La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 16 janvier 2018

Couleurs de l'Incendie de Pierre Lemaitre - Chronique n°394

Titre : Couleurs de l'Incendie
Auteur : Pierre Lemaitre
Genre : Historique
Editions : Albin Michel
Lu en : français
Nombre de pages : 530
Résumé : Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

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C'est avec un mélange d'appréhension et d'excitation que l'on s'immerge dans les pages de Couleurs de l'Incendie, le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec le très acclamé Au Revoir Là-Haut. Excitation, car l'on a confiance en la plume et le sens du récit de l'auteur, mais aussi appréhension, car comment donner une suite à un roman aussi populaire ? Jusqu'à quel point s'en détacher, comment lui rester fidèle sans faire moins bien, sans lasser ? C'est l'éternel pari des suites, l'équilibre périlleux à trouver entre réinvestissement et innovation, proximité et originalité. 
Et laissez-moi vous dire que le pari a été relevé. 

Pierre Lemaitre a bien compris que faire une copie conforme d'Au revoir là haut aurait été vain et surtout, vraiment décevant. Bien au contraire, il choisit de tous nouveaux enjeux, une nouvelle époque et place au cœur de son récit un personnage secondaire du premier tome, Madeleine Péricourt, de sorte que l'on est à la fois satisfait d'avoir une petite attache avec le récit déjà connu, et impatient de découvrir de nouvelles perspectives et en conservant un sentiment d'inédit. La scène d'ouverture se révèle tout aussi marquante et retentissante que celle du premier tome, et le récit se déroule par la suite de façon incroyablement efficace, présentant les personnages de façon concise et convaincante, et alternant les points de vue avec un très bon sens du rythme. Impossible de ne pas se prendre d'intérêt et d'horreur pour les malheurs de Madeleine, sa ruine, les trahisons qu'elle subit, et surtout sa volonté de se venger...

On retrouve avec plaisir le ton ironique et parfois même impertinent du narrateur, les formidables coups de théâtre propres à ces romans, leurs personnages hauts en couleur et leur dynamisme sans faille. Les péripéties s'enchaînent avec une grande fluidité, les alliances et trahisons se succèdent de façon jouissive, et on ne voit pas défiler les 530 pages de ce roman imposant mais en réalité incroyablement aisé à parcourir. La lecture est d'autant plus agréable que l'on y retrouve avec plaisir le style de Lemaitre, tout en simplicité et en accessibilité - ce qui ne signifie pas qu'il manque de travail, bien au contraire : simple ne signifie pas simpliste ! Il est bien plus facile d'écrire de façon complexe que claire, et se rendre lisible pour tout type de public est un objectif que peu parviennent à atteindre. Ici, les clés de lecture sont tous clairement présentes sans pour autant être martelées, et le résultat n'en est que plus appréciable pour le lecteur.  

On a pu entendre certains critiques appeler Lemaitre le Balzac du XXIème siècle, et même assimiler cette trilogie à une nouvelle Comédie Humaine ! S'il est encore un peu tôt pour se prononcer définitivement sur la pertinence de telles louanges, on ne peut nier la grande crédibilité des personnages de cette fresque, la rapidité avec laquelle on s'attache eux, et surtout la façon très efficace avec laquelle ils s'intègrent à leur époque et aux enjeux de celle-ci. A travers l'histoire de Madeleine Péricourt et de ses proches, l'auteur s'attaque en réalité aux vices du début des années 30, leur hypocrisie, leur cruauté, leur rancœur, pour un résultat aussi prenant que crédible. Il ne s'agit pas de tisser à tout prix des parallèles entre 1933 et 2018, fort heureusement, mais de donner à voir autant que possible les aspérités d'une époque complexe et passionnante.  Il s'agit également d'un roman qui touche à l'humain, aussi bien dans ses pires vicissitudes que dans ses plus grands élans d'altruisme, et qui donne un profond sentiment de satisfaction et d'excitation, une fois refermé. 

Jetez-vous donc en toute confiance dans les pages de Couleurs de l'incendie, un roman palpitant qui prend au cœur comme aux tripes, qui aime l'histoire et la fait aimer, et offre un merveilleux moment de lecture. Couleurs de l'incendie n'est pas une analyse exhaustive des années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, loin de là, mais une aventure romanesque brillamment exécutée au contexte historique travaillé sans empiéter sur l'originalité de l'intrigue, et qui peut constituer une véritable porte ouverte vers, pourquoi pas, une étude plus poussée de cette époque trouble...

2 commentaires:

  1. Je ne savais pas qu'il s'agissait d'une série mais ton avis éveille ma curiosité, Madeleine Péricourt m'avait beaucoup plu dans le film :) je lirai probablement la trilogie une fois parue en entier !

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    1. N'hésite vraiment vraiment pas, en plus si tu as aimé le film tu devrais être conquise par les livres :D

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