La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

-

Dernières chroniques...

Dernières chroniques...

Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image Hebergeur d'image

dimanche 20 novembre 2016

Chanson Douce de Leïla Slimani - Chronique n°267

Titre : Chanson Douce
Auteure : Leïla Slimani
Genre : Contemporain
Editions : Gallimard (collection Blanche)
Lu en : français
Nombre de pages : 240
RésuméLorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. 
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant. 

----------------------------------------------------------------------------

Vous avez sans doute entendu parler de ce roman, pour la simple et bonne raison qu'il a reçu il y a trois semaines la célèbre distinction qu'est le prix Goncourt. Bien qu'un peu déçue de ne pas avoir vu L'Autre qu'on adorait de Catherine Cusset, finaliste que j'adorais moi-même, remporter la récompense, j'ai tout de même tenu à découvrir ce titre, qui devait après tout être certainement excellent.

Je l'ai lu.
Et...
J'avoue ne pas être transportée.

Chanson Douce décrit une histoire en un mot épouvantable : le meurtre de deux enfants, Adam et Mila, par leur nourrice.
Bonne ambiaaaaance.
Nourrice qui avait pourtant été choisie avec soin par les parents des jeunes frère et sœur, et qui comblait depuis des mois la famille par sa gentillesse, sa disponibilité, son professionnalisme : elle n'était rien de moins qu'une véritable Mary Poppins. Alors comment expliquer ce geste fou et macabre ? Quels démons torturaient la jeune femme ?
C'est ce que propose de découvrir Leïla Slimani... avec plus ou moins de succès à mon sens.

S'il y a bien quelque chose que l'on ne peut pas retirer à ce roman, c'est sa fluidité incroyable, son rythme effréné, son caractère prenant. La plume de l'auteure sait accrocher son lecteur, poser une tension magistrale et rendre insupportable le fait de reposer le livre. On est en haleine, on s'immerge avec de plus en plus d'horreur dans le quotidien de cette famille en redoutant et attendant dans le même temps la vérité.

Et c'est justement à cause de cette grande attente que l'on est déçu par le dénouement. L'auteure se perd dans des aller-retours temporels pas forcément judicieux, amorce des éléments de résolution avant de les abandonner, et pose un point final sans avoir rempli son contrat. Toutes les questions du lecteur restent en suspens, les personnages sont loin d'avoir révélé ce qui faisait justement leur sel, leur folie, et le mystère reste entier... Mais pas d'une façon subtile et ingénieuse, tout simplement avec un sentiment de frustration et d'inachevé. Leïla Slimani ne va pas, à mes humbles petits yeux, au bout de sa démarche pourtant intelligente. Une fin ouverte, d'accord, parfait, je plussoie. Mais un arrêt soudain qui ne laisse que de vagues ombres d'explications, voilà qui est plus dérangeant.

Le plus gros enjeu de ce roman consiste bien sûr à développer le psychisme de ses personnages, pour la plupart complètement instables, avec évidemment une insistance sur la nourrice dont on attend impatiemment de percer les secrets. On la sent fragile tout au long du récit, on perçoit sa descente aux enfers, mais encore une fois, la découverte reste partielle, et en refermant le roman, on ne saisit tout simplement pas le personnage. On n'est pas allé au bout de sa découverte, on ne comprend pas par quel biais elle a évolué de cette façon, on n'a tout simplement pas le fin mot de l'histoire !
L'auteure tombe dans une sorte de caricature du couple bourgeois qui traumatise sa nourrice issue d'un milieu populaire, qui participe également de ce côté inachevé du roman. Quelle déception de voir un roman que l'on espérait subtil et sensuel tomber dans des stéréotypes aussi glaçants !

Leïla Slimani et sa plume incisive savent blesser et jouer avec leur lecteur, mais elles ne le font pas à bon dessein, et tombent malheureusement dans de la violence gratuite, des visions assez grossières de la société. On referme Chanson Douce sans l'impression d'avoir mené une enquête passionnante, entre satisfaction et frisson, mais avec un profond sentiment de malaise. On se sent sincèrement mal après ce roman, ce qui peut dans certains cas intéressant, mais qui paraît ici simplement dérangeant. Une déception, qui l'est d'autant plus que l'auteure sait écrire, construire une histoire, un climat de tension, et partait d'idées prometteuses.

Note attribuée : 4/10 : pardon, gentil jury du Goncourt. Je ne remets pas ton jugement en question. Chanson Douce n'était simplement pas fait pour moi...

10 commentaires:

  1. Ce roman ne m'a jamais tentée, même après avoir été primé... A vrai dire, pour le moment, je voues une certaine obsession au ''Dernier des Nôtres'', mais je le réserve pour plus tard. Toutefois hier, n'y tenant plus, j'ai lu les premiers chapitres, et j'en suis sortie un peu dubitative...
    Disons que cette année, la rentrée littéraire est assez glauque et morbide dans les thèmes qu'elle aborde : Petit Pays, California Girls, Chanson Douce, L'autre qu'on adorait... La mort est omniprésente et pour l'instant, ça me fait fuir, je dois l'avouer...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme je suis d'accord, que de thèmes violents ! J'ai tenté California Girls, mais c'était rempli d'une violence gratuite, j'ai été extrêmement mal à l'aise en découvrant ce texte, et j'ai bien vite laissé tomber.
      A mon humble avis, ne t'attarde pas sur Chanson Douce, par contre, je te vois bien tenter L'Autre qu'on adorait ! Quant au Dernier des Nôtres, accroche-toi, je te promets qu'il en vaut la peine :)

      Supprimer
  2. Bon... J'avoue qu'il me tente quand même, mais au moins, j'éviterai d'en attendre trop ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Voilà, cela me paraît être une sage démarche ! Et puis, mon avis reste minoritaire...

      Supprimer
  3. Je suis tentée par ce roman, par curiosité et pour savoir pourquoi il a été élu ! Mais j'ai peur... Ton avis me fait encore plus peur. Je le lirai surement si on me le prête du coup :p

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue que je ne suis pas des plus rassurantes, avec une chronique pareille...

      Supprimer
  4. Il ne me faisait pas forcément envie, mais recevant le prix Goncourt, je me suis dit que ça serait bien de le lire. Mais tu me donnes pas du tout envie de le lire ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Malheureusement non, je ne suis pas des plus motivantes...

      Supprimer
  5. J'ai vu beaucoup d'avis positifs donc ta chronique me surprend quand même. Après, chacun ses goûts, bien sûr ;)
    Je compte tout de même le lire pour me faire mon propre avis !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Haha, heureusement qu'il y a des avis de toutes sortes ! Tu me tiendras au courant...

      Supprimer