La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 24 janvier 2018

Homegoing de Yaa Gyasi - Chronique n°395

Titre : Homegoing
Auteure : Yaa Gyasi
Genre : Historique | Contemporain
Editions : Penguin Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 300
Résumé : Two half-sisters, Effia and Esi, are born into different villages in eighteenth-century Ghana. Effia is married off to an Englishman and lives in comfort in the palatial rooms of Cape Coast Castle. Unbeknownst to Effia, her sister, Esi, is imprisoned beneath her in the castle's dungeons, sold with thousands of others into the Gold Coast's booming slave trade, and shipped off to America, where her children and grandchildren will be raised in slavery. One thread of Homegoing follows Effia's descendants through centuries of warfare in Ghana, as the Fante and Asante nations wrestle with the slave trade and British colonization. The other thread follows Esi and her children into America. From the plantations of the South to the Civil War and the Great Migration, from the coal mines of Pratt City, Alabama, to the jazz clubs and dope houses of twentieth-century Harlem, right up through the present day, Homegoing makes history visceral, and captures, with singular and stunning immediacy, how the memory of captivity came to be inscribed in the soul of a nation. 

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Existe également en français

Titre : No Home (POURQUOI ? C'est l'exact inverse du titre VO ! La VO évoque l'exil et la quête des origines, alors que la VF évoque juste... le néant. Bon. Pardon. Poursuivons)
Editions : Calmann-Lévy / Le Livre de Poche
Résumé Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

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What an astonishing novel. 
And furthermore, who could guess it is actually a debut? 

The premise of Homegoing is actually quite simple: as a reader, you will follow the destinies of two half-sisters who never met each other. Both were born in what is known today as Ghana, but that's it for their common points. Indeed, the first one is married to a British esclavagist, and the second one is sold as a slave and deported to America. 
I know, not quite the same fate.

That's the starting point of an impressive family saga, spanning through two centuries and two continents, tackling hard topics of our history such as colonialism, racism, slavery and segregation, and of course introducing incredibly engaging and endearing characters, all linked by they blood and their thirst for freedom and "homegoing", settling in somewhere, feeling like they are where they are supposed to be. We follow each of them during twenty to forty pages, living with them fundamental episodes of their lives as farmers, princes, slaves or miners, rooting for them in only a handful of pages.  

Yaa Gyasi's writing is truly impressive, both very impactful and very sensitive, and never "trashy" although the global atmosphere of the novel is of course very dark. She manages to create a truly rich background for each of her characters, and to convey a powerful message of tolerance and reflexion about the past. It is not about shaming us for the horrors of the past, but about remembering it not to reproduce it, and also, experiencing an immersive and gripping story. 
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Et dire que c'est un premier roman. 


En fait, on aurait du mal à trouver un mot pour décrire ce qu'est Homegoing : entre roman, recueil de nouvelles, fresque historique et récit familial et générationnel, c'est une expérience littéraire aussi étourdissante qu'émouvante que propose ici Yaa Gyasi. 


L'histoire originale est aussi simple qu'efficace : il s'agit de suivre deux demi-sœurs qui ne se sont jamais rencontrées, et aux destinées radicalement différentes. La première épouse ainsi un colon anglais à la tête d'un réseau de "commerce" d'esclaves, la deuxième se retrouve elle-même esclave. 
L'ironie du sort, vous connaissez ?

Chacune aura un enfant, que l'on suivra, avant d'enchaîner sur leurs propres enfants, et ainsi de suite le long de sept générations, de la mère des deux demi-sœurs à Malorie, la plus jeune de cet imposant arbre généalogique qui s'étale sur plus de deux siècles et deux continents. 

Ambitieux projet, me direz-vous, et effectivement, c'en est un, mais il est parfaitement mené par une auteure qui parvient à créer en tout juste 300 pages un récit d'une richesse folle et surtout d'une immersivité incroyable. Chaque personnage a droit a un éclairage, une sorte de nouvelle d'une vingtaine ou d'une trentaine de pages, et pourtant cela suffit pour qu'à chaque fois on s'attache au protagoniste et qu'on se prenne de passion pour les instants fondamentaux de sa vie, parfois quelques heures seulement, parfois des années, que l'on vit avec lui. Certains sont membres de familles royales, d'autres esclaves, d'autres encore mineurs ou paysans, mais tous partagent bien sûr une filiation, et surtout une soif irrépressible de justice, de survie, d'enracinement, tout simplement l'envie de trouver sa place et d'y être respecté. 

Le roman est très équilibré grâce à son format bien sûr, mais aussi à la qualité de son écriture, qui donne cette impression si rare d'utiliser le moindre mot de façon parfaitement appropriée, et de créer toute une imagerie d'une grande richesse. Les faits décrits sont souvent durs voire épouvantables, mais subsiste toujours une certaine forme de poésie dans le style de l'auteure. 

L'atmosphère générale du roman est bien entendu sombre, mais jamais lourde ou mélodramatique. Oui, les histoires de ces héros sont marquées par de la violence, des crimes, des viols, du sang et des morts brutales, mais rien de tout cela n'est jeté à la figure du lecteur, rien n'est gratuit, et l'auteure ne se départit jamais d'une certaine justesse. L'intrigue est choquante à plus d'un égard, mais le roman ne l'est pas. C'est l'illustration frappante et honnête d'une époque, de la violence révoltante infligée à toute une communauté, mais aussi une histoire familiale avec tout ce que cela implique d'instants émouvants, et pourquoi pas une fenêtre ouverte vers une réflexion sur le déracinement, l'identité et l'idée même de "Homegoing", "retrouver son chez-soi."

2 commentaires:

  1. Voilà un bouquin qui m'attire depuis quelques semaines, j'aime la façon dont on peut passer d'un protagoniste à un autre, de remonter à ses deux sœurs et de poursuivre le chemin vers leurs enfants. C'est une histoire qui doit tout de même être assez révoltante!

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    1. Complètement révoltante, ça c'est une évidence ! Mais de façon vraiment bien "dosée" et pensée à mes yeux, donc n'hésite pas une seconde !

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