La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 18 novembre 2017

Littératurpitudes #6 - L'écriture inclusive

Parlons donc d'écriture inclusive. 

CIEL.

Je sais. J'ai prononcé les mots qui fâchent. 
Et c'est bien là le problème, ils fâchent. 

Énormément d'arguments aberrants fleurissent de tous côtés. 
Non, la langue française n'est pas sexiste en elle-même. Elle est simplement régie par certaines règles qui ont été prononcées dans un contexte et avec des intentions sexistes, au XVIe siècle très précisément. 
Non, l'écriture inclusive n'est pas objectivement "moche". Rien n'est objectivement moche - coucou la philo -, et surtout, une langue n'est pas faite pour être belle en elle-même, sauf si l'on fait de la poésie, et dites-moi si je me trompe, mais je n'ai pas l'impression que nos papiers administratifs soient destinés à rejoindre des recueils de poésie. 

Non, la règle du "masculin qui l'emporte sur le féminin" n'est pas anodine. Entendre pour la première fois cette consigne arbitraire, à six ou sept ans, en cours de français peut créer une gêne ou même une violence. 
Mais non, ces règles grammaticales ne nous obsèdent pas non plus à chaque instant de nos existences. Ce n'est qu'un élément de plus dans la longue liste des discriminations systémiques faites à l'encontre des femmes. 

L'écriture inclusive a le grand mérite de pointer du doigt des problèmes de représentation avérés. Elle ne résoudra rien à elle seule : effectivement, un point-milieu et quelques "e" muets de plus ne signeront jamais la fin du patriarcat. Mais c'est un pas dans la bonne direction, et pourquoi pas une porte ouverte vers un débat constructif... si seulement l'espace de réflexion publique n'était pas envahi par des envolées lyriques qui ne reposent que sur des affects et jamais sur des arguments rationnels. 

L'écriture inclusive a sa place dans un contexte administratif, médiatique, militant, politique et pourquoi pas éducatif. Elle est justifiée lorsque l'on s'adresse à un large public. Elle est un rappel constant et judicieux de la nécessité de penser global, un élément somme toute discret mais prégnant dans notre vie quotidienne. 
Il ne s'agit évidemment pas de réécrire Les Misérables ou Le Corbeau et le Renard à grands coups de "renard.e" comme l'ont fait certains, dans un esprit de pure mauvaise foi ! 

L'écriture inclusive ne devrait être perçue que pour ce qu'elle est : un geste vers une partie de la société qui peut ainsi se voir épargner une des marques, même minime, de mépris qu'elle reçoit constamment. Et à la lumière des récents débats consternants autour de la question du consentement, du harcèlement et des violences sexuelles, il me paraît plus que malvenu de leur refuser cette mesure qui, comme je l'ai déjà dit, ne bouleversera pas vraiment le cours de vos vies. 

Non, ce n'est pas grand-chose, mais pour finir avec des mots dignes de nos ancêtres les plus vénérables : ce sont les petits riens qui font les grands tous. 

Et la question qui tue : et toi, Capucine, utiliseras-tu l'écriture inclusive sur ton blog ? 

Oui, et avec grand plaisir, parce que j'ai la conviction que vous serez tou.te.s capables de passer outre "la laideur objective" de ces quelques points. 

3 commentaires:

  1. Un article très intéressant, je partage plus ou moins ton point de vue, j'essaie de me faire une idée sur cette écriture... A réfléchir^^

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  2. J'ai lu un article il y a pas longtemps contre l'écriture inclusive donc c'est très utile de voir des points de vue différents pour se faire son idée :) je n'ai jusque-là pas employée moi-même, je vais l'envisager ^^

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  3. C'est assez intéressant à lire, merci pour le point de vue ^^
    Personnellement, je trouve ça judicieux d'un point de vu administratif, même s'il me semble que ça se faisait beaucoup déjà avant. Après pour la règle du 'masculin l'emporte', c'est vrai que je me suis déjà "révoltée" quand j'étais petite, mais c'était plus une blague qu'autre chose, et puis je comprends bien qu'il faille une règle sinon l'écriture deviendrait un cauchemar: "alors du coup dans le groupe, on utilise des adjectifs féminins ou masculins, je suis perdue" etc. Enfin bref, toujours sympa de lire différents points de vue ;)

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