La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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jeudi 7 juin 2018

Mock Boys de Marie Leymarie - Chronique n°416

Titre : Mock Boys
Auteure : Marie Leymarie
Genre : YA
Editions : Syros
Lu en : français
Résumé : MOCK / Définition

1. Verbe : se moquer, tourner en dérision
C'est ce que savent si bien faire Raoul et Baptiste, les garçons cool du lycée, drôles, à l'aise, désinvoltes. Ils ont fait le pari de sortir avec le plus de filles possible, sans se laisser prendre par l'émotion, sans jamais s'attacher. Car ils ne croient qu'en l'amitié.
2. Adjectif : faux, factice
Et si la désinvolture n'était qu'une posture ? Et si leur pacte a priori indestructible était bouleversé par une rencontre ?


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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Raoul et Baptiste sont meilleurs amis, confidents, rivaux, challengers l'un de l'autre, complices, comparses. Ensemble, ils suivent un exigeant double cursus scolaire en danse contemporaine, ensemble, ils se défient d'en faire toujours plus, d'aller toujours plus loin dans la transgression, dans la séduction, dans la désinvolture. Ce sont les mock boys. Il y a le mocking boy, Raoul, le garçon moqueur, celui pour qui rien ne compte vraiment, celui qui tourne tout en dérision, celui qui s'en sort toujours par une pirouette ou un grand sourire, et il y a le mock boy, Baptiste, le garçon factice, celui qui fait tout pour de faux, celui qui se sent usurpateur en permanence sans savoir au juste ce qu'il usurpe, intrus à sa propre vie, celui qui se ment à lui-même.
L'équilibre entre Raoul et Baptiste dure depuis des années et des années, mais il va suffire de l'arrivée d'une fille dans leur vie pour que leurs rapports soient perturbés de façon irréversible. Baptiste en tombe amoureux, mais le cache à Raoul qui le verrait comme une trahison, un parjure à leur promesse de ne jamais tomber amoureux et de continuer à voir la vie avec nonchalance. S'ensuivent mensonges, tours de passe-passe et des heures et des heures d'introspection...

Le roman en lui-même se lit vraiment bien, à toute vitesse même, et on se familiarise très vite avec ce petit groupe d'adolescents aux aspirations et aux personnalités plutôt bien définies et assez nuancées. L'écriture est simple mais fine, et l'approche en général du sujet de l'adolescence évite les clichés indigestes - même si on a parfois tendance à se dire que la concentration en drames personnels et dilemmes moraux est particulièrement inquiétante au sein de ce lycée. 

Le principal reproche que j'adresserai au roman est que l'on n'a pas tant l'impression de suivre des personnages en classe de Seconde, âgés donc de 14 à 15 ans, que des individus en toute fin d'adolescence, prêts à passer à l'âge adulte. Nul doute qu'il doit bien exister des garçons et filles aussi jeunes et déjà sensibilisés à toutes les expériences évoquées par l'auteure, mais de mon  propre vécu qui n'est pas si lointain, les jeunes de 14-15 ans sont loin d'avoir ces priorités, ces réflexions, cette façon de fonctionner, ces comportements aussi adultes et détachés notamment dans les relations amoureuses et sexuelles. 14 ans, c'est très très jeune, et lire des pensées aussi nuancées et avancées chez des personnages de cet âge suscite une sorte de décalage. C'est dommage, parce que cela résulte en un mélange de thématiques hétéroclites : on a d'un côté des relations conflictuelles, avec les parents par exemple, très "basiques", des motifs de jalousie qui témoignent de puérilité, de manque de réflexion des adolescents, et de l'autre une vie amoureuse et sexuelle extrêmement banalisée et "poussée", et surtout des pensées torturantes sur le plan émotionnel et psychologique dont la formulation même paraît impossible chez des individus qui se comportent par ailleurs de façon aussi immature - le simple serment de ne jamais tomber amoureux de Raoul et Baptiste montre bien ce côté encore assez enfantin.  Difficile dès lors de s'attacher à ces figures,  dans le sens où un adolescent aura du mal à se retrouver vraiment dans ces personnages un peu trop "en avance" sur certains aspects, ou à l'inverse "en retard" pour un lecteur plus âgé. 

On regrette surtout le fait que l'auteure semble avoir abandonné ou du moins délaissé sa démarche en cours de route : après quelques chapitres, on perd de plus en plus cette étude des postures des deux garçons, de leur jeu de dupes, pour se concentrer pratiquement exclusivement sur leurs relations amoureuses. Et oui, ces relations sont bien décrites et approchées de façon plutôt complexe, mais il s'agit là d'une dimension bien trop réductrice. On aurait aimé se concentrer plus sur cette notion passionnante et essentielle de l'identité qui constitue à mes yeux le cœur de l'adolescence, ce jeu de miroirs où l'on s'abuse à naviguer entre différentes versions de soi jusqu'à ne plus bien savoir laquelle était l'originale et laquelle on veut épouser. C'était très bien fait dans les premières pages, mais hélas absent par la suite. 

Mock Boys reste un très bon moment de lecture à plus d'un égard, et est globalement bien au-dessus de la moyenne de ce qui se fait en roman sur les adolescents pour les adolescents. C'est aussi à cause de cette qualité globale que je me permets de faire ces reproches, qui n'ont pas de vrai impact sur le plaisir que l'on retire de la découverte du récit. J'aurais donc plutôt tendance à recommander cet ouvrage, qui transmet des messages à mon sens bénéfiques et encourage la communication, le respect, l'ouverture à l'autre, en vous poussant à rester critique sur la cohérence et l'aspect réaliste des personnages d'adolescents proposés. 

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