentiel d'une situation, poser la question qui importe, relever le détail signifiant. L'auteure ne tombe jamais dans une caricature de la trisomie, et n'en fait d'ailleurs pas le cœur de son roman. Billy D. est trisomique, soit. Mais comme il le dit lui-même, il n'est pas idiot, il est avant tout le fils de son père, un amoureux des énigmes qui le fascinent par leur difficulté, un esprit vif, un regard d'autant plus clair qu'il en est détaché sur un monde qu'il ne comprend pas toujours. Rien ne lui échappe, ni l'amitié, la famille, l'amour, la violence, la douleur. Il forme avec Dane un duo on ne peut plus disparate mais toujours convaincant, qui fonctionne à coups de dialogues ravageurs et d'opérations secrètes et complices. 

Billy D. est un beau et même très beau roman qui mérite que l'on parle de lui. Par sa justesse, son honnêteté, qui n'empêchent pas un ton enlevé, il s'affirme comme une lecture aussi réconfortante qu'inspirante, pleine de bons sentiments mais sans jamais tomber dans la niaiserie ou omettre de décrire les zones d'ombre. C'est un de ces feel-good books qui ne se moque pas du lecteur mais montre bien qu'il y a du bon dans ce monde, que l'on gagne à aller s'aventurer hors de sa zone de confort, à s'ouvrir à l'autre, à se remettre en question. Et ce sont des messages dont notre monde a grand besoin.

                               ★

mercredi 9 août 2017

Noter et critiquer la littérature - [Littératurpitudes #3]

Si vous êtes extrêmement perspicaces - et un peu psychorigides sur les bords - vous aurez pu remarquer que j'ai abandonné pour mes deux dernières chroniques ma classique notation sur un barème de 10 points.
Pourquoi donc ?
Ce sera l'objet de cet article -
merci Captain Obvious.

Depuis plus de trois ans déjà, j'attribue très naturellement une note à chaque lecture que je critique, dans le simple but de donner un indicateur de mon appréciation et de renforcer mon injonction à lire ou éviter tel ou tel ouvrage.

Mais ce choix m'a fait rencontrer un problème.

La valeur de ces notes.

La première chose est que ces évaluations n'ont jamais été des notes parfaitement immuables et objectives des textes critiqués, une espèce de mise en nombres absolue de leur valeur, mais bien une appréciation de ma part, l'expression de mon ressenti. 
Si j'avais voulu donner une note complètement détachée de toute subjectivité, impossible à remettre en question et fondée sur des critères éternellement neutres, j'aurais déjà eu du mal à y parvenir, et ensuite, je n'aurais jamais pu attribuer de 10/10 comme je le fais pourtant de temps à autre, puisque, selon la règle ultime de la création artistique ou littéraire : rien n'est jamais parfait. 

Personne ne peut s'ériger en critique absolu. Chaque avis est forcément entaché de subjectivité, ce qui n'est pas un mal tant que l'on ne se laisse pas aveugler par ses affects ! Nos points de vue personnels sont nos moteurs, sans eux, nous ne serions que des robots incapables de produire la moindre critique. Cela nous expose à l'erreur, aux biais, mais c'est en échangeant et en s'exerçant que l'on parvient à orienter le mieux possible sa vision propre des choses. 

Voilà pourquoi j'ai choisi de retranscrire non pas une valeur suprême littéraire ou que sais-je, mais bien mon opinion, et selon cette logique, si une lecture m'a touchée au point que j'en décide qu'elle me plaît absolument et que ses défauts ne m'importent pas le moins du monde, je n'ai aucune raison de mettre moins que 10. De même que si un ouvrage très reconnu m'a fortement déplu, je n'hésiterai pas à descendre bas tout en reconnaissant ses qualités. 

Ce choix a suscité des critiques revenant assez souvent, parmi lesquelles la plus fréquente : "tu mets quand même beaucoup de bonnes notes". 
Et certes, une écrasante majorité de mes critiques concernent des romans évalués à 7/10 ou plus. Pour quelle raison ? Parce que je commence tout simplement à me connaître et à éviter certains titres dont je suspecte fortement qu'ils vont me déplaire, pour mieux me jeter sur d'autres dont mon intuition me chuchote qu'ils seront à mon goût. Et logiquement, j'ai plus de belles surprises que de déceptions. 
Mais cette remarque soulève également un sous-entendu : en tant que critique, je devrais réserver une espèce d'équilibre parfait entre chaque note, ne m'autoriser à donner un 9 que de façon exceptionnelle, abaisser volontairement mes évaluations pour parvenir à un résultat plus hiérarchisé.

Et j'entends ces critiques.
Je les comprends.
Elles ne rentrent simplement pas dans la conception que j'ai de ce blog, qui doit à mon sens avant tout donner envie de lire. Et ce n'est pas en me cassant la tête à calculer des coefficients ou des fréquences d'apparition de je ne sais quoi, ou encore à dévaluer des lectures que j'aurais pourtant voulu soutenir un peu plus pour les beaux yeux de la relativité, que j'y parviendrai. Ces notes élevées sont le reflet de mon enthousiasme pour la littérature. Je n'ai jamais voulu en faire cet outil d'humiliation qui nous a tous traumatisés à l'école ! Quoi de pire pour en faire fuir certains ? 

Voilà donc pourquoi j'ai désormais décidé d'abandonner cette notation peu claire que j'ai sans doute eu tort de choisir.
Vient maintenant la question du remplacement, et c'est là que je vous sollicite. 
Comme je l'ai déjà dit, la raison pour laquelle je critique tous ces ouvrages est que je meurs d'envie de diffuser mon amour des livres et de mettre en avant les meilleurs possibles. Mes articles doivent donc avant tout orienter les lecteurs, leur permettre de se donner des priorités de lecture. Quel choix conviendrait le mieux ? Laisser tomber toute forme de note, et terminer la chronique comme d'habitude sur une synthèse ? Adopter un système à cinq étoiles, des symboles, des mentions ? 

Ce blog est fait pour vous, à vous donc de me guider ! Lisez, critiquez, échangez, débattez, ou alors ne dites rien si c'est ce que vous préférez. Donnez des 10 à toutes vos lectures si c'est votre ressenti, sans gêne, sans pression de "mauvaises notes nécessaires". Je me répète, mais la littérature est un vaste terrain de jeux où chacun est libre de déambuler ou de se forger son coin de prédilection, un laboratoire d'expérimentation, un des rares territoires dans lesquels on peut se défaire des contraintes qui nous paralysent dans d'autres domaines. 
Alors profitons-en.

A très bientôt avec de prochaines lectures ! 
-- Capucine

lundi 7 août 2017

Les Garçons de l'Ete de Rebecca Lighieri - Chronique n°343

Titre : Les Garçons de l’été
Auteure : Rebecca Lighieri
Editions : P.O.L.
Genre : Contemporain
Lu en : français
Nombre de pages : 441
Résumé : Études brillantes, famille convenable et convenue, beauté radieuse et maîtrise du surf, Thadée et Zachée ont cru que l’été serait sans fin. Que la vie se passerait à chevaucher les vagues, entre jaillissements d’embruns et poudroiements de lumière. Mais en mutilant sauvagement Thadée un requin-bouledogue le prive de l’existence heureuse auquel il semblait voué : il est devenu un infirme. La bonne santé des uns, la sollicitude des autres le poussent à bout. Et le révèlent à lui-même...


Vous voyez, ce roman que l’on ouvre et referme assis exactement au même endroit ?
Ce texte qui poursuit son lecteur des jours et des jours après avoir livré sa dernière phrase ?
Ces personnages auxquels on s’attache si viscéralement qu’on a le souffle coupé de les quitter ?
Tout cela, c’est ce qui constitue Les Garçons de l’été, avec son résumé ridiculement court et pourtant envoûteur.

La mer.
Deux frères.
Un requin.

[Aïe]

Une blessure.
Une fin.
Un traumatisme.
Une guérison qui ne s’achèvera sans doute jamais complètement.

C’est le début d’un récit terrible qui ne se gêne pas pour violenter son lecteur et l’entraîner d’un extrême émotionnel à l’autre. Horreur, affection, incompréhension et surtout choc sont au rendez-vous. 
Et lentement, la machine de la destruction se met en marche.
Les masques tombent.
Les structures fragiles sont ébranlées. 
Et le chaos naît des cendres de l'ordinaire.

Les Garçons de l'Ete est un roman que je qualifierais de parfait, non pas dans le sens où c'est un absolu idéal, mais dans le sens étymologique du terme, totalement achevé, abouti. Chacun de ses enjeux est soigné, pris en compte, chacun de ses décors est projeté dans la conscience de son lecteur, chacun de ses dialogues emporte par sa vivacité. C'est un de ces livres qui fait oublier que l'on est en train de lire. Il n'est sans doute pas dépourvu de certains défauts, comme chaque oeuvre littéraire. Mais aucun d'entre eux ne se révèle en tout cas de façon gênante au cours de la lecture, et on ne conserve de cette histoire qu'un sentiment de fascination. 

L’auteure opère un travail remarquable sur la voix de chacun de ses protagonistes. En effet, la narration des chapitres est faite par les différents membres de la famille, de façon aussi imprévisible que dynamique. On ne peut qu’être convaincu par la logique et le naturel de chaque passation de « témoin narratif », alors que l’on s’enfonce de plus en plus dans les méandres de la vie brutale de ces personnages que rien n’avait préparé à affronter tant de violence d’un coup. Désillusion, espoir et peur s’entremêlent pour donner naissance aux poisons les plus terribles : le ressentiment et la vengeance.

Les Garçons de l’été ne séduit pas tant par son histoire mouvementée, bien que celle-ci soit déjà rythmée et approfondie de façon tout à fait satisfaisante, que par la capacité qu’il a de donner à voir aussi bien les décors que les sentiments qu’il met en jeu. On ressent l’action, le drame, l’injustice. On se projette dans une expérience multisensorielle à la Réunion, puis dans un univers froid et cruel au sein de cette famille en pleine implosion, dans une situation intenable qui réveille les instincts humains les plus furieux.
               
Que dire enfin du soin porté à la personnalité de chacun des personnages ? Pas besoin de paragraphes et de paragraphes pour saisir l’essence de chacune de ces figures, cette compréhension furtive qui permet en un rien de temps de se lier à certains protagonistes et d’en haïr d’autres avec fièvre. La longue descente aux enfers qu’ils doivent subir n’est que plus prenante, déchirante, saisissante de réalisme, grâce à cette impression que l’on a de les connaître en profondeur. C’est un voyage aux racines même de ce qui fait notre humanité, d’autant plus efficace et pernicieux qu’on ne l’avait pas vu venir, lui qui commençait innocemment avec une histoire de vacances sur une île.

Ne vous fiez donc pas à la couverture blanche et sage de cet ouvrage passionnel et passionnant : ce sont les pires drames et les pires vicissitudes que vous vous apprêtez à rencontrer en vous en emparant, mais aussi une intrigue haletante au rythme implacable, des portraits de personnages saisissants, une écriture évocatrice, pour un récit abouti, cynique, dur, humain et dont on qualifiera la propension à jouer avec les nerfs de son lecteur de cruelle.

Par contre, je préviens, c’est violent, hein. Si t’as douze ans, évite. C’est pas contre toi. 

mercredi 2 août 2017

Midnight at the Electric de Jodi Lynn Anderson - Chronique n°342

Titre : Midnight at the Electric
Auteure : Jodi Lynn Anderson
Genre : Science-fiction | Historique
Editions : HarperTeen
Lu en : anglais
Nombre de pages : 258
Résumé : Kansas, 2065. Adri has secured a slot as a Colonist—one of the lucky few handpicked to live on Mars. But weeks before launch, she discovers the journal of a girl who lived in her house over a hundred years ago, and is immediately drawn into the mystery surrounding her fate. While Adri knows she must focus on the mission ahead, she becomes captivated by a life that’s been lost in time…and how it might be inextricably tied to her own. 

Oklahoma, 1934. Amidst the fear and uncertainty of the Dust Bowl, Catherine fantasizes about her family’s farmhand, and longs for the immortality promised by a professor at a traveling show called the Electric. But as her family’s situation becomes more dire—and the suffocating dust threatens her sister’s life—Catherine must find the courage to sacrifice everything she loves in order to save the one person she loves most. 
England, 1919. In the recovery following the First World War, Lenore struggles with her grief for her brother, a fallen British soldier, and plans to sail to America in pursuit of a childhood friend. But even if she makes it that far, will her friend be the person she remembers, and the one who can bring her back to herself? 


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Kansas, 2065. Adri s'est fait une place parmi les Colons - ces rares chanceux minutieusement choisis pour vivre sur Mars. Mais à quelques semaines du décollage, elle découvre le journal intime d'une jeune fille ayant vécu dans la même maison qu'elle il y a plus d'un siècle, et est immédiatement attirée par le mystère qui plane au-dessus de son destin. Adri a beau savoir qu'elle devrait avant tout se concentrer sur la mission qui approche, elle devient captivée par cette vie perdue dans les méandres du temps... et comment elle pourrait être inextricablement liée à la sienne. 
Oklahoma, 1934. Plongée dans la peur et l'incertitude du Dust Bowl, Catherine fantasme sur l'ouvrier agricole de sa famille, et se languit de l'immortalité promise par un professeur à une attraction ambulante appelée l'Electrique. Mais alors que la situation de sa famille se fait plus rude encore, et que la poussière suffocante met en danger la vie de sa soeur, Catherine doit trouver le courage de sacrifier tout ce qu'elle aime pour sauver la personne à laquelle elle tient le plus.
Angleterre, 1919. Pendant l'ère de reconstruction qui suit la Première Guerre Mondiale, Lenore peine à se remettre de la perte de son frère, un soldat britannique tombé au champ d'honneur, et prévoit d'embarquer pour l'Amérique à la poursuite d'une amie d'enfance. Mais quand bien même elle parviendrait à destination, son amie sera-t-elle bien la personne dont-elle se souvient, et celle qui pourrait l'aider à redevenir elle-même ? 

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This book is a slow one, but in the very best meaning of the term. It is not slow in the sense that is is boring, absolutely not, but in the sense that it manages to create a deeply immersive and seizing atmosphere of melancholy, a reflexive tone, in a quite unique and bittersweet way. 

Midnight at the Electric is the union of three completely different paths in a subtle way, through the journal and the letters Adri is led to find days before her launch to a whole new planet. 
Three young girls at different times, places, ages. But a shared thirst for leaving and finding themselves, as well as the fear of threatening their own identity. Who do they want to be? What will they let behind them? What do they want to be their priority? 
Family? Love? Loyalty? Adventure? 

These three voices complete and emphasize each other, focusing on the narrators' feelings rather than their contexts. If you're expecting a true science-fiction or historical novel, there is a high probability you will be disappointed... The three heroines are simply and beautifully telling a story about humanity, identity, growing up and hesitating between looking back or ahead to the future. It is about jeopardizing everything you ever possessed in order to live the life you feel appealed by. Without any stereotypes or predictable thoughts, the author manages during 250 pages or so to create a highly enjoyable moment of introspection. After closing the book, there are chances the characters and their stories will stick with you... just the lessons their journeys might teach you.

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Ce livre est lent. Mais dans le meilleur des sens que peut avoir le terme "lent".
Il n'est pas lent dans le sens où on s'effondre d'ennui en espérant un minuscule rebondissement pour susciter de l'intérêt, loin de là, mais dans le sens où il parvient à créer une atmosphère mélancolique, emplie d'introspection, un ton doux-amer et réflexif, sans pesanteur, mais tout en immersion. 

Midnight at the Electric unit de façon aussi subtile que fascinante trois destins qui n'ont a priori rien à voir, mais sans se conclure dans le fracas d'une révélation aussi peu crédible que décevante. Bien au contraire, c'est un lien délicat qui se dessine entre ces trois voix, toutes aux prises avec le regret et la peur, qui se préparent à quitter tout ce qu'elles avaient connu par envie de vivre plus. De vivre bien
Adri, qui ne s'est jamais vraiment sentie vivante sur cette Terre où elle n'a de lien avec personne.
Catherine, qui sent la vie la quitter tout comme elle quitte sa sœur malade.
Lenore, tout à sa douleur que son frère ait perdu la sienne et que sa meilleure amie soit partie la mener sans penser à elle. 
La première qui trouve le journal de la seconde, qui avait elle-même mis les mains sur les lettres de la troisième.
Trois époques, trois âges, trois lieux, mais une seule et même réflexion fascinante et toujours parlante, qui interroge les priorités de chacune, leur identité. Qui veulent-elles devenir et rester ? Quel héritage veulent-elles laisser derrière elles ? Que placer avant tout le reste ? 

Chacun de ces trois témoignages complète et intensifie les autres, avec un accent placé sur le ressenti de chaque personnage plutôt que sur leur situation. Ce n'est pas tant le contexte de science-fiction ou d'historique qui compte, mais bien l'intemporalité de leurs dilemmes. Attention, il ne faut pas comprendre par là qu'il n'y a aucune atmosphère marquante dans le roman, bien au contraire, c'est toute une ambiance qui imprègne le lecteur et continue à le hanter bien après avoir terminé ce récit. 
C'est une histoire d'humanité, de passage à l'âge adulte, d'hésitation entre regarder en arrière ou en avant, tourné vers l'avenir. C'est une succession douce et juste de réflexions dénuées de tout stéréotype ou caractère téléphoné.
C'est triste, parfois, plein d'espoir, beaucoup.
C'est beau, tout simplement. 








lundi 31 juillet 2017

Bilan du mois [Juillet 2017]

Bonjour à tous !

Juillet.
Vous savez ce que cela signifie.

La belle saison.
Le temps libre que cela peut dégager.
Et enfin la possibilité de...
LIRE. BEAUCOUP.
Oui, je sais, vous allez me dire que je ne me gêne jamais pour lire beaucoup quel que soit le moment de l'année. Mais passons.

17 livres, pour ma part, ce mois-ci.
Si si, je vous assure, j'ai une vie. Parfois.


Les deux coups de cœur du mois...
The Hate U Give d'Angie Thomas : un roman bouleversant, important, drôle, juste, poignant, un peu tout ça à la fois, et qui ne devient jamais fouillis écœurant, bien au contraire. C'est un récit vivant, qui évolue avec sa narratrice et laisse son lecteur presque orphelin mais déterminé et révolté une fois sa dernière page tournée.
Illuminae tome 2 - Gemina d'Amie Kaufman et Jay Kristoff : le deuxième tome d'une saga telle que vous n'en avez jamais lue, au format aussi captivant qu'inédit ! Le meilleur de la science-fiction mêlé à un roman qui n'en finit pas d'innover ou de prendre des risques, comment dire non ?

Un presque coup de cœur - je sais, j'ai lu tellement de bons romans que c'en est presque de l'abus...
Into the Forest de Jean Hengland - VO : le roman qui m'a ce mois-ci parlé le plus... "viscéralement". Rien d'inédit à première vue avec cette histoire d'anticipation qui voit deux jeunes filles isolées dans une maison perdue dans la forêt survivre envers et contre tout, et pourtant.
ET POURTANT.


J'ai adoré...
Inséparables de Sarah Crossan : un roman en vers aussi juste qu'envoûtant, qui nous emporte le temps de quelques centaines de pages au cœur de l'existence de deux sœurs siamoises, sans pathos ni stéréotypes, mais avec émotion et authenticité.
Fondation tomes 1, 2 et 3 d'Isaac Asimov : des titres assez incontournables de science-fiction que j'avais réussi à complètement ignorer jusqu'à ce mois-ci.
Je me méprenais.
Lisez ces livres.

J'ai beaucoup aimé...
Wells et Wong tome 2 - De l'Arsenic pour le Goûter de Robin Stevens : un second opus tout aussi réussi que le précédent, en réinvestissant les ingrédients qui font de ces enquêtes des aventures si attachantes.
Cortex d'Ann Scott : un roman captivant dont le résumé a suffi à me convaincre de tenter l'expérience : et si une bombe explosait sur la scène des Oscars et emportait avec elle la quasi-totalité de la crème des acteurs hollywoodiens ?

J'ai bien aimé...
E.V.E. de Carina Rozenfeld : un roman qui séduit par son souci de cohérence et de crédibilité, et qui parvient ainsi à devenir tout à fait appréciable malgré une intrigue très prévisible.
Les Vigilantes de Fabien Clavel : un roman efficace qui déroule son intrigue à un rythme implacable, quitte à être un peu caricatural par certains aspects.


De très très belles relectures - sans blague.

Les quatre premiers tomes de la saga Harry Potter de J. K. Rowling que je me fais un plaisir de redéguster chaque été.
Oui, je sais, j'ai mis les sept, mais j'avais la flemme de rogner l'image. 
Et non, je ne me lasse pas. C'est même un sacrilège que de seulement me demander si je m'en lasse.
On ne se lasse jamais d'Harry Potter. C'est un principe de vie chez moi. Chez toute personne digne de vivre, en fait. 
Bref. 
C'était bien.
Et je les ai lus en anglais pour la première fois, enfin.
C'était encore plus bien, même si je reste impressionnée par le travail de traduction de Jean-François Ménard. Je vous en reparlerai, à l'occasion. 

J'ai été déçue...
The Outliers de Kimberly McCreight : Littéralement ma troisième tentative de venir à bout de ce roman. J'y suis enfin arrivée, non sans peine : intrigue abracadabrante, personnages qui perdent leurs quelques traits particuliers en l'espace de quelques chapitres, rythme déséquilibré... Malheureusement pas grand-chose de convaincant dans ce récit pourtant rédigé par la talentueuse auteure d'Amelia...
Comment je suis devenu célèbre en restant chez moi de Caitlin Moran : incompréhension, sans doute est-ce le mot le plus approprié pour décrire ma position par rapport à ce livre, premier roman que l'on espère déjanté et hilarant mais qui s'avère plutôt déstabilisant qu'autre chose malgré une introduction prometteuse...

Sur ce, excellent mois d'août à vous tous !


jeudi 27 juillet 2017

Into the Forest de Jean Hegland - Chronique n°341

Titre : Into the Forest
Auteure : Jean Hegland
Genre : Anticipation
Editions : Dial Press Trade
Lu en : anglais
Nombre de pages : 256
Résumé : 
In many ways, Nell and Eva have experienced a near-idyllic childhood, growing up miles from the nearest neighbor in the forests of northern California. Their father, an iconoclastic grade school principal, has decided to keep them out of school, and their mother has encouraged each of them to follow her own passions. As a result, Eva is determined to become a ballet dancer, while her younger sister, Nell, hopes to matriculate at Harvard.


Despite the fact that their happy world is rocked when their mother dies of cancer, they and their father are determined to carry on. Even as terrorism, a distant war, increasingly unpredictable weather, and an unstable economy, challenge the reliability of social order and infrastructure, their little family continues to hoard its resources and attempts to keep up its spirits as they wait for the lights to come back on, the phone to ring, and the lives they have been anticipating to return to them. But when their father is killed in an accident, and a dangerous stranger arrives at their door, the girls confront the fact that they must find some new way to grow into adulthood.


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Existe également en français !

Titre : Dans la Forêt
Editions : Gallmeister
Résumé (traduction de moi-même) : A tous points de vue, Nell et Eva ont eu droit à une enfance quasi-idyllique, ayant grandi dans une forêt de Californie du Nord à des kilomètres de leur voisin le plus proche. Leur père, directeur d'école iconoclaste, a décidé de les tenir à l'écart d'un établissement scolaire classique, et leur mère les a encouragées à suivre chacune de leur côté leurs propres passions. Résultat, Eva est déterminée à devenir une danseuse classique professionnelle, et sa petite sœur Nell, à intégrer Harvard. 

Même si leur petite bulle paisible se fissure lorsque leur mère est emportée par un cancer, les filles et leur père sont prêts à tout pour que la vie continue. Peu importe que le terrorisme, une guerre lointaine, un climat de plus en plus imprévisible ou une économie instable rendent l'ordre social et ses infrastructures de moins en moins fiables, la petite famille continue de faire des provisions et essaie de faire contre mauvaise fortune bon cœur en attendant que les lumières se rallument, que le téléphone sonne, et que les vies dont ils rêvaient leur soient enfin rendues. Mais à la mort de leur père dans un accident, et alors qu'un étranger menaçant frappe à leur porte, les jeunes filles sont confrontées de plein fouet à la nécessité pour elles de se propulser dans l'âge adulte... à leur façon.

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Sometimes, I just find myself appealed by a book. No matter I don't know anything about its plot, no matter I've never had a glimpse at any review of it, I feel like reading that book.
That is what happened with Into the Forest. And I am happy it did.

I will say it in a few words : this book is gorgeous
I loved every bit of it. 

The main plot-line might seem dull, but don't get mistaken. 
This is the story of two sisters. 
They lost their mother. Then their father. And the rest of their landmarks. 
They world literally fell apart, and their are left with nothing but a house full of supplies their father has been hoarding throughout time, and the vivid dream of a better future. a fantasized version of tomorrow in which Eva, the older sister, would be able to become a ballet dancer, and Nell, the narrator, to matriculate to Harvard. 
So they keep on surviving. But for how long will they be able to play pretend? What kind of life do they want to build? What kind of identities can they attribute themselves in a world they could be the only ones living in?

From the very first page of this book written as Nell's diary, the reader is completely hooked to the poetic and evocative words of Jean Hengland. You simply believe it. You are seized by the constant emergency of survival which has become the sisters' daily preoccupation, by the love that keeps them alive, by their fierce determination to carry on with dreams that belong to the past.
Although each and every part of the story might not seem deeply realistic, especially the very end, the story remains incredibly convincing, and awakes our greatest fears and human instinct. What would be left of us in Nell's and Eva's situation? What could we accomplish? Who are we without a social order to structure our lives? And of course, what is the point?

Nell's thoughts are haunting, beautiful and terrifying at the same time because of their evocative strength. Not only is the survival tale really entertaining, but the second layer of the story, a sort of parable about our human condition, is just as thought-provoking.
This book is not what you think it is. It involves many difficult and important topics in a post-apocalyptic setting, and does not fit in any particular genre. I guess you should just call it an ULO (Unidentified Literary Object!), and of course, dive into it as soon as possible !

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Il est de ces romans dont l'on ne s'explique pas l'effet qu'ils ont sur soi.
Into the Forest en fait partie.

En quelques mots : ce livre est splendide.

A première vue, des histoires de survie, on en a déjà beaucoup lu ou vu. Qu'est-ce qu'un roman supplémentaire pourrait y apporter ? 
Si l'on se concentre sur l'intrigue pure, pas d'innovation renversante, certes.
Mais c'est tout le reste qui fait de ce roman une expérience marquante et inoubliable.

Deux soeurs.
Une forêt.
Plus personne à des kilomètres à la ronde.
Une soif furieuse de survie envers et contre tout, et plus que ça, une indestructible ambition.
Pour Eva, celle de voir son talent de danseuse classique reconnu.
Pour Nell, d'engranger le plus de connaissances possibles pour intégrer l'université d'Harvard, qu'elle a érigée sur un piédestal sans même s'être décidée sur ce qu'elle pourrait y étudier. 

Plus d'électricité, d'Internet, de parents, de voisins, d'activité humaine.
Des dizaines et des dizaines de boîtes de conserve et quelques sachets de thé à économiser précieusement.
Leur horizon pourrait se réduire à cela, mais c'est sans compter sur la plume de Nell, qui court dans le cahier que sa soeur a retrouvé dans un recoin de leur maison.

Elle raconte sa détresse, un peu, mais surtout sa détermination qu'on aurait envie de qualifier d'aveugle, beaucoup. 
Elle laisse libre court aux craintes qui l'agitent, sans non plus se complaire dans son malheur. Son écriture sensible, son rythme si particulier, allant et venant dans le temps au rythme de sa nostalgie, se concentre petit à petit sur l'instant présent et enfin sur l'avenir, s'arrachant aux habits pesants d'un passé révolu. Ses rêves encore empreints d'enfance laissent petit à petit place à une certaine désillusion, mais surtout à l'espoir d'un futur à construire, enfin. Au fil des pages se déploie la force évocatrice d'un récit fourmillant de détails, autant d'instants de vie qui donnent à voir ce qui fait l'humanité telle que l'on peut se l'imaginer.

Quelle part d'humain nous resterait-il en effet si toutes nos structures sociales venaient à s'effondrer ? 
Quels rêves poursuivrions-nous dans le monde terrifiant mais curieusement si crédible de Nell et d'Eva ? 
Que pouvons-nous construire aujourd'hui qui résisterait à la fin du monde telle qu'elles l'ont vécue ? 
Qu'est-ce qui vaut véritablement la peine que nous y consacrions de l'énergie ? 

Autant de questions évoquées dans un ouvrage intense et subtil, qui se savoure aussi bien sur le plan d'un récit classique mais prenant que d'un second plan plus métaphorique, presque une parabole en réalité, qui réfléchit à notre condition humaine.

C'est aussi poétique que dur, aussi fictif que profondément crédible, aussi cru que sensible. Into the forest n'est pas ce qu'il a l'air d'être : il ne pourra que vous surprendre. Il parvient en peu de pages à instaurer une atmosphère intimiste bouleversante, une oppression à laquelle on ne peut se soustraire, et qui est de toute façon trop captivante pour que l'on veuille la quitter. Le sujet post-apocalyptique est finalement un prétexte plus qu'autre chose pour s'attaquer à des problématiques essentielles, et cela ne rend le livre que plus passionnant et digne de votre attention :

Note attribuée : 9,5/10

Au fait, au fait. Une adaptation cinématographique a été réalisée - avec Ellen Page, s'il vous plaît -, disponible sur Netflix, et qui devrait sortir prochainement en France. Je vais me dépêcher de la regarder, et si vous êtes intéressés, je vous donnerai mon avis !