La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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samedi 3 mars 2018

Libérez l'Ours en vous de Carole Trébor - Chronique n°403

Titre : Libérez l'Ours en vous
Auteure : Carole Trébor
Genre : YA
Editions : Syros
Lu en : français 
Nombre de pages : 410
Résumé
Kolia et Lisa sont deux lycéens qui participent au club de théâtre de leur établissement. Cette année, ils devaient travailler avec leurs camarades sur la pièce Les justes de Camus. Mais leur professeure, Patricia Valente, est malade et ne peut pas assurer les cours cette année… Avec un nouveau professeur et l’aide du mari de Patricia, les jeunes gens vont lui faire la surprise de monter une autre pièce de théâtre, celle écrite par leur professeure : Merci l’ours…

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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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S'il y a bien un exercice particulièrement ardu - si ce n'est le plus ardu - pour un écrivain, c'est celui de trouver sa voix. Sa voix en tant que narrateur, ou celle de son personnage s'il fait le choix d'une narration à la première personne - voire de plusieurs personnages au sein d'un seul roman si on aime vivre dans le danger. 

Un texte peut être bien pensé, bien construit, bien déroulé, mais sans cette petite étincelle, cette parfaite adéquation entre la voix du protagoniste et sa personnalité, son essence, alors il lui manquera toujours cette petite étincelle qui le rend inoubliable. Et croyez-moi, je parle d'expérience, moi écrivain en herbe qui ai dû me résoudre à remiser un roman entier dans un tiroir parce qu'il souffre justement de ce manque d'incarnation. 

Alors pourquoi cette digression, me demanderez-vous ? Parce que Libérez l'Ours en vous est un roman pétri de bonnes intentions, de passion, d'énergie, que l'on dévore d'une traite et qui transmet un dynamisme et un message d'ouverture assez remarquables, mais souffre justement d'un décalage entre la voix de ses personnages et leur caractère. La plus grande partie du roman se limite à une langue assez banale, à des personnages assez oubliables et surtout à un ton brodé de stéréotypes. Alors oui, est piqué de curiosité pour le sort de ces lycéens qui montent une pièce écrite par leur professeure de théâtre adorée, alors que celle-ci doit passer l'année loin d'eux pour soigner une maladie, mais jamais l'on ne parvient à tisser un véritable lien d'empathie avec des portraits finalement plutôt plat.
On sent une vraie volonté d'aborder des sujets comme la difficulté des relations familiales, la question des origines et de l'intégration, les sentiments amoureux, mais tout cela est traité d'une façon aussi convenue que prévisible. 

Quelle tristesse de voir un roman qui a pour vocation de parler aux adolescents véhiculer tant de clichés et de poncifs sur ce groupe, comme s'il n'y avait qu'un adolescent-type, qui se plaint en permanence au sujet de mille et un tracas tous plus futiles les uns que les autres ! Les adolescents sont des individus tout aussi complexes que n'importe quel autre catégorie d'âge, avec leurs contradictions et surtout leur regard justement particulièrement profond posé sur leur environnement. C'est à cause de cette soif insatisfaite de nuance, de profondeur et de justice qu'ils se réfugient parfois - et parfois seulement - paradoxalement dans la futilité, mais c'est aussi à cause d'elle qu'ils accomplissent de grands projets. Les adolescents décrits ici par Carole Trébor restent la majeure partie du roman assez insaisissables, fluctuants, bref, ils manquent de corps, et ce n'est que vers la fin qu'ils tendent vers plus d'entièreté, plus de justesse. 

Libérez l'Ours en vous est un roman dont on peut donc saluer les belles intentions et la belle énergie, mais qui déçoit malheureusement  par la présentation et l'incarnation de ses personnages, et par la façon un peu convenue dont il s'achève. A vous de voir donc ! 

1 commentaire:

  1. Je n'avais pas vu ces remarques jusquà présent et c'est bien dommage que les personnages soient ainsi ! C'est vrai qu'on tombe très facilement dans le cliché pour rendre la personnalité des adolescents. J'ai l'impression que les romans Sarbacane arrivent assez bien à éviter les lieux communs pour cette tranche d'âge.
    C'est triste pour ton livre :/ tu en as commencé un autre ?

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