La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 19 septembre 2017

La Gloire des Maudits de Nicolas d'Estienne d'Ovres - Chronique n°371

Titre : La Gloire des Maudits
Auteur : Nicolas d'Estienne d'Ovres
Genre : Historique
Editions : Albin Michel
Lu en : français
Nombre de pages : 528
Résumé : Fille d’un collaborateur exécuté sous ses yeux à la Libération, Gabrielle Valoria doit écrire la première biographie de Sidonie Porel. Mais qui est vraiment Sidonie Porel ? La plus célèbre romancière de son époque ou une imposture littéraire ? Une grande amoureuse ou une manipulatrice ?
En plongeant dans le passé de cette femme qu’elle craint et qu’elle admire, Gabrielle découvre un univers où grouillent les menteurs et les traîtres. Écrivains, politiciens, journalistes, prostituées, grands patrons : tous cachent bien leur jeu...

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Encore un roman dont j'ignorais tout et auquel je n'ai pour une raison mystérieuse pas pu résister.
Reader knows best.


La Gloire des Maudits est une plongée dans le Paris des années 50, dix ans après la Libération, dans une ville dont les cicatrices externes de l'Occupation ont disparu... Mais encore rongée par le doute, le remords, la vengeance. Anciens résistants et collabos se méprisent dans le silence, et la vie se déroule dans une hypocrisie souvent des plus glaçantes.

Gabrielle, elle, s'occupe de son frère, n'aspirant finalement à pas grand-chose de plus que de se faire oublier. Pour elle, la Libération est aussi synonyme d'humiliation, de mort, de traumatisme, le souvenir de son père exécuté sous ses yeux pour avoir collaboré.
Gabrielle se reconstruit petit à petit, jusqu'à recevoir de mystérieux courriers... et se voir confier la responsabilité d'écrire la biographie de l'idole littéraire absolue du moment, Sidonie Porel, présidente du jury du Goncourt, acclamée par la critique comme par le public. Mais cette tâche en apparence anodine entraîne bientôt Gabrielle au coeur d'intrigues peu reluisantes...

La Gloire des Maudits réussit ce que tout roman historique tend à faire : allier la richesse historique à l'intensité d'une intrigue et au charisme de personnages centraux. Ici, c'est bien simple, on vit au rythme des investigations de Gabrielle, on ressent sa fascination pour Porel, l'écrivain prodige, on explore le Paris de l'après-guerre. 
Le contexte choisi par l'auteur est exploité d'une façon passionnante : on s'intéresse aussi bien aux petits détails pittoresques qu'aux grands troubles moraux de cette ville encore sclérosée après une Occupation qui l'a profondément divisée. Ces petits riens tout autant que ces tendances générales s'entremêlent pour donner un tableau aussi convaincant qu'immersif, pour une lecture qui s'engloutit avec délices. 

Le roman déroule en effet son enquête à un rythme parfaitement dosé, entre errances, doutes, révélations et retournements de situation. On navigue avec aisance entre les époques, les hypothèses, les atmosphères : car c'est bien sur ce dernier point que l'auteur concentre tout son art. Il sera difficile d'attester du réalisme de ce qu'il décrit, puisque cette époque s'est déjà envolée, mais le résultat est en tout cas absolument saisissant. Soupçons, hypocrisie, douleur et secrets, voici la sombre toile de fond que Nicolas d'Estienne dOvres offre à son Paris d'après-guerre... Tout en laissant aussi à voir la reconstruction, l'espoir, le boom économique. 

L'auteur prend des partis pris certains, jouant avec ses personnages et les nerfs de ses lecteurs, et maîtrisant ses effets de suspense. Certains pourront regretter le choix audacieux mais peut-être un peu trop explicite qu'a fait l'auteur avec son prologue - si ça ne tenait qu'à moi, je recommanderais d'éviter de lire cette fameuse première page et sa coupure de presse !

La Gloire des Maudits est donc un roman qui tient toutes ses promesses et les dépasse même sans doute, entremêlant reconstitution historique, plongée dans l'effervescence du milieu littéraire des années 50, et enquête multigénérationnelle de longue haleine. On savoure ces quelques centaines de pages en compagnie d'une héroïne forte et indépendante qui parvient à mener sa barque dans un environnement hostile, on se laisse tomber sous le charme indescriptible de la personnalité magnétique de Sidonie Porel, on est saisi d'horreur comme d'enthousiasme grâce aux mots de l'auteur. Une lecture fluide et convaincante, même si encore une fois... pourquoi ce prologue

*part pleurer dans un coin*

(Enfin bon. Lisez quand même ce livre)






1 commentaire:

  1. Intéressant ! J'ai l'impression que tu palpitais tout en lisant ton livre... Ce qui me donne aussi envie de le lire ! xD

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