La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 19 août 2017

The Handmaid's Tale de Margaret Atwood - Chronique n°345

Titre : The Handmaid's Tale
Auteure : Margaret Atwood
Genre : Anticipation | Dystopie
Editions : Vintage Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 384
Résumé : The Republic of Gilead offers Offred only one function: to breed. If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred's nor that of the two men on which her future hangs.

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Existe également en français

Titre : La Servante Ecarlate
Editions : Robert Laffont
Résumé : Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

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You have probably already heard about this book, which has become an almost-phenomenon thanks to its popular adaptation into a TV show. The premise is as efficient as terrifying: this story takes place in a society that deprived women of all their rights, and even of their bodies for some of them, the Handmaids, who have the duty to carry the babies of the highest-ranked chiefs of the new regime. 

Pretty much everything has been said about this book: according to some, it is a feminist reference, according to other, it is the ultimate weapon of defense against a recently-elected president whose poor opinion regarding women has never been a secret.
But what is truly the power of this novel?

According to its readers, it resides in the plot, some sort of parallel distortion of our own society. And that plot is led by Offred.

Offred, the narrator, is no longer the main protagonist of her own life.
Rather a side character. 
Her identity was taken away from her, along with her husband, child, job and name. 
Now, she lingers in an awfully monotonous routine, as she has become nothing else but an object to be used in order to breed children in a society threatened by a rising rate of sterility. 

So she lets the reader look at what her world now is.
Death penalty, inequality, injustice, disappearance of women's rights, fear, surveillance, and silence.
A terrifying silence that echoes the one we adopt when confronted to very contemporary and problematic issues, that might be taking place right now all around the globe.

Margaret Atwood's book is without a doubt a frightening one. She knows how to play with her reader, carefully letting a certain amount of torturing questions unanswered, which creates on the one hand anticipation and fear, but also, on the other hand, a certain kind of frustration.
Indeed, one closes this novel with a taste of wonder, because of how universal, moving, thought-provoking it could have been if only certain fondamental questions about Gilhead had been answered, if only the reader could feel a stronger empathy towards Offred, whose changing personality makes her somehow unreliable, if only the author's intentions had been a bit less obvious. This book is all about warning, preventing, underlining, but it lacks subtlety and emotion. Of course Offred remains cold and detached because it is the only way she can manage to survive, but some glimpses of emotion might have been necessary to involve the reader into this tale. And hat's the word, a tale, again: The Handmaid's Tale should have been more than that. Of course it has some very efficient and well-found metaphors and thoughts, but not enough, in my opinion, to change things. Of course it is entertaining, but it should have been more than that. In its current form, it is a scary story. And I would have liked it to be more than that, maybe the manifesto or the symbol some claim it to be.
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Difficile de passer à côté du phénomène qu'est devenu The Handmaid's Tale ces dernières semaines, notamment grâce à son ultrapopulaire adaptation en série télévisée, qui a hautement contribué à remettre l'ouvrage original sous les projecteurs. Arme de défense anti-Trump, brûlot féministe, vision lucide de l'avenir ou encore avertissement universel, on a tout entendu en ce qui concerne cette histoire d'anticipation, projection dans un monde où la pollution a rendu stérile une grande partie de la population, et où les Etats-Unis d'Amérique sont devenus la République de Gilhead. Sous Gilhead, chacun connaît sa place. Pour Offred, c'est d'occuper le rôle de procréatrice. Son corps ne lui appartient plus, elle n'est là que pour rendre service à la communauté, en s'oubliant et se cachant derrière son uniforme rouge.
Mais elle a beau répéter des paroles pieuses et timides, elle ne parviendra pas à oublier ni à cacher le souvenir de sa vie révolue, du temps où elle pouvait fumer, boire, porter un nom, aimer, choisir, partir. 

A travers une narration éclatée, rythmée par la routine répétitive d'Offred et ses longues plages d'ennui, on découvre petit à petit l'ampleur de la catastrophe qu'est le régime de Gilhead. 
Plus de libertés.
Plus aucun statut pour les femmes.
Plus d'égalité de droit entre les individus.
Le corps des femmes devenu marchandise. 
La peine de mort, la surveillance, la dénonciation.
Rien que de très classique pour une dystopie, me direz-vous, mais c'est d'autant plus perturbant ici que les multiples composantes de Gilhead ne sont dévoilées qu'au compte-gouttes, laissant le temps au lecteur de mariner dans ses doutes et surtout son horreur.


Difficile de se fier à cette narratrice, pas tout à fait conditionnée, mais pas tout à fait prête à se rebeller non plus, qui déconstruit la chronologie du récit au gré de ses humeurs, se laisse aller à vivre une vie dont elle n'admet même plus qu'elle la répugne, trouvant de minuscules satisfactions où elle le peut, parce qu'après tout, pourquoi lutter ? 

Ce n'est pas une histoire violente comme beaucoup de récits d'anticipation peuvent l'être. Pas physiquement, concrètement, en tout cas.
Tout est calme. Silencieux.

Et c'est sans doute ça le plus terrifiant.
Une civilisation entière réduite au mutisme en moins de trois ans, pour le "bien de l'espèce", la "sécurité des femmes", la "paix civile". 
La violence réside dans l'autocensure que s'inflige chacun des citoyens de Gilhead. Se taire jusqu'à se convaincre.
Dans les échos de notre propre société que l'on se surprend à trouver. Dans la réflexion morbide de nos propres mentalités que peut parfois être Gilhead. 

On peut regretter un certain manque de subtilité de la part de l'auteure, dont les intentions sont si évidentes qu'elles peuvent parfois déborder sur l'intrigue et le personnage difficile à saisir d'Offred, pleine de contradictions et de revirements internes. Il est également frustrant de ne pas avoir accès au pourquoi du comment de Gilhead : on est exposé à son fonctionnement, ses conséquences, mais on n'a jamais accès à ses fondements, à la manière dont il a été possible qu'une structure aussi vicieuse se fasse sa place, ce qui aurait pu offrir un étaiement passionnant des théories de l'auteure.

The Handmaid's Tale est donc un roman auquel on ne peut retirer son intrigue captivante ou son décor à couper le souffle, mais on peut lui reprocher de ne pas aller au bout de son pari. Certes, son épilogue propose une porte ouverte vers des horizons intéressants, mais l'auteure aurait pu aller encore plus loin dans son pari audacieux pour obtenir un avertissement plus marquant que celui du roman, déjà édifiant mais partiel. Dans l'état des choses, c'est une histoire qui fait peur. On distingue des parallèles avec la société actuelle, on sent les pistes à creuser, mais on garde un sentiment de frustration. On n'est pas impliqué dans le destin d'Offred. On demeure spectateur. Rien de dramatique encore une fois, cette lecture demeure largement digne d'attention, ne serait-ce que pour tous les débats qu'elle a contribué à nourrir, mais on garde tout de même l'arrière-goût amer du sentiment qu'il n'aurait pas suffi de grand-chose pour être complètement renversé. 

                                ★

7 commentaires:

  1. Ayant lu dernièrement un autre livre de l'auteure et n'ayant pas adhéré à sa plume, je ne pense pas me pencher sur ce livre maintenant. Mais, au vu des sujets abordés, je testerai la série TV. Pour ne pas passer à côté d'une histoire qui a tout de même l'air intéressante.

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    1. Son style d'écriture est super particulier. Elle alterne entre des passages froids, d'autres limite lyriques, avec un registre de vocabulaire qui n'est jamais le même : on passe d'un chapitre entier très descriptif et détaché de la "basse réalité des choses" à une scène où la narratrice lâche le mot "fuck" comme un cheveu sur la soupe, le récit n'a pas toujours de continuité... Faut aimer :p

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  2. Je l'ai lu récemment et ça a été un gros coup de coeur ^^ je vois ce que tu veux dire, même si je n'y adhère pas vraiment ;) en tout cas ça a été un plaisir de lire ton avis !

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    1. Il faut toujours une petite voix qui dissone un peu dans les concerts de louanges, pas vrai ? J'ai bien apprécié ma lecture, hein, et encore une fois, c'est puissant comme récit... Simplement pas autant que ce qu'on aurait pu me faire croire. Sans doute une réaction anticipation/déception, comme souvent !

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  3. J'ai adoré ma lecture du roman, il y a peu !

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  4. Je n'ai encore jamais lu cette auteure, je ne sais pas trop si j'accrocherai avec son style qui a l'air bien particulier ! Mais en même temps ses livres m'intriguent ^^

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