La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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vendredi 6 juillet 2018

Histoire de la Violence d'Edouard Louis - Chronique n°422

Titre : Histoire de la violence
Auteur : Edouard Louis
Genre : Autobiographie | Contemporain
Editions : Points
Nombre de pages : 220
Lu en : français
Résumé : J’ai rencontré Reda un soir de Noël. Je rentrais chez moi après un repas avec des amis, vers quatre heures du matin. Il m’a abordé dans la rue et j’ai fini par lui proposer de monter dans mon studio. Ensuite, il m’a raconté l’histoire de son enfance et celle de l’arrivée en France de son père, qui avait fui l’Algérie. Nous avons passé le reste de la nuit ensemble, on discutait, on riait. Vers six heures du matin, il a sorti un revolver et il a dit qu’il allait me tuer. Il m’a insulté, étranglé, violé. Le lendemain, les démarches médicales et judiciaires ont commencé.


Plus tard, je me suis confié à ma soeur. Je l’ai entendue raconter à sa manière ces événements.
En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son père, en réfléchissant à l’émigration, au racisme, à la misère, au désir ou aux effets du traumatisme, je voudrais à mon tour comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. Et par là, esquisser une histoire de la violence.


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Edouard se souvient.
Il se souvient de cette nuit, la nuit du réveillon de Noël, avec ses amis, puis sur la place de la République, où il faisait si froid. Il avait hâte de rentrer. Et puis.
Et puis un inconnu, quelques mots, un regard, un élan inexplicable, une pulsion - pulsion de mort, même, Freud, si tu nous entends -, et voilà Edouard chez lui, à embrasser Reda, qu'il connaît à peine, à l'aimer, à lui donner toute sa confiance, à rire avec lui. 
Et puis.
Et puis la nuit tire à sa fin.
Les réjouissances aussi.
Et alors qu'elle était bien la dernière invitée à être attendue, alors qu'elle était la dernière à avoir sa place dans cette chambre devenue petit cocon, la violence surgit.

Parce que oui, l'oeuvre d'Edouard Louis est obsédée par la violence, et la vie de l'auteur elle-même semble s'articuler avant tout autour des violences qui l'ont pétrie, traversée, changée. 
Et cette violence-là est d'autant plus perturbante qu'elle est inattendue, et surtout absurde, là où on peut, à défaut de maîtriser, comprendre les mécanismes de la violence sociale, de la violence symbolique, de la violence familiale. 

C'est donc un pari ambitieux que fait ici Edouard Louis.
Et pour être parfaitement honnête, ce n'est à mon sens pas tout à fait réussi.


Le style est là, évidemment, poli, riche, évocateur, les phrases acides et bouleversantes aussi, les descriptions crues et cruelles également. Mais il manque l'essentiel, la spontanéité.
Spontanéité n'équivaut pas à vivacité ou rythme, car ils sont là, eux, dans ce texte court et fulgurant où l'action se précipite le long des pages. Mais manque la note vibrante d'émotion, d'authenticité, qui permettrait d'adhérer pleinement à ce récit sur-analysé à l'extrême, où l'auteur disserte sur le moindre événement et en retire des symboliques artificielles. Il est évidemment passionnant de réfléchir a posteriori sur ce que l'on a vécu, mais pas au point de verser dans une rationalisation trop poussées et à trouver des causes et des significations tarabiscotées. 

Certaines scènes brillent justement par leur véracité, leur éclat, notamment dans le cœur du roman, mais la majeure partie du roman demeure étouffée par ce carcan intellectualisant, tuant dans l'oeuf toute tentative d'empathie du lecteur pour le narrateur.
Peut-être était-ce ce que souhaitait Louis, éviter un témoignage classique pour basculer vers quelque chose de beaucoup plus froid, de réfléchi jusqu'à en devenir pratiquement sublime... Mais cela relève alors plus de l'exercice de style, et si c'est le cas, alors il est exécuté de façon bien trop consciente de lui-même pour être convaincant. 


Par ailleurs, la personnalité assez froide et distante d'Edouard Louis prend une part encore plus considérable du récit qu'elle ne le faisait dans Eddy Bellegueule, allant là encore jusqu'à un grossissement de son arrogance, voire de sa condescendance, notamment envers sa sœur qu'il présente comme une illettrée un peu niaise. De la lecture se dégagent deux sortes de malaises : un malaise intéressant à creuser, dû aux situations décrites, à l'atmosphère générale du roman, aux pulsions décrites, mais aussi un malaise dû à l'inconfort que l'on a à partager ces pages avec un narrateur aussi trouble. Lequel est voulu, lesquels sont voulus ? Lesquels sont appréciables ? Ce sera à vous de voir, même si j'avoue que pour ma part, je suis quelque peu passée à côté du roman.

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