La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 22 mars 2017

Thirteen Reasons Why de Jay Asher - Chronique n°303

Titre : Thirteen Reasons Why
Auteur : Jay Asher
Genre : Contemporain
Editions : Penguin Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 336
Résumé : Clay Jensen returns home from school to find a strange package with his name on it lying on his porch. Inside he discovers several cassette tapes recorded by Hannah Baker--his classmate and crush--who committed suicide two weeks earlier. Hannah's voice tells him that there are thirteen reasons why she decided to end her life. Clay is one of them. If he listens, he'll find out why. 

Clay spends the night crisscrossing his town with Hannah as his guide. He becomes a firsthand witness to Hannah's pain, and as he follows Hannah's recorded words throughout his town, what he discovers changes his life forever.

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I did not like this book.
But I did not dislike it neither. 


Its topic is of course crucial, both terrifying and fascinating. Suicide.

That's the kind of death Hannah gave herself, after recording thirteen cassettes meant to be listened by the thirteen people who, to Hannah's eyes, caused her distress, and later on, her death. Bullies, lies, manipulations, those are the crimes the young girl prosecutes them with. 
Clay Jensen is one of the receptors of the package of cassettes. But he hasn't done anything, at least in his opinion. So he listens.

This novel is without a doubt one of the hardest books to put down I ever read. The pages flip on their own, smoothly and frenetically, as the reader grasps more and more the full horror of the situation. The writing is authentic and easy to follow, the story has an incredible dramatic tension, and the narration which intertwines Hannah's and Clay's voices is one of the most original and outstanding ones I have ever discovered.

Now.

I cannot say I recommend this book to the entire world, I cannot declare that I approve its message.
Of course I approve the desire to sensitize teenagers and young adults to that kind of topic.

But I cannot approve the fact that this book is about a successful suicide, and that in a way, it presents Hannah's death as a way for her to achieve her revenge. It is almost a glorification of hatred, of resentment, of again that cold and destructive revenge. Bullying this thirteen people, reminding them of their deeds, is definitively not an act of peace.

This book should be about appeasement and hope.
Not about resignation and unforgiving. 

It should not be put in the hands of a person thinking of suicide. It should not be put as an example.
It is incredibly powerful, that is for sure. But I'm not certain that is for the best.

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Je n'ai pas aimé ce livre.
Je ne l'ai pas pas aimé non plus.

Impossible de se prononcer avec une note sur un livre pareil.
Thirteen Reasons Why est le roman d'un suicide. Celui d'Hannah, qui a laissé derrière elle un colis qui voyage entre treize individus, qu'elle désigne comme les responsables de sa mort, et à qui elle adresse un message post-mortem enregistré sur treize cassettes. Chacun des treize doit écouter les treize d'affilée pour, ensuite, envoyer le colis à la personne suivante, sans quoi un individu extérieur diffusera au monde entier un autre jeu de cassettes.
Clay est l'un de ces funestes destinataires. Il est pour quelque chose dans la disparition d'Hannah, mais il ne sait pas pourquoi.
Alors il écoute.

Et les cassettes défilent aussi sûrement que les pages du roman, la voix pleine de rage froide d'Hannah se mêle à celle désespérée et pleine d'incompréhension de Clay. La plume fait couler ses mots avec une fluidité folle, et on dévore aussi vite que Clay écoute le contenu des enregistrements d'Hannah. 

Jay Asher met le doigt sur quelque chose d'essentiel, montrant que l'on ne cherche pas à s'ôter sa vie à cause d'une raison, monumentale, fracassante, une cause qui fait que l'on se réveille un jour avec le projet d'accomplir pareil acte, non, c'est une accumulation de choses indescriptibles qui rendent lentement la vie de plus en plus intenable. Ce ne sont pas simplement treize raisons qui mettent Hannah sur la voie du suicide, non, ce sont treize étapes de prise de conscience, treize marches qui la font dégringoler sur l'escalier du mal-être. Le suicide est la réponse désespérée à une détresse profonde, qui ne se laisse pas décortiquer en quelques petites raisons insignifiantes. 

Deux points cependant, et non des moindres, me gênent, et m'empêchent de recommander ce roman à tour de bras, et même à en dire du bien seulement.

Tout d'abord, cette thématique du "slut-shaming", ces insultes et chuchotements qu'Hannah subit à cause de sa prétendue réputation de fille facile, et que Clay condamne en apprenant qu'ils n'étaient pas avérés.
La vérité, c'est qu'il aurait dû condamner cette forme de harcèlement quand bien même les bruits qui couraient sur Hannah auraient été vrais. Le "slut-shaming" est impardonnable quelle que soit la situation, ce qu'un individu fait de sa vie ne regarde personne tant qu'il ne nuit à personne. 

Enfin, ce roman n'est pas tout simplement pas un roman d'espoir.
C'est un roman sur un suicide réussi.
C'est un roman de colère, de haine, de vengeance froide qui frappe après même la mort de la personne blessée et déroule son serpent jusqu'à des personnes qui vivaient jusque-là plus ou moins paisiblement.
Certaines des personnes auxquelles les cassettes sont destinées méritent la prison. Mais d'autre sont plutôt des victimes qu'autre chose. Et la démarche d'Hannah, de les pointer tous du doigt au même niveau, d'exposer de façon aussi impudique et même inhumaine dans certains cas les déviances de chacun, m'a écœurée.

Soyons bien clairs, Hannah est une victime, et subit elle-même des faits et gestes intolérables.
Mais pitié, ne répondons pas à la haine par de la haine. N'alimentons pas le cercle vicieux du ressentiment. 

Ce roman n'est clairement pas à mettre entre les mains de personnes attirées pour une raison ou pour une autre par le suicide, parce qu'il présente par certains aspects le suicide comme un accomplissement. Hannah trouve sa vengeance par sa mort.
Hannah est une figure de haine. On ne peut pas, on n'a pas à la juger, en aucun cas ! Si l'on éprouve une seule chose pour elle, c'est bien de la compassion. Mais le fait est que ce qu'elle laisse derrière elle laisse un terrible sentiment de violence, de conflit dévastateur et infini, parce qu'elle n'est plus là pour faire justice. 

Il n'y a pas que cela, évidemment, il y a la volonté d'incarner avec le personnage de Clay la relève, l'espoir, mais cela ne suffit pas. Son attitude n'efface pas la violence du reste du roman, parce que subsiste à la fin un terrible sentiment de destruction, que les deux seuls personnages positifs du livre ne parviennent pas à gommer.

Voilà pourquoi ce roman n'obtiendra pas de note de ma part. Il est immensément touchant, violent à tous égards, émotionnellement épuisant et bouleversant. S'il saisit avec une grande justesse certains aspects du suicide, il en omet ou en accentue d'autres, et le message obtenu peut être perçu de la mauvaise façon. On peut malheureusement craindre que ce roman ne soit vu comme un exemple de quelqu'un qui a trouvé sa vengeance, sa réussite, à travers son suicide. Et cela, ce n'est tout simplement pas acceptable.

Parce que le suicide n'est jamais, jamais réussite. Il n'est que la création destructrice d'un grand rien que l'on ne pourra jamais combler. 

10 commentaires:

  1. Je suis vraiment interpellé par ta chronique, à la fois intrigué et réticente face à ce bouquin, je ne sais sur quel pied danser... Je pense que si je le croise, je lui laisserai sa chance pour voir de quoi tu parles, mais je comprends tout a fait ton point de vue...

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    1. Pour tout t'avouer, moi non plus, je ne sais pas comment me positionner par rapport à ce roman. Ce sera en tout cas clairement une lecture qui te fera réagir...

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  2. Une chronique vraiment très juste sur ce livre assez particulier. Je l'ai lu avant de tenir mon blog, donc jamais chroniqué, mais je suis d'accord avec ce que tu en dis.
    Selena Gomez l'a adapté en série TV, qui va bientôt commencer. Je ne sais pas encore si je regarderai ou non...

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    1. Merci ! C'était important pour moi de revenir sur ce que j'ai pensé en découvrant ce texte. Je sais, c'est ce qui m'a motivée à lire le livre en premier lieu... Je ferai à n'en pas douter un article dès que je l'aurai visionnée !

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  3. Je l'ai lu à sa sortie VF en 2010 (oui je suis allée voir pour faire un petit calcul sur mon âge) et comme j'étais jeune à l'époque (bon pas tant que ça haha) je ne suis pas allée aussi loin que toi dans mon analyse. Peut-être mon avis serait différent aujourd'hui, mais j'en garde un bon souvenir, je l'avais trouvé très poignant.

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    1. C'est possible bien sûr... mais est-il vraiment souhaitable de me casser la tête comme je le fais ? :p

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  4. Après avoir lu ton avis, je ne sais pas trop quoi penser de livre. Il a l'air vraiment poignant mais la violence qui semble s'en dégager me perturbe. Certes, le sujet n'est pas facile non plus mais le côté vengeance en utilisant le suicide m'interpelle.

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  5. Ta chronique interpelle et ne laisse pas de marbre. Je ne me suis jamais vraiment tourné vers ce livre mais j'ai vu que Netflix l'a adapté en série qui doit être diffusé dès le 31 mars. Je regarderai la série et me ferait un avis sous ce format là.

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  6. Sans avoir lu le roman je comprends ce qui a pu te gêner dedans. Du coup, je ne pense vraiment pas le lire.

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  7. Je ne pensais pas lire ce roman mais avec la série qui en est adaptée à voir... Et même si je crois te l'avoir déjà dit, tu écris super bien et on comprend tout à fait ton avis :)

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