La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 30 novembre 2016

Bilan du mois [Novembre 2016]


Bonjour à tous !

Le mois de novembre aura été aussi âpre et froid que redouté, mais heureusement illuminé par de très très belles lectures, avec deux de mes plus gros coups de cœur de l'année... Et il s'achève surtout dans les meilleures perspectives, puisqu'avec décembre s'annonce le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, auquel je serai mercredi 30 novembre, samedi et dimanche 3 et 4 décembre, et surtout Noël, avec un merveilleux Swap de l'Avent que Ninon du blog Livres de Coeur et moi avons organisé, et tout simplement...
Noël. NOËL. 

Voici donc le bilan de mes 16 lectures de novembre !

Les coups de coeur du mois...
Phobos 3 de Victor Dixen : une conclusion plus que parfaite à une saga qui m'aura fait rêver comme jamais !
Samedi 14 Novembre de Vincent Villeminot : un roman dur et bouleversant, qui fait souffrir et réfléchir...

J'ai adoré...
Sauveur et fils saison 2 de Marie-Aude Murail : la suite réussie d'une saga dont le personnage principal, psychologue de métier, n'a pas fini de me faire fondre...
Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo : une claque incroyablement dure et pourtant si poétique, un témoignage hors du commun de l'enfer des camps de concentration. Et ces mots sont bien en deçà de la puissance du texte...
Nos 14 Novembre d'Aurélie Silvestre : un roman magnifique, encore sur le thème des attentats, ici sous la forme du témoignage d'une jeune femme dont le mari a été abattu au concert des Eagles of Death Metal. Beau, poignant et inspirant...
La Liste de Schindler de Thomas Keneally : un classique que je voulais découvrir depuis une éternité et qui a même surpassé mes attentes !
Lever de rideau sur Terezin de Christophe Lambert : un récit original et captivant, qui s'intéresse à un camp méconnu dans lequel les Nazis parquaient les intellectuels et célébrités juifs, qui permet de suivre le destin d'un dramaturge forcé à monter une pièce pour les dirigeants du camp... Le tout en montant une opération d'évasion !
U4 - Contagion d'Yves Grevet, Florence Hinckel, Vincent Villeminot et Carole Trébor : un prolongement passionnant aux quatre romans croisés de la série post-apocalyptique U4, entre horreur et émotion...


J'ai beaucoup aimé...

La Boiteuse de Françoise Grard : un récit troublant, un véritable parcours initiatique sur les traces d'une héroïne courageuse et authentique.
Le Journal de Gurty de Bertrand Santini: la suite réussie d'une adorable saga jeunesse dont je ne me lasse pas !
Bleu blanc sang de Bertrand Puard : un thriller aux accents politiques intelligent et prometteur, dont j'attends avec hâte de pouvoir découvrir la suite !

J'ai bien aimé...
Moi et les Aquaboys de Nat Luurtsema : un roman léger qui n'échappe pas à certains stéréotypes, mais permet tout de même de jolies réflexions sur l'adolescence, l'acceptation de soi et l'ambition...
Tant d'étoiles dans la nuit de Charlotte Bousquet : un récit choral intense et touchant, quoiqu'un peu déstabilisant et dense à certains moments...
Danser d'Astrid Eliard : un livre suivant trois jeunes danseurs ambitieux confrontés à de terribles choix par rapport à leur carrière, à leurs amitiés, à eux-mêmes... Une immersion convaincante dans l'univers terrible de la danse classique !

J'ai plutôt aimé...
Atlantia d'Ally Condie : une histoire plutôt entraînante et bien menée, malgré quelques passages un peu moins convaincants.

J'ai été déçue...


Chanson Douce de Leïla Slimani : un roman malheureusement trop caricatural à mes yeux pour être satisfaisant, dérangeant et peu abouti...

Sur ce, je vous souhaite un excellent mois de décembre ! 


lundi 28 novembre 2016

Phobos 3 de Victor Dixen - Chronique n°270

"Le problème, c’est que ce qu’on est vraiment finit toujours par resurgir."

Titre : Phobos 3
Auteur : Victor Dixen
Genre : Science-Fiction
Editions : Robert Laffont (collection R)
Nombre de pages : 615
RésuméSix pionniers en apparence irréprochables.

Six jeunes terriens rongés par leurs secrets.
Six dossiers interdits, qui auraient dû le rester. 



Ils incarnent l'avenir de l'humanité. 
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis, L'émission de speed-dating la plus folle de l'histoire, Destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars. Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, Leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.
Ils dissimulent un lourd passé. 
Le courage suffit-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu ? La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore ? Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs Sur les " héros de l'espace " ?
Ils doivent faire le choix de leur vie, avant qu'il ne soit trop tard.

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Chronique garantie sans spoilers vicieux !

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Abasourdi. 
Il n'a pas fait cela, quand même ? Si ? 
Émerveillé.
C'était beau, tragique, inspirant.
Stupéfait.
Mais d'où sort ce roman ?

Tel est l'état dans lequel vous vous trouverez en refermant Phobos 3. 

Phobos, c'est la passion, l'immersion, les pages qui défilent alors que le soleil se couche, les mots qui abreuvent sans même que l'on ne s'en rende compte.
Phobos, c'est ce frisson, cette main plaquée instinctivement contre la bouche, cette larme qui picote le coin de la paupière.
Phobos, c'est cette exaltation unique mêlée d'appréhension que l'on ne ressent que face aux récits les plus touchants, les plus captivants, les plus maîtrisés.

Phobos, c'est tout cela à la fois, et pourtant tellement plus.

On dira peut-être, à grand tort, qu'une trilogie étiquetée "young-adults" est loin de mériter de tels éloges, que cette critique s'emballe sans doute.
Que nenni.
Aucun doute là-dessus, Phobos mérite des avis dithyrambiques, des critiques débordantes d'enthousiasme, des recommandations enflammées. Ces romans réunissent de façon inédite une intrigue captivante, une plume chair-de-poulante - tout à fait, chair-de-poulante -, un cadre réfléchi et maîtrisé et des personnages à la fois marquants et troublants. 

Les quelques gênes minimes que l'on pouvait ressentir dans les premiers tomes, tels que le caractère parfois artificiellement explicatif des dialogues ou l'omniprésence de romances, s'estompent au fil de la saga. Les personnages révèlent leur plein potentiel, avec des parts bien plus dérangeantes que ce que l'on aurait pu croire, séduisant par leurs destins inoubliables et leur psychisme si abouti. Plus l'on progresse dans l'odyssée martienne, et plus le récit gagne en maturité, en obscurité, en complexité, jusqu'à un tome final magistral, véritable apothéose. Entre retournements et même déchirements de situation stupéfiants, description de situations horrifiantes qui mènent à de profondes réflexions sur des travers sous-jacents de notre propre société et texte d'une beauté indéniable, Phobos 3 est une réussite sur tous les plans. Il n'y a absolument rien à reprocher : la progression du drame est maîtrisée, suffisamment rapide pour conférer un rythme à couper le souffle au roman, suffisamment lente pour éveiller l'attente passionnée du lecteur. Enfin, ses questions trouvent des réponses... Et elles sont bien au-delà de ce qu'il aurait pu imaginer, atteignant de nouveaux degrés d'horreur ! Même les quelques interrogations qui restent en suspens lorsque la dernière page se tourne sont judicieuses, laissant suffisamment d'inconnu pour que cette superbe saga reste à jamais envoûtée de ce si séduisant mystère qui faisait sa saveur... Promesse de larmes, stupeur et attendrissement, Phobos est loin d'être une lecture reposante.

Un roman qui conclut dans une intensité dramatique hors-normes une trilogie dont l'incroyable qualité n'a fait que se confirmer au fil des tomes, qui fera voyager, pleurer et réfléchir son lecteur comme il n'aura jamais eu l'occasion de le faire. Teintée d'une noirceur troublante, il s'agit là d'une lecture profondément enrichissante, l'aboutissement mature d'un parcours dont on saisit enfin toute la subtilité. Une saga à lire, relire et faire lire, à tous les âges, une véritable fable humaine, politique et morale, mais également un divertissement parfait, en bref, la quintessence de ce que l'on recherche en matière de littérature. 

Note attribuée : est-il besoin d'attribuer une note ?
Oui, Capucine, tu le fais depuis la création de ton blog. Allez.
10/10

dimanche 27 novembre 2016

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante — Chronique n°269

Titre : L'amie prodigieuse
Auteure : Elena Ferrante
Genre : Contemporain
Éditions : Folio
Lu en : français
Nombre de pages : 448
Résumé : Naples, fin des années cinquante. Deux amies, Elena et Lila, vivent dans un quartier défavorisé de la ville, leurs familles sont pauvres et, bien qu'elles soient douées pour les études, ce n'est pas la voie qui leur est promise. Lila, la surdouée, abandonne rapidement l'école pour travailler avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. En revanche, Elena est soutenue par son institutrice, qui pousse ses parents à l'envoyer au collège puis, plus tard, au lycée, comme les enfants des Carracci et des Sarratore, des familles plus aisées qui peuvent se le permettre.
Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s'entraident ou s'en prennent l'une à l'autre. Leurs chemins parfois se croisent et d'autres fois s'écartent, avec pour toile de fond une Naples sombre mais en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, après le passage par l'adolescence, à l'aube de l'âge adulte, non sans ruptures ni souffrances.

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On m'a dit énormément de bien de ce livre. On m'a assuré que j'en ressortirais éblouie, le cœur serré d'extase, des étoiles dans les yeux.
Bon, peut-être pas en ces termes-là exactement, mais vous saisissez mon propos. 

Je me suis donc lancée avec entrain dans ma lecture de L'Amie Prodigieuse, pensant qu'il ne faisait pas de doute que je serais séduite, à l'instar de tous ces autres lecteurs. 
Et puis...
J'ai buté. Malgré cela, j'ai poursuivi ma lecture, telle la lectrice courageuse et endurcie que j'espère être. Et en dépit de ma bonne volonté, le récit me semblait toujours long, répétitif, bien que sauvé par une deuxième moitié plus entraînante et fluide... Il demeure tout de même un sentiment d'ennui et de crispation dans mon petit cœur perdu et esseulé, et surtout d'incompréhension : que manquait-il à cette lecture pour que je me joigne à l'avis dithyrambique général ?

L'Amie Prodigieuse est un roman aux indéniables qualités d'écriture et de narration, réfléchi, signifiant, et qui transcrit une belle histoire, mais loin d'être aussi entraînant qu'escompté. Me sentant extérieure à l'intrigue, et profondément agacée par les personnages dont j'ai par ailleurs eu beaucoup de mal à retenir les prénoms – cela peut paraître dérisoire, mais lorsqu'après 400 pages, on n'arrive toujours pas à attribuer tel ou tel patronyme, un certain sentiment de lassitude peut naître –, il m'a été difficile de me laisser captiver par le destin de ces deux fillettes qui deviennent jeunes femmes. 

La plume se faisait bien trop lourde et fataliste, les années, loin de se succéder avec fluidité, ne semblaient qu'être une addition de regrets et de frustrations, l'histoire peinait à trouver son envol. Oui, le problème est pas là : la lecture manque d'enjeux... Il s'agit d'une sorte de biographie certes plutôt sensible, mais qui n'a finalement pas d'autre intérêt que de raconter simplement une enfance et une adolescence. On ne ressent pas cette attente, cette tension qui rend une lecture captivante et nécessaire. 

Il me faut cependant préciser que la deuxième moitié a été beaucoup plus facile et agréable à parcourir, et que je ne suis pas réfractaire à l'idée de me lancer dans le second tome, Le Nouveau Nom. Les thèmes et l'époque abordés par l'auteure m'étaient en effet inconnus, et les découvrir m'a paru très intéressant. À suivre donc...

En bref, un roman à l'atmosphère intimiste déroutante, qui propose de suivre les parcours singuliers de deux jeunes filles sensibles et troublantes... Mais dont ni le style, ni le ton général n'ont su captiver mon intérêt. Dommage !

Note attribuée : 5/10

Si jamais vous faites également partie des trois personnes sur Terre qui ont eu du mal avec ce roman, rejoignez-moi. Nous créerons un Comité de Soutien envers les Individus Réfractaires à l'Amie Prodigieuse. Nous serons heureux.

jeudi 24 novembre 2016

Sim Survivor de Loïc Le Borgne - Chronique n°268

"Les rois meurent un jour, les monuments finissent en poussière, mais je vous promets que cette aventure restera gravée dans vos mémoires pour l'éternité."

Titre : Sim Survivor
Auteur : Loïc le Borgne
Editions : Scrineo
Genre : Science-Fiction
Lu en : français
Nombre de pages : 352
Résumé : Sandro, 18 ans, est un fils de bonne famille, qui s’ennuie dans son monde luxueux et douillet au point de rechercher par tous les moyens à « planer ». Il est contacté par Ambra, une adolescente de 17 ans au caractère bien trempé, qui lui propose de vivre une expérience inédite et puissante. A ses côtés, Sandro se retrouve embarqué dans un stupéfiant jeu en théorie virtuel, Sim Survivor, dont chaque saison est suivie par des millions de fidèles connectés. Sandro comprend vite que ce monde, violent et cruel, n’est peut-être pas une simple simulation. Et si, comme le pense Ambra, tout était réel ? S’il ne s’agissait pas d’un jeu mais d’une véritable et impitoyable épreuve de survie ? Tout en jouant sa peau, Sandro doit percer bien des mystères, jusqu’à réaliser que l’avenir du jeu mais aussi de son pays est entre ses mains.

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L'un des plus grands plaisirs d'un lecteur demeure de, malgré tous les avis de toutes sortes qui circulent sur tous les médias, de découvrir un roman dont il n'a jamais entendu parler nulle part, comme ça, à l'instinct, parce que la couverture l'intriguait, ou que le résumé sonnait bien à ses oreilles.
Tel a été mon comportement vis-à-vis de Sim Survivor : un ouvrage que je découvrais par hasard, d'occasion, en librairie, et par lequel je me suis laissée tenter tout simplement grâce à l'atmosphère de sa couverture, entre violence et stratégie, manipulation et agression - oui, je suis du genre à grandement interpréter les petits graphismes de certaines couvertures. Non, je n'avais rien fumé avant de découvrir ces images.

Le résumé peut cependant éveiller de façon assez marquée des souvenirs pour les lecteurs d'Hunger Games : une arène, un jeu de télé-réalité dont les concurrents doivent survivre, un monde assez dystopique aux classes sociales injustement éloignées les unes des autres ? On a effectivement de quoi redouter des redites, mais le roman s'avère agréablement surprenant, témoignant d'une grande imagination de l'auteur et d'une véritable volonté d'originalité, de création d'un univers propre. Certes, on n'échappe pas à certains points incontournables de romans du genre, notamment autour du thème canonique de la rébellion, mais très peu finalement par rapport à nombre d'autres récits.  A de nombreuses reprises, Loïc Le Borgne fait même des choix réellement surprenants, notamment au niveau du comportement de ses personnages, loin d'être des héros au profil psychologique linéaire, qui se comportent avec droiture et loyauté... Parce que soyons clair, ce genre d'individus n'existe que dans dans des univers fictifs. Sandro, Ambra et leurs compagnons sont à mes yeux bien plus réalistes, et se rapprochent de l'attitude que l'on s'imaginerait adopter soi-même dans de telles situations.

Jouant entre trahisons, duplicité et intérêts personnels, l'auteur dépeint ainsi des portraits bien travaillés de personnages, parvenant même à rendre complexes et quasi-humaines des figures aussi uniques que des intelligences artificielles ! Les protagonistes sont loin d'être des saints, leurs adversaires d'un jour se révèlent comme alliés du lendemain... et le rendu est tout à fait réussi.

Le déroulement de l'intrigue, quant à lui, réserve des retournements de situations réellement bien trouvés, et même complètement inattendus  pour certains. L'auteur a su travailler son intrigue de manière équilibrée, avec une introduction efficace, des décors multiples et convaincants, de l'humour comme de la violence... avec cependant, seul bémol, un dénouement peut-être quelque peu haché et dense, mais rien de bien grave. Le roman se lit indéniablement à une vitesse folle, et surtout avec plaisir et divertissement !

Un récit bien loin de sombrer dans la facilité, aux personnages profondément authentiques entre ombre et lumière, et une plume captivante qui éveille les cinq sens du lecteur tout au long de l'épopée sauvage qu'est Sim Survivor. Difficile de ne pas adhérer au rythme intense de ce cruel jeu télévisé, dont la découverte est un excellent moment d'évasion et de frisson. A découvrir pour les amateurs du genre qui désirent un titre plutôt innovant, et surtout, chose malheureusement rare, français s'il vous plaît !

Note attribuée : 8/10

lundi 21 novembre 2016

C'est Lundi, que lisez-vous ? [39]

Bonjour à tous !

C'est Lundi, que lisez-vous ?

Rendez-vous créé par Mallou qui s'est inspirée de It's Monday, what are you reading ? de One Person's Journey Through a World of Books. Le récapitulatif des liens se fait sur le blog de Galleane

Ce que j'ai lu la semaine dernière...

5 romans achevés, avec de belles et réussies relectures en vue de la découverte de suites...
Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo : les mots me manquent tout simplement pour décrire l'effet que ce texte pourtant court a eu sur moi. Je vous en reparle au plus vite.
Nos 14 Novembre d'Aurélie Silvestre : un roman bouleversant, que j'ai tout simplement dévoré d'une traite. La thématique des attentats semble décidément me poursuivre, avec de très belles découvertes littéraires...
Phobos tomes 1 et 2 de Victor Dixen : Chaque lecture de ces romans ne fait que me confirmer à quel point ils constituent la quintessence de l'apothéose de ce qui me plaît dans une saga...
Une Braise sous la cendre de Sabaa Tahir : encore une relecture, pour pouvoir découvrir le second tome de cette merveilleuse saga...

Ce que je suis en train de lire...
Sim Survivor de Loïc Le Borgne : un résumé qui me paraissait bien proche de celui de Hunger Games... Mais par lequel je me suis laissé séduire, surtout grâce à des avis positifs que j'ai pu découvrir. Et pour l'instant, un très bon divertissement, une bonne surprise !
Animale tome 2 - La Reine des Neiges de Victor Dixen : je découvre enfin ce roman qui m'attendait depuis bien trop longtemps !
Le Matin en avait décidé autrement de Salomé Vienne : un SP à l'univers intrigant, un peu déstabilisant au premier abord, mais que j'apprécie de découvrir petit à petit...

Ce que je compte lire ensuite...
A Torch Against the Night de Sabaa Tahir - VO : j'ai hâââââââte !
Phobos 3 de Victor Dixen : PLUS. QUE. TROIS. JOURS.

Sur ce, excellente semaine à vous tous !

dimanche 20 novembre 2016

Chanson Douce de Leïla Slimani - Chronique n°267

Titre : Chanson Douce
Auteure : Leïla Slimani
Genre : Contemporain
Editions : Gallimard (collection Blanche)
Lu en : français
Nombre de pages : 240
RésuméLorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. 
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant. 

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Vous avez sans doute entendu parler de ce roman, pour la simple et bonne raison qu'il a reçu il y a trois semaines la célèbre distinction qu'est le prix Goncourt. Bien qu'un peu déçue de ne pas avoir vu L'Autre qu'on adorait de Catherine Cusset, finaliste que j'adorais moi-même, remporter la récompense, j'ai tout de même tenu à découvrir ce titre, qui devait après tout être certainement excellent.

Je l'ai lu.
Et...
J'avoue ne pas être transportée.

Chanson Douce décrit une histoire en un mot épouvantable : le meurtre de deux enfants, Adam et Mila, par leur nourrice.
Bonne ambiaaaaance.
Nourrice qui avait pourtant été choisie avec soin par les parents des jeunes frère et sœur, et qui comblait depuis des mois la famille par sa gentillesse, sa disponibilité, son professionnalisme : elle n'était rien de moins qu'une véritable Mary Poppins. Alors comment expliquer ce geste fou et macabre ? Quels démons torturaient la jeune femme ?
C'est ce que propose de découvrir Leïla Slimani... avec plus ou moins de succès à mon sens.

S'il y a bien quelque chose que l'on ne peut pas retirer à ce roman, c'est sa fluidité incroyable, son rythme effréné, son caractère prenant. La plume de l'auteure sait accrocher son lecteur, poser une tension magistrale et rendre insupportable le fait de reposer le livre. On est en haleine, on s'immerge avec de plus en plus d'horreur dans le quotidien de cette famille en redoutant et attendant dans le même temps la vérité.

Et c'est justement à cause de cette grande attente que l'on est déçu par le dénouement. L'auteure se perd dans des aller-retours temporels pas forcément judicieux, amorce des éléments de résolution avant de les abandonner, et pose un point final sans avoir rempli son contrat. Toutes les questions du lecteur restent en suspens, les personnages sont loin d'avoir révélé ce qui faisait justement leur sel, leur folie, et le mystère reste entier... Mais pas d'une façon subtile et ingénieuse, tout simplement avec un sentiment de frustration et d'inachevé. Leïla Slimani ne va pas, à mes humbles petits yeux, au bout de sa démarche pourtant intelligente. Une fin ouverte, d'accord, parfait, je plussoie. Mais un arrêt soudain qui ne laisse que de vagues ombres d'explications, voilà qui est plus dérangeant.

Le plus gros enjeu de ce roman consiste bien sûr à développer le psychisme de ses personnages, pour la plupart complètement instables, avec évidemment une insistance sur la nourrice dont on attend impatiemment de percer les secrets. On la sent fragile tout au long du récit, on perçoit sa descente aux enfers, mais encore une fois, la découverte reste partielle, et en refermant le roman, on ne saisit tout simplement pas le personnage. On n'est pas allé au bout de sa découverte, on ne comprend pas par quel biais elle a évolué de cette façon, on n'a tout simplement pas le fin mot de l'histoire !
L'auteure tombe dans une sorte de caricature du couple bourgeois qui traumatise sa nourrice issue d'un milieu populaire, qui participe également de ce côté inachevé du roman. Quelle déception de voir un roman que l'on espérait subtil et sensuel tomber dans des stéréotypes aussi glaçants !

Leïla Slimani et sa plume incisive savent blesser et jouer avec leur lecteur, mais elles ne le font pas à bon dessein, et tombent malheureusement dans de la violence gratuite, des visions assez grossières de la société. On referme Chanson Douce sans l'impression d'avoir mené une enquête passionnante, entre satisfaction et frisson, mais avec un profond sentiment de malaise. On se sent sincèrement mal après ce roman, ce qui peut dans certains cas intéressant, mais qui paraît ici simplement dérangeant. Une déception, qui l'est d'autant plus que l'auteure sait écrire, construire une histoire, un climat de tension, et partait d'idées prometteuses.

Note attribuée : 4/10 : pardon, gentil jury du Goncourt. Je ne remets pas ton jugement en question. Chanson Douce n'était simplement pas fait pour moi...

vendredi 18 novembre 2016

Le Journal de Gurty tome 2 - Parée pour l'hiver de Bertrand Santini - Chronique n°266

Titre : Le Journal de Gurty tome 2 - Parée pour l'Hiver
Auteur : Bertrand Santini
Illustré par : Bertrand Santini
Genre : Jeunesse
Editions : Sarbacane (collection Pépix)
Lu en : français
Nombre de pages : 172
Résumé : Tremble, Provence ! Gurty est de retour pour les vacances d'hiver. A peine arrivée, elle part en vadrouille pour annoncer son retour. Hourra ! Ils sont tous là ! Fleur, Tête de Fesses ! L'écureuil qui fait hi hi. Tiens ! Il y a même un nouveau voisin bizarre... Les saisons changent, mais les vrais amis restent, même ceux qui énervent ! Avec eux, Gurty compte bien profiter des joies de l'hiver - et par la même occasion, se débarrasser de l'ATROCE petite amie de son maître, qui a l'impudence de vouloir s'installer sous leur toit ! Pas de souci : entre les batailles de neige, la chasse aux châtaignes et les roupillons devant la cheminée, avec Gurty, on s'éclate été comme hiver.

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Merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi !

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La plume délicieusement enlevée de Bertrand Santini – pardon, de Gurty, personne n’est sans ignorer que c’est cette petite chienne qui a elle-même rédigé ces deux romans – m’avait beaucoup plu il y a quelques mois, à l’occasion de la parution de Vacances en Provence, le premier journal intime de Gurty. Entre anecdotes adorables et réflexions sur la condition de la vie en tant que chien, ma lecture avait été rafraîchissante et surtout fulgurante ! Je me réjouissais donc de pouvoir passer une nouvelle fois quelques 200 pages en compagnie de cette héroïne unique en son genre.

Une nouvelle fois, le Journal de Gurty séduit par son rythme enlevé et sa légèreté sans pareille, mêlées à un humour vif et, avouons-le, hautement partial, basé sur la haine des chats.
Soyez préparé, si vous êtes attaché à ces créatures. L’ouvrage a un engagement biologique pro-chien clair.
Gurty, égale à elle-même, fait partager ses remarques croustillantes sur sa condition canine, les réjouissances autour de Noël et de la saison hivernale. Les pages se tournent toute seule, sa plume emporte naturellement son lecteur…
Les illustrations sont un pur délice, d’une géniale expressivité et aussi hilarantes que le roman en lui-même. Elles s’accordent à merveille avec le texte de Bertrand Santini, relevant plus d’une seconde œuvre à l’intérieure de la première que du complément, et confèrent tout son sel à un livre déjà vivant à souhait !

Je peux témoigner avec une certitude d’autant plus affirmée de la qualité de ces deux petits livres que j’ai pu en lire quelques passages à ma petite sœur, qui ne s’en est littéralement toujours pas remise. Depuis deux semaines, elle se remémore avec la même hilarité les aventures de Fleur et Gurty, avec une préférence marquée pour l’épisode au cours duquel les deux chiennes dévalent une pente enneigée. 
Conclusion : lisez et faites lire ce Journal !

En bref, un nouvel opus en tous points adorable des aventures de Gurty, qui réjouira sans l’ombre d’un doute ses jeunes lecteurs, et comme d’habitude avec les romans Pépix, s'il arrive à des individus légèrement plus âgés de consacrer l'air de rien quelques instants à ces aventures, il est loin d'être exclu qu'ils passent un excellent moment...

Note attribuée : 8,5/10

lundi 14 novembre 2016

U4 - Contagion de Florence Hinckel, Carole Trébor, Vincent Villeminot et Yves Grevet - Chronique n°265

Titre : U4 - Contagion
Auteurs :  Florence Hinckel, Carole Trébor, Vincent Villeminot et Yves Grevet
Genre : Post-apocalyptique
Editions : Nathan | Syros
Lu en : français
Nombre de pages : 442
Résumé : Le virus U4 a décimé 90% de la population mondiale, n'épargnant que les adolescents entre 15 et 18 ans et de rares adultes. Jules, Koridwen, Stéphane et Yannis font partie des survivants. Mais ils ne sont pas les seuls...
" Je m'appelle Séverine, le monde est ravagé et je crois que je suis enceinte. Je m'appelle Philippe, moi, président de la République française, je n'ai pas pu sauver ma propre famille. Je m'appelle Nicolas, je suis bloqué en Espagne avec mes potes : tout le pays est mort sauf nous, touristes français. Je m'appelle François, c'est de la folie mais par amour, je suis prêt à redevenir un hors-la-loi. Je m'appelle Koridwen, j'ai l'impression d'avoir déjà vécu ça... "

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Un grand merci aux éditions Syros pour cette lecture !

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Vous n'êtes peut-être pas sans savoir que j'ai été profondément séduite par les quatre romans de la série U4, rédigés par quatre auteurs différents, de quatre points de vue différents, dans un même univers d'apocalypse saisissant. J'avais même eu l'occasion d'être interviewée par des journalistes d'M6 pour vous parler de ces titres... Par ici si cela vous intéresse !

J'étais donc ravie de pouvoir découvrir ce cinquième roman, fusion passionnante de nouvelles rédigées par les auteurs, de bandes dessinées originales, et des quatre textes lauréats du concours de fanfiction lancé par Nathan et Syros. Le recueil, à lire de préférence après les quatre romans principaux, forme un complément passionnant à la saga, approfondit certains aspects inattendus mais toujours bien trouvés, et permet une nouvelle fois une plongée dans l'univers saisissant post-apocalyptique imaginé par des auteurs assez impitoyables avec nous autres petits lecteurs sensibles. Entre espoir et destruction, deuil et renaissance, les pages se tournent avec douleur et émotion, et l'on retrouve assurément ce qui faisait la puissance des romans originaux. 

Le lecteur sera bien évidemment plus ou moins séduit par les différentes nouvelles auxquelles il sera confronté, car elles diffèrent beaucoup selon les auteurs qui en sont à l'origine. Son intérêt pourra fluctuer entre certains textes véritablement innovants et d'autres qui pourront lui paraître plus accessoires, mais l'ouvrage dans sa globalité reste convaincant.

Certaines nouvelles décrivent le sort de personnages secondaires qui n'étaient que peu approfondis dans les quatre romans, d'autres reprennent les histoires des héros déjà connus. Les auteurs se redistribuent parfois des personnages qu'ils n'ont pas créés eux-mêmes, et ce mélange des univers, des sensibilités est bien souvent très réussi. L'atmosphère générale du recueil est saisissante d'horreur, la violence de la pandémie profondément marquante. La multiplicité des points de vue rend en effet parfaitement compte de l'ampleur de la catastrophe...et d'à quel point le chaos est total, tout simplement. Mention spéciale aux participations de Florence Hinckel et Vincent Villeminot, dont certaines nouvelles ne peuvent qu'être qualifiées de perles...

Avec U4-Contagion,  le quatuor à l'origine d'une saga unique en son genre livre un roman choral aussi maîtrisé que les quatre opus originaux, qui mêle tension et émotion de façon équilibrée et passionnante. Les plumes tour à tour incisives et lyriques confirment le grand talent des auteurs et l'inventivité de leur démarche... Le phénomène U4 ne cesse de se propager, et j'ai bel espoir que cette nouvelle parution contamine le plus de lecteurs possible ! 

Note attribuée : 8/10

vendredi 11 novembre 2016

Sauveur et fils saison 2 de Marie-Aude Murail - Chronique n°264


Titre : Sauveur et fils saison 2
Auteure : Marie-Aude Murail
Genre : Contemporain
Editions : Ecole des Loisirs (collection Medium)
Lu en : français
Nombre de pages : 320
Résumé : Côté jardin, Sauveur mène sa vie avec son fils Lazare, 9 ans et il a quelque espoir de reconstruire une famille avec Louise et ses deux enfants. Côté ville, Sauveur reçoit ses patients : Ella, qui se travestit en garçon, Blandine, qui se shoote aux bonbons, Samuel, qui ne se lave plus, etc. Mais n oublions pas pour autant les autres espèces animales dans cette saison 2. Vivent les hamsters, les ouistitis, et en guest-star : Pépé le putois ! 

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Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs et en particulier à Coline pour ce bel envoi !

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Aucun spoiler d'aucune sorte dans cette chronique, mes braves !

Les mots me manquent pour exprimer la merveillosité flagrante de Sauveur et fils, dont les deux saisons ne semblent que se sublimer l'une et l'autre et confirmer la qualité de ces personnages, de ces histoires.

Il y a Ella, qui préférerait s'appeler Eliott. Madame Germain, qui lutte contre ses TOC. Une institutrice débordée, une toute jeune réfugiée politique traumatisée, une mythomane et un adolescent privé de père. C'est bel et bien un microcosme qui se constitue dans la salle d'attente de Sauveur, au sein de sa vie privée même. Sans voyeurisme aucun, sans aucun drame pesant, on suit ces destins parfois brisés en conservant la note d'espoir et de vérité qui marque ces romans.

La plongée dans le quotidien du psychologue Sauveur Saint-Yves est enivrante dès les tous premiers instants, et ne fait que devenir plus authentique et touchante au fil du récit. D'une saison à l'autre, on retrouve des personnages incroyablement justes, des dialogues tour à tour légers et graves, vifs et profonds, et on ne peut que tomber sous le charme.
Sauveur Saint-Yves est la figure de proue de ces romans, et sa présence est toujours un plaisir pour le lecteur. Il apparaît comme la sympathie et la compréhension même, un personnage à la bienveillance et à la sagesse à fondre... S'il reste faillible évidemment, à trop vouloir jouer le super-héros, cela ne fait que le rendre plus légitime encore à nos yeux.
Quand je vous dis que je l'aime, je suis sérieuse.

Marie-Aude Murail établit au fil des destins décrits une typographie tendre et humaine des adolescents d'aujourd'hui, de leurs parents, des relations qui les unissent, des incompréhensions qui les éloignent. C'est drôle, c'est parfois mélancolique, mais toujours empreint de justesse... et le roman demeure terriblement réjouissant. Loin de tout cliché, de tout préjugé, l'auteure témoigne d'une compréhension et d'une tolérance impressionnantes envers le genre humain, tout simplement. L'intrigue est loin de n'aborder que des sujets gais et réjouissants, mais lorsqu'elle s'aventure dans des zones plus sensibles, elle le fait sans lourdeur, sans mélodrame et sans gêne aucune.

La seule chose qui me dérange profondément avec ce roman, c'est qu'il est fictif.
Sauveur. N'existe. Pas.
Eh oui.
Ce fut une vérité dure à intégrer.

Mais cela ne signifie pas que ces personnages n'ont aucune incidence possible sur notre monde, au contraire, ils constituent chacun un fragment de vie, une leçon, qui nous frappe et nous marque durablement. On se souvient bel et bien de Sauveur et fils, on retient les enseignements que l'on y a reçus, on n'oublie pas la chaleur humaine et la bienveillance que l'on a pu ressentir grâce à lui.

En bref, un roman lumineux et même solaire, empreint d'un espoir contagieux. Le message de tolérance porté par l'auteure est étoffé aussi bien par l'amour qui unit les personnages que par les malheurs auxquels ils sont confrontés. Il faut faire la connaissance de Sauveur Saint-Yves, de ses patients, de ses hamsters, parce que Sauveur et fils est le feel-good book par excellence, par essence, et vous serez tous d'accord avec moi pour dire que l'on a besoin de textes aussi inspirants, drôles et profonds que celui-ci.

Et de hamsters, aussi.

Note attribuée : 9,5/10 : la saison 3, la saison 3 !
*piaillements hystériques*

mercredi 9 novembre 2016

La Boiteuse de Françoise Grard - Chronique n°263

Titre : La Boiteuse
Auteure : Françoise Grard
Editions : Gulf Stream (collection Electrogène)
Genre : Contemporain | Thriller Psychologique
Nombre de pages : 245
Résumé : Trahie par Wilfred, qui l'a abandonnée seule et blessée au milieu des Highlands désertes, Aurore, revenue infirme d'Ecosse, se protège des autres et de l'amour comme elle le peut. La jeune femme se reconstruit à tâtons et étouffe en elle colère et angoisses, bien décidée à ne plus jamais entendre parler de celui qu'elle a tant aimé. Mais à la suite d'étranges révélations et de signes inquiétants, elle doit se résigner, malgré elle, à remonter sa piste. Tandis que le mystère s'épaissit, elle s'aperçoit que, prise au piège des apparences, elle s'est trompée sur lui. Découvrir la vérité sur Wilfred entraînera la jeune fille au coeur de lourds secrets et d'un terrible drame familial.

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Un grand merci aux éditions Gulf Stream et à Babelio pour cet envoi !

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La collection Electrogène de Gulf Stream m'avait déjà réservé une belle découverte, aussi bien par son apparence que par son contenu, avec Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet, et j'étais donc très enthousiaste à l'idée de lire cette toute dernière parution, La Boiteuse... qui a largement été à la hauteur de mes attentes, et les a même dépassées, constituant l'une de mes plus belles surprises depuis longtemps. 

Derrière ce titre mystérieux, intrigant mais finalement peu révélateur au premier abord, se cache le récit d'Aurore, jeune femme qui décide de partir en voyage en Ecosse accompagnée de son petit ami, Wilfred. Alors qu'elle commence à entrevoir les défaillances de sa relation avec le jeune homme, elle se blesse gravement, et se voit abandonnée par Wilfred.
Trahie de la pire des façons.
Sauvée miraculeusement, mais désormais seule et incrédule, elle sent naître en elle le besoin de comprendre. Et pourquoi pas de se venger.
A son retour en France, blessée au pied aussi bien qu'au cœur, désormais infirme, la jeune femme se met en tête de retrouver celui en lequel elle avait placé toute sa confiance... sans se douter de la profonde métamorphose qu'elle s'apprête à traverser.

Ce qu'il y a de précieux et de merveilleusement inspirant dans le roman, ce n'est pas tant le dévoilement de la vérité à propos de Wilfred, l'aboutissement de la quête d'Aurore, mais bien le parcours qu'emprunte l'héroïne, son véritable chemin de croix, le processus de deuil auquel elle se livre. Renoncer à sa jambe, renoncer à son amour passé, grandir enfin et trouver un équilibre, voilà ce qui attend Aurore, des étapes qu'elles n'aurait pu franchir si elle n'avait subi ce drame en Ecosse. 

L'écriture suave, fine et sophistiquée de l'auteure opère son charme dès les premiers chapitres, et insuffle au texte une tension implacable. Les décors de l'Ecosse sauvage sont d'un réalisme et d'une magie frappants, la douleur de l'héroïne palpable : il s'agit finalement d'un roman très sensuel. On ressent la moindre des nuances proposée, la moindre des implications, et on ne peut dès lors qu'être convaincu. Et tourner encore et encore les pages.

En bref, un récit poignant et inspirant décrivant l'apprentissage âpre mais touchant d'une héroïne inoubliable. Empreint d'humanité, La Boiteuse se dévore, envoûte par ses mots si justes, si parlants, et se referme avec pour le lecteur le sentiment d'avoir progressé, d'avoir appris quelque chose. Et y a-t-il plus gratifiant, plus exquis que ce constat ?

Note attribuée : 8,5/10

vendredi 4 novembre 2016

Esther de Sharon McKay - Chronique n°262

"Il n'y avait rien dans son passé qui puisse la réconforter, et rien dans son avenir qui lui donne le moindre espoir. Mais il y avait un maintenant, et pour le moment cela devait lui suffire."

Titre : Esther
Auteure : Sharon McKay
Genre : Historique
Editions : Ecole des Loisirs (collection Medium)
Lu en : français
Résumé : En 1735, Esther Brandeau a quatorze ans. Fille illégitime d’un marchand d’étoffes réputé, elle vit dans un village du sud de la France. Sa famille veut arranger un mariage avec un chiffonnier afin de préserver sa réputation, et Esther s’enfuit. Mais la vie sur les routes est pleine de dangers pour une jeune fille, juive de surcroît. Alors Esther se travestit et va vivre plusieurs vies : tour à tour protégée d’une courtisane, boulanger, matelot, elle devra, pour se sauver des périls, changer plusieurs fois d’identité. Portée toujours par l’espoir de retrouver Philippe, un marin qui lui a permis de réchapper d’un naufrage, elle tombe d’un monde dans un autre, et du Vieux Monde dans le Nouveau.


Elle traverse l’océan et arrive à Québec, dans la province de la Nouvelle-France. Mais, à cette époque, la Nouvelle-France est une colonie catholique, et l’entrée en est interdite aux personnes de confession juive. Jusqu’où Esther sera-t-elle prête à aller pour accomplir son destin ?


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Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs et à Coline pour cet envoi !

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Grande amatrice de romans historiques, j'ai tout de suite été attirée par le résumé prometteur d'Esther, qui promettait une plongée passionnante au coeur du XVIIIème siècle et la description d'une jeune fille courageuse et pleine de ressources au parcours singulier, qui s'avère de plus inspiré de faits réels ! 

La particularité de l'intrigue est de s'intéresser à des minorités, aux oubliés de l'Histoire, par exemple à la communauté juive, finalement peu évoquée dans les oeuvres historiques et au rôle pourtant certain, dont la marginalisation n'a fait que se renforcer au fil des siècles, ou encore aux femmes, dont le statut inférieur à l'époque n'est plus un secret pour personne. 
Ainsi Esther, toute jeune fille juive, grandit-elle dans un quartier bien délimité réservé aux membres de la même religion qu'elle, sans jamais en sortir, et doit-elle se plier à la volonté d'un patriarche autoritaire, riche et puissant, qui décide de l'accorder à un illustre inconnu en mariage sans tout à fait lui demander son avis. Notre héroïne décide de s'enfuir, sans se douter des multiples obstacles qui se dresseront sur son chemin, aussi bien à cause de sa condition de femme que de membre de la communauté juive. Entre errance, mendicité, travestissement et aventure, son existence lui réserve bien des surprises... Mais malheureusement, elle reste toujours ralentie par ses deux handicaps, sa religion et son sexe.

On navigue - sans mauvais jeu de mots, non - avec aisance entre les classes sociales et même les pays, se laissant convaincre par la plume riche et vivante de l'auteure, qui bénéficie d'une traduction réussie à la palette de vocabulaire étendue et expressive. Les décors se succèdent à un rythme maîtrisé, suffisamment rapide pour rendre le récit haletant, mais en s'attardant juste assez pour faire saisir au lecteur la saveur de chacun. On ne peut demeurer insensible face à cette héroïne, confrontée à la misère aussi bien qu'à la prostitution ou à l'émigration désespérée, et on se surprend à dévorer les pages de ce véritable roman d'apprentissage par centaines.

Loin d'être une histoire édulcorée, Esther apparaît comme un texte assez convaincant, loin d'être tragique certes, mais qui ne tente pas de passer outre les difficultés certaines que rencontre l'héroïne. Le livre reste évidemment romancé, et sa part de fiction demeure majoritaire bien qu'il soit inspiré du destin réel et mystérieux d'une authentique Esther Brandeau, mais ce n'est pas la quête de vérité historique absolue qui nous guide au cours de notre périple !

En bref, un roman historique bien mené, introduisant une héroïne attachante au parcours pour le moins mouvementé et mémorable ! Esther aborde avec talent de multiples aspects de la société du XVIIIème siècle, entre antisémitisme, misogynie et mépris des plus pauvres, et permet une somptueuse épopée à travers les continents, l'espace de quelques heures. Une jolie découverte !

Note attribuée : 8/10