La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 21 avril 2018

Blonde de Joyce Carol Oates - Chronique n°410

Titre : Blonde
Auteure : Joyce Carol Oates
Genre : Biographie (mais c'est plus compliqué que ça) | Contemporaine
Lu en : anglais
Editions : HarperCollins
Résum
é : In this ambitious book, Joyce Carol Oates boldly reimagines the inner, poetic, and spiritual life of Norma Jeane Baker—the child, the woman, the fated celebrity and idolized blonde the world came to know as Marilyn Monroe. In a voice startling, intimate, and rich, Norma Jeane tells her own story, that of an emblematic American artist—intensely conflicted and driven—who has lost her way. A powerful portrait of Hollywood's myth and an extraordinary woman's heartbreaking reality, Blonde is a sweeping epic that pays tribute to the elusive magic and devastation behind the creation of the great twentieth-century American star.

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Existe également en français

Titre : Blonde
Editions : Le Livre de Poche

Résumé"La Belle Princesse est condamnée à chercher dans les yeux des autres la confirmation de sa propre existence." Cette phrase résume bien la Marilyn étonnamment inédite que propose une grande dame de la littérature américaine. Il s'agit bien ici en effet de littérature : Joyce Carol Oates se glisse dans la peau de la star qu'elle interprète à sa manière, ignorant délibérément certains épisodes, en ajoutant consciemment d'autres. La star qu'on rencontre incarne avant tout une petite fille nommée Norma Jean, née de père inconnu, dans une famille frôlant la folie. Une jeune fille qui fit tout pour s'en sortir. Sans concession et admirablement raconté, le portrait fort et militant d'une grande actrice qui fut d'abord une femme victime d'un monde d'hommes. 

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Some books please us. Some books amuse us. 
And some books change us. 

And Blonde is one of the latter. 

This might be quickly described as a biography, but it is much more than that. 
If I were to put words on it, I would say it's a combination of a literary fiction, but also a game with reality, with a touch of myth deconstruction and an analysis of the limits of the human mind.
And this mixture forms an incredible, never-seen-before, unforgettable book, with surpasses even the concept of book, and becomes a true literary, human and sensorial experience. 

From the very first page and until the very last one, the reader gets lost and amazed by Oates' unique and whimsical writing. She manages to keep constant its interest towards the book during hundreds of pages, and even to increase it as the tension escalades and the ineluctable ending approaches. 

I had never seen before an author master to that level the art of shifting between different points of vue, by creating some, combining others, sometimes leaving unclear who exactly is speaking, but always managing to reach the right level of emotion, the essence of the character, the exact thing the narrator means. And that's what's most difficult in this weird job of writing fiction. Getting it. The desperation, or the hope. Anger, vertigo, disorientation, dizziness, euphoria, it's all there, in those poetic and almost magical words that might come from Norma Jeane herself, from God, from the devil, from this annoying voice in her head, from Death, from anyone. 

I had never rooted with such passion for a character before whilst knowing he's on the road to his own ruin. I had almost never felt so deep and so hard for an individual whose story took place miles and decades away from me, whom I share so little with, whom I would never have been able to meet. But still, I was with her, I followed her in health but mostly in sickness, I lamented her - multiple - poor decisions, I was under the impression that I understood her in her entirety, that I was beyond the legend that has been built around her, that I had transcended the myth to grasp the human being. 
And that's thanks to Oates' mastery. 

The book perfectly unravels Marilyn's life at both a microscopical and a macroscopical level:  her intimity, and the system around her, the machinery that will absorb her name, her past, and then her health and her individuality. It's terrifying. It's fascinating. 

I'm not afraid to say it's one of the best novels I have ever read, and I already know I will reread it in the future. Blonde was a revelation to me, both as a reader and as an aspiring writer. Never before had I experience such an immersion, such a violence withing a book also, and such involvement from an author in his own work. This book bursts with passion and sin, grandeur and dishevelment, sublime and horror. 

Blonde was a tremendous bet, and not only did it win it, but it even surpassed it. This is fiction, yes, but it sounds so right, so cleverly-crafted at all points that when closing it, one cannot but believe that's how it happened. 

Don't wait anymore. Drop everything. Read the damn book.

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Certains livres nous plaisent. Certains livres nous amusent. 
D'autres nous changent.
Et Blonde en fait partie. 

Blonde, c'est un roman imposant aussi bien par son sujet que par sa forme : une biographie romancée de l'icône qu'est devenue Marilyn Monroe, développée en près de 1000 pages dans une prose foisonnante et quasi chaotique. 

On pourrait s'arrêter au terme de biographie, mais Blonde est bien plus que cela, à la fois fiction littéraire, exploration des limites du réel, déconstruction d'un mythe et dissection minutieuse des méandres de l'esprit humain. Et tout cela forme un mélange aussi inédit que marquant, une véritable expérience littéraire, humaine et sensorielle. 

De la première à la toute dernière page, on est happé et troublé par la plume lyrique et quasi mystique d'Oates, qui parvient à maintenir une tension non seulement constante mais croissante au fur et à mesure que le dénouement inéluctable se rapproche. C'est une écrivaine au talent comme on en voit peu, notamment en ce qui concerne la maîtrise des différents points de vue, sans doute l'exercice le plus périlleux de ce drôle de métier qu'est écrire de la fiction. Elle parvient à la perfection à alterner entre différentes perspectives, à en créer, à laisser planer le doute sur l'entité qui s'exprime, mais surtout à saisir l'essence de chacune, ce qui la motive, ce qu'elle croit profondément. Elle saisit ça, ce qui compte, l'espoir ou le désemparement, l'euphorie ou les tréfonds de la dépression, l'angoisse, le vertige, elle les met dans ses mots déstabilisants mais toujours si justes, qu'ils viennent de Norma Jeane, de la petite voix dans sa tête, de Dieu, du diable, de la Mort, de n'importe qui. 

Il est également impressionnant de voir à quel point on s'attache à un personnage avec qui on ne partage rien, qui a vécu à des kilomètres et des décennies de soi, que l'on ne connaît pas et que l'on ne connaîtra jamais au-delà de la légende que les années ont forgé autour de lui. 
Et pourtant. 
Et pourtant le charme de la littérature opère, les mots font sens et donnent sens, et on est avec Marilyn - on est Marilyn ? -, on la soutient, on la supporte, on la perd, on la comprend au point de ne plus parvenir à imaginer que les événements aient pu se dérouler autrement une fois le livre refermé.  On a le sentiment de transcender la légende pour enfin atteindre l'être humain, Norma Jeane, ou Marilyn, l'actrice blonde, peu importe le nom qu'on lui donne, si fragile, si humaine, bien loin du monstre de beauté des néons et des affiches hollywoodiennes. On comprend surtout particulièrement bien son environnement, grâce au talent avec lequel Oates décortique aussi bien l'intimité de l'actrice que le système qui la surplombe et va petit à petit la vider de sa substance, en lui prenant son nom, son libre-arbitre, sa santé, sa raison de vivre. 

C'est terrifiant. C'est maîtrisé. C'est fascinant. 

Je n'ai pas peur d'affirmer qu'il s'agit de l'un des meilleurs romans que j'aie eu l'occasion de lire, et je sais déjà que je le relirai, pour sa richesse, sa complexité, l'impression qu'il a fait sur moi. Blonde agit comme une révélation, révélation du réel, révélation artistique, mystique presque, un récit débordant de passion, de pouvoir, de folie douce ou furieuse, d'une violence saisissante, de dévouement de la part de son auteure. Grandeur, décadence, beauté, perte, tout se mêle, se sublime et se dégrade. C'était un pari risqué, mais ô combien réussi, et ce d'une façon ô combien intelligente. 

Qu'est-ce que vous faites encore là ? Allez, on lâche tout, et on va lire cette merveille.


mercredi 18 avril 2018

Le Dernier Royaume acte V : L'Ouragan de Cristal de Morgan Rhodes - Chronique n°409

Titre : Le Dernier Royaume acte V - L'Ouragan de Cristal 
Auteure : Morgan Rhodes
Genre : Fantasy
Editions : Michel Lafon
Lu en : français
Nombre de pages : 421

Ce résumé déborde de périlleux spoilers, donc ne le lis pas si tu n'as pas lu les 4 tomes précédents, jeune Padawan, mais sache que ma chronique est complètement dépourvue de ces terribles divulgachâges !

Résumé : MAGNUS et CLEO devront tester la force de leur amour face au retour du terrible roi du Sang, en quête de rédemption.
LUCIA, enceinte de l'enfant d'une Sentinelle, est prête à tout pour accomplir la prophétie qui assurera la survie de son enfant, avant que la magie en elle s'éteigne définitivement.
AMARA a pris le trône de Mytica de force mais se retrouve dans l'incapacité de déchaîner la magie de l'Eau du cristal qu'elle a volé. Sans ce pouvoir, la gloire et la vengeance restent hors de portée.
JONAS, de retour à Mytica, souhaite renverser Amara, mais le destin le pousse sur le chemin de la belle princesse Lucia qui entraîne le rebelle dans une périlleuse aventure.

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Un grand merci aux éditions Michel Lafon et en particulier à Camille pour cet envoi !

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J'avais besoin d'une histoire prenante, bien ficelée, pas forcément la plus originale dans sa forme ou dans son fond, mais une véritable plongée dans un univers. Et s'il y a bien une auteure qui parvient à ce résultat, et ce depuis quatre romans, c'est Morgan Rhodes.

Son histoire n'a a priori rien de folichon, son écriture non plus, et pourtant, par une certaine constance, le charme opère. Encore une fois, il y a bien plus original, la plume est parfois un peu plate, et on peut trouver des titres qui prennent plus de risques, mais il faut reconnaître au Dernier Royaume une efficacité redoutable, un rythme parfait et surtout un travail des personnages aux petits oignons. Cette saga tient ses promesses, s'améliore même au fil des tomes en assombrissant son ton à chaque fois, et n'a jamais échoué à offrir divertissement, frissons et enthousiasme à ses lecteurs. Et c'est ce dont j'avais besoin.

Morgan Rhodes a le sens du récit, des transitions, de l'attente, et sait multiplier les points de vue en veillant à ce qu'aucune confusion ne puisse être possible pour le lecteur. Les péripéties se multiplient de façon bien dosée et toujours saisissante, les révélations et autres coups de théâtre qui font le sel de la saga ne manquent jamais de survenir lorsque l'on les attend le moins, et le résultat est pour le moins détonnant. 

Les personnages sont indéniablement la force de cette hexalogie - un sixième tome viendra en effet conclure la série - : leurs personnalités sont hautes en couleur, plutôt bien nuancées, et évoluent surtout de façon crédible et juste depuis le premier volume. La romance avait parfois eu tendance à prendre un peu trop le pas dans les tomes 3 et 4, mais ici l'action reprend bel et bien sa place, laissant la part belle aux complots politiques, et étendant toujours l'ambition du récit. 

Je parlais plus haut de constance, et c'est bien cela qui frappe le plus avec cette série dont l'avant-dernier tome est à l'image des autres : la cohérence des personages, la façon extrêmement plaisante dont les différentes intrigues se rejoignent, le sentiment de surprise mais aussi d'approbation que l'on éprouve face à la tournure des événements, tout fait preuve de cette application, non pas scolaire, mais sincère. 

Tempête de Cristal était donc une lecture profondément satisfaisante dans le sens où elle apporte toute l'immersion, les rebondissements et les intrigues politiques qu'on attend d'elle. Pas de réinvention du genre ou de prise ultime de risque, mais c'est de la high fantasy comme on l'aime, et mine de rien, on a aussi besoin de récits pleins d'aventures magiques, d'alliances machiavéliques et de trahisons assassines, surtout lorsqu'ils sont bien exécutés comme ici.

samedi 7 avril 2018

Shorba - L'Appel de la Révolte de Gaspard Flamant - Chronique n°408

Titre : Shorba - L'Appel de la Révolte
Auteur : Gaspard Flamant
Genre : YA | Contemporain
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 215
Résumé : 
Depuis qu'on a abandonné le lycée, il nous reste pas grand- chose, à part le pied des tours. Nous, c'est mes deux potes et moi, Shorba.

Mais on a rencontré Léo, et tout a changé.
Léo, c'est un gars de trente balais, un gauchiste vraiment pas de notre monde. Il nous montre des choses qui se passent juste à côté de chez nous mais qu'on n avait jamais vues. Il nous apprend plein de trucs des trucs de militants. On danse dans des bidonvilles, on rencontre des sans-papiers. Et pour finir, on a décide d'ouvrir un squat dans une villa de bourges pour aider les migrants.
En vérité, pour Shorba, petit rebeu de Vénissieux, cette rencontre avec Léo, c'est une putain de Révolution.
 

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Lucie pour cet envoi !

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Shorba et ses amis ne sont pas allés au lycée depuis des mois. Au lieu de ça, ils traînent leur ennui et leur désillusion au pied de leur immeuble, en fumant des joints, parce que ça fait passer le temps plus vite. 
Mais ça, c'était avant de rencontrer Léo. 

Léo, et sa tête de hippie et de paysan à la fois, Léo et ses projets un peu fous  mais carrément enthousiasmants, Léo qui a l'air d'en avoir bavé, Léo qui les entraîne petit à petit au-delà de leur zone de confort, dans un quasi rite d'initiation à ce que signifie être humain, et plus largement, vivre et se révolter. 

Shorba, c'est cette lente et bouleversante transition entre désoeuvrement et engagement, lassitude et conviction, sécession et communion. C'est une histoire portée par une plume brute, sans fards, qui investit à la perfection la voix de Shorba, à un rythme qui fait mouche : un peu décousu parfois comme peuvent l'être nos pensées, saccadé comme nous le sommes lorsqu'un projet nous enflamme, mélancolique comme lors de ces instants de doute ou de simple calme plat que nous connaissons tous.

C'est un roman qui réussit de façon saisissante à faire s'identifier son lecteur à un personnage avec lequel il ne partage pas forcément grand-chose. Pour en revenir de façon bien égocentrique à ma petite personne, comment faire en sorte que moi, jeune fille parisienne qui vit dans des conditions privilégiées et qui a la chance de faire les études qu'elle a choisies, je puisse m'identifier à Shorba, que je n'aurais jamais rencontré si jamais il avait réellement existé, et de qui tout me sépare ? Mission a priori impossible, non ? 


Et c'est pourtant là que le miracle opère, que le roman prend tout son sens. On n'a rien en commun, et pourtant on se comprend, on partage ces quelques 200 pages en empathie absolue avec le narrateur, dans un combat universel, celui de donner un sens à sa vie et de laisser les autres lui en donner un.
On se retrouve immergé en prison, dans des braquages, au pied d'une barre d'immeubles HLM, dans un squat où des familles de réfugiés peuvent s'abriter, dans des situations qu'on a trop souvent tendance à résumer à une ligne froide et impersonnelle dans un article de journal. Elles ne sont pas idéales, loin de là, mais elles sont humaines, et rien que pour cela et à cause de cela, on leur doit intérêt, analyse, réflexion. Et c'est ce qu'accomplit Shorba, un texte qui rend hommage non pas à la tolérance mais bien à la communion. 


Et on a besoin de romans comme Shorba, parce que c'est ce qu'un récit peut nous offrir de meilleur, l'exemple pur et parfait du grand paradoxe qu'est la littérature : il n'y a rien de tel que la fiction pour donner vie et rendre justice au réel. 

On a besoin de romans comme Shorba, parce que cette histoire vient accoler le terme "révolte" à celui "d'humanité", et vient nous extirper de cette passivité satisfaite dans laquelle il est si facile de se complaire. 

Alors lisez ce livre, bon sang de bonsoir. 



lundi 2 avril 2018

Bilan du mois [Mars 2018]

Bonjour à tous !

Mars a encore une fois été un mois très dense, avec une première quinzaine où je n'ai que très peu lu à cause de multiples événements et autres empêchements, puis une deuxième où je me suis rattrapée avec délices. Il ne me reste désormais plus qu'à plonger dans le déni du fait que je vais avoir de plus en plus de travail avec la fin du semestre, et lire de façon toujours plus déraisonnée, parce qu'il y a tant de livres que je voudrais lire et si peu de temps pour le faire

En ce qui concerne le blog, je réfléchis de plus en plus à de nouveaux formats, à des thèmes différents - la littérature est l'amour de ma vie mais elle n'est pas le seul. Je pratique la polygamie culturelle - des billets d'humeur, bref, j'aimerais que ça bouge. NOUS VERRONS BIEN.
Voici donc mes dix lectures du mois : 

Le coup de cœur du mois...
Blonde de Joyce Carol Oates : un roman assez hors-normes qui retrace la vie de Marilyn Monroe en brisant complètement les codes de la biographie, poussant l'extrapolation jusqu'aux limites de la fiction sans jamais non plus l'atteindre, le tout servi par une plume assez incroyable de maîtrise et un potentiel d'immersion inouï. Je n'ai jamais rien lu de pareil. 

J'ai adoré...
Eugenia de Lionel Duroy : un roman historique extrêmement prenant au contexte et aux problématiques originales - Roumanie, Seconde Guerre mondiale, intolérance, intégrité et engagement artistique - et traités de façon vraiment satisfaisante. Les personnages pâtissent un peu de la richesse du fond, mais bon, en toute honnêteté ce n'est pas tant un défaut du roman qu'un choix de l'auteur. 
J'ai égaré la lune d'Erwan Ji : bon, alors, pour être honnête, je l'ai lu il y a deux mois, mais comme il n'est sorti qu'en mars, je ne vous en reparle que maintenant - et puis depuis que je l'ai terminé, j'en ai déjà relu quelques passages que j'aime beaucoup, alors voilà, ça compte pour mars. ET J'ADORE CE LIVRE. Il fait fondre mon petit coeur et briller mes yeux. Je vous en reparlerai plus amplement, parce qu'il le mérite. Erwan Ji parvient à la fois à reprendre ce qui rendait J'ai avalé un arc-en-ciel savoureux, mais offre en même temps un livre vraiment différent, plein d'idées, de personnages et de décors nouveaux, et d'une multitude de surprises exquises. J'ADORE. 

J'ai beaucoup aimé...
The Song of Achilles de Madeline Miller : une réécriture de l'Iliade centrée sur la relation entre Patrocle et Achille -  la nature de cette relation était d'ailleurs l'une des obsessions majeures de ma professeure de grec ancien de première. Hommage à elle si par un hasard inexpliqué elle passe par ici -, très prenante, surtout dans sa dernière partie, qui arrive particulièrement bien à nous faire vibrer pour Patrocle, un personnage sur lequel on s'attarde généralement assez peu et qui a ici droit à un portrait tout en finesse et en aspérités.
Shorba - L'Appel de la révolte de Gaspard Flamant : encore une réussite Exprim' - y a-t-il encore besoin de le préciser ? - pour un roman puissant, concret, sensoriel, qui fait appel au coeur et au corps du lecteur, à ses instincts, à ses élans, à ses aspirations. ET ON ADORE. 
The Shape of Water de Guillermo del Toro et Daniel Kraus il s'agit bel et bien d'un roman à part entière et non pas du script du film : le projet est double, même si on a bien plus entendu parler du long-métrage que du livre... Et pourtant je dois avouer que j'ai de loin préféré le roman au film, notamment parce qu'il permet de bien mieux comprendre les personnages et leurs intentions, et qu'il offre énormément de détails essentiels pour qui cherche à vraiment plonger - sans mauvais jeux de mots - dans cette histoire onirique. Les deux sont complémentaires : le roman manque peut-être de cette capacité à créer des visuels, une imagerie iconique, le film manque d'aspérités en général et de complexité chez ses personnages. 

J'ai bien aimé...
See you in the Cosmos de Jack Cheng : un roman jeunesse très réussi, au héros atypique et touchant, dont l'auteur excelle à retranscrire le point de vue d'un petit garçon solitaire, transporté par ses propres rêves et contraint de grandir trop vite...
Sauveur et fils saison 4 de Marie-Aude Murail : la saga s'essouffle un peu mais reste délicieuse à savourer, avec des personnages auxquels on s'attache de plus en plus et un ton toujours aussi bienveillant. 
Les Prix d'Excellence de Régis Wargnier : une lecture ambitieuse et prenante dont le style un peu explicatif - l'auteur vient du cinéma, ceci explique cela - m'a parfois un peu dérangée, mais dont je ressors dans l'ensemble très satisfaite. 


Je suis mitigée...
Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? de Soledad Bravi et Dorothée Wagner : soyons clairs, j'adore Soledad Bravi, je la vénère, elle m'inspire, et je ne peux que saluer la démarche de ce petit ouvrage qui propose de retracer la chronologie des inégalités entre femmes et hommes. Et le tout est en soi bien réalisé, distrayant, simplement je regrette vraiment la superficialité du propos et le manque d'approfondissement, même si je réalise bien que l'idée est plutôt d'offrir une première lecture à des "non-initié.e.s". Pourquoi pas donc si vous n'avez jamais rien lu sur le sujet, auquel cas vous serez sans aucun doute intéressé, mais si vous avez un peu plus de connaissances, vous n'apprendrez pas grand-chose.
Même si bon, les dessins de Soledad Bravi sont toujours un délice. 

Sur ce, je vous souhaite un excellent mois d'avril !