La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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dimanche 12 février 2017

Quand le monstre naîtra de Nicolas Michel - Chronique n°292

« Je t'assure que je me souviens très précisément de ce moment où le monde a changé, en 1939. J'avais cinq ans. C'était la première fois que j'entendais le mot "guerre" et, sans le comprendre, je le trouvais déjà moche. »

Titre : Quand le monstre naîtra
Auteur : Nicolas Michel
Genre : Historique
Editions : Talents Hauts (collection les Héroïques)
Lu en : français
Nombre de pages : 297
Résumé : 1939. Malgré la guerre, Lucile, fille unique espiègle et insoumise, coule des jours heureux dans un petit village de Haute-Provence. Elle se lie d'amitié avec Elsa et Emmanuel, le jeune couple que ses parents hébergent dans une ferme.

Mais l’univers et les certitudes de Lucile s’effondrent lorsque Elsa et Emmanuel sont chassés et que ses parents lui annoncent la naissance prochaine d’un frère ou d’une sœur. Désormais, cet enfant sera pour elle « le monstre ».


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Un grand merci aux éditions Talents Hauts et en particulier à Lucie pour cet envoi !

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Ce roman a-t-il l'air original et captivant ?
En effet.

S'avère-t-il être une réussite ?
Incontestablement.

Vient-il surprendre son lecteur de la meilleure des façons qui soit ?
Oh que oui.

Quand le monstre naîtra est le récit fictif que Lucile, âgée de 85 ans, fait à sa petite-fille. Au fur et à mesure que les pages se tournent, elle permet  une véritable immersion dans son enfance, à l'aube puis en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. Tout espiègle et épanouie qu'elle était alors, elle s'est malheureusement vue rattrapée par la terrible réalité du conflit à travers les conversations si inquiétantes des adultes, de leurs yeux inquiets, des disparitions, des mensonges, des rumeurs. On est entraîné en Provence, aux côtés des parents aimants de la narratrice et de leurs amis et locataires, Elsa et Emmanuel, devenus au fil du temps de véritables amis, des membres de la famille à part entière. 

On est habitué à découvrir des récits de guerre du point de vue d'adultes ou d'adolescents révoltés, effrayés, et même engagés parfois... mais bien moins de celui d'enfants, alors qu'ils vivent au même titre que leurs aînés des événements parfois traumatisants au fil des années. C'est pourtant le défi auquel s'attelle - autant le dire tout de suite, avec brio - Nicolas Michel, qui saisit avec une justesse stupéfiante ce mélange de naïveté immature et de gravité, lucidité dont on oublie parfois qu'elle habite les enfants. La jeune Lucile grappille les informations qu'elle peut, brode autour des vides qui subsistent, se laisse dépasser par certains mystères, et vit d'une façon mémorable cette guerre, forcée à grandir et à dépasser le stade de "petite peste" qu'elle s'attribue elle-même. 

Le récit est tour à tour hilarant, poétique et poignant, mais jamais déprimant. Il demeure surtout porteur d'espoir, héritage d'une grand-mère qui veut économiser l'apprentissage de certaines leçons à sa petite-fille adorée. L'écriture est imprégnée d'émotion, l'atmosphère lumineuse et grave à la fois, le roman final splendide et indéniablement marquant. Un récit rétrospectif fictif mais si émouvant, détaillé et riche qu'il résonne de vérité : marquant surtout par ce point de vue d'enfant sur des conflits d'adultes, par ce recul bienveillant d'une vieille femme par rapport à sa prime jeunesse. 
Une lecture qui paraît essentielle dans un contexte où tant d'enfants vivent de terribles réalités, en Syrie pour  ne citer qu'un pays, et doivent à l'instar de Lucile composer entre leur esprit naturellement insouciant et l'hostilité de leur environnement, interpréter à leur façon les signaux qui inquiètent tant leurs parents. Une belle réussite pour la collection des Héroïques des éditions Talents Hauts, qui s'affirme une fois de plus comme un ensemble de titres à suivre !

Note attribuée : 9/10

6 commentaires:

  1. Une magnifique chronique, tu donnes très envie de découvrir ce roman...

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  2. Mon premier coup de coeur de l'année ♥

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  3. Ce n'est pas mon genre de lecture habituel mais ta super chronique donne envie de découvrir ce livre :)

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