La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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dimanche 29 janvier 2017

Culottées de Pénélope Bagieu - Chronique n°289

Titre : Culottées
Auteure et illustratrice : Pénélope Bagieu
Genre : Bande-dessinée
Editions : Gallimard
Lu en : français
Nombre de pages : 144
Résumé : Quinze récits mettant en scène le combat de femmes d'origines et d'époques diverses, qui bravèrent les normes sociales de leur temps : Margaret, une actrice hollywoodienne, Agnodice, une gynécologue de l'Antiquité grecque qui se fit passer pour un homme afin d'exercer sa profession, Lozen, une guerrière et chamane apache, ou encore Christine, première transsexuelle grâce à un traitement hormonal...

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J'ai un immense reproche à faire à cette mirifique bande dessinée.

Pourquoi. Es-tu. Si courte.
150 pages, sérieusement ?

Mais attendez, on me souffle à l'oreillette qu'un tome 2 vient de paraître.
Ô joie.
Ô déchéance du compte en banque.

Qu'est-ce que Culottées, me direz-vous, pour qu'il suscite à ce point ta vénération, ô splendide et sagace Capucine ?
Oui, en effet, vous m'appelez désormais splendide et sagace Capucine. SSC pour faire court.

Les Culottées, ce sont quinze femmes. Certaines sont assez connues. La plupart, pas vraiment. Elles ont vécu à l'Antiquité, au XIXème siècle, ont traversé les guerres mondiales ou font partie de notre époque. Chacune d'entre elles a accompli quelque chose, dans des domaines complètement différents : l'une a été la seule femme impératrice de Chine, une autre a créé le premier maillot de bain féminin, et une autre encore a sauvé un phare de la destruction. Certains verront une disproportion dans ces destins passionnants, mais bien au contraire, c'est par la différence de la portée des actes de chacune que Culottées fait comprendre que l'on n'a pas besoin de diriger un empire ou d'assassiner six dictateurs pour être une personnalité inspirante. Chacun, et chacune, peut à sa propre échelle faire avancer son monde. Il n'appartient qu'à nous d'apporter notre part de passion et de culottage aux autres !

Les dessins de Pénélope Bagieu sont un délice, ses textes vifs et hilarants, et le tout se dévore à une vitesse insensée. En entamant l'ouvrage, on se dit innocemment que l'on va découvrir une à une les histoires proposées, faire durer le plaisir en faisant des pauses raisonnables, pour se retrouver comme une patate à avoir compulsé frénétiquement l'album en trois quarts d'heure. 
Le travail de recherche fourni autour de ces destins parfois méconnus ne fait que sublimer le plaisir du lecteur, et l'on ne peut que s'incliner en songeant que l'illustratrice s'est astreinte à un rythme d'une semaine par femme, avec deux jours de recherches, un d'écriture, un de dessin et un autre de colorisation !

Quinze portraits passionnants et addictifs de femmes brillantes et indépendantes chacune à leur façon aux histoires aussi touchantes que révoltantes. Une bande dessinée charmante que l'on referme le sourire aux lèvres mais également la rage au cœur, encore chamboulé par l'injustice et les difficultés auxquelles ces héroïnes sont bien trop souvent confrontées parce qu'elles ont eu le mauvais goût de naître femmes... Un ouvrage inspirant et bien inspiré, à mettre entre les mains du plus grand nombre ! 

Note attribuée : 9/10

jeudi 26 janvier 2017

And I Darken de Kiersten White - Chronique n°288

“Her spine was steel. Her heart was armor. Her eyes were fire.” 

Titre : And I Darken
Auteure : Kiersten White
Genre : Historique | Retelling
Editions : Delacorte
Lu en : anglais
Nombre de pages : 475
Résumé : No one expects a princess to be brutal. And Lada Dragwlya likes it that way. Ever since she and her gentle younger brother, Radu, were wrenched from their homeland of Wallachia and abandoned by their father to be raised in the Ottoman courts, Lada has known that being ruthless is the key to survival. She and Radu are doomed to act as pawns in a vicious game, an unseen sword hovering over their every move. For the lineage that makes them special also makes them targets.

Lada despises the Ottomans and bides her time, planning her vengeance for the day when she can return to Wallachia and claim her birthright. Radu longs only for a place where he feels safe. And when they meet Mehmed, the defiant and lonely son of the sultan, Radu feels that he’s made a true friend—and Lada wonders if she’s finally found someone worthy of her passion.

But Mehmed is heir to the very empire that Lada has sworn to fight against—and that Radu now considers home. Together, Lada, Radu, and Mehmed form a toxic triangle that strains the bonds of love and loyalty to the breaking point.
 

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And I Darken is an astonishingly gorgeous book, by all meanings. Its dark and compelling story grasps the reader from the very beginning, and does not at any moment let him time to breathe. The pages just flip on their own, the beautiful setting takes hold of you, the characters seem so well described that you come to the point that you see them as friend... In one word, wow. 

Lada's character was of course the most remarkable element of this already remarkable novel: a truly brave and determined heroine with an incredible character development, whom I totally supported from the very first words, until the very ending. As ruthless as fascinating, she never stops surprising the reader, and her relationships with the other brilliant characters always remain moving and seizing. 

Between betrayal, lies, plotting and passion, it will become impossible for you to put the book down. This book is harsh, violent, beautiful and absolutely thrilling. It will completely seduce you with its deeply unique and rich atmosphere, its unforgettable trio of characters and its wonderful political game.  And I Darken is a mischievous tale of revenge and ambition, an exotic and never-seen-before novel which I guarantee I do not plan of forgetting... 

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Une histoire sombre, splendide, mouvementée ? Une fiction exquise dans une réalité parallèle, un contexte médiéval passionnant, dont l'héroïne serait une version imaginaire féminine de Vlad l'Empaleur, le terrible et mythique empereur à l'origine de la légende de Dracula ?
Une histoire qui démarre aux toutes premières secondes qui suivent la naissance de Lada, et mène à son enfance puis adolescence passées en tant que prisonnière à la cour du sultan ottoman, semée d'obstacles, de questionnements d'identité et de machinations ? Des complots, une fraternité inoubliable, des réflexions sur le statut de femme, sur l'identité, l'intégrité ? 

Du sang de l'amour des épées des trahisons des secrets de la préméditation des parcours sur le chemin de la maturité


Oui, oui, oui. Encore.


Le décor d'Europe orientale est d'un réalisme tout à fait convaincant, évidemment pas dans le sens où il transcrit une chronologie historique exacte, mais dans celui où il crée une atmosphère aussi riche qu'aboutie, sensuelle même, complète aussi bien sur le plan politique que culturel... On se sent propulsé dans cette cour exotique et passionnelle, aussi cruelle qu'inspirante, on s'imagine sur les champs de bataille, on s'émerveille du mélange savoureux des civilisations...

Lada est une héroïne comme je n'ai que rarement eu l'occasion d'en découvrir : aussi complexe que fascinante, détestable et attachante à la fois, on partage son existence dès sa naissance, l'accompagnant au fil des trahisons auxquelles elle se heurte tout au long de sa vie, et cette affection ne fait que gagner en intensité au fur et à mesure que l'intrigue progresse. Bien loin de toutes ces pseudo-héroïnes qui se clament indépendantes et fortes et qui ne s'illustrent finalement que par leurs soupirs d'amour, elle s'affirme ici comme une personnalité flamboyante, lancée dans un sublime et enrichissant parcours initiatique. 

Mais ce qu'il y a de remarquable avec ce roman, c'est que l'auteure ne se contente pas d'offrir un portrait maîtrisé de personnage, loin de là, puisqu'elle introduit un véritable triangle de protagonistes, unis par des sentiments aussi complexes que fascinants. Amour, amitié et envie se côtoient en un tableau saisissant de justesse dans lequel on s'immerge avec autant d'ardeur que s'il s'agissait de sa propre histoire. 

And I Darken est un récit splendide aux accents d'exotisme envoûtants, à l'intrigue tout en retournements de situations, manipulations et trahisons, et surtout au triangle de personnages principaux magistral. L'amour, l'ambition et la jalousie se heurtent et se mêlent en un tableau fascinant et maîtrisé, pour un roman inoubliable à l'indéniable originalité ! Préparez-vous à vous y plonger pour ne plus en émerger : une certaine habitude à lire en anglais reste cependant nécessaire pour bien saisir l'intégralité de ce roman qui demeure passionnant certes, mais complexe, et exige une attention sans faille. 

Note attribuée : 10/10 : quand j'aime je ne compte pas.




mardi 24 janvier 2017

Espionnage Intime de Susie Morgeinstein - Chronique n°287

Titre : Espionnage Intime
Auteure : Susie Morgenstein
Editions : L'Ecole des Loisirs
Genre : Contemporain | Jeunesse
Lu en : français
Résumé : Angélique, une ado modèle ? Une collégienne bien dans sa peau, bien dans sa famille, bien dans sa vie ? Vraiment ? Vous en êtes sûr ? Et pourtant… La jeune fille parfaite se comporte plutôt bizarrement ces derniers temps. Elle se transforme, change de tenues, porte des hauts moulants et des mini-jupes, elle fume et traîne dans les bars où il lui arrive de faire des rencontres…Vous avez du mal à y croire ? Tout est pourtant écrit noir sur blanc dans le cahier rose fushia que sa mère lui a offert. La collégienne en a fait son journal intime, dans lequel elle est censée raconter tous ses secrets. Elle y décrit une Angélique inconnue de tous, une Angélique… diabolique !

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Angélique, gentille petite adolescente irréprochable dont le prénom sied mieux qu'à quiconque, est si docile qu'elle accepte d'utiliser le journal intime rose que sa mère lui  offre, alors qu'elle n'en a absolument aucune envie. Elle y raconte sa vie, sa famille parfaite, son harmonie ultime uniquement troublée par le tabagisme de sa mère...
Jusqu'à ce qu'un curieux indice ne vienne remettre en question toute la situation. Toutes les entrées du journal. Toute la vérité... 

Qui écrit pour qui ? Qui ment, qui reste sincère ? Quel message se cache derrière le récit de la vie de plus en plus incontrôlable de l'adolescente ?


Le récit est aussi malicieux que vif, et défile à un rythme fulgurant, avec l'élaboration délicieuse d'une situation de double jeu dont on n'arrive jamais complètement à démêler les tenants et aboutissants. Susie Morgenstein livre ici une histoire malicieuse qui se dévore en un rien de temps, et touche par son exubérance et surtout son abondance de bons sentiments ! Le jeu de l'auteure est prenant dès les tous premiers instants, et même lorsque l'on saisit, assez rapidement il est vrai, le fin mot de l'histoire, on n'est jamais à l'abri de nouvelles surprises.
Le tout reste léger et entraînant, exactement ce que ses lecteurs attendront d'un pareil ouvrage, avec une jolie dose de bons sentiments, et une description réussie de la complexification des relations familiales et surtout mère-fille à l'adolescence.

En bref, un court roman qui joue avec le lecteur autant qu'il se joue de lui, et qui offre une intrigue tout en ambiguïté savoureuse... Un très agréable jeu de points de vue saupoudré de l'humour si caractéristique de Susie Morgenstein, dont le talent n'est plus à confirmer !

Note attribuée : 7/10

dimanche 22 janvier 2017

[CINEMA] - La La Land de Damien Chazelle

Titre : La La Land
Réalisé par : Damien Chazelle
Avec : Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend...
Date de sortie française : 25 Janvier 2017
Synopsis : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 

De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 

Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?


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Je ne vous ai que très peu parlé de cinéma, bien que cet art constitue une autre de mes grandes passions. Je suis un être plein de surprises - n'hésitez pas à me dire si cette innovation vous plaît, que je réfléchisse à m'appesantir sur le sujet.

Mais il y a des films qui nécessitent que l'on en parle. Et La La Land en fait partie.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de cette comédie musicale, qui succède à l'époustouflant Whiplash, qui a magistralement raflé les 7 Golden Globes pour lesquels elle était nommée, et qui arrive enfin en France après des mois de succès critique au Etats-Unis.

J'ai eu l'occasion de le voir en avant-première. Et autant vous dire tout de suite que je ne vais que me joindre au chœur général.
A l'apparition des premiers noms du générique, la tête me tournait, des larmes me coulaient sur le visage sans que je ne fusse capable de déterminer si elles étaient dues au dénouement, à la musique, à la sensation indescriptible que j'avais d'avoir assisté à quelque chose de profondément beau. 
Je n'avais pas les mots. A part peut-être ceux-ci :

Ce film. Est. Un bonheur.

Dès la scène d'ouverture, une réussite technique comme musicale, on sent que l'on est parti pour deux heures d'enchantement. Et effectivement, l'histoire d'amour de cette jeune serveuse aspirante comédienne qui enchaîne les castings mais se voit toujours refoulée et de ce pianiste passionné de jazz mais désabusé au point d'en perdre sa soif d'ouvrir son propre club, passionne dès  les tous premiers instants.

La danse et le chant découlent de la parole en toute fluidité, sans que l'on ne tombe dans cette espèce de bipolarité insupportable propre à certaines comédies musicales médiocres. Rien de tout cela ici : les personnages évoluent dans un naturel incomparable, à un rythme envoûtant. La photographie est absolument splendide, avec des couleurs dont l'on perçoit pratiquement le goût acidulé, l'atmosphère du film a une saveur résolument hors du temps qui ne peut que charmer.

On se passionne, on se désespère, on frissonne surtout et l'on pleure, un peu, beaucoup, transporté par un dénouement qui accomplit l'exploit de ne jamais sombrer dans une mièvrerie facile. Bien loin de là, La La Land contourne et même se joue de tous les écueils dans lesquels l'on pourrait redouter qu'il tombe, pour un rendu final prodigieux.

Il n'y a lieu d'adresser aucun reproche à la réalisation impeccable, pas plus qu'au jeu du couple que forment Gosling et Stone, l'un aussi juste et sensible que l'autre. Bien qu'Emma Stone hérite du plus beau rôle si l'on peut dire, elle doit s'appuyer sur la performance de son partenaire, dont le moindre sourire est plus parlant que la plus longue des tirades. Les numéros musicaux et dansants sont naturellement remarquablement bien exécutés - et il ne faut pas oublier de saluer Ryan Gosling, qui a appris le piano pour ce rôle, et n'a à aucun moment utilisé une doublure.

JE DIS OUI. 

S'il faut bien retenir quelque chose de cette critique survoltée, c'est qu'il faut aller voir La La Land,  à la fois hommage à la fois aux plus grands chefs-d'oeuvre du cinéma hollywoodien comme à ceux de Jacques Demy, mais également création originale admirable, aussi splendide que touchante, dont les magnifiques chansons hantent l'esprit, et la tonalité douce-amère transporte autant qu'elle émeut. Un film que je n'hésiterai pas plus longtemps à qualifier de chef-d'oeuvre...

Note attribuée : 10/10 : sans blague.

mercredi 18 janvier 2017

Le Garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain - Chronique n°286

Titre : Le Garçon qui courait 
Auteur : François-Guillaume Lorrain
Genre : Historique
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 288
Résumé : Août 1936 : un jeune athlète vient de remporter le marathon aux J.O. de Berlin ; et pourtant, il semble bien triste sur le podium. Il cache son maillot japonais. Car Kitei Son, alias Sohn Kee-Chung, vient de Corée, pays annexé par le Japon, et il a dû courir sous les couleurs de l’ennemi. D’où vient-il ? Quelle a été son enfance, dans une petite ville près de la frontière chinoise ? Comment est-il devenu le coureur le plus endurant du monde ? Quelles épreuves a-t-il traversées – et quel sera son sort lorsqu’il devra rentrer dans une Corée sous le joug qui voudrait le fêter en libérateur ?… Voici le roman d’une obstination, d’un jeu constant avec le danger et l’effort suprême.

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Théophile pour cet envoi !

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Il est de trop nombreuses histoires bouleversantes dont on n'a pas conscience - mais heureusement, il est aussi un grand nombres d'individus prêts à user de leurs talents pour faire resurgir des parcours aussi touchants qu'inspirants, comme ici François-Guillaume Lorrain et son Garçon qui courait, le récit de l'existence d'un athlète coréen, Sohn Kee-Chung, qui a remporté le marathon des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, alors que la Corée n'existait plus, annexée par le Japon. Kee-Chung veut rapporter la victoire à son pays natal, mais on la lui extorque en le faisant concourir sous les couleurs du Japon. Il voudrait exhorter son pays à la liberté, quand on veut faire de lui une bête de propagande pro-japonaise alors que la guerre éclate. Quelle valeur a sa victoire ? Peut-on même parler de victoire ? 

Kee-Chung, dont l'on suit le parcours sur des années et des années, est un personnage aussi fort que touchant, au portrait psychologique remarquablement solide pour un roman de moins de trois cents pages. Au fil des chapitres, des décennies, des accomplissements, on s'attache avec une conviction rare à ce petit garçon, puis adolescent et enfin adulte, dont la détermination et la passion ne peuvent que forcer le respect. Bien qu'il s'agisse évidemment d'une biographie romancée, savoir qu'une grande partie du récit est basée sur des faits réels ne vient qu'appuyer encore l'intérêt du lecteur pour ce roman. Plus encore, on a beau parfaitement savoir que Kee-Chung a gagné son marathon, on ne peut s'empêcher d'être fébrile d'appréhension et de s'inquiéter pour son sort tout au long de sa lecture.

Enfin. Je n'ai pu m'en empêcher. Je sais que je suis un peu faible d'esprit. Mais je suis certaine que je ne serai pas la seule dans ce cas.

L'auteur parvient à créer des atmosphères et des décors criants d'expressivité, des dialogues saisissants aux enjeux captivants, de sorte que l'on ne voit pas défiler les pages, les années donc. Le récit est si fluide et prend de l'ampleur d'une manière si subtile que l'on s'y croit tout simplement. On entend le battement des pieds de Kee-Chung contre la route, on entend les acclamations ou huées des spectateurs, on ressent la terrible tension qui lie Japonais et Coréens, la frustration d'une nation opprimée, le souffle du vent de la liberté. Ce n'est pas seulement le parcours d'un homme, aussi unique soit-il, que l'auteur propose ici, mais bien un véritable fragment de vie, d'humanité même. La course de Kee-Chung est le reflet de valeurs universelles, d'espoirs que chacun porte en soi. Il a couru pour la Corée quand la Corée n'existait plus, il a couru quand tous avaient tenté de le décourager, et toi, lecteur, tu peux aussi accomplir des exploits, tu peux accomplir quelque chose d'aussi fort que Kee-Chung... 

WHAT WILL YOUR VERSE BE?
Désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher. 

En bref, un récit aussi captivant sur le plan narratif qu'humain, qui se savoure à tous les degrés, dont l'écriture aussi poétique que juste vient renforcer une intrigue en un mot splendide. Un roman qui propulse son lecteur dans un autre espace-temps, dans un destin aussi envoûtant qu'inspirant...

Note attribuée : 9/10

lundi 16 janvier 2017

Cherub tome 17 - Commando Adams de Robert Muchamore - Chronique n°285

Titre : Cherub tome 17 - Commando Adams
Auteur : Robert Muchamore
Genre : Jeunesse | Aventure
Editions : Casterman
Lu en : français
Nombre de pages : 260
Résumé : 
Au cours d'une banale mission de recrutement, deux agents de CHERUB mettent à jour un complot criminel mené depuis le Moyen-Orient par un redoutable groupe terroriste. Le gouvernement britannique souhaite intervenir secrètement. Les autorités chargent donc James Adams de former un commando de choc. L'occasion pour lui de réunir ses anciens camarades de CHERUB pour une ultime mission à haut risque en territoire ennemi...

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Un grand merci aux éditions Casterman et en particulier à Agnès pour cet envoi !

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Attachée depuis très longtemps à la saga Cherub dont j'avais dévoré les dix premiers tomes d'une traite à dix ans, j'ai eu l'occasion cette été de faire un petit - énorme - marathon de lecture des seize volumes alors parus... Mais c'était sans compter sur les éditions Casterman qui m'ont proposé de découvrir ce tome 17, une nouvelle et surtout ultime mission pour James et ses amis désormais plus adultes qu'adolescents - instant coup de vieux bonjour !

Ce tome plus actuel que jamais plonge de jeunes agents de CHERUB mais également les vétérans vénérables parvenus à l'âge canonique de vingt-cinq ans - saisissez l'ironie de mon propos - que sont James, Lauren, Kyle, Kerry ou encore Bruce, dans une opération totalement et inconsidérablement périlleuse, dont le but est ni plus ni moins que de déjouer un complot de l'Etat Islamique, dans la détente la plus totale.

Comme pour  les seize tomes précédents, la recette prend, les pages se tournent, le lecteur est séduit par l'humour décapant propre à la saga, tout comme le rythme effréné et captivant des opérations, la personnalité attachante des personnages que l'on commence à sérieusement bien connaître, le cadre mémorable et cependant toujours sujet à des évolutions du campus de CHERUB... Il est difficile de refermer ce roman en songeant qu'il s'agit bien là de la conclusion d'une saga d'une telle ampleur - bon, après dix-sept tomes, il était temps, me direz-vous. Mais que dire. C'est mon enfance. Presque.

L'écriture manque parfois un peu de finesse, la fin sera jugée peut-être rapide, mais la lecture demeure aussi passionnée que passionnante, et ravira à n'en pas douter les fans de la première heure comme les plus jeunes. C'est bien là ce qui fait la force de Cherub, fort de toute son endurance et son inventivité : un cocktail d'ingrédients magiques et familiers, qui créent un récit aussi fluide qu'intense, au sein duquel il est impossible de s'ennuyer.

En bref, une ultime mission foudroyante et tout aussi captivante que les précédentes, qui vient conclure une saga pour le moins mémorable qui a su au fil des tomes se forger une incroyable identité. Chacune des aventures est plus ou moins savoureuse, et possède évidemment un ton bien propre, mais l'ensemble est d'une harmonie marquante... Une lecture réussie donc, quoiqu'un peu courte !

Note attribuée : 8/10

samedi 14 janvier 2017

Paranoïa de Melissa Bellevigne - Chronique n°284

"Le temps ne s'arrêtait-t-il donc jamais pour laisser une chance à ceux que la vie n'a pas épargnés ?"

Titre : Paranoïa
Auteure : Melissa Bellevigne
Genre : Paranormal
Editions : Hachette (collection Black Moon)
Lu en : français
Nombre de pages : 300
Résumé : Lisa Hernest, psychiatre reconnue et spécialisée dans les cas complexes, est appelée à l’institut Saint-Vincent en périphérie de Paris. Elle va rencontrer sa nouvelle patiente : Judy Desforêt, internée pour paranoïa et hallucinations, enceinte de cinq mois et qui refuse de s’alimenter. Dès leur première entrevue, la jeune femme qui se dresse face à elle fait preuve d’une lucidité et d’un discernement hors pair. Et plus Lisa apprend à la connaître, plus leurs échanges viennent ébranler ses propres convictions professionnelles et personnelles. Entretien après entretien, Judy lui livre en effet une curieuse histoire, mêlant sa quête des racines familiales en Angleterre et la présence invisible d’un certain Alwyn, cet homme qui la suit comme son ombre depuis toujours. Progressivement, Lisa, l’experte en âmes fragiles, sent ses moyens lui échapper et Judy la déstabiliser. À mesure que les mois passent et que la date de l’accouchement approche, la vérité semble s’éloigner. 

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Une histoire qui s'intéresse aux hallucinations, à la perception mentale, à la folie, saupoudrée d'éléments paranormaux ?
Oui. Le peuple achète.

C'est en effet ce que propose ici Melissa Bellevigne,  à travers Paranoïa, la double histoire d'une jeune et brillante psychiatre, Lisa Hernest, et de sa toute dernière patiente, Judy Desforêts, qui n'est encore presque qu'une adolescente, et pourtant sujette à de terribles hallucinations qui la rendent violente et surtout désespérée d'être crue par qui que ce soit - autant dire que cela ne s'est jamais produit...
Du moins, jusqu'à l'arrivée de Lisa.

L'écriture de l'auteure, tout en suggestion et cernée de doutes, sert évidemment l'atmosphère si particulière de ce roman. Paranoïa se dévore véritablement d'une traite, avec son rythme décapant, ses chapitres courts et sa capacité assez ultime à entretenir une tension permanente, et surtout un terrible doute binaire : cette nouvelle patiente du docteur Hernest ment-elle, est-elle en proie à des hallucinations... Ou est-elle la seule à entrevoir la vérité ?

On part de ses certitudes ancrées à son réel, pour au fil des pages dévorées se remettre en question et envisager des vérités inconcevables. Le récit peut parfois donner le sentiment de piétiner, avec les nombreux passages sur la vie personnelle du docteur Hernest, mais ces passages restent finalement essentiels à la lente installation de l'incertitude, à la création d'une atmosphère aussi étouffante qu'intime.

L'intrigue est loin de se dérouler de la façon dont le lecteur le pense, se frayant un chemin sinueux à travers ses suppositions pour s'achever en un dénouement finalement pas aussi retentissant que prévu, mais qui est loin de permettre de refermer ce roman rassuré et convaincu... Le mystère demeure, plane encore autour des deux personnages principaux, et donne à ce récit une impression d'infini. 

En bref, un roman aussi imprévisible que détonnant, qui fait naviguer son lecteur avec talent en eaux troubles  jusqu'à un final plus déstabilisant que ne l'était le reste de l'intrigue, déjà bien perturbant !

Note attribuée : 8/10

mardi 10 janvier 2017

Blue de Camille Pujol - Chronique n°283

Titre : Blue
Auteure : Camille Pujol
Genre : Contemporain
Editions : Michel Lafon

Lu en : français
Nombre de pages : 209
Résumé : Blue n’est pas une adolescente comme les autres. À seulement 17 ans, elle dissimule un lourd secret qui l’a obligée à changer brutalement de vie, à déménager avec ses parents et son jeune frère, et à rester discrète pour ne pas attirer l’attention. Mais ses mystérieux cheveux bleus captent inévitablement tous les regards et attisent la curiosité des élèves de son nouveau lycée. Et comment se fondre dans la masse alors que son ex violent refait surface et que Nathan, un jeune homme à la réputation sulfureuse, a décidé de la percer à jour ?

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Un grand merci aux éditions Michel Lafon et en particulier à Camille pour cet envoi !

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Voir de très jeunes auteurs se lancer sur des plates-formes numériques comme Wattpad, y rencontrer un beau succès, et même de faire publier de façon plus traditionnelle, est pour moi un grand plaisir et une dynamique très inspirante... Même si force est d'admettre que je n'accroche pas vraiment à de tels récits, comme l'exemple de Blue semble me le faire reconnaître. 

En effet, ma découverte que j'espérais réussie de cette fiction d'une auteure de seize ans, issue de Wattpad, s'est avérée déçue. Le contenu comme le contenant de l'intrigue de Blue m'ont autant déstabilisée qu'ennuyée, et ma lecture finale, si elle a été rapide et aisée, ne s'est cependant pas avérée marquante... L'intrigue reprend bien trop de stéréotypes tellement passés à la machine à laver littéraire qu'ils en ont perdu toute leur saveur, le rythme de l'histoire est d'une intensité folle, quitte à passer à la vitesse de la lumière sur des situations qui auraient mérité que l'on s'y attarde. 

Les personnages surtout se révèlent un gros point noir du récit : réduits à des stéréotypes décevants, à des prénoms quelque peu improbables - disons que je doute que la population de garçons nommés Cameron à Toulouse soit pléthorique - et surtout à des rôles plus tertiaires que secondaires, ils offrent parfois des postures intéressantes, mais elles sont bien trop vite brouillées dans le flou prévisible de l'histoire dans laquelle ils évoluent. 

Blue aurait pu être un roman sympathique et simplement agréable, avec sa narration somme toute entraînante, et offre une distraction certaine, mais l'escalade dramatique qu'il subit dans ses vingt dernières pages a raison de son intrigue. L'auteure est clairement animée par une passion certaine et une volonté de faire vibrer son lecteur, mais à trop vouloir en faire, elle rend son récit bien trop rocambolesque et trop peu crédible pour permettre de refermer le livre sur une note positive. Son écriture est certainement fluide et facile à lire, mais elle n'en tombe pas moins dans certaines facilités, quelques formules un peu usées, et se répète un peu trop pour être parfaitement harmonieuse.

En bref, une lecture décevante à mes yeux, dont le rythme déséquilibré et la faiblesse de l'intrigue comme des personnages ne permettent malheureusement pas de constituer un récit vraiment satisfaisant. Nul doute que Blue plaira à certains lecteurs grâce aux bonnes intuitions et intentions de son auteure, mais disons simplement qu'il manque d'une certaine maturité pour être entièrement convaincant en tant que roman...

Note attribuée : 3/10

dimanche 8 janvier 2017

Carry On de Rainbow Rowell - Chronique n°282

“You were the sun, and I was crashing into you. I'd wake up every morning and think, 'This will end in flames.” 

Titre : Carry On
Auteure : Rainbow Rowell
Genre : Fantastique
Editions :McMillan
Lu en : anglais
Nombre de pages : 522
Résumé : Simon Snow is the worst chosen one who’s ever been chosen.



That’s what his roommate, Baz, says. And Baz might be evil and a vampire and a complete git, but he’s probably right.

Half the time, Simon can’t even make his wand work, and the other half, he sets something on fire. His mentor’s avoiding him, his girlfriend broke up with him, and there’s a magic-eating monster running around wearing Simon’s face. Baz would be having a field day with all this, if he were here—it’s their last year at the Watford School of Magicks, and Simon’s infuriating nemesis didn’t even bother to show up.

Carry On is a ghost story, a love story, a mystery and a melodrama. It has just as much kissing and talking as you’d expect from a Rainbow Rowell story—but far, far more monsters. 

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Existe aussi en français, petits chanceux

Titre : Carry On 
Editions : PKJ


Résumé : Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l’évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu’il se trouve à l’école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n’a rien, mais vraiment rien de l’Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue…

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I basically fell in love with this book.
I was already seriously fond of Fangirl, another novel by Rainbow Rowell in which she introduced one of the cutest characters ever, Cath who was writing all along the novel a fanfiction, Carry On, about her most beloved book saga ever, Simon Snow. So when I learnt that Rowell was actually going to publish the whole version of Carry On, I couldn't control myself. 

This could have been so disappointing, basic, just a pale copy of Harry Potter. But it was so much, mure more than that. Carry On is an incredibly funny and refreshing tale about self-acceptation, with adorable jokes and such endearing characters. This is a perfect book for cocooning, feeling rewarmed and delighted, not only for fans of Fangirl - although this book is without any doubt particularly great pleasing for those who already met Simon Snow... 

I could not tell you enough how much I treated myself with this book, which has obviously some slight flaws, but which is so nice and sweet that you instantly forget all of them. GO. RUN. READ IT. 

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Les amis, on a trouvé le livre le plus réconfortant de tous les temps.

Rainbow Rowell avait déjà offert un roman incroyablement touchant et sensible avec Fangirl, qui présentait une héroïne passionnée d'écriture, Cath, qui se livrait tout au long du roman à la rédaction d'une fanfiction de sa saga fantastique préférée, Simon Snow, dont de nombreux extraits étaient proposés pour le plus grand plaisir du lecteur. 
Mais cela ne s'est pas arrêté là.
Rainbow Rowell a eu l'idée de consacrer un roman entier à cette fanfiction doublement fictive, nommée Carry On, pour proposer dans son ensemble le texte de Cath.
Et c'est si bien.

L'auteure s'est ici lancé un défi audacieux à côté duquel elle aurait totalement pu passer, mais au contraire, elle y excelle. Réinvestissant ce qui pouvait plaire dans une saga comme Harry Potter sans faire de Carry On une copie édulcorée, elle livre une aventure à part entière, qui transporte ses lecteurs même s'ils n'ont pas déjà fait connaissance avec Simon dans Fangirl

Les personnages sont la réussite majeure et absolue de ce récit : chacun a droit à sa part de narration, de sorte que l'on referme le roman avec la sensation déchirante de se séparer de véritables amis aux personnalités hautes en couleurs et inoubliables.
Oui. Il faut que j'arrête d'avoir des amis imaginaires, c'est vrai.

ET PUIS.
Ce roman offre la naissance inoubliable du
Best. Couple. EVER.

Je veux être demoiselle d'honneur à leur mariage, je veux être leur marraine fée, n'importe quoi, parce que je suis déjà en manque d'eux.

Carry On fait sourire, rire - beaucoup trop, il a provoqué chez moi un fou rire dans le bus qui a suscité de la part de mes voisins des regards dans lesquels se mêlaient la crainte et la suspicion -, et surtout, vient attendrir avec délices le petit coeur de ses lecteurs. Les pages se dévorent à un rythme saisissant, l'intrigue parvient instantanément à séduire, entre les doutes touchants d'un héros qui est loin de l'être et les dangers passionnants qui menacent un univers fantastique réussi. 
Le roman est parsemé de quiproquos, de situations aussi improbables qu'hilarantes et touchantes, de dialogues vifs et de réflexions intelligentes. Il est clair que Carry On fait partie de ces ouvrages que l'on peut lire et relire à l'envi, tant son côté rafraîchissant est en harmonie avec l'intérêt de l'histoire qu'il offre. 

En bref, un pari aussi original que réussi, dont chaque page se savoure comme rarement on savoure une page, dont chaque plaisanterie réchauffe le coeur, et dont on a tout simplement horriblement envie d'adopter les personnages pour ne jamais avoir à s'en séparer. Une fable aussi entraînante que réjouissante sur l'acceptation de soi, des autres, le passage à l'âge adulte et l'identité, à ne pas manquer...

Note attribuée : 9,5/10
ENCORE.

vendredi 6 janvier 2017

Power Club tome 1 - L'Apprentissage d'Alain Gagnol - Chronique n°281

Titre : Power Club tome 1 - L'Apprentissage
Auteur : Alain Gagnol
Genre : Science-Fiction
Editions : Syros
Lu en : français
Nombre de pages : 496
Résumé : Anna n'est pas née sur Krypton, pourtant elle s'apprête à devenir une super-héroïne. Jeune et riche, elle répond aux critères du Power Club© ! Les termes du contrat sont les suivants : on lui inocule des boosters, une technologie de pointe qui la rend en quelques jours surhumaine, elle entre dans la légende aux côtés des huit super-héros déjà célèbres. En échange, elle se doit d'incarner le rêve absolu, de vendre son image aux médias, aux plus grandes marques.

Et, accessoirement, elle est libre de sauver le monde.


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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Un roman jeunes adultes de science-fiction innovant et français, c'est déjà suffisamment rare pour être remarquable. Mais quand ce titre s'avère être aussi drôle que réfléchi et haletant, cela mérite amplement, totalement, catégoriquement de s'y arrêter... Power Club sort aux éditions Syros, et s'il peut ne sembler que s'ancrer dans les codes du genre, il fait bien plus que cela, se joue des stéréotypes pour offrir une histoire rafraîchissante et réjouissante...

Le lecteur est projeté quelques années dans le futur, en 2038, à une époque à laquelle une technologie révolutionnaire a été découverte et permet de faire de quelques élus des surhommes : les boosters. Grâce à une injection de ces petits organismes, le corps humain devient résistant aux balles, aux coups, capable de voler et de subir les pires traumatismes. Une telle technique n'est réservée qu'à un nombre restreint d'individus, les membres du Power Club, dont les parents milliardaires se sont ruinés pour leur offrir ce statut de super-héros aussi bien justicier qu'idole des foules. 
Anna n'a jamais sombré dans l'hystérie collective par rapport à ces quelques figures surhumaines, et pourtant, lorsque ses parents plutôt complètement aisés lui offrent pour ses dix-sept ans une adhésion au Power Club, elle n'y réfléchit pas à deux fois, et s'embarque dans l'aventure la plus marquante de sa petite existence... Mais à quel prix ?

*roulements de tambour dramatiques*

Ce qu'il y a de plus réjouissant avec ce premier tome du Power Club, c'est son originalité, son ton décalé et authentique qui le rend bien plus crédible que la plupart de ses congénères de science-fiction. Tout en demeurant dans une intrigue classique "d'apprentissage", avec combats, pouvoirs magiques et compagnie, ce roman s'ingénie à contourner les stéréotypes du genre pour s'intéresser à des aspects inédits, proposer des personnages et des situations aussi contrastés que convaincants.

On évite le manichéisme permanent, avec des héros qui doutent, une héroïne aux parents présents et authentiques dont les préoccupations sont légitimes et importantes, en lutte crédible et nécessaire avec ses principes face aux prodiges que lui fait miroiter le Power Club... Personne ne refuserait ces avantages, tout comme personne ne demeurerait aveugle aux profondes défaillances d'une organisation toute-puissante comme celle-ci. L'auteur parvient à naviguer entre les nuances morales de son univers, avec des personnalités variées et travaillées. On pourrait être Anna, on pourrait avoir ses parents, et on atteint une proximité aussi inédite qu'appréciable à ce roman. 

Le tout suit somme toute une progression assez classique, mais jamais lassante pour autant : les dialogues sont vifs, les décors variés, les rebondissements nombreux, et les quasi 500 pages se tournent à vitesse grand V, portées par une écriture efficace et dynamique. Power Club fut une vraie belle surprise, là où trop de romans se projetant dans le futur tombent dans les mêmes raccourcis scénaristiques et moraux. L'évolution de l'héroïne est d'une richesse tout à fait remarquable, et son parcours vers l'intégrité se fait sous les yeux bienveillants et encourageants d'un lecteur impliqué et embarqué.

En bref, un récit aussi travaillé que dynamique, qui s'amuse avec les codes de la science-fiction pour livrer une fiction rafraîchissante et captivante, avec une part certaine d'obscurité tout de même... Avec ce roman aussi imposant que prenant et son héroïne crédible et attachante, Alain Gagnol offre le premier volet d'une saga prometteuse qui ne vous réservera que de bonnes surprises !

Note attribuée : 8,5/10

mercredi 4 janvier 2017

Les Filles de Brick Lane tome 1 - Ambre de Siobhan Curham - Chronique n°280

Titre : Les Filles de Brick Lane tome 1 - Ambre
Auteure : Siobhan Curham
Genre : Contemporain | Jeunesse
Editions : Flammarion Jeunesse
Lu en : français
Nombre de pages : 370
Résumé : Ambre, fascinée par Oscar Wilde et passionnée de littérature, court après l'excitation et l'aventure. Mais pas facile de s'intégrer au collège quand il faut assumer d'avoir deux pères et que la vie à la maison n'est pas de tout repos.  Ambre est persuadée qu'il doit bien exister, parmi les millions de personnes qui vivent Londres, quelqu'un qui se sente comme elle, d'autres rêveurs solitaires ?. Après la rencontre fortuite de Maali, Sky et Rose, Ambre réunit très vite les trois filles pour former le Club des Filles de Brick Lane. Il est grand temps pour elles de poursuivre leurs rêves, et quoi de mieux pour les atteindre que le soutien de ses amis ?

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Un grand merci aux éditions Flammarion pour cet envoi !

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J'ai eu la chance de participer à l'opération de lancement des Filles de Brick Lane lancée par Flammarion, et ai à cette occasion reçu le roman dans un colis des plus charmants : 
J'ai donc reçu le roman - merci Captain Obvious -, mais également un petit carnet en forme de cupcake, trois sachets de thé, une carte postale représentant la maison d'Oscar Wilde à Londres et des bâtonnets d'encens à la lavande - autant de petits symboles associés au roman à redécouvrir au fil de sa lecture ! 

L'histoire en elle-même retrace la rencontre et l'amitié de quatre adolescentes aux personnalités pour le moins éloignées les unes des autres : Ambre se noie entre ses propres rêves, sa marginalité et les tensions qui naissent dans sa propre famille, Maali se désespère de se trouver si jeune et incapable d'être détendue et souriante auprès des garçons, Sky tente de faire le deuil de sa mère après déjà cinq ans et rêve de trouver le courage de participer à un slam de poésie, tandis que Rose, fille de célébrités, n'aspire qu'à ouvrir sa propre pâtisserie et non pas à faire du mannequinat comme le souhaiterait tant sa mère. 

Les chemins de ces quatre héroïnes se croisent dans les rues de leur quartier londonien cosmopolite, et sous l'impulsion d'Ambre, elles forment bientôt le Club des Filles de Brick Lane, sous le patronage de leur bien-aimé Oscar Wilde. Leur dessein : à quatre, trouver l'inspiration et surtout la force de réaliser leurs rêves, sans se juger, sans se brider...

Ce premier tome de ce que l'on devine être une tétralogie se distingue par sa fraîcheur, sa fluidité, surtout sa spontanéité : les voix de ses héroïnes sonnent juste et témoignent d'une véritable volonté de l'auteure de communiquer avec son public, de montrer à ses plus jeunes lecteurs que le doute ou le découragement ne sont  jamais une fatalité, et surtout qu'ils ne sont pas les seuls pour qui grandir est si peu évident. Entre rêve et crainte, mais toujours avec un inébranlable socle d'optimisme, elle offre un récit rafraîchissant et agréable à lire, quoiqu'un peu hâtif dans sa résolution et naïf dans certains passages.

Des thèmes parfois durs sont abordés, mais sans être édulcorés ou affadis, ils demeurent traités de façon délicate et enrichissante. La progression de l'intrigue demeure ainsi très agréable à suivre et surtout thérapeutique : le récit ne dégage aucune onde négative déprimante, et l'on referme Les Filles de Brick Lane le sourire aux lèvres... N'est-ce pas l'essentiel pour un texte à vocation d'accompagner les plus jeunes sur le chemin de la maturité et de la réalisation de soi ?

Je parle comme ma prof de philo. Ca m'effraie.

En bref, un roman jeunesse qui parlera sans doute autant aux lecteurs de l'âge des protagonistes, en proie aux mêmes questionnements qu'elles, qu'à leurs aînés pour qui ces années si particulières sont restées marquantes. L'auteure parvient à travers quatre histoires bien distinctes et pourtant unies par les mêmes peurs et espoirs à livrer un récit frais juste et sincère, qui donne envie de se lever et de courir affronter le vaste monde pour réaliser ses projets les plus fous...

Note attribuée : 7,5/10

lundi 2 janvier 2017

Bilan de l'année 2016

Bonjour à tous !

L'année 2016 aura, vous en conviendrez, été pour le moins mouvementée sur de très nombreux plans, et globalement loin de ne susciter que de l'épanouissement et de la sérénité. Cependant, s'il y a bien quelque chose qui se porte bien, c'est la littérature, l'amour des mots, les blogs, leurs auteurs : cette année aura été une succession de belles découvertes livresques et humaines, de rencontres, d'événements, pour lesquels je demeure immensément reconnaissante.

*distribue de l'amour*

Mais.

Mes amis, l'heure est grave.
J'ai dépassé les bornes. J'ai lu environ 158 livres cette année selon le grand maître Goodreads, auxquels il faut ajouter 10 tomes de Cherub et 7 d'Harry Potter
On parvient donc à 171 romans. Ce qui est à la fois réjouissant et effrayant.

Mieux vaut en dresser un bilan, n'est-ce pas ? Voici après mûre réflexion un top 12 de mes plus gros coups de cœur de l'année 2016 !
Tous n'ont pas été désignés comme des coups de cœur immédiatement, mais avec du recul, je puis affirmer parfaitement solennellement que ces quelques titres sont ceux que je retiens avant tout, que je désire partager le plus possible, en lesquels je place le plus d'amour !

Sur ce, je vous souhaite une très, très belle année 2017, aussi réussie que douce et inspirante ! A très vite pour plus de lecture, de mots, d'échanges !