La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 29 juin 2016

Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet — Chronique n°217

"— Vous savez à quoi elle me fait penser cette guerre ? A un abattoir. Quoi que vous fassiez, vous êtes condamnés. La différence, a-t-elle ajouté, c'est qu'aux bêtes au moins on ne ment pas. On leur fait pas croire qu'elles vont gagner une médaille avant de les égorger."

Titre : Là où tombent les anges
Auteure : Charlotte Bousquet
Genre : Historique
Éditions : Gulf Stream (collection Électrogène)
Lu en : français
Nombre de pages : 392
Résumé : Solange, dix-sept ans, court les bals parisiens en compagnie de Clémence et Lili. Naïve, la tête pleine de rêve, elle se laisse séduire par Robert Maximilien et accepte de l’épouser. Mais son prince est un tyran jaloux, qui ne la sort que pour l’exhiber lors de dîners mondains. Coincée entre Robert et Emma, sa vieille tante aigrie, Solange étouffe à petit feu. Heureusement Lili la délurée et la douce Clémence sont là pour la soutenir. Quand la première guerre mondiale éclate, Robert est envoyé sur le front. C’est l’occasion pour Solange de s’affranchir de la domination de son mari et de commencer enfin à vivre, dans une ville où les femmes s’organisent peu à peu sans les hommes…

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Ce roman me faisait de l'œil depuis quelque temps déjà, ayant suscité de nombreux avis enthousiastes, et s'intéressant à une période historique particulièrement intéressante, la Première Guerre mondiale, décrite ici du point de vue des femmes séparées de leurs maris, pères, frères, partis au front...

On accroche très facilement à ce livre, qui nous propose de suivre un certain nombre de personnages de façon chronologique, pendant plusieurs années. Une véritable attente se crée bientôt, et il est difficile de s'arracher à cette histoire ! L'auteure fait naviguer avec talent son lecteur dans une période troublée, mêlant une narration très fluide à des courriers touchants échangés par les personnages principaux. Les chapitres courts se dévorent, les années filent sans que l'on s'en rende compte...
La plume de Charlotte Bousquet est très agréable à suivre, employant un vocabulaire recherché mais tout à fait abordable, et s'adapte parfaitement à la période qu'elle a choisi de décrire. 

Mes plus grandes attentes concernaient le contexte historique, et je suis ravie d'affirmer qu'elles ont été largement comblées ! On perçoit un grand travail de recherche de la part de l'auteure, et il est impossible de ressortir de ce livre sans en avoir beaucoup appris sur la Première Guerre mondiale en général, et surtout sur ce cadre particulier du Paris déserté par toute une génération d'hommes, grâce à une multitude d'anecdotes diverses et variées, ou à l'apparition de personnages ayant réellement existé.

Là où tombent les anges est une lecture riche et sensible, proposant toute une galerie de protagonistes féminins forts et travaillés. On s'attache avec autant de facilité à Lili, chanteuse de cabaret délicieusement rêveuse et fantasque, qu'à Solange, mariée à un véritable tyran et porteuse de trop nombreux espoirs déçus, ou qu'à Clémence, jeune femme courageuse qui ne se départit  jamais de son optimisme. Ces portraits de femmes sont pour le moins marquants, et évoluent profondément tout au long du roman pour le plus grand intérêt du lecteur !
Une lecture enrichissante et émouvante retraçant des destins touchants, un roman qui apporte un éclairage assez rare sur la condition des femmes à cette époque, qui ne pouvaient se définir que par rapport à un homme, et ont trouvé avec la Première Guerre mondiale l'occasion de s'affirmer enfin. Une belle réussite, à découvrir ne serait-ce que pour son beau message féministe !

Note attribuée : 8,5/10

mardi 28 juin 2016

Rebecca de Daphné du Maurier — Chronique n°216

"Nous avons tous en nous un démon qui nous harcèle et nous tourmente, et il faut finir par lui livrer combat."

Titre : Rebecca
Auteure : Daphné du Maurier
Genre : Thriller | Classique
Éditions : Le Livre de Poche
Lu en : français
Nombre de pages : 632
Résumé : Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman - popularisé par le film d'Hitchcock, tourné en 1940, avec Laurence Olivier et Joan Fontaine - dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude. Du grand art que l'écriture de Daphné du Maurier, qui signe là un véritable chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle, mi-roman policier, mi-drame psychologique familial bourgeois.

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Rebecca est très certainement l'un de mes romans préférés. Bien qu'âgé de presque quatre-vingts ans, il est si intense, si riche et si prenant qu'il ne parvient tout simplement pas à vieillir. Il trouvera forcément sa résonance en chacun d'entre vous, vous fera passer par une multitude d'émotions, et vous fera sacrifier des heures de sommeil.

Rebecca décrit le parcours d'une jeune femme naïve et innocente dont on ignore le prénom, fraîchement mariée à Maximilien de Winter, qui découvre le somptueux domaine de ce dernier, Manderley... Mais qui s'aperçoit bientôt de la place étouffante qu'occupe encore le spectre de la première femme de son époux, Rebecca, morte noyée à peine un an plus tôt. Au fil des jours, des semaines, cette présence irrationnelle se fait obsédante et insupportable... Jusqu'à quel point ?
Cette intrigue peut paraître un peu plate, commune, pour constituer une œuvre réellement spectaculaire, et pourtant elle se révèle d'une richesse rare. Doublée d'une atmosphère oppressante travaillée à la perfection et nourrie par le talent de Daphné du Maurier pour la suggestion et la description, elle donne naissance à un roman unique en son genre, dans lequel tout est subtil, sous-entendu et réfléchi.

On se sent aussi démuni et ignorant que la narratrice, on enchaîne compulsivement les chapitres – je confesse humblement qu'il m'est arrivé de lire certains passages debout. Je n'avais même pas la patience de prendre le temps de m'installer –, on frémit d'horreur, on est charmé par la plume limpide de Daphné du Maurier et par les descriptions somptueuses qu'elle fait de Manderley. Les couleurs, les odeurs, les sensations sont visibles ou palpables, et le domaine devient personnage principal du roman, hôte du fantôme de Rebecca... une véritable expérience sensorielle !

Il doit s'agit de ma troisième lecture de ce roman, et chaque découverte s'avère plus riche que la précédente : je suis frappée par des aspects différents, j'envisage certaines scènes de manière nouvelle... Impossible de me lasser de ce mélange parfaitement équilibré et toujours élégant de thriller, d'horreur et de mystère !
On se replonge dans Rebecca avec une facilité inouïe, on s'imprègne de son intrigue et de l'atmosphère de Manderley à chaque fois un peu plus profondément, on vibre toujours autant, ressentant la tension croissante, et redoutant le final spectaculaire.

Un dernier mot enfin à propos de la nouvelle traduction en français, que j'ai trouvée très réussie, plus fluide et abordable que la version précédente un peu datée. Vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas vous lancer !

En bref, un livre exceptionnel qu'il faut – et j'insiste sur ce point – découvrir à tout prix, à condition toutefois de sacrifier toute vie sociale durant toute la durée de votre lecture. Les personnages vous fascineront, l'intrigue vous fera frissonner... Un classique qui aurait pu être écrit aujourd'hui ! 

Note attribuée : 10/10 : allez, petit lecteur, va mettre ce roman dans ta valise. Tu me remercieras plus tard.

jeudi 23 juin 2016

Ma Raison de Vivre de Rebecca Donovan — Chronique n°215

Titre : Ma Raison de Vivre
Auteure : Rebecca Donovan
Genre : Contemporain
Éditions : PKJ
Lu en : français
Nombre de pages : 535
Résumé : "— Et si je ne veux pas être ami avec toi?
— Alors nous ne serons pas amis.
— Et si j'ai envie d'être plus qu'un ami?
— Alors nous ne serons rien du tout."

Emma a tout fait pour empêcher Evan d'entrer dans sa vie. Non pas parce qu'il la laisse indifférente, bien au contraire, mais parce que personne ne doit savoir. Savoir qui elle est vraiment, quelle est son histoire et, surtout, ce qui l'attend tous les soirs, quand elle rentre chez elle...
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Ce roman fait parler de lui depuis de longs mois déjà, et il était vraiment temps que je me lance dans cette trilogie, dont le dernier tome vient d'ailleurs de paraître. Ma Raison de Vivre me faisait peur et envie en même temps – ma vie est un paradoxe, je sais –, et il s'est avéré être un ouvrage au fort potentiel, bien que pas forcément exploité de façon optimale, globalement agréable à découvrir.

La principale qualité de ce livre reste sa fluidité, la facilité que l'on éprouve à se plonger dans ses pages. Les chapitres sont courts, efficaces, la narration est simple mais sonne juste, et une certaine tension se met en place assez rapidement. Le secret qui plane autour de l'entourage d'Emma est obsédant, et permet de maintenir un intérêt constant chez le lecteur. 

Sans rien vous dévoiler à propos de l'intrigue, ce livre se démarque par le choix de sa thématique, un sujet extrêmement difficile mais dont il est essentiel de parler. On ressent la violence de la situation, on comprend l'angoisse de l'héroïne, mais on ne parvient pas à transcender son rôle de spectateur pour vivre réellement la situation d'Emma. Je me suis malheureusement sentie extérieure à l'intrigue, intéressée certes, mais étrangère. Il manque une touche de frisson, de réalisme peut-être...

J'ai été gênée en effet par les facilités et autres stéréotypes qui émaillent l'intrigue et lui font quelque peu perdre de sa saveur, de son unicité. De petits détours scénaristiques sont régulièrement empruntés, certains aspects manquent clairement de crédibilité – hop, une meilleure amie richissime, en veux-tu en voilà, un garçon qui te voue un culte même si tu le jettes comme un mouchoir usagé, sers-toi... 

L'auteure choisit par ailleurs de se focaliser sur la romance, un thème important, que l'on devine dès le résumé, mais qui n'était peut-être pas la dimension la plus novatrice et enthousiasmante du roman. Soyons honnêtes, tout reste très, très prévisible – je reconnais qu'il est de plus en plus difficile de surprendre en matière de romance, mais ici, la surprise occupait sincèrement une place moindre. 

En bref, un roman au thème dur, assez justement traité, avec une atmosphère travaillée entre pudeur et souffrance, mais qui aurait mérité d'être plus équilibré, de voir certains aspects approfondis. On peut regretter que l'auteure ait choisi de privilégier les turpitudes amoureuses de son héroïne plutôt que son profil psychologique et celui de son entourage, que certaines ficelles soient un peu trop apparentes... Ma Raison de Vivre demeure cependant un roman prenant, qui ne manquera pas de toucher un certain nombre d'entre vous, et dont on a indéniablement et terriblement envie de connaître la suite. 

Note attribuée : 6,5/10

mercredi 22 juin 2016

La Théorie du Grand Tout de J. J. Johnson — Chronique n°214

"C'est comme si je vivais dans un immense kaléidoscope : une force invisible fait tourner le monde, le sol vacille sous mes pieds et les milliers de morceaux éparpillés de mes journées se bousculent pour former sans cesse de nouvelles images, triangulaires et vitreuses..."

Titre : La Théorie du Grand Tout
Auteure : J. J. Johnson
Genre : Contemporain
Éditions : Alice (collection Tertio)
Lu en : français
Nombre de pages : 464
Résumé : Jamie est morte par accident à 15 ans. Et Sarah se sent responsable car l'accident est dû à une distraction de sa part. Jamie, c'était sa meilleur amie. Son âme soeur. Comment vivre après un tel drame ? En se repliant sur soi ? En fuyant ses anciens amis ? En évitant de penser ? Ou en essayant d'apprivoiser sa tristesse ? Sarah découvre progressivement que ce deuil l'a profondément changée et qu'il ne sert à rien d'essayer d'étouffer sa nouvelle personnalité.

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Un grand merci aux éditions Alice pour cet envoi !

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Un roman sur le deuil, c'est à la fois intriguant et risqué. Ce thème est si riche qu'il peut en sortir de véritables chefs-d'œuvre, mais également si délicat et sensible que les risques de verser dans le mélodrame ou les stéréotypes sont particulièrement importants.
Voilà pourquoi La Théorie du Grand Tout a attiré mon attention : il me fallait savoir si l'auteure avait réussi son pari... Et il s'avère je suis plutôt satisfaite de ma découverte, dont j'ai apprécié l'héroïne humaine et réaliste, même si tout n'est bien sûr pas parfait.

La Théorie du Grand Tout décrit Sarah, quinze ans, qui vient de perdre sa meilleure amie de toujours, Jamie, dans des circonstances si tragiques qu'elle se refuse à les dévoiler à ses lecteurs. Sarah tente tant bien que mal de se remettre de cette perte violente, surtout mal, en fait. Sa principale arme de survie devient bientôt le repli sur elle-même, accompagné d'une aptitude au sarcasme assez inouïe. Mais fuir tout ce qui la rattache à sa vie d'avant, négliger ses relations avec ses proches, est-ce vraiment le bon moyen de se remettre de cette tragédie ?

La réponse est non.
Merci, Captain Obvious.

L'auteure parvient à créer une histoire dans laquelle on ne peut s'empêcher de rentrer, principalement mu par l'envie de savoir ce qu'il est arrivé de si épouvantable à Jamie...
Oui, j'utilise le participe passé du verbe "mouvoir". C'est mon choix.

Le tout manque sans doute d'un peu de piquant, d'imprévu, certains chapitres se font écho, la narration peut s'essouffler de temps à autre... Je dois avouer que dans la première partie notamment, j'ai eu du mal à maintenir un intérêt constant pour le sort de l'héroïne. Cependant, une fois un certain cap dépassé, il devient de plus en plus difficile de s'extirper de cette histoire, et l'intérêt du lecteur pour le sort de Sarah, son empathie à l'égard de cette adolescence blessée ne font que croître. Il s'agit d'un roman vivant, avec des tonalités différentes suivant les parties, et une véritable dimension ludique grâce aux nombreux schémas, graphiques et autres dessins qui émaillent le récit.

On sent le travail fourni sur le personnage de Sarah, qui fait la richesse de cette histoire. Elle se révèle au fur et à mesure de l'intrigue dans toute sa complexité, entre souffrance et espérance, sans échouer dans un cliché d'ado rebelle, de dépressive en colère ou que sais-je.  L'auteure a réellement cherché à créer un personnage humain, réaliste, imparfait, et c'est une démarche que l'on ne peut qu'approuver... Les personnages secondaires pâtissent peut-être légèrement de ce choix, méritant parfois plus d'importance et de profondeur psychologique.
Globalement, les choix de l'auteure sont satisfaisants, un peu prévisibles certes, mais elle transmet un beau message à son lectorat, celui qu'il fallait mettre en avant. On termine La Théorie du Grand Tout avec une bouffée d'espoir, et la sensation d'avoir été témoin d'une histoire peut-être pas révolutionnaire, mais indéniablement instructive et attendrissante.

En bref, un roman sensible et bien mené, qui ne manquera pas de trouver une résonance en vous, ni de vous faire sourire ou de vous serrer le cœur lorsque vous vous y attendrez le moins... Vous n'en conserverez pas forcément un souvenir impérissable, mais il s'agit tout de même d'une lecture loin d'être dénuée d'intérêt !

Note attribuée : 7/10

lundi 20 juin 2016

Aujourd'hui est un autre jour de David Levithan — Chronique n°213

Titre : Aujourd'hui est un autre jour
Auteur : David Levithan
Genre : Contemporain | Paranormal
Éditions : Gallimard Jeunesse
Lu en : français
Nombre de pages : 368
Résumé : Aujourd'hui est un jour comme les autres pour Rhiannon. Alors pourquoi Justin, son petit ami d'ordinaire distant et lunatique, semble-t-il la voir pour la première fois ? Ensemble, ils vont vivre une journée parfaite, dont le garçon n'aura aucun souvenir le lendemain. Mais tout s'explique lorsque Rhiannon fait la rencontre d'A, qui lui raconte se réveiller chaque matin dans un corps différent et être tombé amoureux d'elle en occupant celui de Justin. Mais peut-on s'attacher à un garçon qui est chaque jour un autre ?

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Si vous suivez le blog depuis quelque temps, vous savez que j'avais adoré le roman Every Day de David Levithan, A Comme Aujourd'hui en VF, dont je vous invite à aller voir ma chronique par ici ! J'avais été emballée par cette histoire totalement improbable mais qui sonnait terriblement juste, décrivant la vie d'A, un être qui se réveille chaque matin dans la peau d'une personne différente, et qui tombe bien malgré lui amoureux de la petite amie de l'un de ses hôtes, Rhiannon. La romance n'avait pas été le point qui m'enthousiasmait le plus, étonnamment, j'étais surtout émerveillée par la richesse du personnage principal, par sa narration, par la diversité des corps, des situations, des mentalités évoqués. Une belle histoire, qui se dévore et fait réfléchir.

À l'annonce de la parution de ce deuxième roman, Another Day ou Aujourd'hui est un autre jour selon les versions, j'ai pourtant eu du mal à savoir quoi penser. Cet opus relate exactement la même histoire qu'A Comme Aujourd'hui... Mais du point de vue de Rhiannon, la jeune fille dont A tombe amoureux. 

Or, le personnage de Rhiannon m'avait déplu dans A Comme Aujourd'hui.

En ce cas, pourquoi lire ce roman, qui est précisément du point de vue de ce personnage, me demanderez-vous à juste titre.

Parce que je suis masochiste

Parce que j'ai du temps à perdre

Aucune idée.

Disons que tout est légèrement confus dans mon esprit.
Disons Aujourd'hui est un autre jour est une bonne lecture, dans laquelle il est facile de se plonger, et qui m'a indéniablement distraite. Mais il n'atteint clairement pas le niveau de son prédécesseur, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, il ne s'agit pas d'une suite – c'est évidemment le postulat, ce roman est un changement de point de vue, mais... Le lecteur reste en manque de nouveauté, de scènes inconnues, d'anecdotes croustillantes. Les dialogues sont les mêmes à la virgule près, et les réflexions de Rhiannon, quoiqu'intéressantes à découvrir, ne parviennent pas à pallier une certaine sensation de répétition.

Ensuite, une seule question... Pourquoi ? À quoi sert ce roman ? On comprend bien qu'il s'agit d'enrichir l'histoire, de mettre en valeur la protagoniste féminine, mais ni l'un ni l'autre de ces objectifs ne sont entièrement remplis. On entrevoit le potentiel de cette démarche, mais l'auteur ne va pas au bout, n'innove pas. Et c'est terriblement difficile à accepter lorsque l'on sort d'un roman aussi bon qu'A Comme Aujourd'hui

Le dénouement enfin est assez déstabilisant, introduisant une nuance tout à fait inédite – je sais, pour une fois qu'un élément est inédit par rapport au premier roman, on pourrait s'attendre à ce que je me réjouisse, mais non. Râleuse jusqu'au bout, c'est un principe chez moi – qui remet en question tout ce que le lecteur avait pu construire dans son imagination à la fin du premier tome...  La première fin était ouverte, mature et pleine d'espoir, tandis que celle-ci donne surtout l'impression assez frustrante qu'il manque des pages... Insatisfaisant lorsque l'on sait qu'il n'y aura pas de suite. Pourquoi toucher à une conclusion qui se suffisait à elle-même pour créer ce faux suspense décevant ?

On peut cependant apprécier l'éclairage nouveau porté sur le personnage de Rhiannon, dont les dilemmes et autres turpitudes deviennent plus clairs, et contribuent à la rendre plus sympathique – même si, qu'on se le dise, elle manque de piquant. Elle se pose ainsi de nombreuses questions qui n'effleuraient même pas A, comme la nature de cet être, sa capacité à l'aimer en tant que fille ou garçon, en tant que personne attirante ou repoussante... Cet aspect enrichissant aurait gagné à être encore plus développé ! 
Les qualités d'auteur de David Levithan sont toujours bien présentes, son écriture entraînante, sa capacité à faire réfléchir son lectorat. Et c'est sans doute cela qui est le plus rageant : tout est réuni pour faire une belle histoire... Mais il manque l'innovation. Ce roman serait très bon s'il était le seul tome de ce dyptique. 
L'histoire est géniale, c'est vrai ! Simplement... on la connaît déjà.

En bref, une démarche originale qui vaut la peine d'être saluée, mais un roman qui ne parvient pas à égaler son prédécesseur, à cause de sa narration moins piquante et trop répétitive par rapport à celle d'A. Néanmoins, une histoire qui reste plaisante, et qui permet de revivre des scènes mémorables, d'apprécier le message de tolérance et d'acceptation de la diversité délivré avec talent par l'auteur... et de retrouver le merveilleux personnage d'A, qui constituerait un mari assez idéal si seulement il avait une enveloppe corporelle définie.

Note attribuée : 6/10

samedi 18 juin 2016

The Wrath and the Dawn de Renée Ahdieh — Chronique n°212

“This dangerous girl. This captivating beauty.

This destroyer of worlds and creator of wonder.”


Titre : The Wrath and the Dawn
Auteure : Renée Ahdieh
Genre : Réécriture
Éditions : Putnam
Lu en : anglais
Nombre de pages : 396
Résumé : In a land ruled by a murderous boy-king, each dawn brings heartache to a new family. Khalid, the eighteen-year-old Caliph of Khorasan, is a monster. Each night he takes a new bride only to have a silk cord wrapped around her throat come morning. When sixteen-year-old Shahrzad's dearest friend falls victim to Khalid, Shahrzad vows vengeance and volunteers to be his next bride. Shahrzad is determined not only to stay alive, but to end the caliph's reign of terror once and for all.


Night after night, Shahrzad beguiles Khalid, weaving stories that enchant, ensuring her survival, though she knows each dawn could be her last. But something she never expected begins to happen: Khalid is nothing like what she'd imagined him to be. This monster is a boy with a tormented heart. Incredibly, Shahrzad finds herself falling in love. How is this possible? It's an unforgivable betrayal. Still, Shahrzad has come to understand all is not as it seems in this palace of marble and stone. She resolves to uncover whatever secrets lurk and, despite her love, be ready to take Khalid's life as retribution for the many lives he's stolen. Can their love survive this world of stories and secrets?

Inspired by A Thousand and One NightsThe Wrath and the Dawn is a sumptuous and enthralling read from beginning to end. 


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Existe également en français

Titre : Captive
Éditions : Hachette
Résumé : Même consciente du terrible sort qui l’attend, Shéhérazade se porte volontaire pour épouser le jeune calife Khalid Ibn al-Rashid. Même si elle sait qu’elle est promise à la mort au lendemain de ses noces, elle est prête à tout pour venger son amie Shiva, l’une de ses récentes épousées. Pour cela, elle doit d’abord gagner du temps, en narrant des contes à rallonge au calife. Chaque jour est une menace de mort et la jeune fille échappe plusieurs fois à l’exécution. À l’extérieur, les proches de Shéhérazade préparent le sauvetage de la jeune fille. Shéhérazade n’oublie pas qu’elle doit mettre au point une stratégie pour tuer celui qui est désormais son époux. Mais c’est sans compter l’amour qu’elle se met peu à peu à éprouver pour Khalid…

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Je suis une grande amatrice des réécritures...

*Ses yeux s'égarent tandis qu'elle pense à son bac de français, qui portait justement sur les réécritures. Elle tressaille.*

Je suis une grande amatrice des réécritures de tous genres donc, et il ne faut généralement pas insister trop longtemps pour me persuader de craquer pour un nouvel ouvrage du genre. Dans ce cas précis, je lorgnais depuis longtemps sur cette reprise des Contes des Mille et Une Nuits, qui a remporté un certain succès dans la blogo à sa parution en VF cet hiver... et j'ai finalement eu l'occasion de la découvrir, et je suis conquise !

Dans ce récit à la troisième personne, l'auteure nous invite à suivre Shahrzad – Shéhérazade en français –, qui décide à la stupéfaction de sa famille de se livrer en tant qu'épouse au calife Khalid Ibn al-Rashid, alors que ce dernier élimine systématiquement ses épouses à l'aube même de leur nuit de noces – le joyeux personnage a ainsi tué une soixantaine de jeunes femmes ces trois derniers mois. Mais les proches de la jeune fille ignorent que cette dernière est loin de se laisser faire, et qu'elle compte bien venger toutes ces jeunes épouses, en particulier sa meilleure amie Shiva... 
Vous reconnaissez bien là les grandes lignes de l'histoire des Mille et Une Nuits... L'auteure se départit bien de sa mission de réécriture, réinvestissant les éléments majeurs du conte original, tout en apportant une touche d'originalité savoureuse et réellement intéressante, à travers une galerie de personnages secondaires convaincants, et de somptueuses descriptions de son décor.

À travers l'intrigue, le lecteur est ainsi immergé dans un univers fascinant et extrêmement bien décrit par l'auteure. Son imagination est nourrie d'une profusion de détails pittoresques, et surtout d'un travail remarquable sur les sens : on voit, entend, goûte, sent et touche, on éprouve les mêmes sensations que les personnages, on est frappé par la vivacité du décor. On ne s'attend pas à une telle plongée en ouvrant ce roman, on trouve peut-être même les quinze premières pages un peu obscures, mais bien rapidement, on se retrouve solidement ancré dans l'histoire, embarqué dans ce voyage en Orient.

La romance prédite entre Shahrzad et Khalid peut paraître rédhibitoire, peut-être même comme une sorte de syndrome de Stockholm superficiel et invraisemblable, mais elle s'avère parfaitement plausible et sonne juste tout au long du roman. Subtile, elle naît à travers des dialogues naturels et fluides, et ne devient jamais excessive et exagérée. Elle constitue le socle du roman, sans cependant empiéter sur d'autres aspects tout aussi intéressants, et ne  devient jamais lassante ou forcée. 
Pour tout vous dire, une romance avec des phrases du genre :

“My soul sees its equal in you.” 
(Mon âme voit son égale en toi)

qui ne me fait jamais lever les  yeux au ciel mais bien fondre, c'est fort rare. Alors foncez.

Tout n'est pas parfait, quelques longueurs peuvent venir se glisser dans l'histoire de temps à autre, le comportement de l'héroïne aurait pu être un peu plus en adéquation avec ses intentions de départ, mais The Wrath and the Dawn reste une excellente lecture, qui se dévore sans le moindre effort et fait passer un superbe moment de rêve et de voyage.

Une petite merveille qui charmera vos sens, vous volera votre sommeil et vous donnera envie de couiner – oui, parfaitement, couiner, c'est le terme – de plaisir tant ses personnages sont attachants, son héroïne forte et passionnée et son écriture envoûtante. Une belle lecture dans tous les sens du terme, à découvrir sans hésitation en ce début d'été... 

Pour échapper à la pluie.

Note attribuée : 9/10

mardi 14 juin 2016

Songe à la Douceur de Clémentine Beauvais — Chronique n°211

Titre : Songe à la Douceur
Auteure : Clémentine Beauvais
Genre : Contemporain
Éditions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Résumé : Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a quatorze ans, il en a dix-sept ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon.
Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ?
C’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc en vers, pour en garder la poésie.
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Un immense merci aux éditions Sarbacane pour cette découverte !

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Toi, là, lecteur. Viens, il faut que je te parle. As-tu envie de subir une révélation littéraire, de découvrir un roman comme tu n'en as jamais lu auparavant ? As-tu envie de sentir ton cœur se gonfler d'amour, de tristesse et d'espoir à la fois ? As-tu envie de découvrir ?

Si non, laisse-moi te dire que tu as un petit problème psychologique – bien que cela ne me regarde en aucune façon.
Si oui, mets de l'argent de côté pour te procurer Songe à la Douceur de Clémentine Beauvais, et sors un joli petit stylo pour écrire quelque part sa date de sortie, le 24 Août – date à laquelle tu vas naturellement prévoir un petit pèlerinage de nature librairien. Bien. Nous pouvons commencer.

Songe à la Douceur est un roman écrit en vers. 
Songe à la Douceur décrit l'histoire d'amour poignante qui unit Eugène et Tatiana, à l'adolescence puis à l'âge adulte, inspirée d'Eugène Onéguine de Pouchkine.
Songe à la Douceur est une bombe, une claque, peu importe comment vous voudrez l'appeler.
Et vous n'avez jamais rien lu de pareil.

J'ai eu la chance de pouvoir le découvrir en février dernier – merci, merci aux éditions Sarbacane ! –, et je l'ai relu depuis, avec autant d'enthousiasme et de plaisir... et déjà une sensibilité et des sensations différentes. Ce roman me poursuit donc depuis plusieurs mois déjà, et c'est avec une grande joie que je vais tâcher de vous donner envie de vous jeter dessus ! 


Pour les curieux, voici la vidéo dans laquelle nous autres blogueurs vous faisons partager notre ressenti !


J'ai refermé Songe à la Douceur dans un état d'hébétude, d'adulation et d'émotion profondes, bouleversée par ce roman qui ne ressemble à rien de ce que j’avais pu lire auparavant… Tout m’a plu : les personnages, leurs manières de penser, leurs dialogues, leurs dilemmes, l’histoire en elle-même, mais surtout l’écriture incroyable de l’auteure.

Songe à la douceur est une merveille, une tornade d’émotions qui laisse son lecteur hébété et ébahi, lui brise le cœur, le touche, l’émeut, le fait rire, pleurer, trembler. Il s’agit d’un roman comme on n’en a jamais lu, un mélange exquis de classicisme et de modernité. Son écriture en vers est bien loin de constituer un obstacle, au contraire, elle ne fait que faciliter la lecture avec son rythme entraînant. Ses personnages sont plus touchants, plus authentiques les uns que les autres. 
Il s'agit d'une sorte de mets littéraire exotique, dont on ne sait pas vraiment quelle saveur il va avoir en bouche, avec des ingrédients surprenants dont on peut avoir peur qu’ils nous déplaisent… Mais qui produisent en réalité un mélange explosif, et tout simplement délicieux ! 

Ce roman est révélateur d'un travail assez prodigieux, d'un talent époustouflant, sans que cela soit écrasant ou difficile d'accès. Tout est fluide, juste, les émotions jaillissent de toutes parts... On est touché par ce que traversent les personnages, on est sensible à l'humour décapant mais jamais dissonant de l'auteur, on sent souvent sa gorge se serrer... tout en savourant l'unicité du texte.

L’écriture de l’auteure est tout simplement sublime. Clémentine Beauvais parvient à créer en l’espace de quelques phrases des atmosphères d’une intensité incroyable, tour à tour poignantes, amusantes, ou déchirantes. Certains passages sont si riches et si profonds qu’il faut les lire à deux ou trois reprises, voire les lire à voix haute, pour les apprécier pleinement. L’auteure fait part d’une maîtrise totale de son art, utilisant toujours le mot juste pour désigner telle ou telle émotion ou situation. Songe à la douceur ne se contente pas de la prouesse d’être un roman en vers, il demeure au-delà de ça un roman exceptionnel en lui-même. J’étais tellement captivée par son histoire qu’il m’arrivait très régulièrement d’en oublier les vers, et de me laisser porter.

Alors foncez les yeux fermés, pour vous émerveiller de la richesse de la plume de Clémentine Beauvais, de la musique exceptionnelle formée par ses vers, qu’il s’agisse d’alexandrins mélodieux ou de vers libres saccadés qui nous transportent au rythme des tourments des personnages.
Réservez deux ou trois heures de votre temps pour vous laisser surprendre par cette expérience incroyable qu’est le roman versifié, par cette romance unique qui donne lieu à des passages beaux à pleurer, par cette véritable œuvre d’art dont j’ai surligné des paragraphes entiers tant ils me paraissaient justes et émouvants. 

Vous l’aurez compris, il s’agit pour moi d’un coup de cœur – et même plus que cela, d’une révélation littéraire !

Un roman révolutionnaire, bouleversant, à savourer ou à dévorer, à lire et à relire, à mettre dans les mains de vos amis, frères et sœurs, parents, petits-neveux, professeurs, concierges, kinésithérapeutes, caissiers, à vous de voir. Une véritable expérience poétique, sensorielle et émotionnelle, de laquelle vous ne ressortirez pas tout à fait indemne. 

Note attribuée : 10/10 je sais, vous ne vous y attendiez absolument pas.

dimanche 12 juin 2016

Le Problème Spinoza d'Irvin Yalom — Chronique n°210

"La force d'une conviction est sans rapport avec sa véracité."

Titre : Le Problème Spinoza
Auteur : Irvin Yalom
Genre : Historique | Biographie
Éditions : Le Livre de Poche
Lu en : français
Nombre de pages : 541
Résumé : Le 10 mai 1940, les troupes nazies d’Hitler envahissent les Pays-Bas. Dès février 1941, à la tête du corps expéditionnaire chargé du pillage, le Reichsleiter Rosenberg se rue à Amsterdam et confisque la bibliothèque de Spinoza conservée dans la maison de Rijnsburg.

Quelle fascination Spinoza peut-il exercer, trois siècles plus tard, sur l’idéologue nazi Rosenberg ? L’œuvre du philosophe juif met-elle en péril ses convictions antisémites ? Qui était donc cet homme excommunié en 1656 par la communauté juive d’Amsterdam et banni de sa propre famille ?


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J'ai entendu parler de ce roman à plusieurs reprises, et toujours de façon dithyrambique : dans la bouche d'un professeur, d'une amie, d'une blogueuse... Tous évoquaient la richesse de ce roman, qui permet de rendre accessible des concepts philosophiques assez poussés dans le cadre d'une histoire très facile à suivre. Il n'en a pas fallu plus pour déclencher ma sempiternelle fièvre acheteuse, et je me suis lancée avec voracité dans cette lecture... Grand bien m'en a pris !

L'idée de mettre en parallèle les existences de Spinoza, philosophe juif du XVIème siècle, et Rosenberg, idéologue officiel du Parti Nazi, est excellente sur le papier... et s'avère aussi bien exploitée que ce que l'on peut espérer. Dès les premières pages, j'ai été happée par les récits de la vie de ces deux personnages, qui n'ont en apparence rien à voir, mais dont les existences vont se retrouver liées de façon assez fascinante. Alterner entre ces deux façons d'envisager le monde, l'une motivée par la raison pure et l'autre par la folie furieuse, s'est révélé très enrichissant, et crée un rythme prenant, une excitation chez le lecteur. Mon intérêt pour ce roman n'a fait que croître, et je prenais vraiment plaisir à réfléchir, à me questionner, en suivant l'évolution des personnages. 

L'auteur ne tombe pas dans l'écueil du "gentil Spinoza" et du "méchant nazi" : les qualités et les défauts de chacun sont abordés, créant des profils psychologiques complexes et captivants. On suit avec un intérêt sans faille la descente aux enfers de l'un, et la révélation intellectuelle de l'autre...

On sent une grande érudition de la part de l'auteur, tant au niveau philosophique qu'historique, ainsi que d'un talent d'écrivain certain : jouant entre fiction et réalité, et au travers de deux contextes historiques passionnants, l'essor des Pays-Bas du XVIème siècle et la montée et le déclin du nazisme, il parvient à créer une intrigue véritablement prenante, doublée de réflexions intellectuelles passionnantes. Son écriture est indéniablement entraînante, et donne une impression de qualité, d'aboutissement.

En bref, un ouvrage de vulgarisation philosophique brillant et limpide, qui se lit avec une facilité et un intérêt hors du commun ! Le Problème Spinoza donne tout simplement à son lecteur le sentiment de se sentir intelligent, et d'avoir tout compris à la philosophie passionnante mais complexe de Spinoza. Une lecture intelligente et intelligible, qui ne manquera pas de vous faire passer un excellent moment tout en vous instruisant !

Note attribuée : 9/10 : quel que soit votre âge ou votre degré de répulsion face à la philo, foncez !

Eden, si tu passes par là, fais-moi plaisir et lance-toi. Ce livre est fait pour toi.

samedi 11 juin 2016

La Loi du Cœur d'Amy Harmon — Chronique n°209


"Mais il y a des lois. Il y a des règles. Les lois de la nature et les lois de la vie. Les lois de l'amour et les lois de la mort. Et, si tu les enfreins, il y a un prix à payer. Et Moïse et moi, dans la lignée de tous ces amants tragiques venus avant nous et de tous ceux qui viendraient après nous, on était soumis à ces lois, qu'on les respecte ou pas."

Titre : La Loi du Cœur
Auteure : Amy Harmon
Genre : Contemporain | Paranormal
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Lu en : français
Nombre de pages : 432
Résumé : Il a été retrouvé dans un panier de linge sale au Lavomatic, emmailloté dans une serviette, âgé de quelques heures à peine et déjà à l'article de la mort. Au journal de vingt heures à la télé, ils l'ont appelé Bébé Moïse, ce nourrisson abandonné dans un panier, né d'une mère accro au crack et voué à toutes sortes de problèmes.

Tout cela s'est passé avant que je naisse, et le temps que je rencontre Moïse et que ma mère me conte son histoire, celle-ci était déjà de notoriété publique et personne ne voulait avoir quoi que ce soit à voir avec lui. Les gens adorent les bébés, même ceux qui sont malades, même les « bébés crack ». Mais les bébés grandissent, ils deviennent des enfants qui à leur tour deviennent adolescents. Et personne ne veut d'un ado amoché par la vie.
Et Moïse était amoché. Moïse était une loi à lui tout seul. Mais il était aussi étrange, et exotique, et tellement beau. D'être avec lui allait changer ma vie plus que j'aurais jamais pu l'imaginer. J'aurais peut-être dû rester à l'écart. J'aurais peut-être dû écouter les conseils. Ma mère m'avait prévenue. Moïse lui-même m'avait prévenue. Mais je suis restée près de lui...


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Si je devais décrire La Loi du Cœur en un seul mot, j’utiliserais probablement le terme «perturbant». Rien ne me préparait à une pareille lecture. Même quelques jours après en avoir lu la dernière page, j’avoue avoir du mal à établir clairement mon ressenti à propos de cette histoire belle et terrible, de ces personnages torturés et de cette écriture brute.

Vous me direz sans doute que j’étais assez stupide de me lancer à l’aveuglette dans ce roman, après avoir été déçue par
Nos Faces Cachées, le premier titre d’Amy Harmon, décrit comme bouleversant par la majorité de la blogosphère, et qui m’avait laissée de marbre. Cependant, la couverture de La Loi du Cœur le résumé de La Loi du Cœur a su me séduire, avec sa promesse d’une histoire poétique et atypique. J’ai effectivement retrouvé ces aspects, mais… pas forcément de la façon dont je m’y attendais. Tout dans ce roman m’a déstabilisée, qu’il s’agisse de son atmosphère, de ses personnages, des choix faits par l’auteure. 

Indéniablement, La Loi du Cœur envoie du pâté – navrée pour l’expression quelque peu triviale, mais ce sont les seuls termes qui me viennent à l’esprit –, décrivant une histoire d’amour passionnelle et dévastatrice, jalonnée par des épreuves absolument dramatiques. Les protagonistes, Georgie et Moïse, sont confrontés à des situations loin d’être anodines, et possèdent des profils psychologiques… atypiques – disons pour faire court que Moïse est un ancien bébé-crack abandonné à la naissance dans une laverie, devenu renfermé voire asocial qui a dû passer par de nombreuses familles d’accueil avant de trouver refuge chez son arrière grand-mère. Ambiance.

La plume de l’auteure est plutôt fluide et élégante, sans être non plus transcendante, l’intrigue riche et constituée d’un mélange de genres plutôt bien pensé, entre romance, thriller et paranormal. Ce mélange surprenant des tonalités est plutôt un point fort du roman, renforçant son originalité, mais malheureusement, cela n'a pas suffi à me convaincre.

La première partie, qui se déroule pendant l’adolescence des protagonistes, m'a en effet fait déchanter. Elle m’a paru très lente, assez répétitive… J’avançais pour avancer, sans savoir où l’auteure voulait m’emmener, sans trouver ce que je lisais bon ou mauvais… juste plat. J'avoue par ailleurs avoir eu énormément de mal, et ce tout au long de ma lecture, avec Georgie, l'héroïne, qui m'a tout simplement paru... fade, surtout comparée à Moïse, un personnage passionné au caractère fort auquel je me suis vraiment attachée. 

Et puis est arrivée la deuxième partie, intitulée « après », qui donne le sentiment que le roman se réveille, et prend enfin de l’ampleur. Si mon absence d’affection particulière envers Georgie s’est confirmée, je me suis sentie de plus en plus intéressée par Moïse, dont la complexité s'affirme et devient une richesse. La narration trouve un second souffle, portée par des événements noirs mais touchants, décrits avec sensibilité, qui conduisent à un dénouement peut-être légèrement précipité, mais qui sonne juste.

La Loi du Cœur avait tout pour être un excellent roman, avec une histoire assurément originale et un personnage masculin hors du commun, et reste une lecture intéressante. Malheureusement, l'intrigue se perd dans des méandres amoureux lassants – "Je t'aime. Moi aussi. Non, en fait pas moi. Puisque c'est comme ça je m'en vais. Pourquoi es-tu parti mon amouuuur" –, et se focalise sur une héroïne sans aucun intérêt, alors que l'auteure aurait pu mettre l'accent sur toute la dimension fantastique de son histoire, un véritable point fort. 

En bref, une lecture atypique et surprenante, aux atouts certains. Je regrette cependant un certain déséquilibre dans la narration, entre une première partie lassante et fade, et une deuxième plus touchante. L’histoire créée par l’auteure reste riche et mérite que l’on se penche dessus, mais je ne peux pas vous dire non plus que je l’ai adorée. Ma lecture a été trop contrastée, certains personnages m’ont trop déplu, pour que je sois véritablement transportée.

Note attribuée : 6,5/10 : j’avais envie de mettre un 5, pour montrer l’ambivalence de mon ressenti, mais cette deuxième partie bien plus réussie méritait mieux que cela ! Vous comprendrez bien que cette note n’est pas très significative par rapport à la complexité et à l’originalité du roman… J'aurais aimé être capable de donner un avis plus clair, mais mon pauvre petit cerveau est bien trop embrumé pour cela !

mercredi 8 juin 2016

L'Heure Bleue d'Elsa Vasseur — Chronique n°208

Titre : L'Heure Bleue
Auteure : Elsa Vasseur
Genre : Contemporain
Éditions : Robert Laffont
Lu en : français
Nombre de pages : 245
Résumé : Zoé se sent toujours responsable à dix-sept ans de la mort accidentelle de son petit frère Nino, dix ans auparavant. Elle ne parvient pas à surmonter sa culpabilité ni à renouer le contact avec sa mère, qui vit en résidence psychiatrique depuis l'accident. Lorsque Lise, une camarade de terminale, l'invite à passer l'été en Grèce pour s'occuper de son neveu Ben, Zoé accepte sur un coup de tête. Elle se retrouve alors plongée dans l'intimité de la flamboyante famille Stein où règnent les non-dits et les faux-semblants. Dans la somptueuse villa qui domine la mer, Zoé peine à saisir les clés de cet univers lisse et clinquant qui n'est pas le sien. Que s'est-il passé avec la précédente baby-sitter pour qu'elle refuse de garder Ben pendant les vacances ? Et de quoi souffre Rose, la splendide sœur de Lise qui crée un malaise à chacune de ses apparitions ? Adam, son mari, semble l'ignorer totalement et ne pas être non plus tout à fait à sa place au sein de sa belle-famille. Prise dans le chassé-croisé des tensions et des manipulations qui s'exacerbent sous le soleil, Zoé va vivre une épopée intime qui fera resurgir les fantômes de son passé et la fera entrer sans ménagements dans l'âge adulte.

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Un grand merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour cet envoi !

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La couverture pour le moins séduisante et le résumé intrigant de ce roman m'ont immédiatement interpellée, et je n'ai pas hésité à le demander à l'occasion de l'opération Masse Critique de Babelio. Aussitôt reçu, aussitôt entamé, et il ne m'a pas fallu longtemps pour parvenir au bout de ce livre. Si j'étais satisfaite en le refermant, avec du recul, j'ai réalisé que j'avais un arrière-goût d'inachevé, qu'il me manquait quelque chose pour que cette histoire indéniablement fluide et efficace devienne un véritable thriller psychologique.

Bon, avant tout, précisons tout de même que l'histoire se tient, et même qu'elle est agréable à suivre. On se retrouve très rapidement pris par l'histoire proposée, et il est assez difficile de reposer son roman avant d'être parvenu à la fin – j'en ai d'ailleurs été totalement incapable, et ai englouti l'intégralité des quelques 250 pages d'une traite, sacrifiant déraisonnablement une bonne partie de ma nuit. Les idées de l'auteure m'ont beaucoup plu, l'atmosphère oppressante et fermée était très réussie, les. 

Je le répète, L'Heure Bleue n'était pas loin d'être réellement convaincant. Il ne lui manquait qu'une petite étincelle d'émotion, qu'un peu plus de profondeur, de crédibilité. Alors cette lecture plaisante aurait pu être qualifiée de riche, touchante ou haletante. 
Je rêvais de tension, de mystère, de frissons des larmes, du sang, des cris, or on devine très rapidement les tenants et aboutissants de l'intrigue, et à partir de là, il est assez difficile de construire une situation de suspense, vous en conviendrez. L'auteure ne va pas au bout de ses promesses, elle a de bonnes intuitions et part sur des pistes prometteuses, mais se perd dans les détails et les stéréotypes, avec par exemple un personnage bipolaire tout sauf crédible et une famille richissime qui se fait caricature.

L'enjeu de ce genre de roman est en grande partie de s'intéresser aux personnages, à leurs personnalités souvent travaillées et aux relations qu'ils peuvent avoir entre eux. L'auteure s'attache effectivement à créer un certain réseau de personnalités, avec des caractères variés, mais elle ne les creuse pas entièrement, et s'en tient souvent à des types vus et revus, lisses et froids. Les profils psychologiques étaient donc assez décevants, les interactions entre les personnages assez fades... Le tout manquait de finesse, de sensibilité, et on se sent finalement assez peu impliqué dans la situation décrite. 

Certaines ellipses temporelles assez vertigineuses m'ont désarçonnée, les événements s'enchaînent parfois si rapidement que j'ai eu du mal à suivre... L'intrigue me paraît dans l'ensemble assez déséquilibrée, peu harmonieuse, avec de longues descriptions, des détails, certes intéressants mais pas vraiment essentiels, et des passages beaucoup plus complexes, si rapidement évoqués qu'ils en deviennent presque bâclés. 

L'Heure Bleue est cependant loin d'être mauvais, et j'admets volontiers que j'ai passé un bon moment en sa compagnie, malgré mes réserves. D'autres lecteurs moins pointilleux que moi trouveront sans aucun doute du plaisir à découvrir ce roman en huis-clos !

En bref, un livre définitivement très prenant, aux allures de thriller, que je pourrais vous recommander comme lecture de vacances si vous souhaitez vous divertir l'espace de quelques heures, mais qui aurait mérité d'être plus abouti, et dont certains personnages et retournements de situations restent assez superficiels et convenus.

Note attribuée : 6/10