La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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lundi 26 juin 2017

[CINEMA] - HHhH de Cédric Jimenez

Titre : HHhH
Réalisateur : Cédric Jimenez
D'après un roman de : Laurent Binet
Année de sortie : 2017
Nationalité : française
Genre : Historique, Action
Avec : Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O'Connell...
Synopsis : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale. 

Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. 

Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire.


HHhH était un roman d'une incroyable richesse, passionnant par son approche sans pareille du personnage aussi fascinant que répulsif d'Heydrich, le cerveau d'Himmler, comme le suggérait son surnom HHhH. La biographie du Nazi était doublée d'une passionnante réflexion de l'écrivain sur l'histoire, le mariage qu'elle peut avoir avec la fiction ou non, comment la transmettre, comment l'étudier.

Pari ambitieux donc que celui de Jimenez, qui choisit de se défaire de la moitié "de l'écrivain" du roman pour ne se concentrer que sur la vie d'Heydrich et sa montée en galons au sein de la SS dans un premier acte, puis sur l'organisation de son assassinat par la résistance tchèque et enfin son accomplissement et ses conséquences dans une seconde moitié. Choisissant de s'exporter dans le monde anglo-saxon, Jimenez accorde les rôles titres à de grands noms du cinéma australien avec Jason Clarke ou britannique avec Rosamund Pike.

Quel est le résultat, me demanderez-vous ? 
Injustement reconnu, vous répondrai-je avec un sourire amer.

Le film est une déflagration de violence et de beauté, d'esthétisme et de cruauté, de dépassement de soi aussi bien que de folie furieuse. Il met en scène les excès humains dans tout ce qu'ils ont de plus terrifiant et fascinant, montrant des personnages qui se plongent corps et âme dans leurs idéaux, au prix de leur vie, de leur humanité, de leur intégrité. 

Le montage est d'une grande maîtrise, osant des découpages originaux, frappant par son dynamisme et son sens du rythme. On est happé par les images et leur enchaînement magnétique, par une photographie et un étalonnage très immersifs, et surtout par une bande-originale envoûtante, aux accents quasi apocalyptiques grâce à la présence judicieuse de l'orgue. 

On a pourtant énormément reproché à ce film une sorte d'esthétisation et même de glorification de la violence, allant jusqu'à le reprocher d'avoir un regard complaisant sur la figure d'Heydrich. Difficile d'aller dans ce sens : ces deux heures à être confronté à la pire des errances humaines et à l'aveuglement haineux le plus complet donnent tout sauf envie de se laisser aller à un éloge d'Heydrich. On est plutôt effrayé par son parcours fou, assommé par un véritable effet de catharsis. Comme le disait Hannah Arendt, le mal couve en chacun de nous et ne demande qu'à être stimulé par certaines circonstances. Nous ne sommes pas Heydrich, bien évidemment, mais ce film rappelle des dangers évidents, et s'en fait d'autant plus hypnotisant. Pour ce qui est de la violence, elle est effectivement omniprésente, que ce soit lors de massacres, de dialogues dans des contextes oppressants, de scènes de bataille, mais il s'agissait d'une réalité à cette époque ! Cédric Jimenez veut se placer dans une démarche d'objectivité historique autant que possible, quelque part à la façon de Binet, et choisit dès lors de ne porter aucun jugement sur toute cette brutalité, qui est encore une fois plus répulsive qu'attirante !

Quelques regrets demeurent, notamment le choix d'acteurs anglophones pour interpréter des figures historiques allemandes. Certes, les interprètes ont souvent une certaine ressemblance physique avec leurs modèles originaux, mais entendre une prétendue femme d'officier nazi parler avec l'accent de Cambridge est quelque peu... déstabilisant. On peut également pointer l'abandon du récit de Binet sur l'historien, même si cela aurait rendu le scénario difficile à composer, ou encore quelques simplifications opérées dans l'écriture, mais dans un film de deux heures, difficile de rendre justice aux moindres aspects d'un récit réel. 

Ce film ose, et s'affirme par sa volonté de marquer les esprits. Il demeure une oeuvre bouleversante, dont la musique et certains plans restent en tête des jours et des jours durant, parvenant à prendre le spectateur à la gorge en dépeignant avec une incroyable efficacité la terreur reine dans ce contexte. Le choix de la langue allemande aurait été un indéniable plus, mais reconnaissons  les belles performances des acteurs choisis, malgré quelques petites errances linguistiques comme deux acteurs français qui tentent d'adopter un anglais teinté d'un accent tchèque !

Allez voir HHhH, préparez-vous à un métrage fort, réservé à un public averti en raison de sa violence graphique comme de l'atmosphère insoutenable qu'il instaure, de l'aveuglement de haine de ses personnages. On ne tombe jamais dans un manichéisme des "bons" contre les "méchants" : c'est au spectateur d'établir son jugement, évident bien sûr, mais qui dépend bel et bien de lui seul. Le film cherche une certaine maîtrise, quitte à simplifier certains éléments parfois, mais impressionne par son ambition. A découvrir !
Note attribuée : 9/10

3 commentaires:

  1. Le livre me tenterait plus, mais tu m'as intrigué avec ce film :)

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    1. Alors j'ai accompli mon devoir héhé :)

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  2. On m'avait conseillé de lire le livre pour le CAPES d'histoire/géo et franchement, il semble intéressant mais du coup, je vais peut être plus opter pour le film. A voir :)

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