La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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lundi 23 juillet 2018

Une Femme d'Anne Delbée - Chronique n°427

Titre : Une Femme
Autrice : Anne Delbée
Genre : Biographie
Editions : Le Livre de Poche
Nombre de pages : 384
Lu en : français
Résumé : C'est grâce à ce livre, enfin réédité, que nous a été révélée la vie extraordinaire de Camille Claudel. Sœur aînée de l'écrivain Paul Claudel, Camille a connu, en tant que femme et en tant qu'artiste, un destin hors du commun. A la fin du siècle dernier, une jeune fille de dix-sept ans qui veut être sculpteur, c'est inconcevable, voire scandaleux. Or, Camille se lance dans l'aventure à corps perdu, avec l'enthousiasme et la farouche volonté qui la caractérisent. Jusqu'au jour de 1883 où elle rencontre Auguste Rodin. Le Maître accepte de la prendre comme élève ; bientôt il deviendra son amant. Suivent quinze années d'une liaison passionnée et orageuse d'où Camille sortira épuisée et vaincue... Elle mourra en 1943 à l'asile de Montdevergues, près d'Avignon, après un terrible internement qui aura duré trente ans, laissant au jugement de la postérité une oeuvre considérable, d'une rare puissance et d'une originalité visionnaire. Ce livre de réhabilitation de Camille, écrit avec émotion par une autre femme, une autre artiste, lui rend enfin justice. 

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Une Femme est paru au début des années 80, où il a connu un véritable succès et a participé à la redécouverte de l'oeuvre de Camille Claudel, injustement oubliée par l'histoire et éclipsée par son frère, Paul Claudel, et surtout par son maître sculpteur et amant, Auguste Rodin. 

Une Femme est certes une biographie, mais c'est avant tout un roman, avec une plume d'une inventivité et d'une sensualité assez folle, qui déploie des images souvent poétiques, parfois déstabilisantes, toujours bien trouvées. L'autrice suit le fil de la vie de son héroïne, en intercalant des passages classiques, d'autres beaucoup plus... fumeux, des lettres de l'asile où Camille s'est fait interner par son frère, des souvenirs, des projections, des délires même. Elle crée ainsi une chronologie très éclatée, qui peut déconcerter, mais par laquelle on finit par se laisser porter. Le roman assume sa part - majeure - de fiction, de romanesque, se donne des effets de style et brode à partir de rumeurs - par exemple celles des grossesses de Camille -, mais sans jamais donner l'impression de trahir la mémoire de l'artiste. C'est la fiction dans ce qu'elle a de meilleur, assumée et exigeante au point que le lecteur en arrive à se demander comment la vie de Camille Claudel aurait pu être différente de ce qu'Anne Delbée suggère.

Et ça marche. Plus que touché, on est saisi. Le style a beau être très exigeant, soutenu, les points de vue dans la narration pas toujours évidents à reconnaître, le tout est terriblement convaincant. 
C'est un ouvrage difficile, pénible même, tant par sa forme quelque peu sibylline parfois - accrochez-vous pendant les 60 premières pages, la suite vaut le coup - que par son fond passablement sombre et déprimant. 
Mais c'est un ouvrage bouillonnant, passionnel, qui donne le sentiment de rendre justice à la femme hors-normes qu'était Camille. Au fil des pages, on s'enflamme comme elle lorsqu'elle évoque son désir brûlant de s'imposer comme "femme sculpteur", on se sent aussi abattu qu'elle par ses échecs, et surtout, on peine parfois à poursuivre sa lecture tant les injustices dont elle est victime sont écœurantes. Il est même difficile de garder son sang-froid face au comportement de Paul, son frère, éminent académicien et fort respectable écrivain. On peut d'ailleurs relever le traitement particulièrement soigné du personnage de Paul, que l'on suit  longuement adolescent puis jeune adulte, ambitieux sans être avide, mais dont on sait parfaitement quel acte lâche et cruel il va finir par commettre. Quand le basculement s'opère-t-il ? Y en a-t-il seulement un ? Sa trahison envers Camille était-elle là depuis le début, à couver, à attendre le bon moment ? 

Une Femme est donc un roman dense, complexe, pluriel, dont on ne saisit pas toutes les subtilités - surtout dans les fameux premiers chapitres, argh -, qui multiplie les créations littéraires : monologues intérieurs tourmentés, descriptions lyriques, lettres désespérées, ellipses de plusieurs années, récit plus classique... La lecture est surprenante à plus d'un égard, et apporte un éclairage intime sur une figure fascinante, dont certaines oeuvres prennent une nouvelle signification une fois qu'on en a découvert l'interprétation d'Anne Delbée. L'autrice ne sait pas tout sur son héroïne, évidemment, mais la version de sa vie qu'elle imagine s'impose comme délicate, crue certes, mais à plus d'un égard bienveillante envers cette artiste qui, soyons honnêtes, s'en est quand même pris plein la figure et méritait autre chose que ce qu'elle a subi. 

samedi 21 juillet 2018

La Disparition de Stephanie Mailer de Joël Dicker - Chronique n°426

Titre : La Disparition de Stephanie Mailer
Auteur : Joël Dicker
Genre : Contemporain | Policier
Editions : De Fallois
Nombre de pages : 632
Lu en : français
Résumé : 30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l’État de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers: le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu’une passante, témoin des meurtres.

L’enquête, confiée à la police d’État, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l’appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration.
Mais vingt ans plus tard, au début de l’été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu’il s’est trompé de coupable à l’époque.
Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses.

Qu’est-il arrivé à Stephanie Mailer ?
Qu’a-t-elle découvert ?
Et surtout: que s’est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea ?


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Eh bien, mes chers, ce fut long.
Pas périlleux, pas ardu, mais juste, long.

Attention, j'ai adoré La Vérité Harry Quebert, bien aimé Le Livre des Baltimore et Les Derniers Jours de nos pères. J'ai toujours considéré Joël Dicker comme l'un des plus intéressants des écrivains "qui se vendent bien", j'adore le pouvoir d'immersion incroyable de ses histoires, et sa capacité à nous faire oublier que ses bouquins pèsent le poids d'un cachalot diabétique.

Mais alors là.

Tout  n'est pas mauvais, loin de là, et j'ai bel et bien lu ce roman de bout en bout, ce qui reste un indicateur certain de fluidité, de cohérence, de rythme. 
Mais force est d'admettre tout est loin d'être réussi.

Le premier élément décevant réside sans aucun doute dans la plume de Joël Dicker, dont l'on savait déjà qu'elle n'était pas la plus originale ou la plus innovatrice des plumes du moment, mais qui avait toujours brillé par le pouvoir qu'elle avait d'emmener absolument tous ses lecteurs avec elle. 
Mais il suffit de quelques pages de La Disparition de Stephanie Meyer pour tomber des nues. 
De simple, le style est devenu absent. 
Le ton est d'une lourdeur inouïe, si explicatif et bourré de phrases inutiles que le roman aurait pu être moitié moins long, avec quelques images éparses pseudo-poétiques qui donnent surtout envie de rouler des yeux, et des lieux communs si navrants qu'on a du mal à comprendre comment pas le moindre éditeur n'a pu revenir dessus.

Attendez, je vous mets un petit florilège, parce que tout simplement, c'est hilarant.

"Pour découvrir qui avait tué le maire et sa famille, nous avions besoin de savoir qui avait une bonne raison de le faire."

"La personne qui avait mis le feu à l'appartement n'avait qu'un but : tout faire brûler."

"- Merci mon amour, d'être un mari et un père aussi génial.
- Merci à toi d'être une femme extraordinaire.
- Je n'aurai jamais pu imaginer être aussi heureuse, lui dit Cynthia les yeux brillants d'amour.
- Moi non plus. Nous avons tellement de chance, repartit Jerry."

Si j'étais mesquine, je parlerais des coquilles à foison, du vocabulaire terriblement pauvre, du style explicatif, des situations si cliché qu'on a envie de croire qu'il s'agit d'une parodie. 
Mais attendez. Je suis mesquine. 
Sachez donc que les coquilles/explications laborieuses/clichés/phrases plates sont légion.

Vient ensuite le problème des personnages.
Dire qu'ils sont stéréotypés serait leur faire une faveur qu'ils ne méritent pas : ils ne sont qu'un type, unique, et peuvent être synthétisés en quelques mots. On a tout le catalogue, le duo de flics audacieux, le critique littéraire hystérique, la journaliste ambitieuse, le mari volage, l'ado dépressive, le voisin sidekick adorable, le millionnaire malheureux et sa fille toxico, avec bien évidemment un lourd passé et de terribles secrets pour chacun, à peu près aussi excitants qu'une assiette de coquillettes. Nature.
Leur évolution est inexistante, leurs dialogues plus artificiels que s'il s'était agi d'une mauvaise traduction, leur potentiel d'empathie équivalent à celui que j'ai pour mon armoire. 
Se rajoute à cela le fameux tropisme américain qui n'a d'autre raison d'exister que de recouvrir ce naufrage littéraire d'un vernis vaguement glamour, parce que Jesse, Dakota et Meghan, ça sonne quand même mieux que Micheline et Jean-René - le décor américain ne sera bien entendu jamais réellement exploité comme autre chose que comme un pur accessoire. A quoi bon délocaliser son intrigue si l'on n'exploite pas les particularités culturelles, politiques ou humaines du lieu choisi ? 

Mais le plus navrant reste sans aucun doute cette histoire dont les ficelles sont si énormes et visibles qu'on devrait plutôt les appeler des cordes, et dont l'originalité a dû se perdre avec la subtilité. On ne compte pas les scènes terriblement indigestes de récapitulatif de la part des policiers, du style : 
- Eh bien, c'est incroyable, nous pensions que Robert était le meurtrier, mais grâce à ce petit livre que je tiens dans ma main, nous savons désormais que ce n'est pas le cas. 
- Olala, c'est incroyable, que faire.
- Attendez, je viens de me souvenir d'une remarque de Georgette qui me paraît suspecte.
- Olala, c'est incroyable, se pourrait-il que ce soit elle ? 

C'est long. Mais c'est prenant. Alors on continue. Vient le dénouement, loin d'être à la hauteur de ce qu'on attend après avoir supporté 630 pages d'histoires de voisinage entre Stacy et Kimberley et de circonvolutions de flics dévoués, et un épilogue si débordant de niaiserie qu'on a du mal à y croire. 

Reste une vérité indéniable : c'est un page-turner, c'est une histoire dont on a envie de connaître le fin mot, c'est un divertissement efficace. On en a pour son argent, mais pas pour un centime de plus.
Vous savez désormais à quoi vous attendre.  

mercredi 18 juillet 2018

Assassin's Apprentice de Robin Hobb - Chronique n°425

Titre : Assassin's Apprentice
Autrice : Robin Hobb
Genre : Fantasy
Lu en : anglais
Nombre de pages : 480
Résumé : 
In a faraway land where members of the royal family are named for the virtues they embody, one young boy will become a walking enigma.

Born on the wrong side of the sheets, Fitz, son of Chivalry Farseer, is a royal bastard, cast out into the world, friendless and lonely. Only his magical link with animals - the old art known as the Wit - gives him solace and companionship. But the Wit, if used too often, is a perilous magic, and one abhorred by the nobility.

So when Fitz is finally adopted into the royal household, he must give up his old ways and embrace a new life of weaponry, scribing, courtly manners; and how to kill a man secretly, as he trains to become a royal assassin.


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Existe également en français

Titre : L'Apprenti Assassin
Editions : J'ai lu
Résumé : 
Au château de Castelcerf le roi Subtil Loinvoyant règne sur les Six Duchés ; il est aidé dans sa lourde tâche par son fils Chevalerie qui comme son père et tous les nobles du royaume porte le nom de la qualité que ses parents espéraient le voir développer. Ainsi, le frère du Roi-servant s'appelle Vérité, et leur demi-frère, né d'un second lit, Royal.


Suite à une aventure restée inconnue de tous, Chevalerie donne à la lignée un nouveau descendant : un bâtard, dont la simple existence va bouleverser le fragile équilibre qu'avait établi le roi pour contrôler ses turbulents fils. Ce héros malgré lui, nommé Fitz, voit son avenir s'assombrir au fil du temps. Alors que les autres enfants ont déjà leur place à la cour et dans ses intrigues, lui devra la mériter et servir la couronne en devenant ce que personne ne voulait être : l'Assassin royal. Au service de son roi il apprendra les poisons, le meurtre et la trahison...


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I cannot recall the number of times I was told to read this novel, by friends, fellow readers, even by these notes you can find sometimes on the cover of a novel at a bookshop.
Well, now, it's done. 

And they were right to harass me. It was really good.

Assassin's Apprentice is the first installment to a vertiginous sixteen-books-long-or-so-saga, but it never feels like a basic introduction. It is actually quite the opposite, a dense and tense tale full of surprises, details, open doors towards secondary intrigues, and overall complex and multi-layered characters you cannot help but bond with. 

The first 150 pages of the novel might appear quite long and uneventful, although richly written and well-crafted, and the novel truly takes off once that point is reached. The universe itself appears as incredibly complex and full of possibilities, with both very common tropes - such as the royal court, the medieval-fantastic atmosphere, the presence of very mysterious and capricious forms of magic... -, and unique findings that make the story even more gripping. 

The strong suit of the novel is of course its narrator and main protagonist, Fitz, with whom it would be inhumane not to fall in love with, from his arrival at the royal court to the events of the last chapters. We meet him at only six years old and follow him until his teenage years, as he discovers himself, learns how to survive in this incredibly mischievous place, understands what he might be good at and who his allies are... and most importantly, who he might have to fight, either physically or symbolically. Indeed,
 a royal bastard, his position is inevitably unstable, and the young boy becomes immediately the target of an increasing number of jealous plotters. 
Fitz's narration is without a doubt brilliantly executed, with the exact amount of naivete, wisdom, quirkiness and passion that make the character profoundly endearable.

Lastly, the book's magic system and global mythology is revealed at just the perfect pace, with remaining touches of mystery, and glimpses of exciting possibilities for what will follow... The intrigue itself is packed with action, political machinery, and believe me, once you will have put a feet into the land of Fitz's adventures, you won't be able to go back on your steps...

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J'aurais du mal à déterminer le nombre de fois où l'on m'a répété de commencer cette saga, entre injonction, enthousiasme, hystérie et affection. 
J'ai mis du temps. 
Mais ça y est - enfin, je n'ai fini que le premier tome sur une saga qui en compte quinze - ou douze, ou seize, je ne sais plus, mais en tout cas, beaucoup -, donc j'ai encore du boulot. 

Cette première immersion dans l'histoire des Farseer permet de commencer à comprendre l'agitation collective autour de cette saga. C'est de la heroic fantasy comme on l'aime, épique, pleine de rebondissements, de machinations politiques, de cours de maniement des armes et de coups bas, centrée autour d'un personnage principal dont on ne parvient même pas à imaginer comment il serait possible de ne pas le prendre en affection.

Le roman prend son temps - forcément, quand on a quinze/seize/douze tomes pour développer son univers, on a le luxe de pouvoir s'attarder sur des détails -, avec 150 premières pages au moins très peu denses en action, mais bien plus concentrées sur des descriptions, des incursions subtiles dans les esprits et les coutumes d'une cour royale dont on comprend assez vite l'incroyable degré de complexité. 

On découvre ainsi une cour médiévale-fantastique, sur un modèle popularisé par la désormais cultissime série Game of Thrones, où est catapulté Fitz, un petit garçon de six ans que son grand-père confie à un soldat en lui assurant qu'il s'agit du fils illégitime de Chivalry - Chevalerie en français -, qui n'est ni plus ni moins que l'héritier du trône.

Autant dire que l'arrivée du petit garçon ne fait pas plaisir à grand-monde.

Une fois la nouvelle répandue et l'abdication de Chivalry effective, Fitz trouve petit à petit sa place. Il sera apprenti assassin, fidèle serviteur du roi, prêt à accomplir les plus basses besognes dans l'intérêt de la Couronne. Mais les rivalités et autres jalousies dont il est la cible n'auront-elles pas raison de ses ambitions ? 

* insérer suspense cheap et roulements de tambour *

Le roman défile à une vitesse surprenante une fois le fameux cap des 150 pages dépassé, et déploie un univers d'une complexité réfléchie, assumée et prometteuse. Le résumé peut paraître manquer d'originalité pour une histoire du genre, mais cet apparent air classique est bien vite oublié face à la vivacité du personnage, des intrigues qui s'entremêlent autour de lui, de la volonté de l'autrice de donner à voir des figures humaines, complexes, en proie à des conflits de loyautés, avec une multitude de petits détails dépaysants et autres sous-récits pittoresques. Le tout est plutôt âpre à première vue, certes, mais on se laisse très vite emporter et convaincre par cet univers, entre autres grâce à la narration très naturelle, du point de vue de Fitz. Le premier tome de cette fresque est donc une franche réussite, entre roman d'apprentissage, canon d'heroic fantasy, et fiction politique, laisse présager une saga ambitieuse, et mérite complètement sa réputation d'oeuvre phare du genre ! N'hésitez pas à vous lancer...

Et au fait, je viens de vérifier, et la saga complète, avec ses cinq cycles, comporte dix-sept tomes à l'heure actuelle.

Même pas peur.

samedi 14 juillet 2018

Parenthèse - Mes lectures de l'été 2018

Certes. Nous sommes déjà mi-juillet. 
Mais il n'est jamais trop tard pour dresser des listes de livres, alors c'est parti, voici les titres que j'espère que je vais absolument lire d'ici la rentrée ! 

Je vous préviens, c'est éclectique. Mais quand je dis éclectique, c'est éclectique sévère.

Du côté des classiques...



Zola, Nana, Pot-Bouille, Au Bonheur des Dames : parce que j'ai dit que je lirais tous les Rougon-Macquart, et qu'une Capucine n'a qu'une parole. 
Et parce que j'aime Zola. Beaucoup.
Belle du Seigneur d'Albert Cohen : parce que j'ai promis que je le lirais à un adorateur de Cohen qui se reconnaîtra ici, et qu'encore une fois, une Capucine n'a qu'une parole. 
Quatre-vingt-treize de Victor Hugo : parce que j'ai promis que je le lirais en même temps qu'elle à une de mes meilleures amies et... attendez, j'ai comme un sentiment de déjà-vu.
Go Tell It On The Mountain de James Baldwin : parce que je me meurs d'envie de lire cet auteur depuis des mois et qu'il est temps de le faire. 
(Bon, celui-là pour le coup,  je n'ai promis de le lire à personne)

Des contemporains...
Dicker, La Disparition de Stephanie Mailer, parce que j'ai besoin de ma dose estivale de page-turner.
Résultat de recherche d'images pour "stephen king books"
Non, on se calme, je ne vais pas lire tout ça. Juste un. mais je ne sais pas encore lequel.
N'importe quoi de Stephen King, parce que je n'en ai jamais lu une page et que ce n'est pas décemment possible.
The Sparsholt Affair d'Alan Hollingust : je ne saurais pas rationnellement expliquer pourquoi, mais ce roman m'attire de façon magnétique. Est-ce le décor de l'université d'Oxford, une passion insoupçonnée pour l'île de sa Majesté, pour les romans d'apprentissage, aucune idée, toujours est-il que je veux le lire. 

Quelques titres pour faire semblant d'avoir une culture (parce que la rentrée arrive vite mine de rien)
Popper, La Société Ouverte et ses ennemis : parce qu'il faut bien se conformer au cliché de l'étudiante en science politique que je suis et lire des ouvrages de philosophie politique.
Et parce qu'il a une bonne tête, ce Karl.
Foucault, Histoire de la sexualité tome 1, parce que tout ce que j'ai pu lire de-ci de-là de Foucault m'a enthousiasmée, et que la toute récente parution du quatrième tome de cette Histoire me donne le coup de fouet qu'il fallait pour me lancer.

Hm. A la réflexion, ce n'était peut-être pas la métaphore idéale pour parler de cet ouvrage.
De Beauvoir, Le Deuxième Sexe, parce que c'est terrible, je n'en ai lu que des extraits et jamais le texte intégral, et ça pèse sur ma conscience féministe. 

Sur ce, je vous souhaite de façon extrêmement ponctuelle un très bel été, et d'excellentes vacances si vous avez la chance d'en avoir ! 
Et bien évidemment, cela relèverait du miracle si j'arrivais à lire tous les romans de cette liste. Partons donc sur l'idée que je n'en finirai qu'un sur deux. Principe de réalisme.

jeudi 12 juillet 2018

Une Caravane en hiver de Benoît Séverac - Chronique n°424

Titre : Une Caravane en hiver
Auteur : Benoît Séverac
Genre : Contemporain | Jeunesse
Editions : Syros
Lu en : français
Résumé : Arthur est en voiture lorsqu’il assiste à l’agression d’un garçon de son âge, à un feu rouge. Poussé par son instinct, il va à sa rencontre. Ce garçon, c’est Adnan, un réfugié syrien. Il vit dans une caravane au milieu d’un terrain vague avec sa mère, qui lui a appris à garder la tête haute en toute situation. Entre Arthur et Adnan va naître une amitié qui résistera à l’incompréhension des adultes. Une amitié qui poussera les parents d’Arthur à aider, eux aussi, Adnan et sa mère. Une amitié qui va tous les faire basculer dans une aventure digne d’un roman d’espionnage

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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Quelque chose cloche avec Arthur. 
Quelque chose a changé chez lui.
Il n'est plus jamais là, il vole de l'argent à ses parents, ses notes dégringolent. C'est incompréhensible.
Alors ses parents engagent un détective privé pour découvrir ce qu'il trame en dehors du lycée. Ils s'attendent à tout, drogue, armes, mauvaises influences,  n'importe quoi, mais certainement pas aux conclusions que le détective finit par leur livrer. 
Il semblerait qu'Arthur se soit lié d'amitié avec un réfugié syrien, avec qui il passe le plus clair de son temps, et à qui il remet l'argent qu'il dérobe chez lui.
Les parents d'Arthur passent par toutes les couleurs, choc, colère, admiration, reproche, désarmement, mais décident de se confronter à leur fils et à son ami. De comprendre. D'apprendre. De vivre ensemble.

Une Caravane en hiver est un roman simplement écrit et facile d'accès, qui veut sonner juste aux oreilles de lecteurs de tous âges, en décortiquant aussi bien les ressentis des adolescents que ceux de leurs parents. On ne peut que saluer le ton général du texte, qui évite toujours toute forme de manichéisme, de caricature ou même de simple jugement de valeurs. Tout est toujours remis en question, personne n'a constamment raison ou constamment tort, et un certain nombre de problématiques importantes sont débattues intelligemment sans arriver à des conclusions péremptoires. Les personnages s'interrogent ainsi tous ensemble sur la loyauté, le devoir, la responsabilité, le mensonge, de façon ouverte et sincère. Et ça fait du bien. 

Il faut défendre ce petit roman, parce qu'à l'inverse de tous les discours alarmistes et cyniques que l'on entend encore trop souvent, Une Caravane en hiver montre bien que la jeunesse d'aujourd'hui est tout sauf moribonde, et ne manque ni de passion, ni d'altruisme, ni de capacité d'engagement. A mi-chemin entre le roman d'initiation, la fable humaniste et le polar, ce texte brille par sa volonté d'être compréhensible par tous et de faire preuve d'un réalisme à toute épreuve. Qu'il s'agisse du comportement des personnages, de la crédibilité de leurs réactions et de leurs situations, ou même du décor, tout est pris au sérieux, le moindre détail est réfléchi, et si le rendu est parfois un peu explicatif, et que l'on se sent donc quelque peu détaché des personnages, le tout sonne vrai. C'est donc un joli roman jeunesse, rythmé, plutôt sensible, tout à fait recommandable pour de jeunes lecteurs adolescents !

lundi 9 juillet 2018

Les Collisions de Joanne Richoux - Chronique n°423

Titre : Les Collisions
Autrice : Joanne Richoux
Genre : Contemporain
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 288
Résumé Gabriel et Laetitia entrent en Terminale Littéraire.
Lui, il est brumeux et arrogant.

Elle, elle est fière comme pas possible et cleptomane.
Eux, ils s’ennuient royalement,
et ils ont comme une envie de le faire payer à tout le monde…Ça tombe bien : cette année, ils vont étudier Les Liaisons dangereuses.
Forcément, ça va leur donner des idées…

Acoquiner Solal et Ninon, par exemple.
Rendre fou Dorian, l’ex de Laetitia, à l’aide de théories du complot.
Et puis Gabriel, il pourrait tenter de décrocher un rencard avec Mademoiselle Brugnon, la prof d’Arts Plastiques.
Bref : Valmont et Merteuil ont trouvé leurs proies.
Tout est en place. À deux doigts d’exploser.

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Lucie pour cet envoi ! 

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Gabriel et Laetitia s'ennuient.
Autour d'eux, personne n'est vraiment digne d'intérêt. Ni les gens du lycée, ni les profs, ni leur famille. 
Encore une année à tuer et la vie commence. 
D'ici juin et le bac, il y a dix mois, solide. 
Mais Gabriel et Laetitia ont de l'imagination à revendre et un sens du romanesque inouï.
Et il se trouve que la deuxième oeuvre au programme de littérature est ce texte retors, jouissif et passionnel, ce roman épistolaire qu'ils connaissent par coeur. 
Choderlos de Laclos.
Les Liaisons Dangereuses.

Et si...
Et si Merteuil et Valmont pouvaient devenir deux adolescents du début du XXIème siècle ? 
Et si les êtres humains étaient aussi aisément manipulables que le livre le suggère ? 
Et si jouer avec les esprits pouvait donner un souffle nouveau à deux existences moribondes et cyniques ? 

Les stratagèmes se précisent, les plans d'attaque s'aiguisent. 
Et les jours défilent. 

Dans le filet de Gabriel et Laetitia s'échouent leurs proies, emportant avec elles le peu de retenue et de pudeur qui retenait encore les pulsions les plus premières des deux comparses. 
Ils n'ont plus de limites. 
Plus d'entraves.
Ils deviendront les dieux de leur propre vie, les auteurs de leur propre histoire. 

Rien ni personne ne pourra les en empêcher. 
Rien ni personne, si ce n'est eux-mêmes. 

Et les jours défilent encore. 

La plume de Joanne Richoux taille dans le vif, avec une précision implacable, étale en place publique le désarroi des cibles de son couple de héros, entraîne de sa poigne ferme le lecteur dans un jeu qui le fascine tout autant qu'il le révulse. La mélodie doucereuse du récit gagne en force au fur et à mesure que la toile machiavélique se tisse et s'étend, que les personnages s'étoffent et s'affirment, et bien sûr, que le nœud tragique se resserre.

Car les personnages de ce genre d'histoires ont beau se croire plus puissants que leur propre destin, arrive toujours le moment où ils commettent leurs premières erreurs. 

Et le lecteur se trouve écartelé par les sentiments contradictoires que lui inspirent les protagonistes.
Fascination, comment pourrait-il en être autrement face à des personnalités aussi magnétiques, aussi perfides, aussi ambitieuses ? 
Dégoût, comment pourrait-il en être autrement face à ce mépris constant des règles et des individus ? 
Passion, pour les mots, les images convoquées par l'autrice, toujours à mi-chemin entre le sublime et le sordide, par cette intrigue à la fois grandiose par son intensité et triviale par son cadre. 
Oui, triviale, parce qu'au fond, avec quoi jouent Laetitia et Gabriel, si ce n'est deux ou trois anonymes dans un lycée méconnu ? 

Et voilà le lecteur attristé, choqué, peiné, effrayé, séduit, tout se combine et s'amplifie, au rythme de la musique que l'autrice distille le long du texte, jusqu'à un final éclatant, retentissant, aux accents traumatiques.

Les Collisions, c'est une invention géniale tout autant qu'un hommage fidèle aux Liaisons dangereuses, un texte qui ne doit rien à personne et n'hésite pas à prendre ses libertés avec son modèle, à l'image de son duo de protagonistes, et pourtant, les fantômes de Merteuil et de Valmont sont là, palpables, et l'hybris de Laetitia et Gabriel fait palpiter les phrases de Richoux au même rythme que celles de Laclos. 


Les Collisions est une histoire d'excès, d'un ennui maladif à une envie dévorante en passant par une passion bouillonnante. L'atmosphère dans laquelle ce livre immerge son lecteur est excessivement écrasante, sa prose excessivement entraînante et ses combines désabusées excessivement tordues. 
C'est aussi une histoire de chocs, ceux des victimes qui se découvrent bernées, ceux des agresseurs pris à  leur propre piège, celui du lecteur qui se découvre par instants complice des deux bourreaux, celui que chaque page fait en se tournant et en précipitant un peu plus ces libertins des temps modernes vers leur propre chute.
C'est enfin une histoire de châtiment - après le crime -, l'histoire de points distribués à la fin du jeu, de conséquences inéluctables. 
Mais ce n'est pas une histoire de morale ou de jugement. De tels concepts ne résistent pas à une fusion aussi intense que celle des Collisions, entre la fiction d'un roman du XVIIIème, d'une histoire qui s'en inspire, et la réalité de ce que font naître les actes et les mots des personnages chez le lecteur. Les Collisions ne désigne pas de "grands méchants", ne donne pas de petites leçons sur la vie, mais laisse au contraire son public se relever haletant de ce à quoi il vient d'assister, se remettre des blessures dont il a été témoin, et découvrir ce que ce texte a fait naître chez lui. 

Horreur, vertige, incrédulité, et surtout, ce vague sentiment d'excitation.
Cette sensation que l'on éprouve lorsque l'on réalise que l'on est vivant.

vendredi 6 juillet 2018

Histoire de la Violence d'Edouard Louis - Chronique n°422

Titre : Histoire de la violence
Auteur : Edouard Louis
Genre : Autobiographie | Contemporain
Editions : Points
Nombre de pages : 220
Lu en : français
Résumé : J’ai rencontré Reda un soir de Noël. Je rentrais chez moi après un repas avec des amis, vers quatre heures du matin. Il m’a abordé dans la rue et j’ai fini par lui proposer de monter dans mon studio. Ensuite, il m’a raconté l’histoire de son enfance et celle de l’arrivée en France de son père, qui avait fui l’Algérie. Nous avons passé le reste de la nuit ensemble, on discutait, on riait. Vers six heures du matin, il a sorti un revolver et il a dit qu’il allait me tuer. Il m’a insulté, étranglé, violé. Le lendemain, les démarches médicales et judiciaires ont commencé.


Plus tard, je me suis confié à ma soeur. Je l’ai entendue raconter à sa manière ces événements.
En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son père, en réfléchissant à l’émigration, au racisme, à la misère, au désir ou aux effets du traumatisme, je voudrais à mon tour comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. Et par là, esquisser une histoire de la violence.


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Edouard se souvient.
Il se souvient de cette nuit, la nuit du réveillon de Noël, avec ses amis, puis sur la place de la République, où il faisait si froid. Il avait hâte de rentrer. Et puis.
Et puis un inconnu, quelques mots, un regard, un élan inexplicable, une pulsion - pulsion de mort, même, Freud, si tu nous entends -, et voilà Edouard chez lui, à embrasser Reda, qu'il connaît à peine, à l'aimer, à lui donner toute sa confiance, à rire avec lui. 
Et puis.
Et puis la nuit tire à sa fin.
Les réjouissances aussi.
Et alors qu'elle était bien la dernière invitée à être attendue, alors qu'elle était la dernière à avoir sa place dans cette chambre devenue petit cocon, la violence surgit.

Parce que oui, l'oeuvre d'Edouard Louis est obsédée par la violence, et la vie de l'auteur elle-même semble s'articuler avant tout autour des violences qui l'ont pétrie, traversée, changée. 
Et cette violence-là est d'autant plus perturbante qu'elle est inattendue, et surtout absurde, là où on peut, à défaut de maîtriser, comprendre les mécanismes de la violence sociale, de la violence symbolique, de la violence familiale. 

C'est donc un pari ambitieux que fait ici Edouard Louis.
Et pour être parfaitement honnête, ce n'est à mon sens pas tout à fait réussi.


Le style est là, évidemment, poli, riche, évocateur, les phrases acides et bouleversantes aussi, les descriptions crues et cruelles également. Mais il manque l'essentiel, la spontanéité.
Spontanéité n'équivaut pas à vivacité ou rythme, car ils sont là, eux, dans ce texte court et fulgurant où l'action se précipite le long des pages. Mais manque la note vibrante d'émotion, d'authenticité, qui permettrait d'adhérer pleinement à ce récit sur-analysé à l'extrême, où l'auteur disserte sur le moindre événement et en retire des symboliques artificielles. Il est évidemment passionnant de réfléchir a posteriori sur ce que l'on a vécu, mais pas au point de verser dans une rationalisation trop poussées et à trouver des causes et des significations tarabiscotées. 

Certaines scènes brillent justement par leur véracité, leur éclat, notamment dans le cœur du roman, mais la majeure partie du roman demeure étouffée par ce carcan intellectualisant, tuant dans l'oeuf toute tentative d'empathie du lecteur pour le narrateur.
Peut-être était-ce ce que souhaitait Louis, éviter un témoignage classique pour basculer vers quelque chose de beaucoup plus froid, de réfléchi jusqu'à en devenir pratiquement sublime... Mais cela relève alors plus de l'exercice de style, et si c'est le cas, alors il est exécuté de façon bien trop consciente de lui-même pour être convaincant. 


Par ailleurs, la personnalité assez froide et distante d'Edouard Louis prend une part encore plus considérable du récit qu'elle ne le faisait dans Eddy Bellegueule, allant là encore jusqu'à un grossissement de son arrogance, voire de sa condescendance, notamment envers sa sœur qu'il présente comme une illettrée un peu niaise. De la lecture se dégagent deux sortes de malaises : un malaise intéressant à creuser, dû aux situations décrites, à l'atmosphère générale du roman, aux pulsions décrites, mais aussi un malaise dû à l'inconfort que l'on a à partager ces pages avec un narrateur aussi trouble. Lequel est voulu, lesquels sont voulus ? Lesquels sont appréciables ? Ce sera à vous de voir, même si j'avoue que pour ma part, je suis quelque peu passée à côté du roman.