La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

-

Dernières chroniques...

Dernières chroniques...

isidore h-ros le-paradoxe dix-sept girl why brexit_romance

vendredi 2 février 2018

Les Loyautés de Delphine de Vigan - Chronique n°397

Titre : Les Loyautés
Auteure : Delphine de Vigan
Genre : Contemporain
Editions : JC Lattès
Lu en : français
Nombre de pages : 200
Résumé : Les destins croisés de quatre personnages : Théo, enfant de parents divorcés ; Mathis, son ami, qu'il entraîne sur des terrains dangereux ; Hélène, professeure de collège à l'enfance violentée, qui s'inquiète pour Théo ; Cécile, la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. Une exploration des loyautés qui les unissent ou les enchaînent les uns aux autres.

----------------------------------------------------------------

J'avais envie d'aimer ce livre. 
Vraiment.

J'aime énormément la plume de Delphine de Vigan, ses thèmes, ses atmosphères sombres d'artiste torturée et le côté dérangeant propre à chacun de ses ouvrages. 

Mais pas comme ça. 

Pourtant, tout se présentait sous les meilleurs auspices : les histoires croisées et soigneusement écrites de quatre personnages désorientés et troublés. On découvre ainsi deux jeunes collégiens, Théo et Mathis, Hélène, leur professeure de SVT, et Cécile, la mère de Mathis. Chacun se démène avec ses propres démons, en les avouant plus ou moins au lecteur, et surtout avec ses liens invisibles qui le rattachent à d'autres, ses loyautés. Famille, honneur, amitié, mariage, différents motifs pour un seul et même résultat : le silence et la dépendance. 

Le roman démarre de façon très brusque et poursuit son avancée à coups de très brefs chapitres, qui ne dépassent que rarement les trois ou quatre pages. Très vite, le lecteur est frappé par la noirceur de l'histoire, et la découverte de ce roman ne se fait pas sans heurts et frissons. Le travail de l'atmosphère est savamment orchestré, et on sent une volonté de la part de De Vigan de frapper juste, d'émouvoir, voire de choquer. 

Mais impossible pour moi de me laisser convaincre par ce roman. Je n'ai aucun problème avec les récits dramatiques, voire sombres, au contraire - la plupart de mes romans préférés peuvent complètement être qualifiés de "glauques". Mais pas lorsque cette tonalité est délivrée de façon aussi gratuite qu'ici. On peut absolument parler de sujets très difficiles voire épidermiques, mais pas en se limitant à des personnages aussi stéréotypés qu'ici, avec un déferlement de violence physique et psychique aussi peu introduit que développé. Non, on a plutôt l'impression d'un bombardement d'informations toutes plus prétendument choquantes les unes que les autres, sans aucun approfondissement et surtout aucune subtilité. On est effaré, sans conteste, on est incroyablement touché par ce que propose l'auteure, mais absolument pas de façon enrichissante ou simplement propice à une réflexion postérieure. Le sommet de cet amas de clichés et de violence est atteint avec un final certes retournant, mais qui donne l'impression de tomber comme un cheveu sur la soupe après un roman qui ne s'est pas donné le temps d'exister.

En très précisément 200 pages, on n'a pas le temps de s'attacher à ces personnages réduits à des poncifs classiques, de réfléchir à ces situations de malaise profond, non, on est presque laissé pour compte avec une histoire dont on ne parvient pas à saisir le sens. Qu'a voulu raconter Delphine de Vigan ? Pourquoi ce livre ? 

Est-ce une tentative de roman social ? Cela me laisserait dubitative, les personnages se réduisent à des portraits navrants de simplisme, et si on devine une tentative de critique des milieux bourgeois, jamais cette dernière n'aboutit à quoi que ce soit de convaincant. 
Est-ce un drame familial ? Pourquoi pas, mais dans la mesure où l'on ne s'attache à aucun des personnages, l'objectif est manqué. 

Ecrire a un sens. On ne balance pas des histoires sur des sujets aussi majeurs que l'abus, l'alcoolisme ou la dépression en laissant le lecteur se débrouiller avec. Les Loyautés est un roman qui m'a fait me sentir mal, mais absolument pas pour les raisons qui peuvent me faire aimer des romans terriblement oppressants et réussis comme Le Meilleur des Mondes ou dans le registre contemporain, Les Garçons de l'Ete de Rebecca Lighieri, qui excelle là où Les Loyautés échoue. 

Je n'exclus évidemment pas de lire les prochains romans de Delphine de Vigan, mais demeure néanmoins incapable de vous recommander pour une quelconque raison ce roman dont je ne parviens pas à apprécier la démarche. Peut-être l'avez-vous apprécié, et tant mieux, mais de mon côté, je reste sur une grande déception et une lecture profondément dérangeante.  


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire