La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 23 août 2017

La Fourmi Rouge d'Emilie Chazerand - Chronique n°346

Titre : La Fourmi Rouge
Auteure : Emilie Chazerand
Genre : Contemporain | YA
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Résumé : Vania Strudel a 15 ans et :

- un père taxidermiste qui l'emmène au collège à bord de sa "ouafture"

- Une ennemie jurée, qui est aussi la fille la plus populaire du lycée

- Un œil qui part en vrille, et une vie qui prend à peu près la même direction.
Bref, son existence est une succession de VACHERIES.
Mais un soir, elle reçoit un mail anonyme qui lui explique qu'elle n'est pas une banale "fourmi noire" sans ambition.
Elle serait plutôt du genre "fourmi rouge".


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Prenons un instant ensemble pour faire une petite expérience de visualisation.
Imaginez une adolescente.
C'est l'Héroïne Typique de Roman YA.
Dotée d'un prénom aux sonorités musicales ou exotiques, elle doute d'elle parce que, vous comprenez, elle a un lourd passé, alors qu'en réalité elle est la seule à ne pas réaliser qu'elle est un être de lumière pourvu d'un physique d'Ange de Victoria's Secrets et qu'environ deux à cinq personnages secondaires sont éperdument épris d'elle. Ses parents l'empêchent de vivre sa vie, ses amis l'accompagnent dans toutes ses aventures et surtout, elle envisage le monde avec un perpétuel enthousiasme et un indestructible optimisme. 
Vous la voyez ? 
Bien, maintenant, vous la réduisez en bouillie et vous prenez son exact opposé.

Voici Vania Strudel, affublée d'un patronyme réunissant serviette hygiénique et pâtisserie alsacienne et d'un père taxidermiste à l'amour et à la loufoquerie que l'on qualifiera de débordants. Et niveau meilleurs amis, autant oublier tout de suite le cliché des fidèles acolytes légèrement moins attrayants que le héros mais suffisamment pour cadrer dans le récit, qui vont toujours dans le sens dudit héros en rangeant leurs relents de personnalité au placard. Voici plutôt Victoire, qui aurait pu se lancer dans une carrière de top-model si seulement elle ne souffrait pas d'une maladie qui lui donne l'odeur corporelle d'un poisson pourri, et Pierre-Rachid, son voisin, qui survit depuis des années au port d'un prénom multiformes en ne comportant qu'un minimum de défauts pour un membre de l'espèce mâle. 

Vania ne voit pas vraiment l'intérêt qu'il y a à être elle-même. Elle n'est bonne qu'à se prendre de joyeux coups de traîtresse de la part de son ennemie jurée, et des humiliations involontaires de la part de son père.
Jusqu'à ce qu'elle reçoive un mail.
Un mail qui ne fait pas dans la dentelle, hein.
Mais un mail qui a le mérite de la réveiller. 
Vania n'est pas vouée à mener une vie médiocre.
Elle n'est pas une énième fourmi noire perdue dans sa colonie. 
Elle est une fourmi rouge en devenir. Et elle doit s'assumer comme telle.

Et cela donne un sacrément bon bouquin.

Sacrément bon parce qu'il n'a l'air de rien, et pourrait n'être qu'une énième histoire d'ado mal dans sa peau qui surmonte ses complexes selon un schéma "péripéties, retournement de situation, moment de tension et résolution". 
Rien de tout cela ici.
Et on s'en rend compte dès les toutes premières pages.
Ce n'est pas que l'auteure adopte le ton de Vania à la perfection. La vérité, c'est que c'est Vania qui parle d'un bout à l'autre du roman : sa présence habite le moindre mot écrit, la moindre situation exposée, la moindre blague douteuse glissée entre deux phrases. Vania rythme le récit au rythme de ses pérégrinations intérieures, de ses doutes, de ses envolées lyriques, et avec une telle présence, impossible de ne pas s'attacher férocement à celle qui se présente pourtant comme la plus fade des personnes insignifiantes de cette planète. Voir une auteure qui maîtrise sa plume et son ton décapant avec autant d'aisance est en un mot génial.

Le récit se place au juste niveau de cocasserie, avec des événements suffisamment déjantés pour surprendre et faire rire, sans non plus verser dans un burlesque invraisemblable ou trop appuyé. Le ton survolté fonctionne, parce qu'il est sincère et assumé, et qu'il entraîne irrésistiblement le lecteur avec lui. On fait bel et bien partie de ces quelques semaines dans la vie - mouvementée - d'une narratrice fraîche, unique, acerbe et cynique. Comment voulez-vous dès lors ressentir autre chose qu'une affection immodérée pour ce petit bijou d'humour au trente-quatrième degré ?

La Fourmi Rouge est le roman auquel toutes les histoires YA devraient ressembler. Il contourne les codes avec dérision et naturel, apporte le juste dosage d'émotion, d'absurde, d'exceptionnel et de parfaitement ordinaire. Il apporte surtout, et c'est bien cela l'essentiel, un merveilleux message tout sauf niais d'acceptation de soi, la certitude qu'embellir sa vie est à la portée de tous, que chacun a sa part de fourmi rouge et qu'il suffit d'un peu d'audace pour la révéler au grand jour. 

Alors, qu'est-ce qu'on dit ? Oui à Vania, à la Ouafture de son père, à l'odeur pestilentielle de Victoire, aux bassesses de Charlotte et aux patronymes multiformes. Oui à la bouffée de frais qu'est la Fourmi Rouge, sur tous les points, pour tous les âges. Parce que nous avons tous besoin de petites parenthèses de folie douce comme celle-ci. Une folie finalement plus raisonnable que pas mal d'aspects de notre monde habituel.

                               ★




4 commentaires:

  1. Un livre génial, j'ai adoré Vania et son humour, j'ai même envie de le relire :D

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  2. C'est tentant dis donc :D D'ailleurs j'adore ton intro !

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  3. Un livre que j'ai dans ma PAL et qu'il me tarde de découvrir étant donné que tous les avis sont très bons :)

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  4. Ce roman a l'air super sympa ^-^ J'ai bien envie de le lire.

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