La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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dimanche 25 février 2018

Tout le pouvoir aux Soviets de Patrick Besson - Chronique n°401

Titre : Tout le pouvoir aux soviets
Auteur : Patrick Besson 
Genre : Historique | Contemporaine
Editions : Stock
Lu en : français
Résumé : Marc Martouret, jeune banquier né d'une mère russe antisoviétique et d'un père communiste français, porte en lui ces deux personnes énigmatiques dont on découvrira les secrets tout au long du roman qui nous emmène du Paris de Lénine en 1908 au Moscou de Poutine en 2015, ainsi que dans l'URSS de Brejnev pour le cinquantième anniversaire d'octobre 17. L'épopée révolutionnaire, ses héros et ses martyrs, ses exploits et ses crimes, ses nombreuses ambiguïtés, sont ressuscités au fil des pages. 

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Un grand merci aux éditions Stock et à Babelio pour cet envoi !

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Difficile de faire la critique d'un écrivain du gabarit de Patrick Besson, qui est tout de même précédé par une oeuvre prolifique, et dont il s'agit du tout premier roman que je découvre. Et si je ne peux que reconnaître des qualités indéniables notamment dans l'écriture et le style, force est d'admettre que je n'adhère pas complètement à ce roman dense, complexe, et oui, quelque peu déstabilisant. 


L'histoire croise trois récits, à trois époques différentes, avec trois rapports différents à la Russie et à sa culture. Le premier point de vue est celui de Marc, jeune banquier français en déplacement en Russie qui tombe sous le charme de la très énigmatique Tania ; le second est celui de son père, communiste convaincu que, ô coïncidence, la mère de Tania a très bien connu ; le dernier enfin, le moins présent, est le testament littéraire du grand-père de Tania, écrivain "au service" du régime soviétique. 

Le principal obstacle à la parfaite compréhension du récit réside dans la complexité de ce roman - ce qui peut à bien des égards être un atout, mais qui peut ici en gêner véritablement certains dans leur lecture. Au-delà du fait que l'on se perd entre les différents points de vue, il semble difficile pour un lecteur sans connaissances poussées sur l'URSS de profiter pleinement de ce roman parcouru d'ellipses, de court-circuits narratifs et de structures compliquées. On va et vient dans le temps sans repères clairs, on met plus de la moitié du roman à commencer à voir où l'auteur veut en venir, on peine à s'attacher à ces personnages atypiques et changeants. La clé réside sans doute dans le fait de se laisser porter, d'accepter de ne pas tout saisir du premier coup... Mais difficile de passer le cap de certains passages.

Le style se révèle également très particulier, extrêmement soigné, presque théâtral dans ses dialogues qui claquent de façon parfois un peu artificielle, mais néanmoins indéniablement prenant, notamment grâce à ses piques permanente d'ironie et de sarcasme de la part du narrateur et de ses personnages. 
On apprend beaucoup grâce à ce récit, à coups d'anecdotes, de réflexions et de prolongement savamment injectés dans les dialogues des personnages, et on finit par se prendre au jeu auquel Besson joue avec son public. 

Votre rapport à ce roman dépendra donc de votre adhésion à l'écriture et à la démarche assez uniques de Patrick Besson, qui ne s'embarrassent ni de détails superflus, ni de contextualisation pesante. On va droit à l'essentiel, avec le risque d'en perdre certains, pour atteindre avec fracas un propos intéressant sur l'amour, la création littéraire, l'intégrité... et la façon dont tous trois peuvent coexister. 

mercredi 21 février 2018

Les Quatre Gars de Claire Renaud - Chronique n°400

Titre : Les Quatre Gars
Auteure : Claire Renaud
Genre : Contemporain | YA
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 320
Résumé : 
Il y a mon papi, mon père, mon frère Yves et moi, 9 ans , Louis.
On vit à Noirmoutier - on récolte du sel.
La mer nous éblouit.

Chez nous, ça ne parle pas, ça rit un peu.
Il faut dire que les femmes sont parties; depuis, papa vit comme un ours, papi parle au fantôme de mamie et Yves est accro à la drague et à la muscu.

ET MOI ?
Ben, moi, j'aimerais croire que cette vie, on peut faire mieux que "presque" la vivre.

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Un grand merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi !

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Dans la famille de Louis, il n'y a que des gars. C'est comme ça. 
Il y a Pierre, le grand-père, qui parle au fantôme de sa femme depuis que celle-ci a eu le mauvais goût de mourir trop tôt. 
Jean, le père taciturne qui se recroqueville dans la carapace qu'il se construit depuis que sa propre femme l'a quitté, mais pas de la même façon. 
Yves, le fils aîné, qui répartit la totalité de son temps libre entre muscu, course et drague intensives.
Et Louis, le cadet, 9 ans, un petit garçon tout maigrichon que rien n'enchante plus que de passer du temps avec ses amis de l'école ou arnaquer les Parisiens en leur vendant de la fleur de sel au double de son prix normal - ou au triple, les jours de grande forme. 

Mais malgré une routine bien installée et finalement paisible, un malaise subsiste et se fait de plus en plus pesant. Quatre gars, c'est bien, mais avec deux fantômes en plus, des années de frustration et un silence écrasant qui s'installe à la cinquième chaise de la table du dîner, ça commence à faire un peu beaucoup. 
Louis aimerait bien que la vie soit un peu plus douce, un peu plus légère, un peu... autrement. Mais comment faire lorsqu'il n'a jamais connu que ce quotidien sur l'île de Noirmoutier dans un quatuor aux rôles identiques de jour en jour ? 

C'est ainsi que le roman nous entraîne aux côtés de Louis et tous les instants précieux qui le font rire, rêver, et même parfois prendre des risques inconsidérés. L'auteure parvient avec un talent incroyable à trouver la voix de ce petit garçon espiègle et idéaliste et à la conserver tout au long du récit, en le faisant passer par tous les états. Les lecteurs de tous âges ne pourront que se prendre d'affection pour ce héros, ce qui est le cas pour tous les romans Exprim' en général mais encore plus pour celui-ci en particulier. Les Quatre Gars parlera en effet aussi bien aux plus jeunes qui se retrouveront dans Louis, qu'aux adolescents, jeunes adultes ou adultes tout court qui piocheront chacun les éléments qui les toucheront, leur rappelleront leur propre enfance ou leurs propres rêves, les feront sourire. Et il y en a, de quoi faire sourire !

L'écriture est un délice d'innocence et de spontanéité, le récit en lui-même est d'une douceur folle, avec des personnages pour lesquels on ne peut que souhaiter le meilleur et dont on suit le quotidien avec un plaisir renouvelé à chaque page. On suit avec un intérêt constant l'intrigue, qui n'a l'air de rien mais réserve en réalité de très belles surprises - à l'image de la vie, en fait.
Si c'était pas profond, ça. 

On ne peut donc que dévorer ce roman débordant d'authenticité et d'émotion sans jamais trop en faire, qui délivre une vision de l'enfance comme on aimerait en voir plus souvent, loin de tout stéréotype : un moment de la vie où tout semble possible, où on a cette petite parcelle d'imagination, de folie et d'inconscience qui permet parfois d'accomplir beaucoup, même si bien entendu, tout n'est pas toujours facile, et qu'on a toujours besoin du soutien de ses proches. Préparez-vous donc à faire une petite place dans votre cœur pour Louis, son sens de la répartie, son courage, mais aussi et surtout sa soif d'absolu et d'amour....

dimanche 18 février 2018

Three Daughters of Eve d'Elif Shafak - Chronique n°399

Titre :  Three Daughters of Eve
Auteure : Elif Shafak
Genre : Contemporain
Editions : Penguin Books
Lu en : anglais
Résumé Peri, a married, wealthy, beautiful Turkish woman, is on her way to a dinner party at a seaside mansion in Istanbul when a beggar snatches her handbag. As she wrestles to get it back, a photograph falls to the ground -- an old polaroid of three young women and their university professor. A relic from a past -- and a love -- Peri had tried desperately to forget.

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Existe également en français

Titre : Trois Filles d'Eve
Editions : Flammarion 
Résumé : Le livre est centré sur le personnage de Nazperi Nalbantoğlu, appelée affectueusement Peri par ses proches, que l’on suit tout au long du roman à différentes périodes de sa vie entre 1980 et 2016. Lorsque l’histoire débute, à Istanbul en 2016, Peri a une quarantaine d’années et est une femme mariée et mère de trois enfants, dont une adolescente. Dans la scène d’ouverture, à la suite d’un embouteillage, Peri se fait voler son sac par un malfrat. Dans ce sac, il y a de nombreuses babioles. Mais aussi un objet capital auquel est sentimentalement très attachée cette femme: une photographie, représentant trois jeunes filles, dont elle-même, dans l’enceinte de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, entourées par un homme plus âgé que l’on devine être sûrement leur professeur. Le soir même, Peri est attendue par son mari à un dîner au sein de la grande bourgeoisie stambouliote. Alors que défilent les plats les plus raffinés devant elle au milieu des gens les plus influents de la ville, la jeune femme voit ses souvenirs affluer. Des souvenirs où se croisent les personnages de son enfance (ses parents, sans cesse à couteaux tirés quand il s’agit de religion, et ses deux frères) et les fragments du début de sa vie d’adulte, alors qu’elle était étudiante à Oxford…

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This book is not what is looks like. At least, not completely. 

Yes, to a certain extent, it is the tale of Three Daughters of Eve, three young women, three completely opposed personalities, three girls related to Islam in strongly different ways, three students at Oxford at the very beginning of the 2000s. 
But it is above everything else the story of Peri, a young Turkish teenager caught up between her very, very pious mother and her father whose reluctance towards religion reaches summits. Peri lives in a perpetual doubt, about her life goals, the place she belongs to, the spirituality that matches her convictions, if she succeeds defining any conviction of hers at all. 

After an adolescence made of family crises and loneliness, she finally succeeds integrating her dream university, Oxford, where she remains a lone soul, but eventually bonds with two other students, with whom she experiences the expectations and sorrows of that transition between being a teenager and becoming an almost-adult.  

The novel itself is gorgeously written, with a vivid imagery and a poetic prose that never fails to convey the doubt and the confusion Peri goes through. The story alternates between a narrative with a thirty-five-years-old Pery and younger ones, as the adult slowly sums up her past during a mundane diner, wondering what she has accomplished since then, what conclusions she has reached. 

And spoiler alerts, what she sees doesn't please her. 

I cannot but recommend enough this book to you, even though you might regret its ending and the lack of focus on certain scenes that could have been more detailed and described, but that did absolutely not make Three Daughters of Eve any less enjoyable to me. It is not strictly speaking a fun read, far from that, but it remains without a doubt a highly qualitative committed and immersive moment of introspection with touches of philosophy and an incredibly endearing main protagonist. 

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Three Daughters of Eve est un livre engagé. Un roman parfois déstabilisant, souvent émouvant, toujours pertinent. Une histoire qui n'a l'air de rien mais se révèle terriblement incisive, perturbante et évocatrice. 


Tout commence avec un sac volé, duquel glisse une vieille photographie. 

Sur ce Polaroïd, un homme d'une trentaine d'années, et trois jeunes filles, à Oxford.
En apparence, rien de majeur. 

Mais pour Peri, la femme à qui appartenait le sac, ce petit fragment de passé ne cristallise pas qu'un banal souvenir d'université, mais bien toute une existence de questionnements, de doute, et des années et des années à se demander où sa place pouvait bien se trouver. 

Dans son foyer natal, entre sa mère dévote et son père allergique à tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, entre deux frères qui flirtent avec les extrêmes, l'un dans la rébellion, l'autre dans le réactionnarisme ? 
A Oxford, l'université dont elle a rêvé tout au long de son adolescence, mais où elle n'a même pas pu achever ses études ? 
Au sein de son mariage, avec son mari qui ne lui inspire plus grand-chose depuis longtemps et sa fille de douze ans qu'elle commence déjà à ne plus comprendre ? 
Ou quelque part, ailleurs, dans un rêve un peu dangereux mais terriblement excitant, dans un fantasme d'absolu partagé par les quatre individus photographiés ? 


Three Daughters of Eve captive parce qu’il n’est pas ce à quoi on s’attend. Il ne s'agit pas d'un pamphlet, ni d'un mélodrame familial, mais bien d'un récit introspectif et rétrospectif riche et fourmillant de réflexions pertinentes sur de multiples aspects des sociétés turque et occidentale, à propos de religion, de famille, d’identité, de priorités de vie. Avec sa plume particulièrement talentueuse pour partager couleurs, sensations et aspects visuels du texte, l'auteure livre un récit qui ne se satisfait pas d'une lecture superficielle, mais exige bel et bien un vrai engagement de la part de son lecteur. 

Peut-être peut-on regretter certains aspects du récit dont on aurait aimé qu'ils soient plus développés, notamment les fameux cours du professeur Azur, la fin mi-figue mi-raison dont on a du mal à savoir quoi penser, ou encore certaines attentes du lecteur autour de quelques scènes en particulier qui se voient en fait très vite traitées, mais l'ouvrage demeure incroyablement saisissant dans le portrait qu'il fait de ses personnages et notamment de son héroïne, ou encore dans la manière dont il transcrit les émotions et les sensations vécues par celle-ci. On ressent son déracinement, sa solitude étouffante à tous les âges de sa vie, ses questionnements qui la font dériver plus qu'avancer, sa nostalgie diffuse et sans objet de quelque chose qu'elle ne connaîtra probablement jamais. C'est une petite pépite d'introspection que l'on dévore à toute allure, transporté entre les époques et les continents, conscient de l'issue du récit mais néanmoins toujours accroché à un espoir de voir la jeune fille trouver les réponses à ses questionnements, et se trouver elle-même. 

L'auteure parvient à rendre palpables des réalités parfois complètement étrangères à ses lecteurs, et à cerner avec précision l'essence même des problématiques qu'elle aborde, les rendant ainsi universelles. Ce roman parlera à tous, parce que nous avons tous une petite part d'insatisfaction, de frustration à propos de la société de laquelle nous évoluons, des normes qu'on nous impose et dans lesquelles on ne se reconnaît pas toujours. Ce n'est pas un roman qui prétend offrir des réponses miraculeuses, et heureusement, mais bien une ouverture, un récit honnête, profond, complexe mais pas compliqué, sombre certes, mais inspirant. N'hésitez donc pas à découvrir Three Daughters of Eve, ses questionnements brûlants d'actualité sur une multitude de sujets, et sa grande lucidité qui perce dans la moindre scène décrite...


vendredi 9 février 2018

Eleanor Oliphant is Completely Fine de Gail Honeyman - Chronique n°398

Titre : Eleanor Oliphant is Completely Fine 
Auteure : Gail Honeyman
Genre : Contemporain
Editions : Harper Collins
Lu en : anglais
Résumé : Meet Eleanor Oliphant: She struggles with appropriate social skills and tends to say exactly what she’s thinking. Nothing is missing in her carefully timetabled life of avoiding social interactions, where weekends are punctuated by frozen pizza, vodka, and phone chats with Mummy. All this means that Eleanor has become a creature of habit (to say the least) and a bit of a loner. 

But everything changes when Eleanor meets Raymond, the bumbling and deeply unhygienic IT guy from her office. When she and Raymond together save Sammy, an elderly gentleman who has fallen on the sidewalk, the three become the kinds of friends who rescue one another from the lives of isolation they have each been living. And it is Raymond’s big heart that will ultimately help Eleanor find the way to repair her own profoundly damaged one.

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Existe également en français

Titre : Eleanor Oliphant va très bien 
Editions : Fleuve Editions
Résumé : Eleanor Oliphant est un peu spéciale.

Dotée d’une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu’elle les pense, sans fard, sans ambages.

Fidèle à sa devise « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d’une bouteille de vodka.
Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec « maman ».
Mais tout change le jour où elle s’éprend du chanteur d’un groupe de rock à la mode.
Décidée à conquérir de l’objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.
Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec "maman", Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d’un ami…


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Well, this was a special book, indeed. I would even dare to call it an anomaly, but a really endearing, sensitive and moving one. 

The whole reason why this book is so endearing, sensitive and moving is that is doesn't desperately tries to be so. It remains sober, authentic, raw, and thus succeeds reaching an incredible simplicity and justness in its tone. It takes its time, maintaining a slow but steady pace, building a true bond between Eleanor and the reader, a solid one, as she slowly reveals her daily routine, which slowly proves to be much more significant than it seems.

And oh, did I like it. 

I dived into this book without any knowledge whatsoever about its plot or even its basic themes. I just felt inexplicably attracted by its cover and especially its title. 
Eleanor Oliphant is Completely Fine

She really does well, she earns her life, she lives comfortably, she does not suffer from any peculiar disease, oh, well, right, she drinks two bottles of vodka every week-end and does not have any social links, but whatever, she's fine. She ought to be. Really, she's fine, she even treats herself every Friday night with a pizza. Thanks for asking. 

"I'm fine, thanks."
This sentence we keep repeating automatically at each and every encounter, even though it might be absolutely wrong, because, oh, would it be rude to admit that sometimes -and even most of the time- we have deep down absolutely no clue how we feel or what we want to do next. 
Those words, perfect symbols of our society's conformism and hypocrisy. Whenever some polemic or scandal crashes out, each and everyone is ready to react, to burst into flames, to denounce, but when the problem is within ourselves, it suddenly becomes shameful, unspeakable, abnormal. 

But it is not.
Eleanor Oliphant is both an exception and everyone's avatar. Of course, at many points, she behaves in a much more extreme way than any of us would do, but there is no denying a lot of her thoughts and struggles speak to us at some degree. Her story, her resilience, her simplicity and her will could not be further from any stereotype or grandiloquence, and the result is both profoundly charming and incredibly poignant. This is a quirky book, whose plot drives you to situations at the same time completely ordinary and by all means unique, whose characters will impact you rather because of their errances and failures than because of their achievements, and most importantly, a book which will let you with a strong will to live

Yep, that was lyrical.

It's brilliant. One of the few books that successes being emotional without trying so hard. 

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Eh bien, le moins que l'on puisse dire est que ce livre était spécial. J'aurais même envie de le qualifier d'anomalie littéraire, une anomalie des plus touchantes, attachantes et délicates. 

La raison pour laquelle ce roman est si touchant, attachant et délicat est tout simplement qu'il ne prétend pas l'être et ne se force pas à l'être à travers une myriade de procédés téléphonés. Il l'est, c'est tout. Avec son ton sobre, authentique, cru même, il parvient à atteindre une incroyable justesse et simplicité et à s'y maintenir. Il prend son temps, tissant petit à petit un lien solide entre Eleanor et le lecteur au fur et à mesure que cette dernière dévoile sa routine, qui s'avère bien moins insignifiante qu'elle ne peut le sembler. 

Et qu'est-ce que j'ai aimé. 

Je me suis plongée dans ce livre sans avoir la moindre idée de ce qu'il racontait, convaincue simplement par sa couverture et surtout son titre
Eleanor Oliphant va parfaitement bien

Vraiment, tout va pour le mieux, elle gagne sa vie, elle vit confortablement, ne souffre d'aucune maladie en particulier, bon, d'accord, il y a bien ces deux bouteilles de vodka qu'elle descend tous les week-ends et le fait qu'elle n'a absolument aucun lien social, mais bon, peu importe, elle va bien. Et puis, regardez, elle se fait même plaisir avec une pizza tous les vendredis soirs, vous voyez bien que ça va. Merci d'avoir demandé. 

"Ca va et toi ?"
Phrase anodine que l'on répète automatiquement à chaque rencontre, quand bien même cela serait complètement faux, parce que qu'est-ce que ça serait impoli d'admettre que parfois - et même la plupart du temps -, on n'a au fond absolument aucune idée de comment on se sent ou de ce qu'on veut faire de sa vie. 
Ces quelques petits mots sont le symbole parfait d'une société conformiste et hypocrite qui n'a aucun mal à s'enflammer pour le moindre scandale ou la moindre polémique, mais se renferme et se tait dès lors que le problème réside dans la sphère de l'intime, de l'individu, comme si cela en faisait brusquement quelque chose d'honteux, d'anormal, de tabou. 

Sauf que ça ne l'est pas. 
Eleanor Oliphant est à la fois une exception et le reflet de chacun d'entre nous. Bien sûr, elle se comporte souvent de façon plus extrême que ce que l'on pourrait jamais faire, mais finalement pas tant que ça. En quoi vivre comme elle le fait est-elle plus absurde que certains de nos comportements ? En quoi est-elle plus anormale que toi, lecteur ? 
Au contraire, Eleanor est une véritable guerrière ordinaire, une héroïne banale comme une autre, qui touche et bouleverse par sa résilience, ses errances, ses faiblesses et ses victoires. Son histoire, sa voix, ses actes ne pourraient pas être plus éloignés de tout stéréotype grandiloquant, mais touchent justement par leur simplicité, et disons-le, leur absence de résonance. C'est finalement une simple vie qui se joue, comme n'importe laquelle, dans un roman tout en bizarrerie et en sensibilité qui conduit le lecteur vers des situations à la fois complètement ordinaires et incroyables, vers des personnages aussi touchants qu'oubliables. C'est le parfait catalyseur de l'unicité absurde, illusoire et miraculeuse de nos propres vies. 

Oui, c'était lyrique. 

Lisez donc cette petite pépite de simplicité, qui arrive à ce résultat justement parce qu'elle ne se répand pas en vaines tentatives pour y parvenir. C'est brillant. 

lundi 5 février 2018

Bilan du mois [Janvier 2018]

Bonjour à tous ! 

Janvier a défilé à toute vitesse avec force réjouissances amicales, force vacances et absence de travail, ce qui n'est hélas plus le cas en février, je peux d'ores et déjà en témoigner. Mais pour l'heure, voici le bilan du mois écoulé, avec douze lectures au total, et en particulier quatre excellentes lectures que je n'arrive pas à départager et que je vous recommande donc toutes autant ! 

J'ai adoré...
Eleanor Oliphant is Completely Fine de Gail Honeyman - VO : un OVNI littéraire que j'ai lu totalement par hasard, sans me douter qu'il me plairait à ce point. Difficile de le résumer en quelques mots, mais voici l'essentiel : un récit unique en son genre, à l'image de son héroïne, en apparence inoffensif et insignifiant, mais en réalité incroyablement profond et émouvant. 
Homegoing de Yaa Gyasi - VO : encore une très très belle découverte avec cette histoire qui s'étale sur sept générations, en suivant les parcours de deux branches d'une même famille, pour un résultat d'une incroyable richesse aussi bien humaine que littéraire ! 
A Darker Shade of Magic de V. E. Schwab - VO : sans doute le livre qui m'a le plus fait vibrer ce mois-ci tant son univers de fantasy m'a séduite, ses personnages fait chavirer et son écriture plu ! Une aventure à couper le souffle dont je suis ressortie conquise...
Three Daughters of Eve d'Elif Shafak - VO : une très belle découverte que je dois à la merveilleuse Céleste - si tu passes par ici, salutations, chère Céleste avec un s -, un roman que j'ai dévoré de bout en bout et dont j'ai aimé la complexité, la richesse sensorielle et surtout les portraits de personnages. Tout n'est pas parfait, mais l'ensemble demeure profondément prenant, perturbant et touchant ! 
La Conquête de Plassans d'Emile Zola : passionnant, passionnel, cruel, enthousiasmant et terrifiant, un opus injustement méconnu des Rougon-Macquart !
Couleurs de l'incendie de Pierre Lemaitre : la suite maîtrisée du superbe Au revoir là-haut, qui choisit heureusement de ne pas tenter de faire une copie conforme de ce qui faisait le succès du premier tome, mais livre bel et bien un nouveau récit et des enjeux inédits, de façon toujours aussi captivante ! 
Jusqu'ici tout va bien de Gary D. Schmidt : une très belle surprise pour ce roman jeunesse incroyablement touchant et crédible, que je ne peux que chaudement recommander ! 

J'ai plutôt aimé...
Le Jour d'Avant de Sorj Chalandon : un roman qui ne s'est absolument pas dirigé là où je l'attendais, ce qui est plutôt intéressant, et par ailleurs très bien écrit et construit, mais auquel je suis restée curieusement... insensible, extérieure. 
Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon : une idée pertinente mais menée de façon très déstabilisante, pour une lecture intéressante mais sans doute pas aussi touchante que ce que j'aurais souhaité. 

J'ai été déçue... 
La Faute de l'Abbé Mouret d'Emile Zola : Zola m'a cruellement déçue - mais je lui pardonne -, au point que j'en ai même traîné des pieds pour entamer le sixième volume des Rougon-Macquart. Trop de niaiserie, trop de fleurs, trop de nature, trop de pages vides de tout propos autre que faire des belles descriptions sur le jardin pseudo-métaphore de l'amour entre Mouret et Albine, trop c'est trop. 
Les Loyautés de Delphine de Vigan : je n'aime vraiment pas m'acharner sur un livre, alors je serai concise : ce livre. Argh. J'ai eu du mal. Beaucoup de mal. Et j'en ai toujours. 

Une excellentissime relecture...
Le Choeur des Femmes de Martin Wrinckler : j'ai déjà lu ce roman il y a deux ans sans jamais en avoir parlé sur ce blog, sans doute à cause du considérable impact qu'il a eu sur moi. Deux ans plus tard, c'est avec la même émotion incroyable que j'ai refermé cette pépite, et désormais le sentiment d'être prête à en écrire une critique plus exhaustive. On en reparle très vite donc !

Sur ce, je vous souhaite un excellent mois de février ! 

vendredi 2 février 2018

Les Loyautés de Delphine de Vigan - Chronique n°397

Titre : Les Loyautés
Auteure : Delphine de Vigan
Genre : Contemporain
Editions : JC Lattès
Lu en : français
Nombre de pages : 200
Résumé : Les destins croisés de quatre personnages : Théo, enfant de parents divorcés ; Mathis, son ami, qu'il entraîne sur des terrains dangereux ; Hélène, professeure de collège à l'enfance violentée, qui s'inquiète pour Théo ; Cécile, la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. Une exploration des loyautés qui les unissent ou les enchaînent les uns aux autres.

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J'avais envie d'aimer ce livre. 
Vraiment.

J'aime énormément la plume de Delphine de Vigan, ses thèmes, ses atmosphères sombres d'artiste torturée et le côté dérangeant propre à chacun de ses ouvrages. 

Mais pas comme ça. 

Pourtant, tout se présentait sous les meilleurs auspices : les histoires croisées et soigneusement écrites de quatre personnages désorientés et troublés. On découvre ainsi deux jeunes collégiens, Théo et Mathis, Hélène, leur professeure de SVT, et Cécile, la mère de Mathis. Chacun se démène avec ses propres démons, en les avouant plus ou moins au lecteur, et surtout avec ses liens invisibles qui le rattachent à d'autres, ses loyautés. Famille, honneur, amitié, mariage, différents motifs pour un seul et même résultat : le silence et la dépendance. 

Le roman démarre de façon très brusque et poursuit son avancée à coups de très brefs chapitres, qui ne dépassent que rarement les trois ou quatre pages. Très vite, le lecteur est frappé par la noirceur de l'histoire, et la découverte de ce roman ne se fait pas sans heurts et frissons. Le travail de l'atmosphère est savamment orchestré, et on sent une volonté de la part de De Vigan de frapper juste, d'émouvoir, voire de choquer. 

Mais impossible pour moi de me laisser convaincre par ce roman. Je n'ai aucun problème avec les récits dramatiques, voire sombres, au contraire - la plupart de mes romans préférés peuvent complètement être qualifiés de "glauques". Mais pas lorsque cette tonalité est délivrée de façon aussi gratuite qu'ici. On peut absolument parler de sujets très difficiles voire épidermiques, mais pas en se limitant à des personnages aussi stéréotypés qu'ici, avec un déferlement de violence physique et psychique aussi peu introduit que développé. Non, on a plutôt l'impression d'un bombardement d'informations toutes plus prétendument choquantes les unes que les autres, sans aucun approfondissement et surtout aucune subtilité. On est effaré, sans conteste, on est incroyablement touché par ce que propose l'auteure, mais absolument pas de façon enrichissante ou simplement propice à une réflexion postérieure. Le sommet de cet amas de clichés et de violence est atteint avec un final certes retournant, mais qui donne l'impression de tomber comme un cheveu sur la soupe après un roman qui ne s'est pas donné le temps d'exister.

En très précisément 200 pages, on n'a pas le temps de s'attacher à ces personnages réduits à des poncifs classiques, de réfléchir à ces situations de malaise profond, non, on est presque laissé pour compte avec une histoire dont on ne parvient pas à saisir le sens. Qu'a voulu raconter Delphine de Vigan ? Pourquoi ce livre ? 

Est-ce une tentative de roman social ? Cela me laisserait dubitative, les personnages se réduisent à des portraits navrants de simplisme, et si on devine une tentative de critique des milieux bourgeois, jamais cette dernière n'aboutit à quoi que ce soit de convaincant. 
Est-ce un drame familial ? Pourquoi pas, mais dans la mesure où l'on ne s'attache à aucun des personnages, l'objectif est manqué. 

Ecrire a un sens. On ne balance pas des histoires sur des sujets aussi majeurs que l'abus, l'alcoolisme ou la dépression en laissant le lecteur se débrouiller avec. Les Loyautés est un roman qui m'a fait me sentir mal, mais absolument pas pour les raisons qui peuvent me faire aimer des romans terriblement oppressants et réussis comme Le Meilleur des Mondes ou dans le registre contemporain, Les Garçons de l'Ete de Rebecca Lighieri, qui excelle là où Les Loyautés échoue. 

Je n'exclus évidemment pas de lire les prochains romans de Delphine de Vigan, mais demeure néanmoins incapable de vous recommander pour une quelconque raison ce roman dont je ne parviens pas à apprécier la démarche. Peut-être l'avez-vous apprécié, et tant mieux, mais de mon côté, je reste sur une grande déception et une lecture profondément dérangeante.  


vendredi 26 janvier 2018

Jusqu'ici tout va bien de Gary Schmidt - Chronique n°396

Titre : Jusqu'ici tout va bien
Auteur : Gary Schmidt 
Genre : Contemporain
Editions : L'Ecole des Loisirs (collection Médium)
Lu en : français
Nombre de pages : 365
Résumé : 1968. Une petite, petite ville de l’État de New York. Un père sans repères, une mère sans remède. Deux grands frères, dont un avalé par la guerre du Vietnam. Pas assez d’argent à la maison. Trop de bagarres au collège. Des petits boulots pour se maintenir à flot. Une bibliothèque ouverte le samedi pour s’évader. Une collection d’oiseaux éparpillée à tous les vents. Des talents inexploités. Et une envie furieuse d’en découdre avec la vie. 

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Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs pour cet envoi ! 

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Il est des romans qui vous prennent par surprise, vous secouent comme un prunier, et vous laissent hébété, stupéfait, un peu titubant encore, et surtout avec l'envie irrépressible de courir partout crier l'amour dudit roman. 

Jusqu'ici tout va bien fait partie de ces romans-là.

Il n'a pas l'air de grand-chose, à première vue. 
Doug a 14 ans, un frère parti faire la guerre au Vietnam, un autre bien présent qui semble avoir un don pour s'attirer des problèmes, un père trouble, une mère effacée, et désormais, l'obligation de suivre sa famille dans la "stupide petite ville" de Marysville, New York.

A Marysville, c'est bien simple, circulez, y a rien à voir. Tout juste une bibliothèque, mais elle n'est ouverte que le samedi. Et puis éventuellement cette fille, ses livres et son vélo, mais après tout, elle doit elle aussi être à l'image du reste de la ville, "stupide". 
Doug, résigné, se prépare à subir des heures et des heures d'ennui dans son stupide collège de cette stupide ville puis avec sa stupide famille, mais il est encore loin de se douter des passions qui vont bientôt venir animer son quotidien, des rituels à venir, des liens à nouer, bientôt.

Impossible de ne pas se laisser convaincre par la voix désabusée, cynique et râleuse de cet adolescent terriblement attachant, qui s'exprime de façon directe, brute, sans de priver de quelques délicieuses piques d'ironie et de cynisme. C'est un adolescent qui se construit, dans l'introspection, dans la réaction, dans l'opposition, qui se contredit parfois, mais qui grandit assurément. 

Chaque personnage offre une véritable profondeur, avec évidemment un sommet atteint en la figure de Doug, dont l'auteur ne cesse de dévoiler de multiples couches dans son tempérament. L'histoire en elle-même s'avère particulièrement attachante, douce et apaisante comme peut l'être un quotidien connu, amère parfois, mais toujours sincère, juste, touchante. La voix de Doug a ses hauts et ses bas, surtout lorsqu'elle finit par révéler des aspects de son existence bien plus sombres que ce que l'on aurait pu attendre, mais jamais elle ne se départit d'une véritable luminosité, d'un reste d'espoir qui le porte tout au long du roman sans même qu'il en ait conscience. 

Et lorsque l'on tourne la dernière page, profondément ému, on a envie de tout retenir de ce roman, l'enchaînement de ses chapitres, la poésie de ses instants contemplatifs, l'application et la tendresse insoupçonnées chez Doug, la douleur aussi, mais surtout le soin porté par l'auteur à son intrigue pour la rendre aussi crédible, émouvante, authentique et entraînante que possible. C'est la littérature jeunesse dans ce qu'elle a de meilleur : accessible et fluide, mais non moins ambitieuse, drôle et sarcastique, mais acerbe à ses moments. On aime, on adore. 

mercredi 24 janvier 2018

Homegoing de Yaa Gyasi - Chronique n°395

Titre : Homegoing
Auteure : Yaa Gyasi
Genre : Historique | Contemporain
Editions : Penguin Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 300
Résumé : Two half-sisters, Effia and Esi, are born into different villages in eighteenth-century Ghana. Effia is married off to an Englishman and lives in comfort in the palatial rooms of Cape Coast Castle. Unbeknownst to Effia, her sister, Esi, is imprisoned beneath her in the castle's dungeons, sold with thousands of others into the Gold Coast's booming slave trade, and shipped off to America, where her children and grandchildren will be raised in slavery. One thread of Homegoing follows Effia's descendants through centuries of warfare in Ghana, as the Fante and Asante nations wrestle with the slave trade and British colonization. The other thread follows Esi and her children into America. From the plantations of the South to the Civil War and the Great Migration, from the coal mines of Pratt City, Alabama, to the jazz clubs and dope houses of twentieth-century Harlem, right up through the present day, Homegoing makes history visceral, and captures, with singular and stunning immediacy, how the memory of captivity came to be inscribed in the soul of a nation. 

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Existe également en français

Titre : No Home (POURQUOI ? C'est l'exact inverse du titre VO ! La VO évoque l'exil et la quête des origines, alors que la VF évoque juste... le néant. Bon. Pardon. Poursuivons)
Editions : Calmann-Lévy / Le Livre de Poche
Résumé Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

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What an astonishing novel. 
And furthermore, who could guess it is actually a debut? 

The premise of Homegoing is actually quite simple: as a reader, you will follow the destinies of two half-sisters who never met each other. Both were born in what is known today as Ghana, but that's it for their common points. Indeed, the first one is married to a British esclavagist, and the second one is sold as a slave and deported to America. 
I know, not quite the same fate.

That's the starting point of an impressive family saga, spanning through two centuries and two continents, tackling hard topics of our history such as colonialism, racism, slavery and segregation, and of course introducing incredibly engaging and endearing characters, all linked by they blood and their thirst for freedom and "homegoing", settling in somewhere, feeling like they are where they are supposed to be. We follow each of them during twenty to forty pages, living with them fundamental episodes of their lives as farmers, princes, slaves or miners, rooting for them in only a handful of pages.  

Yaa Gyasi's writing is truly impressive, both very impactful and very sensitive, and never "trashy" although the global atmosphere of the novel is of course very dark. She manages to create a truly rich background for each of her characters, and to convey a powerful message of tolerance and reflexion about the past. It is not about shaming us for the horrors of the past, but about remembering it not to reproduce it, and also, experiencing an immersive and gripping story. 
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Et dire que c'est un premier roman. 


En fait, on aurait du mal à trouver un mot pour décrire ce qu'est Homegoing : entre roman, recueil de nouvelles, fresque historique et récit familial et générationnel, c'est une expérience littéraire aussi étourdissante qu'émouvante que propose ici Yaa Gyasi. 


L'histoire originale est aussi simple qu'efficace : il s'agit de suivre deux demi-sœurs qui ne se sont jamais rencontrées, et aux destinées radicalement différentes. La première épouse ainsi un colon anglais à la tête d'un réseau de "commerce" d'esclaves, la deuxième se retrouve elle-même esclave. 
L'ironie du sort, vous connaissez ?

Chacune aura un enfant, que l'on suivra, avant d'enchaîner sur leurs propres enfants, et ainsi de suite le long de sept générations, de la mère des deux demi-sœurs à Malorie, la plus jeune de cet imposant arbre généalogique qui s'étale sur plus de deux siècles et deux continents. 

Ambitieux projet, me direz-vous, et effectivement, c'en est un, mais il est parfaitement mené par une auteure qui parvient à créer en tout juste 300 pages un récit d'une richesse folle et surtout d'une immersivité incroyable. Chaque personnage a droit a un éclairage, une sorte de nouvelle d'une vingtaine ou d'une trentaine de pages, et pourtant cela suffit pour qu'à chaque fois on s'attache au protagoniste et qu'on se prenne de passion pour les instants fondamentaux de sa vie, parfois quelques heures seulement, parfois des années, que l'on vit avec lui. Certains sont membres de familles royales, d'autres esclaves, d'autres encore mineurs ou paysans, mais tous partagent bien sûr une filiation, et surtout une soif irrépressible de justice, de survie, d'enracinement, tout simplement l'envie de trouver sa place et d'y être respecté. 

Le roman est très équilibré grâce à son format bien sûr, mais aussi à la qualité de son écriture, qui donne cette impression si rare d'utiliser le moindre mot de façon parfaitement appropriée, et de créer toute une imagerie d'une grande richesse. Les faits décrits sont souvent durs voire épouvantables, mais subsiste toujours une certaine forme de poésie dans le style de l'auteure. 

L'atmosphère générale du roman est bien entendu sombre, mais jamais lourde ou mélodramatique. Oui, les histoires de ces héros sont marquées par de la violence, des crimes, des viols, du sang et des morts brutales, mais rien de tout cela n'est jeté à la figure du lecteur, rien n'est gratuit, et l'auteure ne se départit jamais d'une certaine justesse. L'intrigue est choquante à plus d'un égard, mais le roman ne l'est pas. C'est l'illustration frappante et honnête d'une époque, de la violence révoltante infligée à toute une communauté, mais aussi une histoire familiale avec tout ce que cela implique d'instants émouvants, et pourquoi pas une fenêtre ouverte vers une réflexion sur le déracinement, l'identité et l'idée même de "Homegoing", "retrouver son chez-soi."