La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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vendredi 22 juin 2018

En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis - Chronique n°420

Titre : En finir avec Eddy Bellegueule
Auteur : Edouard Louis
Genre : Autobiographie | Contemporain
Editions : Points
Lu en : français
Nombre de pages : 208
Résumé : "Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici". En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

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"De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux."

Le ton est donné. 

L'autofiction me fascine, cette histoire vraie qui ne l'est pas quand ça l'arrange, ce récit en première personne qui se rêve extérieur, ce jeu constant avec la crédulité et le doute du lecteur, cette façon inédite et assez cathartique de parler le soi sans le faire tout à fait. 

Et Edouard Louis excelle à cet exercice. 


Le roman se veut marquant, choquant et même repoussant. L'auteur force le trait, se jette à corps perdu dans la provocation, l'absence de concession, le détail qui tue et l'image qui hante. Peu lui importe la pudeur, le voici qui décrit avec un ton extrêmement cru la violence sociale subie par le milieu ouvrier dont il est originaire, la violence qui lui a été infligée par ses proches ou ses camarades, la violence qu'il retourne aujourd'hui à ses oppresseurs par les mots qu'il écrit. C'est un roman aussi autobiographique que sociale, qui révolte, insupporte, tout en maintenant toujours éveillée cette petite flamme de curiosité malsaine du lecteur qui se demande pourquoi diable il continue à découvrir toutes ces horreurs, si ce n'est par pur voyeurisme. 

Edouard Louis joue sciemment avec la culpabilité et la gêne de son public qu'il devine étranger au milieu qu'il décrit. Les lecteurs d'En finir avec Eddy Bellegueule cherchent avant tout à se distancier des personnages du livre, mais l'auteur n'a de cesse de les confronter l'un à l'autre. 

Car c'est bien une dissection méthodique de la violence que Louis propose, de la violence symbolique de Bourdieu à la violence des caïds de la cour de récré, en passant par celle de sa propre plume sur ses lecteurs préservés. C'est poussé jusqu'au bout, ce qui pourrait peut-être constituer  mon principal reproche : à trop chercher la provocation, l'auteur s'égare peut-être un peu dans la gratuité, le spectaculaire, voire l'outrancier.

Mais c'est sans doute ce que recherche Edouard Louis, l'absence de concession envers qui que ce soit, son milieu, ceux qui l'ont élevé, et encore moins ceux qui le lisent. En finir avec Eddy Bellegueule se vit comme une expérience-limite, entre rejet et empathie, émotion et déni, qui mérite clairement les débats qu'il a suscités - même si bon sang, je n'aurais pas aimé être à la place de la famille Bellegueule lorsqu'elle a reçu ce coup de poing littéraire.


lundi 18 juin 2018

Le Gouffre de Rolland Auda - Chronique n°419

Titre : Le Gouffre
Auteur : Rolland Auda
Genre : Fantastique
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 512
Résumé : 
Lorsque Saïd, 17 ans, se rend en plein hiver à Maleroque, un village des Alpes, ce n’est pas simplement pour pratiquer sa passion, la spéléologie. C’est aussi pour aller passer quelques jours dans la maison de son grand-père qui vient de mourir : Hans, dit Jean des Loups, célèbre écrivain.

Mais Saïd se rendra vite compte que les sorciers et les monstres ne hantent pas que les histoires à succès de son grand-père, et qu’il est très attendu.
Que veut-on de lui ? Qui est ce mystérieux Sourcier, dont les créatures de fumée surgissent des entrailles de la Forêt Chantante ? Une chose est sûre: pour s’en sortir, Saïd devra affronter bien plus que ses propres démons.

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Lucie pour cet envoi !

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Ce livre est fou.
Ce livre est malade.
J'adore ce livre. 

Vous avez quelques heures à consacrer à un voyage fantasque et inédit, à une prose épique et pleine de surprise, à l'imagination sans limites d'un auteur ambitieux ? 
N'hésitez plus. Voici Le Gouffre.

Le Gouffre, c'est l'histoire de Willy-Saïd, mais plutôt Saïd, ou encore mieux, Cid. Cid a dix-huit ans, une tignasse de cheveux roux et un grand-père auteur de best-sellers qu'il n'a plus vu depuis son départ dans un petit village perdu il y a des années et des années.
Mais à la mort du fameux grand-père, Cid prend la décision de découvrir les lieux qui ont manifestement tant séduit son grand-père, ce petit village dont il ne connaît que le nom, pour retrouver cet aïeul qui le fascine, et peut-être même pour trouver autre chose sur place, quelque chose de bien plus sombre, quelque chose d'innommable... 

Une chose est sûre : vous n'êtes pas prêts pour ce que ce roman vous réserve. 
Une deuxième chose l'est tout autant : Rolland Auda est complètement fou. Et on en redemande. 

L'intrigue fourmille de trouvailles époustouflantes et de petits détails subtils qui ne vont jamais être pointés du doigt de façon outrancière pour insister sur le fait que, vous avez vu, ce livre est vraiment plein de références et d'ironie. Au contraire, l'univers est d'autant plus convaincant qu'on peut le savourer au premier degré tout autant qu'à travers différents prismes plus analytiques, pour son histoire tout autant que pour son sous-texte. 

La plume est très différente de ce qu'offrent habituellement les romans Exprim', avec deux styles qui tranchent mais s'accommodent étonnamment bien l'un à l'autre : en premier lieu, l'écriture du récit en lui-même, foisonnante d'idées, d'images, de mots relevant du ton épique voire mythologique, et de l'autre celle du dialogue, avec la vivacité et le naturel que l'on retrouve chez les parutions de Sarbacane. Le tout forme un ensemble unique et marquant, finalement, une sorte de conte des temps modernes, de récit gothique à la sauce XXIème siècle. 

Pas le temps de souffler dès les premières pages entamées, l'auteur maîtrise parfaitement le rythme de son histoire et assène retournements de situation, changements de décors et autres coups de tonnerre à une cadence implacable. Le récit prend en épaisseur au fur et à mesure que l'on progresse, avec un final réellement brillant - un peu confus par moments, mais ce sera bien là mon seul reproche. 

On ne peut donc que saluer la parution d'un roman aussi profondément original, d'une histoire aussi tordue, merveilleuse et impensable. Le Gouffre redonne foi en ce que le genre fantastique a la capacité de produire, et je ne saurais trop vous recommander de vous jeter sur cette nouvelle pépite Exprim', en vous prévenant : vos yeux seront éblouis, vos tripes retournées, et votre cerveau hébété. 

mercredi 13 juin 2018

My Sister, my Love de Joyce Carol Oates - Chronique n°418

Titre : My Sister, My Love
Auteure : Joyce Carol Oates
Editions : Fourth Estate
Genre : Contemporain
Lu en : anglais
Nombre de pages : 562
Résumé : When a beautiful, ice-skating child prodigy is found brutally murdered, suspicion mounts against friends, neighbors, and even the young girl's own family. Told from the point of view of the dead girl's brother, 'My Sister, My Love' explores the darkest corners of the human psyche, and takes the reader into a twisted world.

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Existe également en français

Titre : Petite Sœur, mon amour
Editions : Points
Résumé : 
Bliss, princesse des glaces qui a remporté tous les prix de patinage, a été assassinée. Pourtant, tout le monde l'aimait. Son frère Skyler, psychotique, un peu jaloux de son succès. Sa mère, prête à tout pour faire de Bliss une star : maquillage outrancier, tenues sexy et produits dopants. Ses fans qui l'adulent jusqu'à l'obsession. Oui, tout le monde aime Bliss, mais trop d'amour peut tuer...

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There's one thing I'm learning for sure. Joyce Carol Oates never disappoints. 
Shortly after finishing the astonishing, must-read, life-changing Blonde, I felt the need to dive again into Oates' prose, into her twisted mind and dark stories, and I happened to randomly find one of her novels upon a stack of books at my bookstore. 

And so I began reading My Sister, My Love
And oh, my.

That lady is crazy.

The novel is basically the testimony of nineteen-year-old Skyler, whose sister was found brutally murdered at age six, when he himself was not even ten years old.  
But this is not your typical testimony. This is more of a tortured insight of a traumatized teenager, full of conjectures, doubts, remorse and wanderings. 

The novel starts abruptly, with a few unsettling chapters about the narrator's most profound doubts and terrors - which is by the way brilliantly executed, and not only at the beginning of the book. The whole novel depicts with an incredible acuity what it feels like being tortured by memories, by regrets, by anguish, to an almost unbearable point. 
The plot becomes then more usual, stable, first telling the childhood of the Rampike children, raised by their clearly fragile and destructive parents, then poor Bliss' murder and what followed it. The whole family dynamic is both fascinating and repulsive, and Oates perfectly manages finding the appropriate words to reflect Skyler's uneasiness, along with his guilt and anger against all the people who mistreated him - and believe me, there are a lot of them. 

I'm once again in awe in front of Oates' rich, complex, nuanced writing, sometimes classic, sometimes incredibly innovative, always full of imagination and passion. Although the novel is more than 500 pages long, you will not be able to find a passage that could have been cut out of it. Everything is well-thought and crafted in a way that it maintains the reader completely caught up in the story... until a finale completely satisfying regarding both the plot and the narrator's personal journey. 

My Sister, my Love was another great discovery of Oates' work for me - although it didn't surpass Blonde to my eyes, but can any book do so? I doubt it. 
I recommend it for its gripping realism and rawness, its violence, its incredible emotional power on the reader, but I nevertheless would be less prone to push you to read it if you are quite sensible or not in a really good place at the moment. There are some really dark things in there.

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Pas de doute, Joyce Carol Oates possède un talent monstrueux. 
J'en avais déjà eu un aperçu plus que marquant avec Blonde, et My Sister, My Love, avec toutes ses ressemblances mais aussi ses particularités, est une nouvelle petite prouesse de la part de cette autrice aussi prolifique qu'éclectique, et, avouons-le, complètement barrée. 

C'est complètement par hasard que j'ai découvert ce roman, posé sur une pile de livres, et que j'ai acheté par impulsion, parce que je ressortais tout juste du traumatisme, de l'expérience, du bonheur d'avoir découvert Blonde et que je mourais d'envie de retrouver la plume d'Oates. 

Oates aime plus que tout plonger le lecteur au plus profond de la psyché de ses personnages, le confrontant sans ménagement à leurs pires pulsions, contradictions et autres pensées inavouables. C'est aussi déstabilisant qu'hypnotique, et on n'a d'autre choix que de se laisser emporter par les voix pas toujours rassurantes ni rassurées de ces figures instables et bien trop impliquées dans le récit qu'elles racontent pour être fiables. 

Les romans de cette écrivaine sont dans un jeu constant et fascinant de déconstruction et de démystification de la vérité, ou plutôt des vérités propres à chacun : celle que l'on s'avoue, celle de son déni, la vérité révélée, celle de celui en face de soi, celle des médias, l'opinion commune, la vérité idéalisée. Toutes s'entrechoquent, se contredisent et apprennent l'une de l'autre, pour un résultat qui pourrait être une cacophonie mais qui est tout le contraire : un récit torturé, certes, mais nuancé, complexe mais fluide et inexplicablement équilibré. 

My Sister, my Love est long, est assez difficile d'accès dans ses toutes premières pages qui relèvent plutôt du délire que d'autre chose - et c'est brillant -, avant de trouver un rythme vraiment prenant par la suite, tout d'abord avec le récit de l'enfance de Skyler et Bliss par Skyler lui-même, des profonds déséquilibres qui traversent leur famille, avant de basculer vers le meurtre en lui-même et surtout ce qui va suivre. Le récit est plus que prenant, très lourd même du fait des thématiques abordées, et il peut parfois être nécessaire de faire quelques interruptions dans sa lecture pour prendre de la distance par rapport au malaise viscéral que l'on ressent vis-à-vis de cette intrigue sordide. 

C'est donc un nouvel ouvrage brillant, notamment grâce à la richesse et à la surexpressivité de son écriture et au degré de subtilité auquel Oates parvient à pousser les personnalités de ses personnages. Le roman reste évidemment un petit cran en-dessous de Blonde, mais pour être honnête, Blonde, c'est un peu la fin de la littérature. N'hésitez donc pas à découvrir cette histoire oppressante, sombre, même si je serais d'avis de déconseiller cette lecture à des âmes peut-être un peu sensibles. 



samedi 9 juin 2018

Chroniques burlesques d'une journaliste de Stéphanie Janicot et Catel - Chronique n°417

Titre : Chroniques burlesques d'une journaliste
Auteure : Stéphanie Janicot
Illustré par : Catel
Genre : Contemporain
Editions : Michel Lafon
Lu en : français
Nombre de pages : 165
Résumé : Au fil de l’année qui défile et des articles de Jazz, nous vivons les temps forts des événements culturels en France. Jazz est journaliste pour les pages culture d’un hebdo.Son chef de service, Aaron, a une fâcheuse tendance à lui refiler les sujets dont personne ne veut. Mais qu’à cela ne tienne, Jazz ne manque pas d’audace et d’humour. Elle arrive toujours à relever le défi pour écrire ses papiers. Des incontournables Victoires de la musique, au train du cholestérol de Brive La Gaillarde, Jazz va de rencontres en surprises, côtoyant tour à tour Francis Ford Coppola, Benjamin Biolay, Amélie Nothomb et bien d’autres stars.

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Un grand merci aux éditions Michel Lafon et en particulier à Camille pour cet envoi !

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Je ne m'attendais sans doute pas au bon livre. 
D'après le résumé, j'espérais une véritable plongée dans le milieu journalistique, dans l'essence de la profession, dans son actualité difficile, sa concurrence permanente, ses crises, mais aussi ses accomplissements. 

Et il y a de ça dans ce livre. 
Mais bien trop peu.
Voire pratiquement pas.

Ce roman graphique - et non pas BD comme je l'ai cru - offre ainsi un contenu assez décevant et surtout beaucoup trop superficiel. L'auteure se concentre avant tout sur la vie de mère célibataire de Julia, surnommée Jazz, pigiste dans un hebdomadaire national, et la majorité du récit présente son quotidien, ses espoirs et déceptions, n'instillant qu'au second plan quelques éléments sur la profession de journaliste, plus particulièrement en tant que femme à l'emploi précaire. 

C'est une histoire qui se lit très vite, avec un certain plaisir procuré par la qualité des dessins de Catel - rien de nouveau sous le soleil, son talent n'est plus à prouver - et celui de l'objet-livre même, ainsi que d'une certaine légèreté et fluidité de la narration. Pour le reste, hélas, le format de quelques pages consacrées à chacun des douze mois de l'année est bien trop restreint pour aboutir à une intrigue véritablement prenante ou à un aperçu pertinent de l'environnement de Jazz. Les ingrédients étaient là, on sent l'expérience de l'auteure dans les piques d'ironie qu'elle adresse au milieu journalistique, mais ce n'est hélas rien que de très survolé. Je pense notamment au personnage de la journaliste en charge de la rubrique "livres", une snob littéraire comme on n'en fait plus qui méprise les titres qui appartiennent à ce qu'elle considère être des sous-genres, et envoie ainsi à sa place Jazz à un festival de littérature New Romance. Il y a bien sûr quelques bribes de réflexion sur la multiplicité de la littérature, de ses publics, mais cela ne dépasse jamais le stade de prémisse ou d'anecdote, et vire même à la caricature qui peut être blessante pour d'éventuels amateurs du genre, à coups de "on ne va quand même pas parler de ça pour la rentrée littéraire" ou "ce n'est pas de la vraie littérature". Dommage pour un roman qu'on verrait justement bien se montrer ouvert d'esprit et porter des messages plus positifs. 

On peut penser à d'autres exemples de ces débuts avortés d'intrigues pertinentes, comme le comportement sexiste du patron de Jazz qui considère qu'elle a naturellement moins d'ambitions et de capacités que d'autres parce qu'elle est mère... sans que ce thème éminemment politique et actuel ne dépasse le stade d'élément de fond, de constante qu'on ne remet pas tellement en question au-delà du "vraiment pas cool ce patron". 

Je ne vais donc pas faire de faux procès à cet ouvrage qui se tient pour ce qu'il est au motif qu'il ne correspondait pas à mes attentes, ce serait injuste et absurde. On peut donc retenir de ce roman qu'il s'agit d'une lecture légère et agréable, sans prise de tête, avec un vrai travail de composition et de graphisme, qui constituera un bon moment de divertissement, mais vraiment pas d'un texte plus introspectif, ni porteur d'une réflexion globale sur la profession de journaliste. L'intrigue ne porte pas d'enjeu à proprement parler, le ton est à l'anecdote plutôt qu'au romanesque, mais ce n'était pas l'objectif initial du roman, ne prenez donc pas ma déception personnelle pour une dévaluation totale du travail des deux autrices. A vous de voir donc... même si vous comprendrez bien que je ne serai pas la première à vous le recommander. 

jeudi 7 juin 2018

Mock Boys de Marie Leymarie - Chronique n°416

Titre : Mock Boys
Auteure : Marie Leymarie
Genre : YA
Editions : Syros
Lu en : français
Résumé : MOCK / Définition

1. Verbe : se moquer, tourner en dérision
C'est ce que savent si bien faire Raoul et Baptiste, les garçons cool du lycée, drôles, à l'aise, désinvoltes. Ils ont fait le pari de sortir avec le plus de filles possible, sans se laisser prendre par l'émotion, sans jamais s'attacher. Car ils ne croient qu'en l'amitié.
2. Adjectif : faux, factice
Et si la désinvolture n'était qu'une posture ? Et si leur pacte a priori indestructible était bouleversé par une rencontre ?


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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Raoul et Baptiste sont meilleurs amis, confidents, rivaux, challengers l'un de l'autre, complices, comparses. Ensemble, ils suivent un exigeant double cursus scolaire en danse contemporaine, ensemble, ils se défient d'en faire toujours plus, d'aller toujours plus loin dans la transgression, dans la séduction, dans la désinvolture. Ce sont les mock boys. Il y a le mocking boy, Raoul, le garçon moqueur, celui pour qui rien ne compte vraiment, celui qui tourne tout en dérision, celui qui s'en sort toujours par une pirouette ou un grand sourire, et il y a le mock boy, Baptiste, le garçon factice, celui qui fait tout pour de faux, celui qui se sent usurpateur en permanence sans savoir au juste ce qu'il usurpe, intrus à sa propre vie, celui qui se ment à lui-même.
L'équilibre entre Raoul et Baptiste dure depuis des années et des années, mais il va suffire de l'arrivée d'une fille dans leur vie pour que leurs rapports soient perturbés de façon irréversible. Baptiste en tombe amoureux, mais le cache à Raoul qui le verrait comme une trahison, un parjure à leur promesse de ne jamais tomber amoureux et de continuer à voir la vie avec nonchalance. S'ensuivent mensonges, tours de passe-passe et des heures et des heures d'introspection...

Le roman en lui-même se lit vraiment bien, à toute vitesse même, et on se familiarise très vite avec ce petit groupe d'adolescents aux aspirations et aux personnalités plutôt bien définies et assez nuancées. L'écriture est simple mais fine, et l'approche en général du sujet de l'adolescence évite les clichés indigestes - même si on a parfois tendance à se dire que la concentration en drames personnels et dilemmes moraux est particulièrement inquiétante au sein de ce lycée. 

Le principal reproche que j'adresserai au roman est que l'on n'a pas tant l'impression de suivre des personnages en classe de Seconde, âgés donc de 14 à 15 ans, que des individus en toute fin d'adolescence, prêts à passer à l'âge adulte. Nul doute qu'il doit bien exister des garçons et filles aussi jeunes et déjà sensibilisés à toutes les expériences évoquées par l'auteure, mais de mon  propre vécu qui n'est pas si lointain, les jeunes de 14-15 ans sont loin d'avoir ces priorités, ces réflexions, cette façon de fonctionner, ces comportements aussi adultes et détachés notamment dans les relations amoureuses et sexuelles. 14 ans, c'est très très jeune, et lire des pensées aussi nuancées et avancées chez des personnages de cet âge suscite une sorte de décalage. C'est dommage, parce que cela résulte en un mélange de thématiques hétéroclites : on a d'un côté des relations conflictuelles, avec les parents par exemple, très "basiques", des motifs de jalousie qui témoignent de puérilité, de manque de réflexion des adolescents, et de l'autre une vie amoureuse et sexuelle extrêmement banalisée et "poussée", et surtout des pensées torturantes sur le plan émotionnel et psychologique dont la formulation même paraît impossible chez des individus qui se comportent par ailleurs de façon aussi immature - le simple serment de ne jamais tomber amoureux de Raoul et Baptiste montre bien ce côté encore assez enfantin.  Difficile dès lors de s'attacher à ces figures,  dans le sens où un adolescent aura du mal à se retrouver vraiment dans ces personnages un peu trop "en avance" sur certains aspects, ou à l'inverse "en retard" pour un lecteur plus âgé. 

On regrette surtout le fait que l'auteure semble avoir abandonné ou du moins délaissé sa démarche en cours de route : après quelques chapitres, on perd de plus en plus cette étude des postures des deux garçons, de leur jeu de dupes, pour se concentrer pratiquement exclusivement sur leurs relations amoureuses. Et oui, ces relations sont bien décrites et approchées de façon plutôt complexe, mais il s'agit là d'une dimension bien trop réductrice. On aurait aimé se concentrer plus sur cette notion passionnante et essentielle de l'identité qui constitue à mes yeux le cœur de l'adolescence, ce jeu de miroirs où l'on s'abuse à naviguer entre différentes versions de soi jusqu'à ne plus bien savoir laquelle était l'originale et laquelle on veut épouser. C'était très bien fait dans les premières pages, mais hélas absent par la suite. 

Mock Boys reste un très bon moment de lecture à plus d'un égard, et est globalement bien au-dessus de la moyenne de ce qui se fait en roman sur les adolescents pour les adolescents. C'est aussi à cause de cette qualité globale que je me permets de faire ces reproches, qui n'ont pas de vrai impact sur le plaisir que l'on retire de la découverte du récit. J'aurais donc plutôt tendance à recommander cet ouvrage, qui transmet des messages à mon sens bénéfiques et encourage la communication, le respect, l'ouverture à l'autre, en vous poussant à rester critique sur la cohérence et l'aspect réaliste des personnages d'adolescents proposés. 

lundi 4 juin 2018

Bilan du mois [Mai 2018]

Bonjour à tous !

Mai a été un mois assez incroyable, avec des révisions, puis des partiels disons mouvementés, mais aussi un merveilleux séjour au festival de Cannes... Ce mois-ci,  je suis en stage dans un centre d'hébergement d'urgence Emmaüs, et même si les journées sont fatigantes, l'envie de lire est d'autant plus importante. De belles découvertes ce mois-ci donc, et à n'en pas douter le mois suivant ! Mai a aussi été un excellent mois sur le plan de l'écriture - il semble que ce soit la meilleure période de l'année puisque c'est en juin et juillet de l'an dernier que j'ai écrit mon deuxième roman ! Je travaille sur un projet qui me tient beaucoup à cœur, nous verrons bien ce qu'il en sera - 20 000 mots pour l'instant, youpi.

Voici donc mes 10 lectures du mois - à vrai dire, il y en a une onzième, mais bon, comme je l'ai détestée au point d'abandonner, je n'ai même pas envie d'en parler. ouais, je suis comme ça.


Le coup de cœur du mois...

  
Mémoire de fille d'Annie Ernaux : un très très beau récit autobiographique dont les multiples bizarreries et autres trouvailles m'ont frappée par leur justesse et ont terriblement résonné en moi, en dépit des différences d'époque, de situation ou de personnalité entre Ernaux et moi... Ou justement grâce à elles ? Une excellente découverte qui me donne envie de lire le reste de l'oeuvre de l'autrice !

J'ai adoré...
Histoire d'un mensonge - Enquête sur l'expérience de Stanford de Thibaut Le Texier : Pa-ssio-nnant. J'ai hésité à en faire un coup de cœur aussi - une distinction qui ne veut de toute façon pas dire grand chose -, mais ce qu'il faut en retenir, c'est qu'il s'agit là d'un ouvrage passionnant et accessible, qui décortique et, il faut bien le dire, démonte une des expériences sociales les plus connues, et propose par là même une réflexion essentielle sur ce qui fait les sciences sociales et comment on devrait les étudier et les mener. 
Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson : encore un récit autobiographique, encore un très court roman, encore une découverte de la sexualité, encore un ouvrage bouleversant : les similarités avec Mémoire de Fille ne manquent pas. Le style et le propos est très différent, mais le résultat tout aussi convaincant. 

J'ai beaucoup aimé...

Un personnage de roman de Philippe Besson : un récit assez hors-normes et assez savoureux dans la mesure où l'auteur assume sa totale subjectivité, et délivre un portrait que l'on devine admiratif et attendri sans non plus devenir complaisant d'une figure autour de laquelle tout et n'importe quoi a été dit. Pas une lecture essentielle, mais elle n'en a pas moins été très bonne. 
King Kong Théorie de Virginie Despentes : lecture beaucoup plus essentielle que la précédente à mon sens (désolée Patrick) : le fameux pavé dans la mare de la bibliographie de Despentes, un texte volontairement brut de décoffrage et provocateur dont la lecture est à mon sens incontournable pour qui s'intéresse au féminisme, aux dominations de genre, de classe, et autres. Je retiens surtout les chapitres dédiés à la prostitution, à la pornographie et au viol, des textes que je considère d'utilité publique, et même si j'ai des réserves sur quelques points, je recommande la lecture de ce texte, ne serait-ce que pour réveiller les consciences.

J'ai bien aimé...
La Traversée du Paradis d'Antoine Rault
The Female Persuasion de Meg Wolitzer - VO : une lecture agréable mais dont j'attendais beaucoup, beaucoup plus. Il s'agissait plus d'un récit d'apprentissage / choral que du texte révolutionnaire que pour une raison ou une autre j'espérais. Aucun défaut flagrant, et encore une fois, j'ai passé un bon moment de lecture, mais j'ai peur que ce texte ne reste pas aussi longtemps que prévu dans mon esprit. 
Mock Boys de Marie Leymarie : un roman YA touchant à plus d'un égard, même si j'ai personnellement de gros doutes quant au réalisme de certaines situations décrites lorsque l'on sait qu'elles décrivent des adolescents en Seconde. Je ne dis pas qu'elles n'existent pas, simplement qu'elles ne doivent pas être très parlantes pour beaucoup de jeunes de 14-15 ans. Un récit qui s'adresserait donc plutôt à un public en "fin d'adolescence". 
Les Falsificateurs d'Antoine Bello : une trilogie que je voulais découvrir depuis longtemps, et dont le premier tome m'a maintenue en haleine de bout en bout même si j'avoue être moins fan de l'écriture assez impersonnelle et des personnages dont la caractérisation va un peu vite en affaires. Nous verrons ce qu'il en sera avec la suite !
Ada d'Antoine Bello : une enquête sur la disparition d'une mystérieuse Intelligence Artificielle jusqu'alors contrôlée par une firme aussi puissante qu'ambitieuse, dont, comme c'est manifestement le cas en général avec cet auteur, l'intrigue en elle-même m'a beaucoup plu, la plume et le travail sur les personnages beaucoup moins. 

Sur ce, je vous souhaite un excellent mois de juin !




lundi 28 mai 2018

Le Mythe de la Virilité d'Olivia Gazalé - Chronique n°415

Titre : Le Mythe de la Virilité
Auteure : Olivia Gazalé
Genre : Essai
Editions : Robert Laffont
Nombre de pages : 416
Lu en : français
Résumé : Et si, comme les femmes, les hommes étaient depuis toujours victimes du mythe de la virilité ? De la préhistoire à l’époque contemporaine, une passionnante histoire du féminin et du masculin qui réinterprète de façon originale le thème de la guerre des sexes. 
Pour asseoir sa domination sur le sexe féminin, l’homme a, dès les origines de la civilisation, théorisé sa supériorité en construisant le mythe de la virilité. Un discours fondateur qui n’a pas seulement postulé l’infériorité essentielle de la femme, mais aussi celle de l’autre homme (l’étranger, le « sous-homme », le « pédéraste »...). Historiquement, ce mythe a ainsi légitimé la minoration de la femme et l’oppression de l’homme par l’homme.
Depuis un siècle, ce modèle de la toute-puissance guerrière, politique et sexuelle est en pleine déconstruction, au point que certains esprits nostalgiques déplorent une « crise de la virilité ». Les masculinistes accusent le féminisme d’avoir privé l’homme de sa souveraineté naturelle. Que leur répondre ? Que le malaise masculin est, certes, une réalité, massive et douloureuse, mais que l’émancipation des femmes n’en est pas la cause. La virilité est tombée dans son propre piège, un piège que l’homme, en voulant y enfermer la femme, s’est tendu à lui-même.
En faisant du mythe de la supériorité mâle le fondement de l’ordre social, politique, religieux, économique et sexuel, en valorisant la force, le goût du pouvoir, l’appétit de conquête et l’instinct guerrier, il a justifié et organisé l’asservissement des femmes, mais il s’est aussi condamné à réprimer ses émotions, à redouter l’impuissance et à honnir l’effémination, tout en cultivant le goût de la violence et de la mort héroïque. Le devoir de virilité est un fardeau, et « devenir un homme » un processus extrêmement coûteux.
Si la virilité est aujourd’hui un mythe crépusculaire, il ne faut pas s’en alarmer, mais s’en réjouir. Car la réinvention actuelle des masculinités n’est pas seulement un progrès pour la cause des hommes, elle est l’avenir du féminisme.

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Les ouvrages s'intéressant à la question du genre forment un univers incroyablement enrichissant et exquis, mais néanmoins très vaste, et ce de plus en plus. Si l'on ne peut que se réjouir de la multiplication des titres autour de cette question cruciale, on peut se sentir dépassé et ne plus savoir par où commencer ou comment poursuivre. 

Ne cherchez plus. Voici la réponse : lisez Le Mythe de la Virilité

S'il est bien une question qui obsède tous ceux qui ont choisi de se battre contre les dominations liées au genre, c'est celle de l'origine du sexisme, des stéréotypes de genre, de la hiérarchie entre masculin et féminin. Et la réponse que vient proposer cet ouvrage est d'autant plus révolutionnaire qu'elle tient en quelques mots : si les femmes se sont vues progressivement oppressées, c'est avant tout parce que les hommes se sont fixé des idéaux de virilité impossibles à atteindre, une prison viriliste qui les condamne à demeurer dans un malaise permanent... qu'ils ont dès lors cherché à exorciser en dévaluant le genre féminin pour finalement le dominer. 

L'ouvrage, extrêmement clair, et même captivant, va ainsi exposer puis analyser les stéréotypes et les pressions liées à chacun des deux genres, en se concentrant sur le masculin, ainsi que sur les relations entre les genres mais également au sein même des genres. L'approche est philosophique, historique, anthropologique, politique et sociologique, et le résultat brillant. L'auteure fait preuve d'une grande pédagogie, illustrant son propos par des exemples qui parleront à chaque lecteur, et son point de vue assumé, celui d'une femme féministe, n'est en aucun cas un obstacle ou un biais gênant, mais au contraire un cap, une colonne vertébrale qui donne à l'essai toute sa cohérence. Et c'est brillant.

Voici donc un ouvrage que l'on peut sans hésiter qualifier d'utilité publique, tant il fait écho non seulement à l'histoire de l'humanité mais aussi à notre actualité brûlante, dans un débat où l'on perd souvent de vue l'essentiel, à savoir la nécessité de lutter enfin pour une égalité politique, économique et sociale entre les genres, pour se disperser avec des arguments fallacieux tels que "les féministes entretiennent la haine des hommes", "le féminisme va à l'encontre de l'ordre naturel des choses" ou "tous les hommes ne sont pas mauvais" - le fameux #NotAllMen. Avec Le Mythe de la Virilité, on dispose d'éclairages exhaustifs qui parlent d'eux-mêmes sur ces enjeux, de références de qualité, et surtout des outils appropriées pour enfin débattre intelligemment sur la façon dont on pourra en finir avec le patriarcat. 

Le Mythe de la Virilité s'adresse à tous et toutes, parce qu'il révèle mieux qu'aucun autre ouvrage le mal que le patriarcat fait aux hommes. Evidemment, les hommes jouissent de privilèges dans l'ordre actuel des choses, et ne connaîtront jamais de façon systémique le harcèlement sexuel, la peur du viol, ou encore les inégalités au travail, mais ils souffrent aussi à leur façon des préjugés et des injonctions de genre. Le féminisme est un mouvement qui oeuvre pour le bien commun, et cherche à émanciper tous les genres, y compris ceux qui ne rentrent pas dans une typologie encore très binaire aujourd'hui.
N'hésitez donc pas à vous jeter sur cet ouvrage, qui est, plus qu'un livre à lire, un livre à relire et à faire lire ! 

mardi 22 mai 2018

"Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson - Chronique n°414

Titre : "Arrête avec tes mensonges"
Auteur : Philippe Besson
Editions : 10/18
Genre : Contemporain | Autobiographie
Lu en : français
Nombre de pages : 160
Résumé : Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec te s mensonges. » J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier. Aujourd'hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre. Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale. Mais un amour, quand même. Un amour immense et tenu secret.

Qui a fini par me rattraper.


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Philippe a 17 ans, l'air typique du premier de la classe, et une admiration éperdue et unilatérale pour Thomas Andrieu. 
Thomas est au lycée avec Philippe, le premier en terminale D, le deuxième en terminale C. 
Philippe existe, c'est lui qui écrit ce roman. Thomas aussi a existé. Et ceci est leur histoire. 

C'est un roman court, presque une nouvelle, fulgurant. Le deuxième que je lis de Philippe Besson - après son fameux Un personnage de roman sur Emmanuel Macron -, et sans doute celui par lequel il faut commencer son oeuvre. L'événement structurant du reste de sa vie, le point de départ de son oeuvre, comme un traumatisme initiatique dont il ne se détachera jamais tout à fait. 

Une histoire d'amour que l'on dévore en un rien de temps et dans laquelle on se reconnaît, un premier amour plein d'absolus et de foudroiements comme on en vit à dix-sept ans, une histoire condamnée à s'éteindre, racontée avec une sincérité désarmante et plus que touchante par l'auteur. On est tous, on a tous été Philippe à un moment ou à un autre de sa vie, on a connu cette surprise émerveillée lorsque l'on s'est rendu compte qu'on était aimé en retour, la sensation de commencer une aventure unique.

C'est à la fois on ne peut plus particulier et définitivement universel, avec ces soupçons de petites réflexions personnelles et de bizarreries du narrateur qui rendent le tout attachant. C'est écrit sans aucun surplus, sans gras littéraire, c'est direct, pur, efficace. C'est à la fois très cru dans le vocabulaire employé et toujours très pudique dans le dévoilement des sentiments. 
C'est enfin un roman qui donne envie de lire tous ceux qui l'ont précédé dans l'oeuvre de Besson mais qui en découlent dans son esprit, tous ces romans qui parlent d'histoires d'amour entre deux garçons, de Thomas Andrieu, d'adolescents un peu bizarres, un peu décentrés, un peu perdus, qui s'unissent en sachant que ça ne peut pas durer, et se quittent sans jamais y parvenir tout à fait. C'est l'histoire d'une obsession.