La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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vendredi 26 janvier 2018

Jusqu'ici tout va bien de Gary Schmidt - Chronique n°396

Titre : Jusqu'ici tout va bien
Auteur : Gary Schmidt 
Genre : Contemporain
Editions : L'Ecole des Loisirs (collection Médium)
Lu en : français
Nombre de pages : 365
Résumé : 1968. Une petite, petite ville de l’État de New York. Un père sans repères, une mère sans remède. Deux grands frères, dont un avalé par la guerre du Vietnam. Pas assez d’argent à la maison. Trop de bagarres au collège. Des petits boulots pour se maintenir à flot. Une bibliothèque ouverte le samedi pour s’évader. Une collection d’oiseaux éparpillée à tous les vents. Des talents inexploités. Et une envie furieuse d’en découdre avec la vie. 

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Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs pour cet envoi ! 

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Il est des romans qui vous prennent par surprise, vous secouent comme un prunier, et vous laissent hébété, stupéfait, un peu titubant encore, et surtout avec l'envie irrépressible de courir partout crier l'amour dudit roman. 

Jusqu'ici tout va bien fait partie de ces romans-là.

Il n'a pas l'air de grand-chose, à première vue. 
Doug a 14 ans, un frère parti faire la guerre au Vietnam, un autre bien présent qui semble avoir un don pour s'attirer des problèmes, un père trouble, une mère effacée, et désormais, l'obligation de suivre sa famille dans la "stupide petite ville" de Marysville, New York.

A Marysville, c'est bien simple, circulez, y a rien à voir. Tout juste une bibliothèque, mais elle n'est ouverte que le samedi. Et puis éventuellement cette fille, ses livres et son vélo, mais après tout, elle doit elle aussi être à l'image du reste de la ville, "stupide". 
Doug, résigné, se prépare à subir des heures et des heures d'ennui dans son stupide collège de cette stupide ville puis avec sa stupide famille, mais il est encore loin de se douter des passions qui vont bientôt venir animer son quotidien, des rituels à venir, des liens à nouer, bientôt.

Impossible de ne pas se laisser convaincre par la voix désabusée, cynique et râleuse de cet adolescent terriblement attachant, qui s'exprime de façon directe, brute, sans de priver de quelques délicieuses piques d'ironie et de cynisme. C'est un adolescent qui se construit, dans l'introspection, dans la réaction, dans l'opposition, qui se contredit parfois, mais qui grandit assurément. 

Chaque personnage offre une véritable profondeur, avec évidemment un sommet atteint en la figure de Doug, dont l'auteur ne cesse de dévoiler de multiples couches dans son tempérament. L'histoire en elle-même s'avère particulièrement attachante, douce et apaisante comme peut l'être un quotidien connu, amère parfois, mais toujours sincère, juste, touchante. La voix de Doug a ses hauts et ses bas, surtout lorsqu'elle finit par révéler des aspects de son existence bien plus sombres que ce que l'on aurait pu attendre, mais jamais elle ne se départit d'une véritable luminosité, d'un reste d'espoir qui le porte tout au long du roman sans même qu'il en ait conscience. 

Et lorsque l'on tourne la dernière page, profondément ému, on a envie de tout retenir de ce roman, l'enchaînement de ses chapitres, la poésie de ses instants contemplatifs, l'application et la tendresse insoupçonnées chez Doug, la douleur aussi, mais surtout le soin porté par l'auteur à son intrigue pour la rendre aussi crédible, émouvante, authentique et entraînante que possible. C'est la littérature jeunesse dans ce qu'elle a de meilleur : accessible et fluide, mais non moins ambitieuse, drôle et sarcastique, mais acerbe à ses moments. On aime, on adore. 

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