La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 13 juin 2018

My Sister, my Love de Joyce Carol Oates - Chronique n°418

Titre : My Sister, My Love
Autrice : Joyce Carol Oates
Editions : Fourth Estate
Genre : Contemporain
Lu en : anglais
Nombre de pages : 562
Résumé : When a beautiful, ice-skating child prodigy is found brutally murdered, suspicion mounts against friends, neighbors, and even the young girl's own family. Told from the point of view of the dead girl's brother, 'My Sister, My Love' explores the darkest corners of the human psyche, and takes the reader into a twisted world.

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Existe également en français

Titre : Petite Sœur, mon amour
Editions : Points
Résumé : 
Bliss, princesse des glaces qui a remporté tous les prix de patinage, a été assassinée. Pourtant, tout le monde l'aimait. Son frère Skyler, psychotique, un peu jaloux de son succès. Sa mère, prête à tout pour faire de Bliss une star : maquillage outrancier, tenues sexy et produits dopants. Ses fans qui l'adulent jusqu'à l'obsession. Oui, tout le monde aime Bliss, mais trop d'amour peut tuer...

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There's one thing I'm learning for sure. Joyce Carol Oates never disappoints. 
Shortly after finishing the astonishing, must-read, life-changing Blonde, I felt the need to dive again into Oates' prose, into her twisted mind and dark stories, and I happened to randomly find one of her novels upon a stack of books at my bookstore. 

And so I began reading My Sister, My Love
And oh, my.

That lady is crazy.

The novel is basically the testimony of nineteen-year-old Skyler, whose sister was found brutally murdered at age six, when he himself was not even ten years old.  
But this is not your typical testimony. This is more of a tortured insight of a traumatized teenager, full of conjectures, doubts, remorse and wanderings. 

The novel starts abruptly, with a few unsettling chapters about the narrator's most profound doubts and terrors - which is by the way brilliantly executed, and not only at the beginning of the book. The whole novel depicts with an incredible acuity what it feels like being tortured by memories, by regrets, by anguish, to an almost unbearable point. 
The plot becomes then more usual, stable, first telling the childhood of the Rampike children, raised by their clearly fragile and destructive parents, then poor Bliss' murder and what followed it. The whole family dynamic is both fascinating and repulsive, and Oates perfectly manages finding the appropriate words to reflect Skyler's uneasiness, along with his guilt and anger against all the people who mistreated him - and believe me, there are a lot of them. 

I'm once again in awe in front of Oates' rich, complex, nuanced writing, sometimes classic, sometimes incredibly innovative, always full of imagination and passion. Although the novel is more than 500 pages long, you will not be able to find a passage that could have been cut out of it. Everything is well-thought and crafted in a way that it maintains the reader completely caught up in the story... until a finale completely satisfying regarding both the plot and the narrator's personal journey. 

My Sister, my Love was another great discovery of Oates' work for me - although it didn't surpass Blonde to my eyes, but can any book do so? I doubt it. 
I recommend it for its gripping realism and rawness, its violence, its incredible emotional power on the reader, but I nevertheless would be less prone to push you to read it if you are quite sensible or not in a really good place at the moment. There are some really dark things in there.

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Pas de doute, Joyce Carol Oates possède un talent monstrueux. 
J'en avais déjà eu un aperçu plus que marquant avec Blonde, et My Sister, My Love, avec toutes ses ressemblances mais aussi ses particularités, est une nouvelle petite prouesse de la part de cette autrice aussi prolifique qu'éclectique, et, avouons-le, complètement barrée. 

C'est complètement par hasard que j'ai découvert ce roman, posé sur une pile de livres, et que j'ai acheté par impulsion, parce que je ressortais tout juste du traumatisme, de l'expérience, du bonheur d'avoir découvert Blonde et que je mourais d'envie de retrouver la plume d'Oates. 

Oates aime plus que tout plonger le lecteur au plus profond de la psyché de ses personnages, le confrontant sans ménagement à leurs pires pulsions, contradictions et autres pensées inavouables. C'est aussi déstabilisant qu'hypnotique, et on n'a d'autre choix que de se laisser emporter par les voix pas toujours rassurantes ni rassurées de ces figures instables et bien trop impliquées dans le récit qu'elles racontent pour être fiables. 

Les romans de cette écrivaine sont dans un jeu constant et fascinant de déconstruction et de démystification de la vérité, ou plutôt des vérités propres à chacun : celle que l'on s'avoue, celle de son déni, la vérité révélée, celle de celui en face de soi, celle des médias, l'opinion commune, la vérité idéalisée. Toutes s'entrechoquent, se contredisent et apprennent l'une de l'autre, pour un résultat qui pourrait être une cacophonie mais qui est tout le contraire : un récit torturé, certes, mais nuancé, complexe mais fluide et inexplicablement équilibré. 

My Sister, my Love est long, est assez difficile d'accès dans ses toutes premières pages qui relèvent plutôt du délire que d'autre chose - et c'est brillant -, avant de trouver un rythme vraiment prenant par la suite, tout d'abord avec le récit de l'enfance de Skyler et Bliss par Skyler lui-même, des profonds déséquilibres qui traversent leur famille, avant de basculer vers le meurtre en lui-même et surtout ce qui va suivre. Le récit est plus que prenant, très lourd même du fait des thématiques abordées, et il peut parfois être nécessaire de faire quelques interruptions dans sa lecture pour prendre de la distance par rapport au malaise viscéral que l'on ressent vis-à-vis de cette intrigue sordide. 

C'est donc un nouvel ouvrage brillant, notamment grâce à la richesse et à la surexpressivité de son écriture et au degré de subtilité auquel Oates parvient à pousser les personnalités de ses personnages. Le roman reste évidemment un petit cran en-dessous de Blonde, mais pour être honnête, Blonde, c'est un peu la fin de la littérature. N'hésitez donc pas à découvrir cette histoire oppressante, sombre, même si je serais d'avis de déconseiller cette lecture à des âmes peut-être un peu sensibles. 



2 commentaires:

  1. Cette auteure m'intrigue beaucoup mais je ne pense pas me lancer un jour dans la lecture d'un de ses romans. J'ai peur que le côté tortueux de ses livres me fasse passer à côté de l'histoire.

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    1. J'aurais tendance à te dire de foncer peu importe le côté tortueux mais je pense aussi qu'il est totalement justifié de ne pas tenter le coup si tu ne t'en sens pas parce que oui, clairement, c'EST tortueux haha

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