La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 20 mai 2017

Beauté Fatale de Mona Chollet - Chronique n°321

Titre : Beauté Fatale
Auteure : Mona Chollet
Genre : Essai
Editions : La Découverte (collection Zones)
Lu en : français
Résumé : La « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à entretenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Un esprit absent dans un corps-objet : tel est l’idéal féminin contemporain.

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Vous me direz sans doute, et à raison, que je suis souvent prompte à exprimer toute ma joie et ma passion envers de nombreux ouvrages très variés.
Je vous l'accorde sans trop de mal.

Mais vous devez me croire lorsque je vous affirme que Beauté Fatale est un ouvrage important, et même essentiel, à mettre aussi tôt que possible entre toutes les mains.
Et j'insiste sur toutes les mains.

Beauté Fatale vient rappeler avec force, justesse et indignation ce qu'est le féminisme, ce qu'est être une femme. C'est un de ces textes intelligents au point qu'on en aurait presque du mal à en parler par peur d'en déformer le message. C'est un essai qui se lit et se relit, qui change nos perspectives. Il s'attaque à des facettes de nos existences, des nôtres mesdames, tellement banalisées qu'on ne s'en insurge plus quand bien même leur absurdité et leur injustice devraient faire bondir de partout. C'est la dictature de l'apparence que l'on dénonce à tort et à travers, et que l'on a vite fait de pervertir à nouveau en l'assénant à coup de nouveaux impératifs. 

Beauté Fatale vient faire prendre conscience de manière brutalement nécessaire de la menace qui entoure tout être humain de sexe féminin, et ce n'est pas exagérer que la désigner comme telle. Impossible pour la femme de disposer d'elle-même, ce qui devrait être son droit le plus essentiel. Son apparence lui est arrachée et se retrouve détournée par le biais de la mode, du cinéma, de son poids, de ses poils, de la couleur de sa peau, des cosmétiques qu'elle utilise ou non, de sa "féminité", de son droit à ne pas voir sa sexualité utilisée comme un outil. 

La vérité, c'est que tout le système de la beauté empêche la femme de s'émanciper et est ce qu'il reste de plus flagrant du sexisme et du patriarcat... Une aliénation au sens fort du terme. Vous êtes sceptiques ? 

"Les conséquences de cette aliénation sont loin de se limiter à une perte de temps, d'argent et d'énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs (…) traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une autodévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque-chose ; à s'adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts."

Beauté Fatale fonctionne d'abord par les exemples très concrets qu'il propose.
Pensez à une actrice connue. N'est-elle pas l'égérie d'une marque de luxe ?
Et cette actrice, n'est-elle pas plutôt blanche et toute mince qu'autre chose ?
Pensez à un magazine féminin.
N'est-il pas une contradiction en lui-même, opposant des éditoriaux qui s'insurgent contre les inégalités hommes-femmes à des pages entières consacrées aux divers moyens de perdre sa cellulite, comme si l'urgence de la faire disparaître était biologiquement, intrinsèquement évidente 
Pensez à des petites filles et à des petits garçons.
Imaginez-vous des adultes aller voir les garçons pour leur dire qu'ils sont jolis ? 
Une femme qui ne s'épile pas.
Pourquoi vous repousserait-elle plus qu'un homme qui ne s'épile pas ?
Et celle qui subit une opération de chirurgie esthétique. 
Vous direz qu'elle le fait pour porter un nouveau regard sur elle-même.
Mais qui, le premier, a porté sur elle le regard qu'elle a désormais ?

Beauté Fatale fonctionne ensuite par les réflexions plus générales qu'il en tire, aussi frappantes que choquantes. La femme est condamnée à demeurer dans l'apparence, l'anecdote, les petites confidences. La femme que l'on clame "libérée" est loin de l'être, si cette libération se résume à porter de la jolie lingerie pour les beaux yeux de monsieur. 

Beauté Fatale pourrait laisser un peu désemparé, juste après-coup. Mais cet ouvrage, constat indigné, propose cependant de subtiles pistes à creuser, une première poussée vers cette grande union collective que devrait être le féminisme et que l'on a réduite à une espèce d'épiphanie individuelle qui s'exprimerait par le port de la jupe. 

En bref, une lecture nécessaire aussi bien pour les femmes que pour les hommes, qui ouvre les yeux sur des constructions sociales que l'on ne remarque même plus alors même qu'elles ne devraient plus exister, effarantes qu'elles sont. Il n'y a pas de grande réponse universelle aux questions que Mona Chollet pose, tout simplement parce qu'il y a une infinité de manière d'être un individu épanoui, et que nous avons à les trouver ensemble, dans le respect et l'échange.




4 commentaires:

  1. Merci pour cette découverte !! C'est un sujet des plus importants encore maintenant et tu me donnes très envie d'en apprendre plus avec cet essai.

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    1. Je suis contente de donner envie de lire cet essai des plus importants :)

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  2. Je ne connaissais pas du tout ce livre mais tu as raison, j'ai l'impression que c'est un livre que tout le monde devrait lire. Merci pour la découverte :)

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    1. Eh eh, cette impression est des plus justifiées !

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