La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mardi 26 juin 2018

Vernon Subutex de Virginie Despentes - Chronique n°421

Titre : Vernon Subutex
Autrice : Virginie Despentes
Genre : Contemporain
Editions : Grasset | Le Livre de Poche
Lu en : français
Nombre de pages : 422
Résumé : 
QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde disparu.
L’ultime visage de notre comédie inhumaine.

Notre fantôme à tous.


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Vernon Subutex a de la gueule. Vernon Subutex, ce sont des gueules, celles des différents personnages qui surgissent d'un chapitre à l'autre pour pousser très à propos leurs coups de gueule, leurs émois, leur rage, leur colère noire. Ce sont des portraits crus, certes, mais surtout troubles, qu'on ne peut ni tout à fait détester, ni tout à fait apprécier. Despentes nous pousse vers un malaise constant, avec d'une part un rejet, un sentiment d'étrangeté, et d'autr part une vraie compassion, voire une approbation involontaire du discours des personnages. Parce que Vernon Subutex, ce sont avant tout ces voix qui résonnent avec une justesse, une oralité et une vérité folles, des voix geignardes, gémissantes, survoltées, ennuyées, des voix qui parviennent à venir à bout de l'artificialité qu'est la narration d'un roman.

Vernon Subutex, c'est du cynisme. On en a déjà énormément parlé, on en a fait des gorges chaudes, mais oui, Despentes, c'est ça, cette plume qui choque et qui est ravie de le faire, ces thèmes volontairement crispants, ces prises de position extrêmes, cette intransigeance envers le genre humain. Cette noirceur poussée à ses limites pourrait devenir gratuite et intenable, mais elle repose toujours sur la vérité, celle des personnages, celle d'une société, et on ne peut que se heurter avec toujours plus d'hébétement aux constats glaçants du roman.

Vernon Subutex, c'est la réalité, ou plutôt des réalités. Celle du père de famille qui dépend de sa femme et dérive dans sa rancune, celle d'une ancienne hardeuse qui cherche à exister autrement mais ne regrette rien, celle d'une célibataire endurcie qui déprime dans son appartement en cherchant un sens aux années qu'elle vient de perdre, celle d'un trader désabusé, d'un ancien disquaire à la rue, d'une beauté vieillissante qui n'oserait jamais avouer qu'elle s'ennuie à en crever, celle d'un très riche, celle d'une très pauvre, celle de tous ces gens qui ont arrêté depuis des années d'avoir des raisons de se lever le matin.

Vernon Subutex, c'est de la cruauté. La cruauté de personnages qui semblent tous profondément malheureux, profondément englués dans des échecs qui ne sont  pas sans rappeler certaines situations que le lecteur peut vivre ou dont il peut être témoin. La cruauté d'une plume qui veut aller chercher ledit lecteur dans ses regrets, ses rancoeurs, ses colères, la cruauté d'un monde qui va mal et que personne n'a le pouvoir de changer, la cruauté d'une histoire qui n'a pas plus de sens que les autres mais dans laquelle tant de lecteurs ont trouvé refuge.

Vernon Subutex, c'est une expérience. L'expérience de surtout ne pas vouloir se reconnaître dans un texte, mais de finir par s'avouer vaincu, et admettre qu'évidemment, Vernon résonne avec chacun d'entre nous, que bien sûr, ses dégoûts sont les nôtres, au fond, que sa vie n'a pas plus de sens que la nôtre. L'expérience d'une lecture qui prend aux tripes, soulève le coeur et le réconforte aussi, parce que Vernon, c'est peut-être aussi une façon de se dire qu'on n'est pas tout seul.

3 commentaires:

  1. Un livre qui a l'ai tentant après avoir lu ta chronique (que j'ai trouvé très belle et quelle conclusion!) ^^

    Camille :)

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    Réponses
    1. Merci beaucoup ! Et mieux que tentant, il est extrêmement satisfaisant :)

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  2. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre mais pourquoi pas ^^

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