La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 28 décembre 2019

Les Choses Humaines de Karine Tuil - Chronique n°498

Titre : Les Choses Humaines
Autrice : Karine Tuil
Genre : Contemporain
Editions : Gallimard (collection Blanche)
Date de parution : 2019
Lu en : français
Nombre de pages : 352
Résumé : 
Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale.

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On le sait, à ce stade, Karine Tuil n'aime rien tant que les romans contemporains à visée sociologique, les portraits de son temps brossés à l'aide de personnages-clés, aux types soignés et aux parcours caractéristiques de certaines dynamiques de l'époque que l'on traverse. Dans L'Invention de nos vies, elle s'interrogeait sur l'identité, l'idée de communauté, la réalisation des ambitions, dans L'Insouciance, elle questionnait une certaine forme de violence contemporaine, à la fois intime, politique et interculturelle, et ici, dans Les Choses Humaines, elle s'intéresse enfin aux dynamiques de genre, à la domination masculine, aux questions éminemment cruciales du consentement et de sa "zone grise", et enfin du viol. Un sujet plus qu'épineux, qu'elle lie - de façon assez pertinente - avant tout au thème des luttes de pouvoir et des déséquilibres d'influence.

Les Choses Humaines est donc l'histoire d'un scandale, d'une déchéance, d'une impossibilité à réconcilier deux visions d'un même fait. D'un côté, l'accusé, pour qui la relation sexuelle en question était presque un non-événement, un échange consentant à un moment donné qui ne lui aurait jamais laissé de véritable souvenir si la justice ne s'était pas saisie de l'affaire, et de l'autre, la victime, qui dénonce un viol et fait part d'un traumatisme dévastateur. 

Le roman repose presque entièrement sur le sujet de l'ambivalence, de la dualité, de l'ambiguïté. Les deux parties reçoivent exactement le même traitement, la même considération, le même poids dans les négociations. On éclaire les deux versions des faits en leur accordant le même crédit, on les rend toutes deux plausibles, sans rien taire de la souffrance sans nom de la victime, mais sans jamais non plus montrer quoi que ce soit chez l'accusé qui pourrait indubitablement prouver sa culpabilité. En tant que lecteur, on est immergé dans un malaise sans nom, à la fois enclin à soutenir la victime, et malgré tout régulièrement pris de doute : de quoi parle-t-on, au fond ? Qui a raison ? L'agresseur supposé avait-il vraiment conscience de ce qui s'est passé - et qu'est-ce qui s'est passé, au juste ? Ne pas réaliser que l'autre partie n'était pas consentante le rend-il plus ou moins coupable ? 

L'autrice parvient avec une efficacité redoutable à maintenir son lecteur dans un tiraillement déchirant, qui le pousse à engloutir tout son récit d'une traite, effaré, malmené, mais malgré tout magnétisé par le besoin de savoir, de se faire opinion et de faire justice, au moins en lui-même. Elle s'attache à décrire la très controversée et très insaisissable idée de la "zone grise", de ces cas entre-deux dont rien ne permet vraiment de trancher de la gravité, de toutes ces affaires où le coupable a tous les airs de l'être sans que jamais on ne puisse en avoir l'intime conviction. En cela, Les Choses Humaines réussit son pari, soulignant cette situation de doute sans jamais aller remettre en doute la parole de la victime, sa souffrance, ni son besoin de réparation, ou au moins de reconnaissance. Le roman ne va jamais non plus questionner certaines données incontestables, telles que la relation déséquilibrée entre hommes et femmes, l'écrasante majorité d'hommes accusés de tels actes, la cruauté de ces jugements, qui peuvent parfois mener à une exposition presque indécente. On peut peut-être regretter que certains points ne soient pas vraiment abordés, comme les défaillances biais de la justice envers les femmes spécifiquement, ou le fait qu'une infime minorité de cas de viols font l'objet de plaintes, et encore moins de jugements. Le roman peut ainsi donner l'impression d'un procès qui se fait "automatiquement", quand la réalité est souvent infiniment plus complexe. Le tout fait preuve d'un véritable équilibre malgré tout. C'est un "roman de son époque", balancé, exhaustif, inquisiteur.

On peut regretter une certaine froideur, un côté assez superficiel du propos, avec une écriture toujours très fonctionnelle qui ne permet pas vraiment de percer la carapace des apparences. On pointe très bien du doigt ce qui ne va pas, on le décrit avec une belle précision, mais le tout semble parfois un peu vain. Les personnages sont avant tout faits pour rentrer dans un certain profil socio-professionnel (le vieux journaliste blanc et riche qui se refuse à quitter une situation qu'il s'est construite tout seul, l'intellectuelle qui peine à établir ses convictions, le fils à papa complètement torturé par le besoin de faire aussi bien que son père, la jeune fille muselée par une éducation religieuse extrêmement stricte), et l'intrigue donne un sentiment de "recette parfaite" minutieusement déroulée, sans véritable réalisme, sans corps, sans surprise, sans aspérités, une sorte de cas d'école analysé avec intelligence, mais qui n'arrive finalement pas à donner de véritables lignes de conduite sur les solutions à mettre en place dans la vraie vie, les conduites à adopter, les situations que l'on risque de rencontrer. Les Choses Humaines est indéniablement une oeuvre réussie, notamment dans sa seconde partie consacrée au procès, un long, pénible, insoutenable moment littéraire où la plume de l'autrice rend à merveille la tension et le malaise de toute une société, mais il ne parvient pas - encore - à être plus qu'un parfait produit littéraire bien pensé, pesé sous toutes les coutures. Ça reste, quelque part, un peu trop mécanique, logique, pragmatique, quand on sait que la réalité est souvent bien plus brouillonne, chaotique et débordante de choses humaines sales, vicieuses, et tellement loin d'être harmonieuses. 

mercredi 25 décembre 2019

Le Bal des folles de Victoria Mas - Chronique n°497

Titre : Le Bal des Folles
Autrice : Victoria Mas
Editions : Albin Michel
Date de parution : 2019
Genre : Historique
Lu en : français
Nombre de pages : 
Résumé : Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.
Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

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Chaque année, à la rentrée littéraire, il y a quelques surprises, quelques révélations, quelques percées dans la masse de nouveautés. En 2019, il y a eu Le Bal des Folles, ses multiples prix dont le Renaudot des Lycéens, l'enthousiasme assez unanime qu'il a suscité à sa parution. Ancré dans le Paris du XIXème siècle, le roman décrit le sort de femmes internées à la Salpêtrière pour hystérie, folie ou manie en théorie - toutes formes d'anomalies par rapport au diktat de la femme conforme en réalité. Elles sont célibataires, mystiques, amoureuses, bizarres, rebelles, elles ont souvent plus de problèmes avec les autres qu'avec leur propre santé, mais le résultat est le même : elles croupissent entre les quatre murs de leur asile, où elles subissent les expérimentations du docteur Charcot, qui ne se prive pas de les exposer au public pour répandre la légende de son génie scientifique.

L'objet du titre - et de la curiosité du lecteur -, le bal des folles, est quant à lui une tradition de la mi-carême consistant en un grand bal auquel est convié le Tout-Paris, avec en clou du spectacle la présence des folles de la Salpêtrière, déguisées, intégrées pour une soirée seulement au reste de la société.

On est d'accord : cette idée est formidable, et ce synopsis est purement alléchant. Ajoutez à cela l'aura de critiques positives qui flotte au-dessus de cet ouvrage, et vous atteignez un niveau d'enthousiasme assourdissant. Malheureusement, dans mon humble cas, la déception n'en a été que plus profonde. Que ce soit sur le plan de l'écriture, de l'intrigue ou du propos général du roman, tout m'a paru curieusement fade, inachevé, brouillon, aboutissant à un ouvrage insaisissable et terriblement frustrant.

Le style en lui-même n'a rien de catastrophique, mais on ne peut pas dire non plus qu'il marque par une poésie spécifique ou un sens du rythme particulier. Les phrases sont informatives, efficaces certes, mais assez fonctionnelles, tandis que la façon dont les personnages sont présentés demeure très explicite, conventionnelle. On nous explique plus qu'on ne suggère, et cela se confirme tout au long du récit, au fur et à mesure que les intrigues se déroulent de façon finalement assez prévisible. Quant au fameux bal des folles, la pièce de résistance, il est assez décevant de constater qu'il n'est pas abordé avant les tous derniers instants du récit, l'espace de quelques pages seulement, avec finalement assez peu de péripéties palpitantes ou de descriptions marquantes. On a donc le sentiment d'avoir signé pour un autre livre que celui que l'on a entre les mains, qui n'a encore une fois rien de vraiment mauvais, mais qui n'est finalement qu'une classique histoire chorale avec plusieurs personnages féminins, comportant chacun un trait de personnalité majeur et une quête principale, qui convergent plus ou moins vers le dénouement (et encore, toutes n'ont pas droit au même traitement ni au même degré de résolution). Certes, ça reste équilibré en terme de narration et ambitieux au niveau du choix du sujet, mais le traitement reste dans la retenue, avec un récit bref, fait d'ellipses et de descriptions rognées, et des parcours décrits de façon trop superficielles pour être véritablement impactants. Même les scènes censées être choquantes ou éprouvantes s'avèrent finalement assez oubliables, tant le lecteur est maintenu à distance du récit par la plume strictement factuelle de l'autrice. 

Le Bal des Folles n'était donc pas le roman pour moi : fluide certes, mais trop peu exigeant dans son déroulement, sa conclusion et sa forme à mon sens. Le sujet aurait pu être intéressant, mais le tout manque cruellement d'originalité, de saveur, de piques de la part de l'autrice qui aurait pu aller tellement plus loin en termes de dénonciation, d'investissement, de parallèles avec notre époque ou même d'approfondissements de la période historique qu'elle a choisie comme décor. Une déception malheureusement renforcée par le potentiel que l'ouvrage montrait dans ses premières pages. 

vendredi 20 décembre 2019

L'Héritière, Le Prétendant, Femme de Tête d'Hanne-Vibeke Holst - Chronique n°496

Titre : L'Héritière, Le Prétendant, Femme de Tête
Autrice : Hanne-Vibeke Holst
Genre : Contemporain
Editions : Héloïse d'Ormesson/Pocket
Nombre de pages : 608/752/994
Résumé du premier tome : Ce n'est pas la nouvelle vie que Charlotte Damgaard s'imaginait. Elle s'apprêtait à partir pour l'Afrique, à suivre son mari avec leurs jumeaux. Jusqu'à l'appel du Premier ministre danois qui lui propose un ministère. Une opportunité qu'elle ne peut refuser, mais un choix lourd de conséquences.
Au cœur du gouvernement, Charlotte connaît une ascension fulgurante qui l'expose aux intrigues et aux scandales médiatiques. Jusqu'où est-elle prête à aller ? Tiraillée entre sa carrière et sa vie de famille, parviendra-t-elle à préserver son intégrité et sa vie privée ?

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Un pays : le Danemark. Une obsession : le pouvoir. Trois romans, trois personnages principaux, pas loin de 2500 pages de péripéties politiques, médiatiques, à la lisière du privé et du public, bref, un délice romanesque que je ne saurais trop vous recommander en cette période hivernale. 

La trilogie danoise d'Hanne-Vibeke Holst est assez remarquable pour la constance de la tension qu'elle instaure, de l'intérêt des personnages qu'elle décrit et de la crédibilité des situations qu'elle met en scène. Sacrée performance quand on sait qu'elle couvre près d'une dizaine d'années de bouleversements politiques à l'échelle d'un pays tout entier. Le récit débute au commencement des années 2000, avec la nomination surprise d'une novice en politique au très convoité poste de Ministre de l'Environnement, Charlotte Damgaard. Charlotte est certes une militante environnementaliste réputée, mais personne n'aurait été jusqu'à l'imaginer se hisser à une telle fonction. C'était sans compter sur le Premier Ministre, et surtout sur son bras droit, Elisabeth Meyer, qui place en Charlotte tous ses espoirs. Très vite, le choix audacieux de la jeune femme s'avère payant : par sa fraîcheur, son dynamisme, son intégrité, elle acquiert une certaine notoriété, et se prend à rêver de davantage... quand bien même sa nouvelle vie ne vient pas sans certains tiraillements, dont un dilemme terrible entre ses ambitions politiques et sa volonté de préserver son couple et sa famille. Un trope classique, certes, mais traité ici avec ampleur, ambition et subtilité, tout au long d'un premier tome qui ne se repose tout simplement pas, et qui ouvre avec brio une trilogie dont on s'avère très vite incapable de se détacher.

L'intrigue se poursuit plus tard en se concentrant dans le deuxième tome sur un autre politicien particulièrement charismatique, puis dans le troisième tome sur la formidable capitaine qu'est Elisabeth Meyer, choisissant à chaque fois de nouvelles tonalités, de nouveaux sujets à exploiter, avec toujours une même dichotomie centrale entre intimité et vie publique, instrumentalisation et protection. Couple, maladie, famille, amour, valeurs, autant de thèmes parfois un peu éculés dans ce genre littéraire, que Holst parvient à traiter avec beaucoup de ressource et de sincérité, et surtout sans jamais forcer le trait ou aller chercher des scènes débordantes de pathos là où de simples interactions tout en retenue font largement le travail. 

Le style en lui-même de l'autrice n'est certes pas la raison majeure qui pousse le lecteur à continuer sa lecture, mais il est loin d'être purement fonctionnel pour autant. Il y a une personnalité dans la plume de l'écrivaine : intransigeante, radicale, à l'image de la détermination froide de ses personnages et du caractère impardonnable du système dans lequel ils se sont engagés. Holst manque parfois de naturel dans ses dialogues ou ses descriptions, mais elle veille à faire preuve d'une certaine inventivité dans sa narration, et maintient dans tous les cas un même niveau de fluidité et d'efficacité. Le tout est avant tout fait pour être cohérent et prenant : avec une intrigue aussi riche en rebondissements, il aurait de toute façon été contre-productif de vouloir faire autrement, et on ne peut nier que le résultat est réussi. En un mot : ça se dévore. Le premier tome s'impose comme le plus réussi, grâce au formidable personnage de Charlotte, clairement novice mais pas facilement impressionnable pour autant, grâce à laquelle on découvre petit à petit les arcanes de la politique danoise, et pour laquelle on éprouve d'entrée de jeu une irréversible sympathie. Ses problématiques sont attachantes, ses évolutions convaincantes, le roman défile en un rien de temps : clairement rien à redire. 

Le pari du second tome est assez osé, surtout pour un roman paru il y a près de quinze ans, parfois manquant un peu de subtilité dans son traitement, mais globalement maîtrisé. Il en va de même pour le troisième, peut-être le moins fluide des trois - notamment en raison de ses près de 1000 pages de long, dont une petite partie aurait à mon sens pu être rognée -, qui apporte une conclusion parfaite à cette longue série, après un récit qui s'essouffle certes de temps à autre mais qui porte un message très pertinent sur l'idée de l'engagement, de la loyauté, des convictions que l'on peut avoir et de la façon dont on les défend.  

La trilogie s'avère donc plaisante à plus d'un titre, cohérente, soignée, pédagogue sans non plus prendre ses lecteurs de haut, et offre un vrai divertissement tout en soignant son fond théorique - comme l'ont montré les nooombreuses comparaisons à la série télévisée Borgen. Des romans certes imparfaits, qui auraient pu être un peu raccourcis et intensifiés, mais qui demeurent tellement bien construits qu'on ne peut tout simplement pas bouder son plaisir en les découvrant. Une lecture instructive, captivante et éminemment satisfaisante, à lire par de longues soirées glaciales, évidemment. 




lundi 16 décembre 2019

Une Apparition de Sophie Fontanel - Chronique n°495

Titre : Une Apparition
Autrice : Sophie Fontanel
Genre : Autobiographique
Editions : Robert Laffont | Pocket
Lu en : français
Date de parution : 2017
Nombre de pages : 220
Résumé : Et si tout ce qu’on racontait sur les cheveux blancs était faux ? Et si ces monceaux de teinture, sur des millions de chevelures, aux quatre coins de la planète, cachaient en fait une beauté supplémentaire que les femmes pourraient prendre avec le temps, beauté immense qui les sauverait de bien des angoisses, de bien de servitudes ?
C’est en partant de cette intuition que Sophie Fontanel, un soir d’été, décide d’arrêter les colorations et de regarder pousser ses cheveux blancs. Comme elle est écrivain, elle en fait un livre, sorte de journal romancé de ce qu’elle n’hésite pas à appeler une « naissance ».
Les semaines, les mois passent : un panache lui vient sur la tête, à mille lieues des idées préconçues sur les ravages du temps. Elle réalise que l’âge embellit aussi les femmes et que les hommes n’ont pas pour les cheveux blancs l’aversion qu’on supposait. Elle découvre que notre société n’attendait qu’un signal, au fond, pour s’ouvrir à une splendeur inédite, d’une puissance extraordinaire.

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Sophie a 53 ans, elle est loin d'être vieille, elle le sait. 
Malgré ça, elle doit déjà lutter pour ne pas paraître négligée, dépassée, à la traîne. Religieusement, régulièrement, elle teint ses cheveux déjà très blancs d'un brun foncé. Rater une teinture ? Un drame. Sophie travaille dans le journalisme, dans la mode, des milieux où paraître apprêté est une exigence si évidente qu'elle n'est jamais explicite. L'idée même de laisser tomber, ou du moins de relâcher un peu la pression ? Certainement pas.

Un jour, Sophie croise une apparition. Une femme entre deux âges, qu'on pourrait encore qualifier de jeune femme tant elle irradie l'énergie, la volonté, la détermination. Une femme aux splendides cheveux blancs qui lui tombent jusqu'au creux des reins.
Pour Sophie, c'est un déclic.
Elle aussi veut être cette naïade aux cheveux immaculés, elle aussi aspire à cette forme de vérité, elle aussi veut se lancer le défi de s'offrir au jugement de la société avec une chevelure non-conforme, une chevelure de vieille dame, voire de sorcière pour les plus malveillants. 
La facilité, ce serait de tout couper, de teindre les quelques centimètres restants, d'en finir avec cette transition. Mais Sophie tient à ses cheveux longs, Sophie aime le romanesque, Sophie veut vivre cette expérience dans sa totalité. Alors elle choisit, mi-effrayée, mi-survoltée, de laisser lentement ses cheveux pousser, centimètre par centimètre, révélant chaque mois un peu plus de blancheur. Une coupe à la Agnès Varda. Un choix qui pourrait n'être que cosmétique, mais qui l'englobe entièrement, la désigne comme une marginale, une bizarre, une vieille. 

C'est dur de tenir bon. La tentation est forte. Il suffirait d'un simple petit rendez-vous, et hop, retour dans le monde des gens bien comme il faut. 
Mais c'est beau, aussi. Sophie se redécouvre. Elle reçoit des commentaires de toutes sortes, la plupart interloqués, certains franchement agressifs, de plus en plus d'admiratifs. Elle comprend que ce qui se joue ne relève pas seulement de la sphère de son coiffeur ou de ses conquêtes amoureuses. Ce qu'elle combat, l'air de rien, petit à petit, c'est l'idée selon laquelle une femme qui cesse de vouloir adhérer à une certaine vision de la beauté a atteint sa date de péremption. L'idée qu'il vaut mieux mentir pour plaire que s'abandonner à être. L'idée qu'il ne tient qu'à elle de réinventer la beauté qu'elle souhaite arborer.

Une Apparition est un drôle de petit livre, qui ne plaira sans doute pas à tous. Son ton est indéfinissable, à la fois autobiographie assumée, avec une plume qui a tout du romanesque, et une réflexion qui pourrait faire l'objet d'un essai à part entière. Objet hybride, texte court, fulgurant, il est à sa manière une transition lui-même, un flux de conscience, la description d'une transformation. Le lecteur ou la lectrice devient témoin d'une odyssée intérieure, tour à tour ému par certaines pensées toutes simples, amusé par les conversations piquantes de Sophie et de son entourage, ou blasé par les réflexions superficielles de certains. 

C'est un roman qui s'adresse aux femmes, aux jeunes filles, aux hommes qui les regardent, aux yeux qui les jugent, aux poètes qui s'ignorent, aux individualités encore en quête d'elles-mêmes, à ceux qui osent se transformer. Il ne prétend pas être davantage qu'un témoignage, une contribution, une voix singulière. Et malgré tout ça, grâce à tout ça, Une Apparition offre tellement, tellement plus qu'une simple histoire de cheveux. 

Le mot de la fin, je le laisse à Agnès Varda et à ses merveilleux cheveux bicolores, elle-même citée par Sophie Fontanel dans son livre :
[Les cheveux blancs], ça fait dire aux autres des phrases bizarres. Et il ne faut pas répondre, juste se réjouir. C'est seulement ce qu'on n'explique pas qui donne de l'imagination.

jeudi 12 décembre 2019

[Féminise ta culture #2] - 30 femmes (ou plus) qui font la culture

Bonjour à tous et toutes !

Le compte Instagram @feminisetaculture organise ce mois-ci un challenge nommé Féminise ta culture, qui consiste à poster chaque jour le nom d'une artiste, intellectuelle ou créatrice dans un domaine différent. J'ai eu l'idée de transposer ce challenge sur mon blog et de remanier certaines catégories (parce que pourquoi pas) pour partager avec vous les noms des 30 (ou plus) femmes que j'ai choisies. L'idée derrière ? Plus de diversité, une meilleure représentation, et toujours davantage d'inspiration. C'est parti donc pour la deuxième partie d'un tour d'horizon éclectique, inspirant j'espère, auprès de grandes dames de la culture !

11 - Bédéastes
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Tant de femmes inouïes : encore une fois, impossible de choisir.
Pénélope Bagieu : sans aucun doute l'une des bédéastes les plus admirées et reconnues en France (et à raison) depuis sa formidable série des Culottées dont je vous avais déjà parlé ici. Une référence, un esprit bouillonnant d'idées, un style assuré, un humour ravageur. Allez la suivre sur Twitter, elle est fabuleuse.

Lou Lubie : je l'ai découverte à travers sa BD Goupil ou Face, ouvrage essentiel expliquant avec une infinie pédagogie et une impressionnante maturité la réalité de la bipolarité. 

Diglee, que je suis pour son travail sur Instagram, et dont j'aime énormément le côté touche-à-tout, ambassadrice de toutes formes de culture, et généralement excessivement enthousiaste. Et puis, quel talent, honnêtement. 

12 - Femme de plus de cinquante ans

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Ruth Bader Ginsburg : femme extrêmement impressionnante, solide, droite, tout ce que vous voudrez. Avocate, juriste et juge américaine, elle siège aujourd'hui à la Cour Suprême après une carrière passée à défendre les droits des femmes, en termes de discrimination au travail, d'accès à l'avortement et d'outrages sexistes sous toutes leurs (nombreuses) formes. Je n'ai aucune objectivité sur RBG. Fight me. 
(N'hésitez pas à jeter un oeil du côté du biopic qui lui a été consacré l'an dernier, On the Basis of Sex / Une femme d'exception, réalisé par Mimi Leder). 

13 - Scientifiques (sciences "naturelles")


Vous connaissez l'effet Matilda ? En gros, l'effet (qui tient son nom de l'autrice féministe Matilda Joslyn Gage) désigne les "effacements" des accomplissements des femmes au profit de leurs collègues masculins. Petite liste de noms de grandes scientifiques tout simplement oblitérées par l'histoire, écartées du Nobel qu'elles auraient dû recevoir et que dont d'autres (hommes) qu'elles ont été gratifiés, rayées des livres d'histoire. 


Ada Lovelace, inventrice du code informatique. 

Rosalind Franklin, biologiste américaine qui a eu un rôle déterminant dans la découverte de l'ADN. Mais à votre avis, est-ce qu'elle a reçu le prix Nobel en 1962 au même titre que Watson et Cricks, ses deux collègues (hommes, bien sûr) ? Non. Bien sûr. 
Marthe Gautier : médecin française qui a joué un rôle crucial dans la découverte de la trisomie 21 (syndrome de Down), et qui n'a, évidemment, pas été reconnue à la hauteur de sa contribution par la communauté scientifique et internationale. Après que la découverte a été attribuée à Jérôme Lejeune, Marthe Gautier, blessée par ce qu'elle estime être une trahison, se tourne vers la recherche autour des pathologiques cardiaques et hépatiques des enfants. 
Lise Meitner : physicienne autrichienne et suédoise, aujourd'hui reconnue pour ses travaux pionniers sur la fission nucléaire (en gros, c'est plus ou moins elle qui a compris le truc, avec son neveu Otto Frish). Bien sûr, elle a totalement été ignorée par le jury du prix Nobel, mais bon, à ce stade, on n'est même plus surpris. C'est un autre Otto, Otto Hahn, qui a reçu la récompense, en 1944.
Nettie Stevens : généticienne américaine, a découvert le système de détermination du sexe via les chromosomes X et Y... mais bien évidemment, ce sont d'autres qu'elle (Thomas Hunt Morgan et Edmund Beecher Wilson, des généticiens renommés à l'époque) qui ont récolté toute la reconnaissance de la communauté scientifique, d'autant plus que Stevens est décédée à 50 ans seulement, et a manqué de temps pour imposer son nom. 

14 - Personnage de fiction
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Mrs Maisel : mon idole, la fabuleuse, géniale, hélas désespérément fictive Midge Maisel, dont l'irrévérence, l'impertinence et la merveilleuse liberté sont un délice de chaque instant. Allez regarder cette série. Main-te-nant - la saison 3 vient de sortir, vous avez de quoi faire. C'est un délice d'écriture et d'humour. 

15 - Réalisatrices
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Céline Sciamma : réalisatrice qui s'est fait connaître avec son premier long-métrage Naissance des Pieuvres, et qui n'a cessé de briller depuis. Elle a (à mon humble et très subjectif avis) atteint des sommets avec son tout dernier film, Portrait de la Jeune Fille en feu, histoire d'amour poignante entre deux femmes, éloge de l'art sous toutes ses formes, de l'indépendance, de la liberté d'indifférence, de l'engagement, de la marginalité. Incroyable, incroyable femme. 
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Kathryn Bigelow : l'un des rares (si ce n'est le seul) nom de femme à revenir quasi systématiquement dans les listes des meilleurs réalisateurs américains de tous les temps. Elle a brillé avec son très remarqué et même assez controversé Zero Dark Thirty ou encore avec Démineurs, et je l'avais personnellement découverte avec le glaçant Detroit. Des films durs, politiquement très engagés, qui donnent envie de passer des heures et des heures à refaire le monde et s'indigner des injustices qui y persistent.  

16 - Journalistes
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Lee Miller : peut-être l'une des femmes que j'admire le plus et depuis le plus longtemps. J'ai découvert son nom au détour d'une visite de musée, et je n'ai cessé de la retrouver dans des manuels d'histoires, entre les lignes de certains romans, au cœur d'hommages appuyés. Figure pionnière du journalisme de guerre, elle a été l'une des rares femmes envoyées sur le front en tant que correspondantes de guerre (avec notamment Margaret Bourke-White, qui a documenté la libération du camp de Buchenwald) pour documenter les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.
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Nellie Bly : pionnière du journalisme également, à une époque où il était à peu près aussi facile pour une femme d'exercer ce métier que d'ouvrir un bocal de cornichons avec des gants de ski (oui, je fais dans l'image romantique aujourd'hui). Elle a su imposer ses sujets de reportage loin d'être évidents, notamment en partant en immersion dans des asiles psychiatriques - dont je vous laisse imaginer l'état il y a 120 ans. Grande dame également. 

17 - Exploratrice / Aventurière
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Alexandra David-Néel : bon, elle, c'est simple, elle a tout fait. Ecrivaine, journaliste, chanteuse d'opéra, défenseure de diverses causes parmi lesquelles le féminisme, et ce qui nous intéresse ici, exploratrice. Elle a été la première femme occidentale à atteindre la capitale du Tibet, Lhassa (3650 mètres d'altitude tout de même) en 1924, alors que celle-ci était interdite aux étrangers. Son accomplissement lui vaut une reconnaissance mondiale et durable, et elle consacre une large partie de sa vie à publier des dizaines d'ouvrages sur le bouddhisme, le féminisme, ses voyages partout dans le monde ou encore le Tibet et la Chine.


18 - Metteuse en scène
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Ariane Mnouchkine : grande femme de théâtre et de génie (on ne fait pas dans la demi-mesure aujourd'hui), fondatrice de la troupe du Théâtre du Soleil. Très engagée politiquement, elle est aussi scénariste pour le cinéma et a reçu à ce titre plusieurs nominations aux Césars et aux Oscars. 

19 - YouTubeuse

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Manon Bril : parce que ce pseudo est le meilleur jeu de mots de tous les temps (non). Enfin, surtout parce que cette jeune doctoresse en histoire a beaucoup à vous en apprendre sur l'Antiquité, les femmes, l'historiographie, la mythologie, l'architecture, l'art, le tout avec une dose massive de pédagogie et un humour comme on l'aime. 


20 - Sportive

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Perrine Laffont : phénomène des derniers JO d'hiver de 2018, elle avait bluffé à peu près tout le pays en décrochant l'or à l'épreuve des bosses à seulement 19 ans. Propre. 

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Simone Biles : gymnaste américaine qui avait provoqué un séisme aux derniers Jeux Olympiques de Rio en devenant quadruple championne olympique... à seulement 19 ans, encore. Propre, again. 

samedi 7 décembre 2019

The Seven Husbands of Evelyn Hugo de Taylor Jenkins Reid - Chronique n°494

Titre : The Seven Husbands of Evelyn Hugo
Autrice : Taylor Jenkins Reid
Genre : Contemporain
Editions : Atria Books
Date de parution : 2017
Lu en : anglais
Nombre de pages : 391
Résumé : Aging and reclusive Hollywood movie icon Evelyn Hugo is finally ready to tell the truth about her glamorous and scandalous life. But when she chooses unknown magazine reporter Monique Grant for the job, no one is more astounded than Monique herself. Why her? Why now? Monique is not exactly on top of the world. Her husband has left her, and her professional life is going nowhere. Regardless of why Evelyn has selected her to write her biography, Monique is determined to use this opportunity to jumpstart her career.

Summoned to Evelyn's luxurious apartment, Monique listens in fascination as the actress tells her story. From making her way to Los Angeles in the 1950s to her decision to leave show business in the '80s, and, of course, the seven husbands along the way, Evelyn unspools a tale of ruthless ambition, unexpected friendship, and a great forbidden love. Monique begins to feel a very real connection to the legendary star, but as Evelyn's story near its conclusion, it becomes clear that her life intersects with Monique's own...

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J'avais besoin de ce roman.
Et il est venu à moi exactement au bon moment.

Merci à lui. 

The Seven Husbands of Evelyn Hugo a tout l'air d'une romance un peu basique, à lire en débranchant son cerveau, mais promis, ce n'est pas le cas. On a ici droit à une histoire originale, riche, dense, qui propose surtout des portraits de personnages d'une intensité marquante. On a bien conscience de ne pas faire face à une écriture qui cherche à accomplir des prouesses d'originalité, mais ce n'est pas ce que l'on est venu chercher. L'autrice sert très justement son propos en rédigeant son histoire avec une fluidité et une tension rares, un sens du rythme recherché, et des dialogues qui fusent avec un naturel décapant. On atteint le mélange idéal entre divertissement et appréhension, le tout dans le contexte, il faut se l'avouer, délicieusement plaisant, du Old Hollywood, de l'immédiat après-guerre jusqu'à la fin du XXème siècle.

Le vrai coup de génie de ce roman ? Son format, à savoir celui d'une longue interview au cours de laquelle l'actrice légendaire - et hélas fictive - Evelyn Hugo déroule petit à petit le fil de son existence. Ce mécanisme de narration fonctionne à merveille, et crée un rien de frustration qui pousse à poursuivre sa lecture jusqu'à des heures indues de la nuit. L'idée est tellement plaisante qu'on en vient même à avoir envie de sauter les quelques passages consacrés aux pensées et au quotidien de l'intervieweuse, une journaliste du nom de Monique - dont la personnalité n'a d'égale que la répartie du point de vue de la fadeur et de l'inintérêt. Le tout se dévore à une vitesse fulgurante, avec la parfaite dose de rebondissements, révélations et autres coups de théâtre, avec en toile de fond la litanie des sept maris d'Evelyn qui viennent scander le texte de façon stable, presque apaisante, motivante. C'est un chemin de fer sur lequel on est lancé, une épopée de laquelle on ne peut se dégager, un roulis curieusement tranquille pour une existence aussi agitée.

Certains messages sont martelés de façon peut-être un peu trop explicite parfois, au risque de manquer de subtilité, mais l'ensemble demeure équilibré dans son propos. L'autrice valorise la diversité de ses personnages et de leurs engagements, et veille à faire de son roman une oeuvre certes palpitante, mais avant tout bienveillante, accueillante, qui pousse à une certaine ouverture d'esprit et au respect de l'autre. Elle réussit à merveille son opération : The Seven Husbands of Evelyn Hugo est l'un de ces livres dont la moindre interruption de lecture est un déchirement, dont les personnages continuent à hanter la mémoire bien après le chapitre final, dont tout, de l'exposition à la conclusion, semble parfaitement orchestré. C'est un texte plus cinématographique que littéraire, vivant, clairement destiné à faire vibrer ses lecteurs, tout en parvenant à le surprendre en permanence, à invoquer des idées innovantes et à recourir à des techniques scénaristiques judicieuses. Un peu de paillettes, beaucoup de drama, sans trop se prendre au sérieux non plus. On aime, on adore.

lundi 2 décembre 2019

Bilan du mois [Novembre 2019]

Bonjour à tous et toutes !

Bon, j'avoue que je ne sais pas comment ça a pu se produire, mais j'ai beaucoup, beaucoup lu ce mois-ci. Plus précisément, 15 romans.
Promis, je vous assure que j'ai maintenu une vie sociale. Je ne suis pas actuellement enterrée sous ma couette dans une tentative désespérée de fuir l'hiver québécois. Même si en toute honnêteté, le fait qu'il fasse actuellement -9°C dehors me pousse certainement plus à ouvrir un bon vieux pavé qu'à chausser mes bottes fourrées pour aller arpenter les tréfonds de la ville.
Passons tout de suite aux détails de ce mois de lecture démesuré : 

J'ai adoré...
Dites aux loups que je suis chez moi de Carol Rifka Brunt : à moitié roman d'initiation, au quart nature writing, au quart drame familial, le tout dans le contexte des années sida, avec une héroïne tendre, marginale, à la vie intérieure foisonnante, un récit qui parle d'amitié, d'amour, de ce qu'il y a entre les deux, de la famille et de combien elle peut nous décevoir, du fait de grandir, et de ne pas le vouloir. Magnifique.
Le Prétendant d'Hanne-Vibeke Holst : la suite de L'Héritière, roman politique danois que j'avais lu et adoré le mois dernier. Ça n'a pas raté, j'ai autant adhéré que pour le premier : on retrouve les mêmes personnages que dans le premier opus, avec différentes thématiques et différents points de vue. L'autrice parvient à se renouveler, tout en maintenant cette atmosphère délicieusement tendue qui faisait le sel du premier tome.
A Woman is no man d'Etaf Rum : un premier roman fort, engagé, qui décrit le sort d'une mère et sa fille dans des familles conservatrices d'origine palestinienne vivant aux Etats-Unis. C'est intransigeant, parfois un peu trop explicite dans sa façon de délivrer son message, mais définitivement d'utilité publique. Ma chronique par ici
A ce point de folie de Franzobel : un terrible et épouvantable roman, qui décrit le naufrage de la Méduse en 1816 et le cauchemar qu'ont traversé ses passagers - et plus particulièrement ses rares rescapés. Terriblement ironique, sombre, tortueux, on adore. Ma chronique par ici
Une Joie Féroce de Sorj Chalandon : un ouvrage à deux facettes, la première sombre, triste, consacrée à la descente aux enfers d'une femme qui se découvre atteinte d'un cancer à 40 ans seulement, et l'autre à une forme de révolte, de rédemption, aussi déjantée que réjouissante. Ma chronique par ici !

J'ai beaucoup aimé...
Le Complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood : j'avais besoin d'un roman qui se déroulait sur un campus universitaire (parce que je suis toujours obsédée par Le Maître des Illusions / The Secret History en VO, que j'ai lu cet été et qui me hante encore). J'ai trouvé mon bonheur avec celui-ci, une histoire de manipulations, d'amitiés toxiques, bref, un bon cocktail psychologique comme j'aime.
L'Insouciance de Karine Tuil : deuxième roman de l'autrice que je découvrais, complètement convaincue cette fois, un roman riche, violent, marquant, dont je vous parle plus en détail par ici. 

J'ai plutôt aimé...
L'Ecole des Soignantes de Martin Winckler : j'aime Martin Winckler de tout mon coeur, ce n'est un secret pour personne, et j'avais donc très hâte de découvrir son dernier roman. L'Ecole des Soignantes est très différent de ses ouvrages précédents - quand bien même il se place dans le même Martin Winckler Literary Universe que Les Trois Médecins ou Le Chœur des Femmes -, ce qui m'a à la fois plu et déconcerté. C'est le plus "idéologiquement explicite" et théorique des romans de Winckler, le plus original aussi, et le tout relève davantage de l'essai que d'un roman classique. Intéressant cependant !
Civilizations de Laurent Binet : un des romans-phare de la dernière rentrée littéraire, lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie Française, au résumé plus qu'intrigant (Laurent Binet propose ici d'imaginer le sort de l'Europe du XVIème siècle si Christophe Colomb n'avait jamais posé le pied sur le continent américain, et si c'étaient au contraire des Incas qui avaient envahi l'Europe). Le tout se lit avec fluidité et plaisir, mais aurait à mon sens pu être moins froid, plus ambitieux, plus créatif. On est face à un traité d'histoire (bien qu'alternative) assez technique, pas vraiment à un roman prenant, vivant, marquant.
Le Chant des Revenants de Jesmyn Ward : de vraies fulgurances, mais un roman qui m'a malgré tout donné un peu de peine, avec une structure parfois un peu poussive et des personnages insaisissables. Le propos reste très fort, et les intentions de l'autrice marquantes.
My Sister, the Serial Killer d'Oyinkan Braithwaite : un roman qui a beaucoup fait parler de lui dans le monde littéraire anglophone, assez loufoque et grave à la fois. Une histoire semblable à aucune autre, une certaine expérience, un peu déséquilibrée parfois, mais une véritable découverte.

Bof bof...
Little America d'Henry Bromell : meh, meh, meh. Une longue, lente, poussive histoire, mélange d'historique et de roman noir, avec une enquête, des secrets, des mystères, de la politique, a priori tout ce que j'aime, mais dans l'exécution, c'est malheureusement très lourd et peu captivant.
Tropique de la Violence de Natasha Appanah : un roman dont j'avais entendu énormément de bien, et dont j'ai plus qu'apprécié le côté pédagogue et le portrait édifiant de la situation à Mayotte ces dernières années, mais dont la plume trop factuelle et le côté assez froid m'ont malheureusement plutôt déçue.
Whiskey de Bruce Holbert : un roman qui me faisait absolument, extrêmement envie (et pas seulement pour sa splendide couverture ou le fait qu'il était paru aux merveilleuses éditions Gallmeister), mais qui m'a hélas fait l'impression d'un soufflé mal retombé. Les personnages laissent de marbre, le récit est complètement décousu, le tout est exagérément sombre... Pas convaincue.

Sur ce, un excellent mois de décembre à vous !