La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 16 septembre 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain - Chronique n°370

Titre : Ils vont tuer Robert Kennedy
Auteur : Marc Dugain
Genre : Contemporain | Historique
Editions : Gallimard (collection Blanche)
Lu en : français
Nombre de pages : 400
Résumé : Un professeur d'histoire contemporaine de l'université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l'assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l'enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l'hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s'enfonce dans la dépression après l'assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l'élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétexte à revisiter l'histoire des États-Unis des années soixante. Contre-culture et violence politique dominent cette période pourtant porteuse d'espoir pour une génération dont on comprend comment et par qui elle a été sacrifiée.

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Robert Kennedy a été assassiné en 1968, le soir de sa victoire aux primaires démocrates de Californie. 
Sa mort fait suite à celle de son frère aîné, John Fitzgerald Kennedy, tué à Dallas en 63. 

Voici les faits.
Mais le narrateur de ce roman ne va pas en rester là. 

Mark O'Dugain - toute ressemblance avec une personne réelle est purement fortuite... n'est-ce pas ? - ne se satisfait pas de l'acception commune, qui veut que ces meurtres soient le fruit des pulsions de déséquilibrés.
Pour lui, ces coups de feu assourdissant détournent l'attention d'une vérité bien plus noire, plus grande, plus choquante.
Et surtout, pour cet orphelin qui a vu ses parents mourir à un an d'intervalle dans des circonstances traumatisantes, le destin des Kennedy est étroitement lié à celui de sa famille.

Qu'importe que l'on fasse la sourde oreille à ses intuitions, qu'importe que personne ne daigne s'intéresser aux thèses du professeur O'Dugain. Lui est convaincu de la pertinence de ce qu'il devine, et entreprend de se lancer sur les traces des frères Kennedy dans la tourmente des années 60. 

C'est une décennie effrénée dans laquelle il se plonge, entre boom économique, Guerre Froide, transformations sociales, jeunesse rebelle et ambitions politiques insatiables. Jack et Bobby Kennedy en font les frais, chacun leur tour, et c'est désormais à O'Dugain qu'il revient d'expliquer pourquoi et comment.

Le roman entraîne son lecteur dans une spirale complotiste d'autant plus fascinante que sa cohérence et sa logique sont inébranlables. Les chapitres dédiés aux Kennedy alternent avec ceux consacrés à la vie personnelle du narrateur, assoiffé de vérité historique autant que de revanche personnelle. C'est un tourbillon de secrets et de manipulations qu'il découvre, de non-dits et de censure. Dugain - le vrai, cette fois - joue avec cruauté et sagacité avec les nerfs du lecteur, créant sa frustration et anticipant ses intuitions. Rien n'est jamais là où on le croit, rien ne tourne comme prévu dans le paysage noir que l'auteur entreprend de décrire.

Rien de grossier ou de ridicule cependant : le narrateur ne jette pas en l'air des théories fumeuses sans explication, bien au contraire. Avec une rigueur méthodique, il décortique, expose, tisse des liens cohérents, jusqu'à ce que l'on ne puisse plus échapper à ce qui apparaît comme une vérité irréfutable. On s'immisce dans cette double enquête avec une curiosité qui se fait progressivement malsaine, alors que les faits se font de plus en plus scandaleux. 

Les niveaux de narration se confondent bientôt, l'écriture se fait frénétique, les esprits s'emmêlent et l'on ne sait plus de quoi répondre. Paranoïa, génie, folie, les frontières deviennent poreuses et le doute s'immisce dans la moindre affirmation, jusqu'à un final retentissant à la suite duquel on repose le roman sonné, hébété, perdu. La confusion succède à la conviction, l'intérêt au repoussement, et vice-versa.

C'est un roman étonnant et captivant qu'offre Marc Dugain en cette rentrée littéraire, très particulier à tous égards et qui repoussera peut-être les plus cartésiens, mais qui offre une expérience intellectuelle inédite ! Un texte qui pose une multitude de questions sans y fournir de réponses définitive, un regard introspectif sur toute une génération, une porte ouverte à des remises en question bien plus globales... Un vertige littéraire dont il vous sera difficile de vous remettre ! 

6 commentaires:

  1. Je l'ai vu en rayon, mais je ne me suis pas intéressée au résumé... Ta chronique m'intrigue beaucoup, tu donnes envie :D

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    1. Tant mieux, c'est mon but de donner envie lorsque le résumé échoue à motiver les lecteurs :p

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  2. Je viens de le lire, je vois que vous êtes aussi enthousiaste que moi ! Depuis la rentrée littéraire j'ai lu ce roman et "Les fantômes du vieux pays" de Nathan Hill qui traite aussi d'une partie de l'histoire des USA, deux pépites presque à la suite, vive la rentrée ! :)

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    1. Je suis en train de lire le roman de Nathan Hill ! (C'est bien the Nix en VO ?), et effectivement, j'aime beaucoup pour l'instant. On est d'accord, cette rentrée est vraiment réussie, je n'ai eu pour l'instant que de belles surprises !

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  3. Ce livre m'intrigue, j'ai bien envie d'en savoir plus :)

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  4. L'histoire a l'air intéressante, je ne connaissais pas cette histoire sur le frère du président Kennedy.

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