La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 29 août 2017

Marx et la Poupée de Maryam Madjidi - Chronique n°368

Titre : Marx et la Poupée
Auteure : Maryam Madjidi
Genre : Autobiographie | Contemporain
Editions : Le Nouvel Attila
Lu en : français
Nombre de pages : 202
Résumé : Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.

À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan, qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.


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Maryam est iranienne. Elle est née à Téhéran dans une famille aux idées bien éloignées de celles de la République Islamique, et suit ainsi ses parents lorsque ses derniers décident de quitter le pays pour Paris. 
Déboussolée, la petite fille mutique apprend bien vite le français, en tombe même amoureuse, au point même d'en rejeter le persan, sa langue maternelle qui constitue pour elle une attache insupportable à un pays auquel elle n'associe que souffrance. Hors de question d'être rejetée. Mais jusqu'à où s'intégrer ? Que faire de cette langue, cette vieille femme à la plainte lancinante, comme Madjidi la décrit elle-même ? 

C'est ainsi que l'auteure entraîne le lecteur dans une succession de souvenirs qui peuvent paraître chaotiques du fait de leur ordre tout sauf chronologiques, mais qui suivent en réalité une subtile progression, des souvenirs rattachés à une espèce de dualité, voire de duel entre ses deux pays, jusqu'à ceux de l'harmonie, de la cohabitation, de la sublimation de l'un par l'autre en réalité. L'écriture est simple mais poétique, esthétique, maîtrisée surtout, jouant avec tous les sens du lecteur. Rien de plus efficace en effet pour transporter quelqu'un sur des milliers de kilomètres que ces mots riches d'odeurs, de goûts et d'autres sensations. 

Voilà comment se déploie tout un réseau de questions essentielles à partir de ces faits, qui ne sont en apparence qu'anecdotes, mais s'avèrent bien plus profonds et évocateurs que les simples réminiscences d'une petite fille. Maryam Madjidi pose bien entendu la question des origines et de la construction de l'identité, voire d'une double identité, mais aussi celle de l'exil, de la construction et de l'union d'une société, des valeurs, de la culture. A travers son parcours, qui l'a vue tout d'abord taire sa culture iranienne pour embrasser la française avant d'accorder à nouveau une chance à son patrimoine natale, on ne peut qu'être frappé par des problématiques si actuelles, à l'heure où l'on entend tout et n'importe quoi sur les migrants, et surtout n'importe quoi, en fait.

Marx et la Poupée est donc un roman qui se déguste aussi vite qu'il s'implante avec force dans l'esprit du lecteur. Son écriture unique en fait pratiquement un recueil de poèmes en vers libres, dans une atmosphère particulièrement travaillée, entre nostalgie et ouverture. Une lecture douce-amère, un peu déstabilisante parfois, comme en écho à la perte de repères de la petite fille à laquelle on a demandé de donner sa poupée aux petits enfants iraniens, à la fois terriblement actuelle, historique et intemporelle, à découvrir pour peu que de tels thèmes vous intéressent ! 

                                ★

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