La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 19 décembre 2017

Les Rougon-Macquart tome 1 - La Fortune des Rougon d'Emile Zola - Chronique n°388

Titre : La Fortune des Rougon
Auteur : Emile Zola
Editions : Folio
Lu en : français
Nombre de pages : 450
Résumé : 
Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d’Etat d’où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d’amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d’eux, c’est aussi la naissance d’une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s’ouvrir.

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Parfois, j'ai des lubies. 
Mais pas des lubies normales.
Des lubies de personne détraquée et littéraire à l'excès.
Du style, me lancer le défi de lire l'intégralité de la saga des Rougon-Macquart de Zola, une fresque romanesque de vingt tomes, qui retrace le destin d'une famille française sous le Second Empire. Parmi ses membres, vous trouverez aussi bien les plus misérables des travailleurs que les plus fortunés des bourgeois, les plus maladifs que les plus vigoureux, mais tous sont un élément constitutif d'une véritable étude naturaliste, héréditaire, voire scientifique. Zola se fait enquêteur et généalogiste, noircissant des pages et des pages de Carnets d'enquête sur le travail dans les mines pour Germinal ou la réalité des grands magasins pour Au Bonheur des Dames. C'est dense, c'est culte, c'est fascinant.

Et c'est avec La Fortune des Rougon que tout commence.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un démarrage sur les chapeaux de roue.
*Expression non usitée depuis l'an de grâce 1865*

C'est bien simple, ce roman est aussi addictif qu'il a l'air ennuyeux. Parce que oui, avouons-le, nous avons tous cet a priori persistant et ce petit mouvement de recul chaque fois que nos yeux tombent sur un livre "Folio Classique".
Mais détrompez-vous, car La Fortune des Rougon se lit aussi bien que n'importe quel ouvrage plus contemporain, une fois dépassées les dix premières pages, qui s'attachent à décrire un terrain vague - oui oui, dix pages sur un terrain vague. Mais dix très belles pages, cela dit. Zola écrit si bien qu'il pourrait même faire deux mille mots splendides sur une pelure de pomme de terre sans effort. 
L'ouvrage est découpé en sept chapitres, presque comme sept épisodes de série, chacun avec leur temporalité et leurs héros, mais tous reliés par une même toile de fond : la ville de Plassans, dans le sud de la France, un contexte politique, celui du raffermissement du pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte jusqu'à son coup d'Etat, et enfin, une même famille, le sulfureux clan des Rougon-Macquart. 

On a donc dans un seul et même livre le mélange d'un récit familial, de manigances politiques, d'une histoire d'amour parmi les plus attachantes qu'il vous sera donné de découvrir, et même un début de chronique sociale. Zola fascine par sa capacité à décrire la vie de ses personnages dans ce qu'elle a de plus particulier et de plus infime, tout en leur conférant une dimension quasi iconique. Rien n'aurait dû faire de Pierre et Félicité Rougon, ce couple assoiffé de richesse et d'ascension sociale, des figures aussi complexes, riches et pleines d'aspérités, mais c'était sans conter sur le talent de l'auteur pour brosser ses portraits de personnages.

Vous ne regretterez pas d'avoir lu La Fortune des Rougon, un roman bouillonnant de passions, de vices, d'orgueil, d'ambition et de démesures, aux personnages parfois épouvantables et grandiloquents mais toujours captivants, et surtout au cynisme et au ton ironique absolument exquis. Zola ne fait pas qu'écrire une histoire familiale, il dissèque littéralement toute la société d'une époque, en critique avec acerbité la vie politique, lui porte même des coups d'une insolence rare, pour un résultat aussi riche que marquant.
Et encore une fois, si le format ou le niveau de langue vous font peur, rappelez-vous que rien ne vous oblige à lire les descriptions dont vous ne voyez pas la fin, à comprendre le moindre mot, à tout lire d'une traite. Le roman vous appartient. Croyez-moi, vous avez à gagner à découvrir cette plume, vous vous laisserez entraîner au cœur des manigances des Rougon et des fourberies des Macquart, et vous serez hypnotisé par la violence de ces conflits familiaux, l'innocence de Silvère et Miette, ou encore la capacité de certains à encore et toujours retourner leur veste...  



4 commentaires:

  1. C'est une très bonne idée de lire tous les Rougon-Macquart! J'aime bien le style de Zola et j'ai déjà lu 3 livres de lui dont deux faisant partie des R-Macquart. le seul problème est que je j'ai commencé à lire du Zola dans une certaine édition, et si les autres tomes sont dans une autre édition, ça pourrit très bien me faire moins aimer. Il suffit que l'édition soit différente ou que je n'aime pas la couverture pour que parfois je n'aime pas un livre!

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    1. Je comprends totalement cette gêne, avoir des romans dans des éditions différentes peut vraiment constituer un obstacle à mon enthousiasme aussi (d'ailleurs je suis en train d'acheter tous les Zola dans leur édition Folio et pas une autre !)
      En tout cas je te souhaite d'en lire autant que tu en auras envie ^^

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  2. (Je trouve dommage que les profs nous obligent à lire ce genre de livre, car si l'on n'a pas envie, on n'aimera pas forcément étant forcé de lire une telle brique... Puis il faut une certaine maturité je pense, pour bien comprendre l'histoire, les enjeux... Je dis ça car j'ai été obligée de lire ce premier tome, et... Je n'étais pas motivée même si j'adore lire x)
    Je l'ai lu il y a 2 ans et c'était long, mais des passages m'ont énormément plu !! Je ne sais pas si j'aurai le courage de lire un jour la saga comme toi, mais bon courage et bonnes lectures :) !

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    1. Oui absolument, c'est une évidence ! Et c'est vrai aussi pour la maturité, j'ai lu Au Bonheur des dames à 12 et 15 ans et ce n'était absolument pas la même chose. La première fois, chaque passage de description était une souffrance alors que la deuxième fois j'y prenais beaucoup plus de plaisir... Et puis on n'est pas sensible aux mêmes enjeux, on ne ressent pas les mêmes nuances dans le récit. J'ai hâte de voir ce que ça va donner à 17 ans haha !
      Merci pour ton soutien en tout cas, je viens de finir le 4e donc il me semble que je ne m'en sors pas trop mal pour l'instant x) Bonnes lectures à toi aussi et merci pour ton commentaire ;)

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