La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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dimanche 28 juin 2015

Young Elites de Marie Lu — Chronique n°105

"Nos cœurs se remplissent de terreur à l'idée qu'il puisse arriver malheur à un être cher. Il n'y a pas d'amour sans peur. Les deux coexistent."

"La confiance, c'est tomber dans des abysses sans fin et tendre la main pour saisir celle d'un autre."


Titre : Young Elites tome 1
Auteure : Marie Lu
Genre : Fantasy
Éditions : Castelmore
Nombre de pages : 310
Résumé : Adelina a survécu à l'épidémie qui a ravagé son pays. D'autres enfants, comme elle, en ont réchappé, la maladie laissant sur leur corps d'étranges marques. Les cheveux noirs d'Adelina sont devenus argentés, ses cils blancs et une cicatrice barre la gauche de son visage. Son père lui mène la vie dure : comme la majorité de la population, il voit en elle une malfetto, une abomination, une disgrâce pour leur nom et leur famille. Mais la rumeur dit que les survivants n'auraient pas récolté que des cicatrices : ils auraient aussi acquis de mystérieux superpouvoirs. Et, bien que leur identité demeure secrète, ces miraculés portent déjà un nom : les Young Elites...

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J'avais déjà entendu parler de Marie Lu à cause de sa trilogie Legend, souvent de façon très positive. Lorsque j'ai découvert ce livre-ci, le résumé et l'aspect fantasy m'ont rapidement convaincue. Je ne savais absolument pas à quoi m'attendre, mais j'ai bien fait de lire Young Elites, qui a été une excellente découverte !

Il y a dix ans, une terrible maladie a ravagé le royaume d'Adelina, faisant des milliers et des milliers de victimes. Tous les adultes infectés ont succombé à la "fièvre du sang", mais la plupart des enfants y ont survécu, quoique pas toujours indemnes... En effet, certains enfants ont hérités de marques plus ou moins visibles, qui dégoûtent et repoussent les autres habitants du royaume. Mais le plus incroyable est que certains de ces malfettos, comme on les appelle, auraient hérité de pouvoirs surhumains : on les appelle les Young Elites...
De son côté, Adelina, 16 ans, est une malfetto : la maladie l'a rendue borgne, lui laissant une cicatrice sur le côté gauche de son visage, et ses cheveux noirs sont devenus argentés. Voyant que son père cherche à se débarrasser d'elle, la jeune fille s'enfuit, commettant au passage un parricide involontaire, et se retrouve rapidement dans des ennuis aux proportions assez inimaginables, impliquant bien sûr des Elites.

J'ai adoré l'univers de fantasy dans lequel l'intrigue prend place. Le royaume de Kenattra a beaucoup d'influences italiennes – voire de la Rome antique –, et sa capitale fait, par un grand nombre d'aspects, penser à Venise. On retrouve ainsi la fête du palio, sous un autre nom, des noms de dieux latins remixés, des noms aux sonorités très italiennes – Adelina, Raffaele, Enzo, Gemma et compagnie... J'ai adoré ce cadre, ce royaume, cette mythologie, tout.

Young Elites est cependant un roman bien plus sombre que ce à quoi je m'attendais. La mort est omniprésente, l'histoire très, très loin d'être gaie, et certains détails sont assez... explicites. On a par exemple droit, à la page 2, à la description de l'ablation de l'œil d'Adelina... Ça ira, ça ira, merci.
Mais le plus frappant est sans doute l'héroïne, qui est ce que j'ai préféré dans cette histoire. En fait, il s'agit plus d'une anti-héroïne : sombre, imprévisible, extrêmement instable psychologiquement, écrasée par son passé, Adelina est quelqu'un de fascinant, tout comme son évolution tout au long du roman.
 Elle ne correspond pas du tout au schéma classique de l'héroïne de fantasy : son physique n'est pas particulièrement attirant, elle se laisse très souvent déborder par ses émotions, aussi bien capable d'amour passionnel que de haine viscérale ou de terreur profonde...
Et je trouve cela... fantastique !

D'ailleurs, la plupart des autres personnages principaux sont également des anti-héros : on ne sait jamais quoi penser d'eux, on est toujours surpris par leurs actions... Du coup, on ne sait plus à qui faire confiance, ce qui nous rapproche d'Adelina, et ce qui nous fait vivre l'histoire avec encore plus d'intensité et... bon sang, j'aime ce livre.

Maintenant, je vais donner le nom de certains personnages et m'adresser à eux, même si vous ne les connaissez pas. J'en ai besoin.
Raffaele. Mon préféré. Toi, je t'aime.
Teren. Même si parfois, on a l'impression que ton personnage se réduit à "Je suis un méchant, j'agis en tant que tel, et c'est tout", tu m'as intriguée. Ton personnage a une dimension très intéressante. Je sens qu'on va se retrouver par la suite, et que tu vas beaucoup évoluer.
Enzo, toi, par contre, j'ai un peu de mal avec toi. Je ne sais pas trop pourquoi. Désolée.
Gemma, Lucent, Meave, vous n'êtes pas très présentes, mais j'espère que vous aurez plus d'importance par la suite, parce que vous avez des personnalités et des pouvoirs géniaux. Bisous.

Je sais, vous pensez que je suis complètement folle.

La romance est également passionnante, puisqu'incertaine, toujours remise en question, et ce jusqu'au bout ! On ne sait plus qui aime qui, l'héroïne elle-même en doute... 
Génial, génial je vous dis.
J'y pense ! Dans ce roman, pour l'une des premières fois dans toute l'histoire du YA, vous découvrirez une amitié platonique, vraiment touchante entre une fille et un garçon. Enfin.
Je sais, le concept d'amitié platonique entre une fille et un garçon n'existe pas dans les romans YA, mais il se trouve qu'ici, c'est le cas. Je ne mens pas, juré.

Dans Young Elites, la tension est toujours à son comble, et elle ne fait qu'augmenter. Adelina n'est jamais à l'abri, le danger rôde partout, les rebondissements sont bien dosés. J'ai lu ce roman très rapidement, sans faire beaucoup de pauses, passant un après-midi en ermite dans ma chambre. J'ai accroché dès le premier chapitre, et je ne me suis jamais ennuyée.
La fin, quant à elle, m'a beaucoup plu. J'ai été très surprise par un certain événement, mais globalement, je me doutais de la teneur de ce final. Avec un roman aussi sombre, on pouvait difficilement arriver à un happy end. Je ne vous dirai rien de plus – heureusement ! – mais sachez que je trouve ces deux derniers chapitres bien ficelés et efficaces.
Pour ce qui est de l'épilogue... J'ai trouvé qu'il relançait très bien l'action, et donnait à voir beaucoup de choses très satisfaisantes pour la suite, sur laquelle je compte évidemment me ruer dès sa parution.

En bref, un roman de dark fantasy extrêmement prenant, surprenant et convaincant, une réussite sur toute la ligne ! Young Elites est un roman vraiment original qui se détourne des codes habituels des codes YA par bien des aspects. Et j'aime ça. Au cas où vous ne l'auriez pas compris.
Note attribuée : 9/10

jeudi 25 juin 2015

La Conspiration de Maggie Hall — Chronique n°104

"En réalité, être seul, c'est comme marcher dans le froid sans manteau. Oui, c'est désagréable au début, mais au bout d'un certain temps notre corps s'engourdit. Si l'on s'habitue à ne pas être seul, en revanche, le retour à la solitude est un choc,comme si l'on vous arrachait votre édredon bien chaud à six heures un matin de décembre dans le Minnesota."

Titre : La Conspiration
Auteure : Maggie Hall
Genre : Thriller | Aventure | Romance
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Nombre de pages : 426
Résumé : 
Une énigme millénaire
Des indices aux quatre coins du globe
Une destinée extraordinaire

Ils ont le pouvoir de faire fermer Prada pour une session shopping privée.
Mais aussi celui de déclencher une nouvelle guerre mondiale.
C'est cette incroyable famille qu'Avery West se découvre à dix-sept ans.

Ses membres appartiennent à une redoutable société secrète, le Cercle, qui voit en Avery la clé d'une prophétie millénaire. 
Écartelée entre des factions rivales, Avery va devoir lever le voile sur l'énigme de ses origines.

(J'estime que la suite du résumé en dévoile trop et n'est pas vraiment utile, et je vous conseille donc de ne pas la lire – mais libre à vous de le faire, je ne vous force en rien...)

Accompagnée de deux garçons du Cercle, le beau Stellan à l'humeur changeante et le ténébreux Jack, elle se lance dans une quête qui va la mener du musée du Louvre aux bazars d'Istanbul.

Au cœur de la conspiration, Avery va devoir choisir entre sa liberté et sa famille, mais aussi entre le garçon qui pourrait l'aider à sauver l'humanité et celui qui fait battre son cœur.

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J'attendais beaucoup de ce roman, à cause de son résumé qui promettait une histoire originale, ou à cause de sa belle couverture – 
oui, oui, je sais, on ne doit pas attacher d'importance aux apparences, mais quand même...
J'ai donc commencé ma lecture pleine d'enthousiasme, mais j'ai eu du mal à accrocher avec les premiers chapitres, puis avec un certain nombre d'éléments. Malgré une seconde moitié que j'ai lue plus facilement et avec plus de plaisir, je garde quelques réserves.

Tout d'abord, je trouve que le résumé de l'éditeur en dévoile beaucoup trop. Certains éléments sont imprécis, voire faux, d'autres dévoilent des faits qui ne se produisent que dans les tous derniers chapitres, ce qui m'a personnellement fait deviner un élément important du final... Dommage !

Avery, 17 ans, lassée des multiples déménagements que le travail de sa mère lui impose, n'a jamais connu son père. Un jour, elle fait la rencontre de Jack, un garçon assez mystérieux, nouveau dans son lycée – et qui, mon Dieu, a un accent britannique ! Je vous laisse imaginer l'état dans lequel cela met Avery.
Ce Jack va révéler à Avery l'existence du Cercle, une organisation ultra-secrète formée des 12 familles les plus puissantes du monde, qui est grosso modo à la tête et à l'origine de tout. Il va ensuite plus ou moins la kidnapper pour la mener chez ces gens du Cercle, ce qui ne pose aucun problème à Avery, qui se laisse embarquer vers Paris, toute guillerette, sans prévenir sa mère. 
Rapidement, Jack et Avery vont réaliser que la jeune fille a un rôle très important à jouer au sein du Cercle, et qu'il se pourrait qu'elle soit la clé d'une prophétie millénaire... Les jeunes gens décident bientôt de mener une enquête à travers toute l'Europe, afin de résoudre cette énigme et de connaître enfin les origines d'Avery.

Tout reste très, très facile. Je veux dire, cela fait plus de 1000 ans que les plus grands de ce monde se penchent sur une énigme apparemment insoluble, et vous allez m'expliquer qu'une jeune fille de dix-sept ans sans aptitudes particulières, qui vient de lire l'énigme pour la première fois, va découvrir tous les indices et trouver la solution ? 
Bien sûr. Bien sûr.

De manière générale, tout était très simplifié, pas toujours expliqué ou logique, l'histoire pourrait gagner en clarté.


Par exemple, lorsqu'Avery débarque au repaire secret du Cercle, Jack la fait entrer en lui disant "Bon, Avery, on ne sait pas qui tu es, ni à quelle famille tu appartiens, mais on pense que tu es une cousine éloignée. On ne va absolument pas te dire pourquoi on t'a fait venir. Maintenant, sois gentille et pars dans la chambre VIP qu'on t'a attribuée sans raison."

L'arrivée d'Avery ne suscite pratiquement aucune réaction et la jeune fille ne sait absolument pas ce qu'elle a à voir avec le Cercle – d'ailleurs, personne ne le sait. 
Avery est traitée de façon pour le moins surprenante, et au moment où elle décide de s'enfuir pour mener une enquête à l'autre bout de l'Europe, personne ne s'en alarme.
Non. Ça ne marche pas.

Pourquoi personne ne va-t-il la voir et lui dire clairement : "Bonjour, ceci est le Cercle, nous sommes ............ et nous faisons ......... et ............ . Toi tu es ............., et nous t'avons fait venir pour ............... ." ?

Spoiler – surlignez le blanc pour lire !
Ou encore, comment les poursuivants d'Avery et de Jack savent-ils toujours où les trouver ? On évoque vaguement les portables, ils les cassent donc, mais l'Ordre les retrouve encore ensuite !



Les adultes du Cercle sont terriblement manichéens, monotâches et monopensants – je viens d'inventer un mot, oui. Ils ont chacun une opinion dans laquelle ils se confortent, n'évoluent pas le moins du monde, et sont surtout terriblement immatures, ou en tout cas pas très futés ! Assez improbable pour les dirigeants secrets et absolus de cette planète...

La romance, en toute sincérité, n'avait pas grand intérêt. Elle n'est pas trop précipitée, ce qui est un point positif, mais tellement prévisible qu'elle en perd toute sa saveur. J'ai trouvé que cette histoire d'amour prenait un peu trop d'importance, et qu'elle était presque inutile dans le roman. 

Les personnages sont globalement intéressants et sympathiques, à l'exception des adultes du Cercle dont j'ai déjà parlé. Avery a parfois des réactions assez incompréhensibles – comme le fait de monter dans un avion en direction de l'Europe en compagnie de deux parfaits inconnus –, mais elle reste une héroïne agréable à suivre.

Une dernière remarque... J'ai parfois trouvé l'écriture un peu familière : je ne sais pas si c'est la traduction ou le texte anglais, mais les "ça", "c'est pas", "je suis pas" et autres "elle est où" m'ont lassée, à la longue.

Mais malgré tout, ce roman reste une lecture agréable qu'on a du mal à lâcher. L'histoire est efficace, l'action et les rebondissements savent captiver le lecteur. Il ne s'agit cependant pas d'une "lecture détente" comme je le croyais, certains passages nécessitent toute notre concentration ! 

Note attribuée : 7/10 : c'est un bon roman, mais pas exceptionnel, surtout étant donnée la qualité habituelle des romans de la collection R. J'ai passé un bon moment, malgré tous les points négatifs que j'ai listés ! 

lundi 22 juin 2015

Aristote et Dante découvrent les Secrets de l'Univers de Benjamin Alire Sáenz — Chronique n°103

"Je me demandais ce que ça faisait de tenir quelqu’un par la main. Je parie qu’on trouve tous les mystères de l’univers dans la main de quelqu’un."

"Parfois, il suffit de dire la vérité. Les gens ne vous croient pas et ils vous fichent la paix."

"Parfois, en vieillissant, on rajeunit. Et moi, je me sentais vieux. Comment peut-on se sentir vieux à dix-sept ans ?"

Titre : Aristote et Dante découvrent les Secrets de l'Univers
Auteur : Benjamin Alire Sáenz
Genre : Realistic Fiction | Contemporain
Éditions : PKJ
Nombre de pages : 359
Résumé : Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n'ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais... C'est donc l'un vers l'autre, et l'un pour l'autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l'univers.

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J'avais entendu tellement de bien à propos de ce livre que j'avais très peur d'être déçue. À peine a-t-il rejoint ma bibliothèque que je l'ai commencé, et je dois avouer que j'ai rarement lu un roman à cette vitesse. Je l'ai commencé hier après-midi, et je l'avais fini en début de soirée ! Même s'il ne s'agit pas d'un coup de cœur, cette lecture m'a énormément plu, et je ne peux que tomber d'accord avec la multitude d'avis positifs que vous avez sûrement lus. Si vous ne vous l'êtes pas encore procuré, n'attendez plus !

En achetant ce roman, je ne savais pas vraiment de quoi il parlait, même si je me doutais vaguement que les deux personnages principaux s'appelaient Aristote et Dante, et que l'on risquait de raconter leur vie dans ce livre – 
je sais, je suis un génie. Il est en effet question d'Aristote, de Dante, de leur rencontre, de leur amitié. Une histoire très simple, mais incroyablement belle. 

Tout au long du roman, Aristote et Dante vont s'efforcer de résoudre tous les secrets de l'univers, donnant lieu à de magnifiques réflexions sur des sujets aussi divers que l'homosexualité, la famille, le passage à l'âge adulte. J'ai dû relever une bonne dizaine de citations, et quelques passages m'ont particulièrement touchée.

Tout est toujours très pertinent, très bien décrit, et laisse à réfléchir. Je pense par exemple aux relations parents/enfant dans le livre, que ce soit chez Aristote ou chez Dante, sont tout sauf le cliché habituel de l'adolescent en conflit permanent avec ses parents. Leurs échanges sont beaux et sincères, ils se disputent parfois, surtout chez Aristote dont le père souffre de stress post-traumatique à la suite de la guerre du Vietnam, mais ils s'aiment toujours, et... j'trouve ça chouette.
Le thème de l'immigration, de l'intégration et du sentiment d'appartenance à un pays est aussi abordé, car Aristote et Dante – ainsi que l'auteur – sont d'origine mexicaine, et le vivent tous deux de façon très différente. 

Les chapitres sont très courts, parfois une demi-page seulement, et souvent composés de dialogues uniquement. Cela donne une dynamique très particulière et très intéressante au roman, un rythme presque apaisant. En plus de ces petits chapitres, le temps passe vite, on tourne les pages  à une rapidité folle, mais paradoxalement, on a comme une impression de douceur, de poésie... De plus, l'écriture très simple et fluide parvient à transcrire les pensées d'Aristote avec beaucoup de justesse.
J'ai l'impression affreusement frustrante de ne pas arriver à expliquer correctement mon ressenti à propos de ce livre. Je suis navrée.

Il y a quelque chose d'assez inexplicable dans ce roman, qui n'a pourtant l'air de rien... Aristote et Dante découvrent les Secrets de l'Univers est une superbe leçon de vie, sur l'amour, l'amitié, l'adolescence. Il ne peut laisser personne indifférent, on ne ressort pas tout à fait indemne de cette histoire. Il ne s'agit cependant pas d'un coup de cœur – mais presque –, pour quelques petites raisons, comme le fait que la fin reste très prévisible, ou que quelques passages sont moins vivants...
À lire absolument – vous n'avez plus aucune excuse pour passer à côté de ce livre, maintenant qu'il est traduit en français ! 

Note attribuée : 9/10


jeudi 18 juin 2015

L'Héritière de Melinda Salisbury — Chronique n°102

"Je désirais venir au château, et je vis ici. Je voulais faire un beau mariage, je vais épouser le prince. Ils accèdent à mes prières, je vis l'existence de mes rêves. J'ai de la chance. Je suis privilégiée.
Je suis un instrument. Un couteau."

Titre : L'Héritière
Auteure : Melinda Salisbury
Éditions : Gallimard Jeunesse
Genre : Fantasy | Romance
Nombre de pages : 327
Résumé : Je suis l'arme parfaite. Twylla, dix-sept ans, est l'élue, l’incarnation humaine de Daunen, la fille du dieu de la vie et de la déesse de la mort. Depuis ses treize ans, elle vit dans le château de Lormere où, bien qu’elle soit promise au prince, elle ne participe pas comme les autres à la vie de la cour. Car Twylla est, en quelque sorte, le bourreau de la reine. Nourrie chaque mois d’un poison mortel contre lequel elle est immunisée, elle exécute les traîtres du royaume. Simplement en les touchant. Ce statut l’affige au plus haut point - et l’isole cruellement. Jusqu'au jour où Lief, son nouveau garde, charmant et rebelle, fait vaciller la jeune fille dans sa foi et sa soumission...

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Je croyais en ce livre. J'avais placé de grands espoirs dans ce petit ouvrage. Sans doute à cause de sa belle couverture, ou de son histoire de fantasy tout à fait attirante. 

Débordant de confiance, j'ai commencé ma lecture, mais j'ai rapidement déchanté, jusqu'à ne plus avoir envie de terminer le roman. Pourquoi donc une telle déception, me demanderez-vous ?
Je me fais vraiment l'impression d'être une ingrate impossible à satisfaire. J'en suis navrée.

Twylla – l'héroïne donc – vit depuis quatre ans au palais royal de Lormere, sous l'autorité d'une Reine cruelle, et est fiancée au prince héritier. En effet, elle est la réincarnation humaine de la fille des dieux, et est donc supérieure au commun des mortels. Elle possède le pouvoir de résister à un poison mortel, l'aubemorte, et de tuer n'importe quel être humain en le touchant.

Deux réactions que j'ai eues en lisant ce résumé :
"Mais c'est comme dans Insaisissable de Tahereh Mafi !"
En toute sincérité, non. Ces deux histoires n'ont quasiment rien à voir, mis à part le fait que le toucher des deux héroïnes est mortel. 
"Mais si elle tue tous ceux qu'elle touche, elle fait comment avec son fiancé ?..."
Le roi, la reine et le prince sont les personnes les plus importantes du royaume, et par conséquent, tous trois sont protégés des dieux, et Twylla peut les toucher sans aucun problème.
Bien, maintenant que ces points sont mis au clair, nous pouvons continuer.

Dans les premiers chapitres, tout s'annonce bien, l'auteure développe et explique tout son univers de fantasy. Certes, le rythme est un peu lent, il ne se passe rien d'exceptionnel, mais rien de trop déplorable. Twylla nous raconte son passé, on comprend mieux son rôle et le fonctionnement du royaume, sa religion, le personnage de la Reine, tout est très intéressant. Je pense en particulier au personnage de la Mangeuse de Péchés, qui purifie une âme de ses péchés après sa mort, lors d'un rituel que j'ai trouvé passionnant et très bien trouvé !

Mais malheureusement, à la moitié du roman environ, quelque chose fait son apparition, de manière très intempestive. J'ai nommé le triangle amoureux. 
*frissons dans la salle*
Hélas oui, assez rapidement, Twylla doit choisir entre le prince, Merek, attentionné et charmant, et son garde, Lief, rebelle et passionné.
Mais attendez, cela n'aurait-il pas un petit air de déjà-vu ? Non ? Le choix entre un prince et un garde, dans un palais royal ? La Sélection ?
Sans commentaire.

Le triangle amoureux aurait pu être bien exploité – quoique je ne connaisse pas beaucoup d'exemples de triangles amoureux bien exploités
Mais ce n'est pas le cas de ce triangle amoureux bien trop cheesy, qui sombre dans le cliché et l'ennui. La romance est bien trop rapide pour être crédible, et on a du mal à croire que Twylla, qui se montre toujours froide et distante, puisse tomber aussi follement amoureuse en aussi peu de temps. 
Le choix de Twylla et la double romance deviennent très vite les principaux enjeux du roman, ce que j'ai trouvé vraiment dommage, car tout les aspects politique et religieux passent à la trappe...
Je pourrais m'éterniser sur cette romance tout sauf convaincante, mais je vais vous épargner.

L'héroïne est plutôt antipathique, et extrêmement lunatique – elle peut passer d'un état de bonheur infini à celui de désespoir intense en l'espace de quelques pages. Si Lief m'a portée sur les nerfs, Merek m'a intéressée, et je pense que son personnage était un des meilleurs éléments de ce livre. La reine est assez caricaturale, mais son personnage est efficace, tout comme celui du roi. 
En général, tous ces protagonistes ont du potentiel, et que l'auteure arrive plutôt bien à les cerner, même si certains pourraient être encore plus creusés.

Tout cela est vraiment dommage, car cette histoire avait du potentiel ! L'auteure écrit bien, elle sait où elle veut aller, et essaye de rendre son roman dynamique. Les rebondissements sont nombreux, voire un peu trop, et le rythme s'accélère progressivement, jusqu'à la fin, qui était très surprenante, et qui permettait à L'Héritière de se terminer sur une "bonne" note. En revanche, l'épilogue ne m'a pas convaincue...

En bref, je suis très mitigée par rapport à ce roman. Beaucoup de points m'ont déçue, et j'ai été très exaspérée par l'héroïne et le triangle amoureux. Je pense cependant lire la suite, pour laisser une chance à cette histoire pleine de potentiel !
Note attribuée : 5/10

mardi 16 juin 2015

Phobos de Victor Dixen – Chronique n°101

"Vous avez entre 17 et 20 ans ?
Vous voulez participer à la genèse d'un nouveau monde ?
Envoyez votre candidature dès aujourd'hui, 
et écrivez la plus belle histoire d'amour de tous les temps : la vôtre !"

Titre : Phobos, tome 1 – Les Éphémères
Auteur : Victor Dixen 
Genre : Science-Fiction
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Nombre de pages : 432
Résumé :
Six prétendantes. 
Six prétendants.
Six minutes pour se rencontrer.
L'éternité pour s'aimer.

Ils veulent marquer l'Histoire avec un grand H.
Ils veulent trouver l'Amour avec un grand A.

Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d'un vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l'œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l'émission de speed-dating la plus folle de l'Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l'une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour un aller sans retour...

Mais si le rêve vire au cauchemar, il est trop tard pour regretter.

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J'ai acheté Phobos parce que j'avais déjà adoré Animale du même auteur, dans un style totalement différent, et parce qu'un roman R est souvent synonyme d'excellente lecture. Sans savoir exactement de quoi il en retournait, j'ai commencé à lire quelques pages... puis quelques chapitres... et j'étais toujours dedans à une heure du matin, alors que mes yeux se fermaient tous seuls. À peine réveillée, j'ai dévoré la cinquantaine de pages restante. Puis j'ai fermé mon livre, et j'ai cherché quelque chose à faire de ma vie en attendant Novembre 2015, date à laquelle le tome 2 devrait sortir.
Si quelqu'un a des suggestions...

Genesis est la plus grande émission de télé-réalité jamais créée, puisque suivie par des milliards de téléspectateurs dans le monde entier. Son concept : lancer douze adolescents de 17 à 20 ans dans une fusée à destination de Mars, pour qu'ils y fondent la première colonie sur cette planète. Les filles et les garçons sont séparés jusqu'à l'atterrissage. En chemin, toutes les semaines, ils doivent assister à des speed-datings de six minutes, afin de rencontrer leur futur(e) mari ou femme parmi les autres prétendants.
Le monde entier se passionne pour l'épopée de ces jeunes gens, dont la renommée ne cesse de croître.
Léonor, dix-huit ans, est l'une des sélectionnées. Elle cherche avant tout à échapper à sa vie morne et tragique, mais pas vraiment à trouver l'amour. Elle s'embarque sans trop savoir à quoi s'attendre, pour le meilleur et pour le pire...

J'ai immédiatement accroché à l'histoire, dont je ne savais en réalité pas grand-chose. J'ai été fascinée par cette idée, ce concept de voyage spatial mêlé à de la télé-réalité, et la manière dont l'histoire est présentée. On alterne entre des passages en "champ", du point de vue de Léonor, en "contre-champ", de l'œil des directeurs et producteurs de l'émission, et "hors-champ", du point de vue d'autres personnages. Ce changement de décor régulier permet de ne jamais laisser l'histoire s'enliser, et donne du dynamisme au roman. 
Je ne suis pas forcément pour l'adaptation systématique des livres au cinéma, mais je dois avouer que Phobos pourrait vraiment faire un film intéressant, avec de beaux décors et de bons acteurs...

Les personnages sont tous bien creusés, avec des personnalités définies et hautes en couleur. On s'attache fortement à un grand nombre d'entre eux, notamment aux six filles à bord du Cupido, qu'on découvre bien plus en profondeur.
Les autres personnages restés sur Terre ne laissent pas indifférent non plus, mais pas pour les mêmes raisons... Préservons le mystère nimbant ces romans, et précisons simplement que certains provoqueront en vous des montées aiguës et inoubliables de haine, d'autres de la pitié, d'autres encore de l'espoir...

Il est absolument impossible de s'ennuyer, et encore plus de reposer le roman. L'écriture toujours fluide et dynamique nous pousse à continuer, le rythme est effréné et le suspense monte immédiatement. Phobos est vraiment remarquable de ce côté-là : on a rarement été confronté à un texte aussi addictif... Personnellement, la petite rengaine "encore un chapitre" ne m'a pas lâchée de la soirée !

S'il y a un seul minuscule reproche que je pourrais faire, ce serait à propos de la romance – ou plutôt des romances au sein du Cupido, le vaisseau des 12 adolescents. 
À partir de la moitié du livre, un léger triangle amoureux se met en place, ce qui est loin d'être ma tasse de thé, mais qui ne prend heureusement pas trop de place dans l'histoire. En général, les relations amoureuses entre tous les passagers du Cupido sont très vite brossées, assez évidentes pour quelques-unes, et on n'assiste pas à énormément de speed-datings. Bon, après, si l'auteur avait décrit minutieusement la moindre petite conversation de chaque couple, le roman aurait pesé trois kilos, certes. Et les romances sont loin d'être le sujet principal de ce roman, je vous l'accorde. Mais quand même... On sent la midinette en moi.
Enfin, n'ayez crainte, ces petits couples restent adorables et ont réussi à toucher mon petit cœur de fleur bleue.

Je vais terminer sur le point que j'ai préféré : Léonor. C'est une héroïne comme je les aime, humaine, imparfaite, vivant avec des blessures que l'on découvre petit à petit et des défauts qui ne nous empêchent pas de l'aimer. Elle se remet en question, évolue, et parfois, elle pète complètement les plombs. 
Et surtout, elle a un physique avantageux, et elle ne le nie pas. Parce que j'en ai vraiment assez des héroïnes qui vous expliquent qu'elles sont grandes, élancées, avec de longs cheveux soyeux et des yeux vert émeraude, puis qu'elles ne se trouvent pas physiquement attirantes.

À ce propos, je trouve la couverture fort à mon goût. Pas vous ?

Phobos réunit à mes yeux tous les ingrédients qui font un excellent roman de science-fiction, à savoir une intrigue bien ficelée, un univers attractif, des personnages vivants et attachants, une addictivité certaine et un suspense permanent. Un thriller unique qui m'a bluffée, et que je ne peux que vous recommander !
Oui, quand j'aime un livre, je ne suis pas dans la demi-mesure.

Je vais probablement décéder d'impatience en attendant la suite, mais peu importe.

Note attribuée : 10/10 : un coup de cœur, évidemment ! À ne manquer sous aucun prétexte...

samedi 13 juin 2015

Cœur de Brindille d'Yves-Marie Robin — Chronique n°100

Titre : Cœur de Brindille
Auteur : Yves-Marie Robin
Éditions : Sarbacane (collection Exprim')
Genre : Jeunesse
Nombre de pages : 188
Résumé : « Été 1975, Cité des Biscottes, dans le Nord de la France. Lolita dite Brindille, une adolescente de 15 ans, vit seule avec sa mère, alcoolique notoire. En vraie « fleur de béton », Brindille ne rêve que de partir – d’abord et avant tout, pour revoir son frère aîné Angelo, incarcéré à Marseille. C’est à l’occasion d’une rencontre foudroyante avec un jeune jongleur travaillant dans un cirque tzigane qu’elle concrétise ce désir… au grand désarroi de son professeur de lycée, très attaché à cette élève atypique qui va se lancer à sa poursuite. Mais Lolita laisse peu de traces ; lancée sur les routes avec le cirque, elle apprend le métier, change d’identité, s’adapte aux péripéties en suivant son instinct, toujours. En cargo, à pied ou sur la selle d’un scooter, elle ira jusqu’au bout de son aventure... par le chemin où naissent les légendes ! »

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Un grand merci à Charlène et aux éditions Sarbacane pour leur confiance !

Je n'ai jamais été déçue par un roman de la collection Exprim', et c'est donc très confiante que j'ai commencé Cœur de Brindille. Si ce roman n'est pas ma parution préférée de ces éditions, il reste une jolie lecture ! 

L'histoire se déroule dans les années 1970, dans une cité du Nord de la France. Lolita, dont le frère aîné est emprisonné à Marseille et dont les parents sont tout sauf un exemple de responsabilité, décide de s'enfuir avec la troupe d'un cirque tzigane, espérant vivre une vraie aventure et rendre visite à son frère. Seulement, Lolita a 15 ans, et les services sociaux ainsi que son professeur principal vont rapidement se lancer à la poursuite...

Les personnages sont très vite brossés et parfois à la limite du cliché, mais ils restent plutôt attachants, notamment Angelo, le frère de Lolita, incarcéré dans le Sud de la France, qui aimerait être aux côtés de sa sœur pour la soutenir et la protéger, mais qui est trop éloigné d'elle pour avoir une quelconque incidence dans sa vie.
Lolita, malgré sa versatilité, disons, est une jeune fille pour laquelle on se fait du souci
J'ai été agréablement surprise, car avec la narration à la troisième personne et plusieurs narrateurs, il arrive que l'on se sente extérieur à l'intrigue ou que l'on ne se sente pas proche des personnages. Ce n'était heureusement pas le cas ici !

Ce livre a un rythme extrêmement intense, les points de vue changent à chaque chapitre, tout comme les lieux dans lesquels les personnages évoluent... Tout cela confère à ce roman un dynamisme certain, et permet au lecteur d'accrocher très vite. La correspondance entre Lolita et Angelo était également très agréable à suivre, cela permettait de petites pauses dans cette histoire fulgurante !

La romance reste très... rapide. On a droit à la scène de la rencontre, et dix pages plus loin, au duo d'amour qui se jure une fidélité éternelle et qui murmure des phrases romantiques. Je crois au coup de foudre. Mais quand même.

L'époque des années 70 et l'univers du cirque choisi par l'auteur sont tous deux très intéressants, et donnent sa particularité à Cœur de Brindille. L'histoire prend place il y a 40 ans, mais certains sujets restent très actuels, et cela laisse à réfléchir.

L'écriture est très particulière, très familière, et elle m'a plutôt plu, même si...
Attention, alerte maniaquerie.
L'auteur utilise très souvent des "?!", "!!!" et autres "??". Je ne suis pas contre la ponctuation expressive. Mais après un certain nombre de points d'exclamation trop rapprochés, je commence à tiquer. 
J'essaye de me soigner, encore et toujours.

D'un autre côté, j'ai trouvé que certains problèmes se résolvaient d'un coup de baguette magique – deus ex machina, comme on dit entre latinistes. Y a-t-il des latinistes ici ? Pitié, je me sens seule –, notamment à la fin... De manière générale, les dernières pages sont bien trop rapides, et de nombreuses questions restent en suspens. J'aurais aimé que ce roman soit un peu plus long, parce qu'au final, on le lit en une ou deux heures à peine, et on en aimerait bien un peu plus !

Malgré quelques défauts, Cœur de Brindille est un livre facile à lire, mais loin d'être dénué de sens. Un roman très poétique qui plaira à beaucoup...
Note attribuée : 7/10



dimanche 7 juin 2015

Conversion de Katherine Howe — Chronique n°99

Titre : Conversion 
Auteure : Katherine Howe
Éditions : Albin Michel
Genre : Paranormal | Sorcellerie
Nombre de pages : 472
Résumé : Qu'arrive-t-il aux élèves du prestigieux lycée St-Joan ? Une adolescente est prise de convulsions puis d'autres présentent à sa suite d'étranges symptômes : perte de cheveux, paralysie, quintes de toux... La presse s'empare de l'affaire, la rumeur enfle jusqu'à la panique. Seule Colleen remarque un détail qui a échappé à tous : St-Joan se trouve à l'emplacement du village de Salem où trois siècles plus tôt, des jeunes filles ont été touchées par des troubles similaires... Les époques se croisent, les drames se nouent : stress, simulation ou sorcellerie ?

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Je déteste ne pas aimer un livre.
Ce qui prouve que je ne suis pas masochiste.
Mais je déteste encore plus devoir écrire la chronique d'un livre que je n'ai pas aimé. Parce que je sais que l'auteur du livre en question a fait de son mieux et cherche au fond à faire plaisir à son lecteur.
Enfin, j'espère.

Bref, allons-y pour la chronique-catastrophe de Conversion de Katherine Howe. 

J'ai acheté ce livre en pensant trouver une histoire de sorcellerie, une ambiance terriblement oppressante et un suspense à couper le souffle. Je n'ai pratiquement rien eu de tout cela. J'ai mis très longtemps à achever ma lecture, ayant toujours l'impression de me forcer. L'histoire m'a suprêmement ennuyée, et je ressens un sentiment... d'incompréhension. 
Les chroniques étaient globalement bonnes, beaucoup de personnes ont adoré ce livre, et je comprends leur point de vue. Tout n'est pas mauvais dans Conversion, loin de là. Je pense simplement que j'en attendais trop.

Il y a deux narratrices, qui se partagent la parole plus ou moins équitablement. La première, Ann, vit à Salem, à l'époque de l'affaire des "sorcières de Salem" justement, et confesse ses péchés au révérend Green, des années après les faits. La seconde, Colleen, vit à notre époque, est une excellente élève du lycée St-Joan, et espère un jour rentrer à Harvard.
Les parties d'Ann étaient toujours moins attirantes, plus complexes, avec trop de personnages qui avaient le même nom, et j'ai eu énormément de mal à tout comprendre. À chaque fois que je voyais que l'on changeait de narration, je poussais un soupir de déception, et c'est vraiment dommage !
Quant à Colleen, elle est plutôt sympathique, mais assez... fade. Rien d'exceptionnel dans sa personnalité, en fait.

Que se passe-t-il dans la vie de Colleen, me demanderez-vous.
Un beau matin, plusieurs filles du lycée de Colleen commencèrent à avoir des convulsions, à s'évanouir, à perdre l'usage de leurs jambes... Les journalistes affluent rapidement au lycée tandis que le nombre de victimes ne fait qu'augmenter, et que le mystère s'épaissit...
J'ai déjà été très déçue, par le manque de rythme et de saveur de l'histoire. On nous vend de la sorcellerie, du mystère, et il n'y a en toute sincérité aucun suspense. La narratrice ne fait que vivre sa vie, nous raconter à quel point elle est nerveuse de ne pas être prise à Harvard, et à quel point un certain garçon est charmant – soit dit en passant, la romance n'a pas vraiment d'intérêt. On sait déjà comment tout va se terminer avant même de lire le prénom du garçon, qui, bien que sympathique, n'apparaît qu'à trois reprises dans le roman ! Pourquoi faire apparaître cet aspect s'il est aussi peu développé ?

Je pensais trouver une héroïne rebelle qui mène l'enquête, j'ai observé une jeune fille docile qui gobe les hypothèses fumeuses des médias.
Je pensais trouver un rythme absolument trépidant, des passages angoissants, des doutes en permanence. Je pensais trouver de la sorcellerie, du fantastique, une ambiance incroyablement oppressante, toute une mythologie, mais j'ai assisté les pérégrinations d'une adolescente sage et brillante du Massachusetts. 
Je pensais trouver un lien mystérieux entre les deux narratrices, mais ce lien ne consistait qu'en une recherche de l'une sur l'autre dans le cadre de ses cours. 
Je pensais trouver une histoire originale, j'ai réalisé que l'auteure avait repris un fait divers survenu en 2012 et qu'elle n'avait pour ainsi dire pas changé grand-chose. 

C'est encore une fois dommage, car cette histoire avait du potentiel. Le procès des sorcières de Salem est un événement fascinant, que l'auteure a fait l'effort de retranscrire avec une grande précision historique. L'écriture est soignée, et c'est bien ce qui m'a permis de m'accrocher à ma lecture. Katherine Howe a de vrais messages à faire passer, qu'elle explique dans une note finale. On sent une vraie bonne volonté de l'auteure, et c'est sans doute pour cela que je suis si frustrée. Enfin, l'idée de deux narrations qui se complètent est encore très bonne, mais il me manquait quelque chose. 

Le meilleur moment du livre, une phrase tout simplement excellente, est la dernière phrase du dernier chapitre de Colleen. Un clin d'œil génial, qui remet en question toute l'histoire. Voilà un exemple de ce qu'il fallait faire ! L'auteure écrit bien, elle a de bonnes idées mais cela ne se voit que dans une seule petite phrase, tellement bien trouvée que je suis restée dessus cinq minutes ! 
Conversion est donc loin d'être un échec, au contraire, de très nombreux lecteurs l'ont adoré, et je me sens un peu comme une exception. Une lecture en demi-teinte pour moi, qui n'ai pas accroché, et qui suis vraiment déçue.

Alors voilà, je suis déçue, je m'attendais à autre chose. Je suis probablement une marginale qui est passée complètement à côté de l'histoire, et si vous avez aimé de votre côté, sachez que je trouve cela formidable et que je vous envie. 

Note attribuée : 3/10 : je suis très mitigée, et absolument navrée de cette note. Une intrigue qui tourne en rond, des héroïnes qui ne m'ont pas plu, des aspects que je n'ai pas compris... Dommage...