La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 12 août 2017

Ma Dernière Chance s'appelle Billy D. d'Erin Lange - Chronique n°344

Titre : Ma Dernière Chance s'appelle Billy D.
Auteure : Erin Lange
Genre : Contemporain
Editions : L'Ecole des Loisirs

Lu en : français
Nombre de pages : 468
Résumé : Dans la vie, il faut se battre. Dane Washington ne le sait que trop bien. A la moindre occasion, ses poings le démangent et ils parlent pour lui. Jusqu'à présent, ses bons résultats au lycée lui ont évité les plus gros ennuis. Seulement, il n'a plus droit à l'erreur : encore une bagarre et ce sera l'exclusion. Mais la violence, Dane ne parvient pas à la contrôler. Sa dernière chance s'appelle Billy D., un garçon qui vient de s'installer à côté de chez lui avec sa mère.Billy D. est trisomique, il n'a pas les moyens de se défendre, et certains en profitent. Si Dane acceptait d'être son ambassadeur au lycée, cela pourrait lui offrir le salut. Billy D. a une autre mission pour Dane : il voudrait qu'il l'aide à retrouver son père. Leur seul indice : un atlas des Etats-Unis, et des énigmes à toutes les pages ou presque.


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Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs et en particulier à Coline pour cet envoi !

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Dane a plus ou moins passé toute sa scolarité à jouer avec le feu, mais cette fois-ci, il n'est plus loin de se brûler les ailes une bonne fois pour toutes. Encore une bagarre, et ce sera le renvoi définitif de son lycée.
Et il n'a vraiment, vraiment pas envie d'imposer à sa mère, qui l'élève seule, de batailler pour lui faire réintégrer un nouvel établissement.
Il n'y peut rien, ou presque. Les poings sont son langage, les coups son instinct. Il ne sait pas se défendre autrement. Alors il cogne, et on lui tombe dessus.
C'est alors qu'il rencontre un nouveau voisin des plus intrigants, Billy D., un garçon trisomique qui vit lui aussi seul avec sa mère, mais qui s'accroche, lu, à l'espoir indéfectible de retrouver son père, là où Dane a depuis longtemps lâché l'affaire. Billy D. et Dane concluent alors un marché : Billy D. sera "garant" de l'exemplarité de Dane au lycée, et ce dernier l'aidera à résoudre les énigmes laissées par le père de Billy D. derrière lui. Mais cette entreprise un peu folle ne les mène pas vers ce à quoi ils s'attendaient...

Difficile de ne pas penser à Rain Man en lisant pareil résumé, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Bonne chose, parce que comme le célébrissime film, Ma Dernière Chance s'appelle Billy D. porte une formidable dose d'espoir, d'amour, de tolérance, et donne à voir une poignée de personnages d'autant plus attachants qu'ils dévoilent des failles sincères et poignantes. On croit à ces quelques portraits de personnage, on comprend la flamme qui les anime, on assiste aux conflits qui agitent la conscience du narrateur, Dane, en proie avec ses démons, on se surprend à espérer une fin plus dégoulinante de bonheur que celle d'un conte de fées.
Mauvaise, parce que ce livre est bien plus qu'une simple transposition du film dans un lycée avec deux adolescents. C'est une ouverture, un récit propre et original qui s'intéresse sans voyeurisme ni raccourcis à la situation de Billy D., de Dane, de leurs mères, à ce qui fait d'eux des adolescents, à leurs espoirs, leurs peurs, à la vision désabusée du monde que le narrateur en est venu à adopter... Ainsi qu'une écriture vive et entraînante et un concentré d'émotions qui déferlent par vagues une fois que l'on s'est enchaîné affectivement aux personnages.

Billy D. est à n'en pas douter la figure la plus marquante du livre, grâce à sa voix innocente et pourtant étonnamment juste, qui vient toujours pointer du doigt l'élément essentiel d'une situation, poser la question qui importe, relever le détail signifiant. L'auteure ne tombe jamais dans une caricature de la trisomie, et n'en fait d'ailleurs pas le cœur de son roman. Billy D. est trisomique, soit. Mais comme il le dit lui-même, il n'est pas idiot, il est avant tout le fils de son père, un amoureux des énigmes qui le fascinent par leur difficulté, un esprit vif, un regard d'autant plus clair qu'il en est détaché sur un monde qu'il ne comprend pas toujours. Rien ne lui échappe, ni l'amitié, la famille, l'amour, la violence, la douleur. Il forme avec Dane un duo on ne peut plus disparate mais toujours convaincant, qui fonctionne à coups de dialogues ravageurs et d'opérations secrètes et complices. 

Billy D. est un beau et même très beau roman qui mérite que l'on parle de lui. Par sa justesse, son honnêteté, qui n'empêchent pas un ton enlevé, il s'affirme comme une lecture aussi réconfortante qu'inspirante, pleine de bons sentiments mais sans jamais tomber dans la niaiserie ou omettre de décrire les zones d'ombre. C'est un de ces feel-good books qui ne se moque pas du lecteur mais montre bien qu'il y a du bon dans ce monde, que l'on gagne à aller s'aventurer hors de sa zone de confort, à s'ouvrir à l'autre, à se remettre en question. Et ce sont des messages dont notre monde a grand besoin.

                               ★

mercredi 9 août 2017

Noter et critiquer la littérature - [Littératurpitudes #3]

Si vous êtes extrêmement perspicaces - et un peu psychorigides sur les bords - vous aurez pu remarquer que j'ai abandonné pour mes deux dernières chroniques ma classique notation sur un barème de 10 points.
Pourquoi donc ?
Ce sera l'objet de cet article -
merci Captain Obvious.

Depuis plus de trois ans déjà, j'attribue très naturellement une note à chaque lecture que je critique, dans le simple but de donner un indicateur de mon appréciation et de renforcer mon injonction à lire ou éviter tel ou tel ouvrage.

Mais ce choix m'a fait rencontrer un problème.

La valeur de ces notes.

La première chose est que ces évaluations n'ont jamais été des notes parfaitement immuables et objectives des textes critiqués, une espèce de mise en nombres absolue de leur valeur, mais bien une appréciation de ma part, l'expression de mon ressenti. 
Si j'avais voulu donner une note complètement détachée de toute subjectivité, impossible à remettre en question et fondée sur des critères éternellement neutres, j'aurais déjà eu du mal à y parvenir, et ensuite, je n'aurais jamais pu attribuer de 10/10 comme je le fais pourtant de temps à autre, puisque, selon la règle ultime de la création artistique ou littéraire : rien n'est jamais parfait. 

Personne ne peut s'ériger en critique absolu. Chaque avis est forcément entaché de subjectivité, ce qui n'est pas un mal tant que l'on ne se laisse pas aveugler par ses affects ! Nos points de vue personnels sont nos moteurs, sans eux, nous ne serions que des robots incapables de produire la moindre critique. Cela nous expose à l'erreur, aux biais, mais c'est en échangeant et en s'exerçant que l'on parvient à orienter le mieux possible sa vision propre des choses. 

Voilà pourquoi j'ai choisi de retranscrire non pas une valeur suprême littéraire ou que sais-je, mais bien mon opinion, et selon cette logique, si une lecture m'a touchée au point que j'en décide qu'elle me plaît absolument et que ses défauts ne m'importent pas le moins du monde, je n'ai aucune raison de mettre moins que 10. De même que si un ouvrage très reconnu m'a fortement déplu, je n'hésiterai pas à descendre bas tout en reconnaissant ses qualités. 

Ce choix a suscité des critiques revenant assez souvent, parmi lesquelles la plus fréquente : "tu mets quand même beaucoup de bonnes notes". 
Et certes, une écrasante majorité de mes critiques concernent des romans évalués à 7/10 ou plus. Pour quelle raison ? Parce que je commence tout simplement à me connaître et à éviter certains titres dont je suspecte fortement qu'ils vont me déplaire, pour mieux me jeter sur d'autres dont mon intuition me chuchote qu'ils seront à mon goût. Et logiquement, j'ai plus de belles surprises que de déceptions. 
Mais cette remarque soulève également un sous-entendu : en tant que critique, je devrais réserver une espèce d'équilibre parfait entre chaque note, ne m'autoriser à donner un 9 que de façon exceptionnelle, abaisser volontairement mes évaluations pour parvenir à un résultat plus hiérarchisé.

Et j'entends ces critiques.
Je les comprends.
Elles ne rentrent simplement pas dans la conception que j'ai de ce blog, qui doit à mon sens avant tout donner envie de lire. Et ce n'est pas en me cassant la tête à calculer des coefficients ou des fréquences d'apparition de je ne sais quoi, ou encore à dévaluer des lectures que j'aurais pourtant voulu soutenir un peu plus pour les beaux yeux de la relativité, que j'y parviendrai. Ces notes élevées sont le reflet de mon enthousiasme pour la littérature. Je n'ai jamais voulu en faire cet outil d'humiliation qui nous a tous traumatisés à l'école ! Quoi de pire pour en faire fuir certains ? 

Voilà donc pourquoi j'ai désormais décidé d'abandonner cette notation peu claire que j'ai sans doute eu tort de choisir.
Vient maintenant la question du remplacement, et c'est là que je vous sollicite. 
Comme je l'ai déjà dit, la raison pour laquelle je critique tous ces ouvrages est que je meurs d'envie de diffuser mon amour des livres et de mettre en avant les meilleurs possibles. Mes articles doivent donc avant tout orienter les lecteurs, leur permettre de se donner des priorités de lecture. Quel choix conviendrait le mieux ? Laisser tomber toute forme de note, et terminer la chronique comme d'habitude sur une synthèse ? Adopter un système à cinq étoiles, des symboles, des mentions ? 

Ce blog est fait pour vous, à vous donc de me guider ! Lisez, critiquez, échangez, débattez, ou alors ne dites rien si c'est ce que vous préférez. Donnez des 10 à toutes vos lectures si c'est votre ressenti, sans gêne, sans pression de "mauvaises notes nécessaires". Je me répète, mais la littérature est un vaste terrain de jeux où chacun est libre de déambuler ou de se forger son coin de prédilection, un laboratoire d'expérimentation, un des rares territoires dans lesquels on peut se défaire des contraintes qui nous paralysent dans d'autres domaines. 
Alors profitons-en.

A très bientôt avec de prochaines lectures ! 
-- Capucine

lundi 7 août 2017

Les Garçons de l'Ete de Rebecca Lighieri - Chronique n°343

Titre : Les Garçons de l’été
Auteure : Rebecca Lighieri
Editions : P.O.L.
Genre : Contemporain
Lu en : français
Nombre de pages : 441
Résumé : Études brillantes, famille convenable et convenue, beauté radieuse et maîtrise du surf, Thadée et Zachée ont cru que l’été serait sans fin. Que la vie se passerait à chevaucher les vagues, entre jaillissements d’embruns et poudroiements de lumière. Mais en mutilant sauvagement Thadée un requin-bouledogue le prive de l’existence heureuse auquel il semblait voué : il est devenu un infirme. La bonne santé des uns, la sollicitude des autres le poussent à bout. Et le révèlent à lui-même...


Vous voyez, ce roman que l’on ouvre et referme assis exactement au même endroit ?
Ce texte qui poursuit son lecteur des jours et des jours après avoir livré sa dernière phrase ?
Ces personnages auxquels on s’attache si viscéralement qu’on a le souffle coupé de les quitter ?
Tout cela, c’est ce qui constitue Les Garçons de l’été, avec son résumé ridiculement court et pourtant envoûteur.

La mer.
Deux frères.
Un requin.

[Aïe]

Une blessure.
Une fin.
Un traumatisme.
Une guérison qui ne s’achèvera sans doute jamais complètement.

C’est le début d’un récit terrible qui ne se gêne pas pour violenter son lecteur et l’entraîner d’un extrême émotionnel à l’autre. Horreur, affection, incompréhension et surtout choc sont au rendez-vous. 
Et lentement, la machine de la destruction se met en marche.
Les masques tombent.
Les structures fragiles sont ébranlées. 
Et le chaos naît des cendres de l'ordinaire.

Les Garçons de l'Ete est un roman que je qualifierais de parfait, non pas dans le sens où c'est un absolu idéal, mais dans le sens étymologique du terme, totalement achevé, abouti. Chacun de ses enjeux est soigné, pris en compte, chacun de ses décors est projeté dans la conscience de son lecteur, chacun de ses dialogues emporte par sa vivacité. C'est un de ces livres qui fait oublier que l'on est en train de lire. Il n'est sans doute pas dépourvu de certains défauts, comme chaque oeuvre littéraire. Mais aucun d'entre eux ne se révèle en tout cas de façon gênante au cours de la lecture, et on ne conserve de cette histoire qu'un sentiment de fascination. 

L’auteure opère un travail remarquable sur la voix de chacun de ses protagonistes. En effet, la narration des chapitres est faite par les différents membres de la famille, de façon aussi imprévisible que dynamique. On ne peut qu’être convaincu par la logique et le naturel de chaque passation de « témoin narratif », alors que l’on s’enfonce de plus en plus dans les méandres de la vie brutale de ces personnages que rien n’avait préparé à affronter tant de violence d’un coup. Désillusion, espoir et peur s’entremêlent pour donner naissance aux poisons les plus terribles : le ressentiment et la vengeance.

Les Garçons de l’été ne séduit pas tant par son histoire mouvementée, bien que celle-ci soit déjà rythmée et approfondie de façon tout à fait satisfaisante, que par la capacité qu’il a de donner à voir aussi bien les décors que les sentiments qu’il met en jeu. On ressent l’action, le drame, l’injustice. On se projette dans une expérience multisensorielle à la Réunion, puis dans un univers froid et cruel au sein de cette famille en pleine implosion, dans une situation intenable qui réveille les instincts humains les plus furieux.
               
Que dire enfin du soin porté à la personnalité de chacun des personnages ? Pas besoin de paragraphes et de paragraphes pour saisir l’essence de chacune de ces figures, cette compréhension furtive qui permet en un rien de temps de se lier à certains protagonistes et d’en haïr d’autres avec fièvre. La longue descente aux enfers qu’ils doivent subir n’est que plus prenante, déchirante, saisissante de réalisme, grâce à cette impression que l’on a de les connaître en profondeur. C’est un voyage aux racines même de ce qui fait notre humanité, d’autant plus efficace et pernicieux qu’on ne l’avait pas vu venir, lui qui commençait innocemment avec une histoire de vacances sur une île.

Ne vous fiez donc pas à la couverture blanche et sage de cet ouvrage passionnel et passionnant : ce sont les pires drames et les pires vicissitudes que vous vous apprêtez à rencontrer en vous en emparant, mais aussi une intrigue haletante au rythme implacable, des portraits de personnages saisissants, une écriture évocatrice, pour un récit abouti, cynique, dur, humain et dont on qualifiera la propension à jouer avec les nerfs de son lecteur de cruelle.

Par contre, je préviens, c’est violent, hein. Si t’as douze ans, évite. C’est pas contre toi. 

mercredi 2 août 2017

Midnight at the Electric de Jodi Lynn Anderson - Chronique n°342

Titre : Midnight at the Electric
Auteure : Jodi Lynn Anderson
Genre : Science-fiction | Historique
Editions : HarperTeen
Lu en : anglais
Nombre de pages : 258
Résumé : Kansas, 2065. Adri has secured a slot as a Colonist—one of the lucky few handpicked to live on Mars. But weeks before launch, she discovers the journal of a girl who lived in her house over a hundred years ago, and is immediately drawn into the mystery surrounding her fate. While Adri knows she must focus on the mission ahead, she becomes captivated by a life that’s been lost in time…and how it might be inextricably tied to her own. 

Oklahoma, 1934. Amidst the fear and uncertainty of the Dust Bowl, Catherine fantasizes about her family’s farmhand, and longs for the immortality promised by a professor at a traveling show called the Electric. But as her family’s situation becomes more dire—and the suffocating dust threatens her sister’s life—Catherine must find the courage to sacrifice everything she loves in order to save the one person she loves most. 
England, 1919. In the recovery following the First World War, Lenore struggles with her grief for her brother, a fallen British soldier, and plans to sail to America in pursuit of a childhood friend. But even if she makes it that far, will her friend be the person she remembers, and the one who can bring her back to herself? 


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Kansas, 2065. Adri s'est fait une place parmi les Colons - ces rares chanceux minutieusement choisis pour vivre sur Mars. Mais à quelques semaines du décollage, elle découvre le journal intime d'une jeune fille ayant vécu dans la même maison qu'elle il y a plus d'un siècle, et est immédiatement attirée par le mystère qui plane au-dessus de son destin. Adri a beau savoir qu'elle devrait avant tout se concentrer sur la mission qui approche, elle devient captivée par cette vie perdue dans les méandres du temps... et comment elle pourrait être inextricablement liée à la sienne. 
Oklahoma, 1934. Plongée dans la peur et l'incertitude du Dust Bowl, Catherine fantasme sur l'ouvrier agricole de sa famille, et se languit de l'immortalité promise par un professeur à une attraction ambulante appelée l'Electrique. Mais alors que la situation de sa famille se fait plus rude encore, et que la poussière suffocante met en danger la vie de sa soeur, Catherine doit trouver le courage de sacrifier tout ce qu'elle aime pour sauver la personne à laquelle elle tient le plus.
Angleterre, 1919. Pendant l'ère de reconstruction qui suit la Première Guerre Mondiale, Lenore peine à se remettre de la perte de son frère, un soldat britannique tombé au champ d'honneur, et prévoit d'embarquer pour l'Amérique à la poursuite d'une amie d'enfance. Mais quand bien même elle parviendrait à destination, son amie sera-t-elle bien la personne dont-elle se souvient, et celle qui pourrait l'aider à redevenir elle-même ? 

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This book is a slow one, but in the very best meaning of the term. It is not slow in the sense that is is boring, absolutely not, but in the sense that it manages to create a deeply immersive and seizing atmosphere of melancholy, a reflexive tone, in a quite unique and bittersweet way. 

Midnight at the Electric is the union of three completely different paths in a subtle way, through the journal and the letters Adri is led to find days before her launch to a whole new planet. 
Three young girls at different times, places, ages. But a shared thirst for leaving and finding themselves, as well as the fear of threatening their own identity. Who do they want to be? What will they let behind them? What do they want to be their priority? 
Family? Love? Loyalty? Adventure? 

These three voices complete and emphasize each other, focusing on the narrators' feelings rather than their contexts. If you're expecting a true science-fiction or historical novel, there is a high probability you will be disappointed... The three heroines are simply and beautifully telling a story about humanity, identity, growing up and hesitating between looking back or ahead to the future. It is about jeopardizing everything you ever possessed in order to live the life you feel appealed by. Without any stereotypes or predictable thoughts, the author manages during 250 pages or so to create a highly enjoyable moment of introspection. After closing the book, there are chances the characters and their stories will stick with you... just the lessons their journeys might teach you.

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Ce livre est lent. Mais dans le meilleur des sens que peut avoir le terme "lent".
Il n'est pas lent dans le sens où on s'effondre d'ennui en espérant un minuscule rebondissement pour susciter de l'intérêt, loin de là, mais dans le sens où il parvient à créer une atmosphère mélancolique, emplie d'introspection, un ton doux-amer et réflexif, sans pesanteur, mais tout en immersion. 

Midnight at the Electric unit de façon aussi subtile que fascinante trois destins qui n'ont a priori rien à voir, mais sans se conclure dans le fracas d'une révélation aussi peu crédible que décevante. Bien au contraire, c'est un lien délicat qui se dessine entre ces trois voix, toutes aux prises avec le regret et la peur, qui se préparent à quitter tout ce qu'elles avaient connu par envie de vivre plus. De vivre bien
Adri, qui ne s'est jamais vraiment sentie vivante sur cette Terre où elle n'a de lien avec personne.
Catherine, qui sent la vie la quitter tout comme elle quitte sa sœur malade.
Lenore, tout à sa douleur que son frère ait perdu la sienne et que sa meilleure amie soit partie la mener sans penser à elle. 
La première qui trouve le journal de la seconde, qui avait elle-même mis les mains sur les lettres de la troisième.
Trois époques, trois âges, trois lieux, mais une seule et même réflexion fascinante et toujours parlante, qui interroge les priorités de chacune, leur identité. Qui veulent-elles devenir et rester ? Quel héritage veulent-elles laisser derrière elles ? Que placer avant tout le reste ? 

Chacun de ces trois témoignages complète et intensifie les autres, avec un accent placé sur le ressenti de chaque personnage plutôt que sur leur situation. Ce n'est pas tant le contexte de science-fiction ou d'historique qui compte, mais bien l'intemporalité de leurs dilemmes. Attention, il ne faut pas comprendre par là qu'il n'y a aucune atmosphère marquante dans le roman, bien au contraire, c'est toute une ambiance qui imprègne le lecteur et continue à le hanter bien après avoir terminé ce récit. 
C'est une histoire d'humanité, de passage à l'âge adulte, d'hésitation entre regarder en arrière ou en avant, tourné vers l'avenir. C'est une succession douce et juste de réflexions dénuées de tout stéréotype ou caractère téléphoné.
C'est triste, parfois, plein d'espoir, beaucoup.
C'est beau, tout simplement.